Le cours
Résumé en cinq points
- . Le sens spontané est celui pour lequel le potentiel de Nernst du couple réduit est le plus élevé.
- À l'équilibre, les potentiels de Nernst des deux couples sont égaux, et donne à .
- Des potentiels standard ne s'additionnent pas. Ce sont les enthalpies libres standard, donc les produits , qui s'additionnent.
- La tension à vide d'une pile vérifie . Elle représente le travail électrique maximal par mole d'avancement, et s'annule quand la pile est usée.
- La charge disponible vaut , avec une mole d'électrons égale à , soit .
Pourquoi ce chapitre
En première année, l'oxydo-réduction a été traitée avec des outils empiriques :
- la règle du gamma pour prévoir un sens de réaction ;
- la formule de Nernst pour calculer un potentiel ;
- une constante d'équilibre obtenue par une relation admise.
Ce chapitre relie tout cela à la thermodynamique du chapitre sur le potentiel chimique, et justifie ces règles au lieu de les admettre.
L'enthalpie libre de réaction est proportionnelle à la différence des potentiels de Nernst des deux couples. Toute la thermodynamique des réactions d'oxydo-réduction en découle, ainsi que la description d'une pile et le calcul de sa tension à vide.
Aux concours, ce chapitre donne lieu à deux exercices types :
- le calcul d'une constante d'équilibre ou d'un potentiel standard inconnu à partir de données tabulées ;
- l'étude complète d'une pile : réaction, tension, capacité, durée de vie.
1Rappels et notations
1.1Couples et demi-équations
Définition 1.1Couple oxydant-réducteur
Un couple oxydant-réducteur est noté , avec la demi-équation électronique éventuellement équilibrée en atomes d'oxygène par des molécules d'eau et en atomes d'hydrogène par des ions en milieu acide.
Une réaction d'oxydo-réduction met en jeu deux couples. On l'obtient en combinant les deux demi-équations de façon que les électrons se compensent. Le nombre d'électrons échangés dans l'équation ainsi construite est noté .
1.2Formule de Nernst
Loi 1.2Formule de Nernst
Pour un couple de demi-équation , le potentiel de Nernst vaut où est la constante de Faraday et le potentiel standard du couple, mesuré par rapport à l'électrode standard à hydrogène, dont le potentiel est fixé à zéro à toute température.
À , le facteur vaut , d'où l'écriture usuelle
Les activités sont celles vues en première année :
- concentration rapportée à pour un soluté ;
- pression partielle rapportée à pour un gaz ;
- 1 pour un solide ou un liquide pur.
2Enthalpie libre de réaction et potentiels de Nernst
2.1La relation fondamentale
Théorème 2.1Enthalpie libre de réaction et potentiels
Hypothèses
- la réaction d'oxydo-réduction est construite à partir de deux couples 1 et 2 ;
- l'oxydant du couple 1 est consommé et le réducteur du couple 2 est consommé ;
- est le nombre d'électrons échangés.
Alors où et sont les potentiels de Nernst des deux couples, calculés dans l'état du système considéré.
L'enthalpie libre de réaction est l'opposé de la charge échangée multipliée par la différence de potentiel entre les deux couples.
Démonstration
L'enthalpie libre de réaction vaut . En remplaçant chaque potentiel chimique par son expression et en regroupant les termes de chaque demi-équation, on fait apparaître les deux potentiels de Nernst. Le facteur traduit la conversion entre moles d'électrons et charge électrique.
2.2Critère d'évolution
Le critère général du chapitre de thermodynamique s'applique : l'évolution spontanée se fait dans le sens direct si , donc si .
Propriété 2.2Règle du gamma
L'oxydant du couple de potentiel de Nernst le plus élevé réagit avec le réducteur du couple de potentiel le plus bas.
C'est la justification de la règle du gamma, qui n'était qu'une recette en première année.
Attention
La règle du gamma s'applique rigoureusement avec les potentiels de Nernst et non avec les potentiels standard.
2.3Équilibre et égalité des potentiels
À l'équilibre chimique, , donc
Les potentiels de Nernst des deux couples sont égaux à l'équilibre. Ce résultat permet de calculer une composition d'équilibre. Il explique aussi qu'une solution contenant plusieurs couples à l'équilibre possède un potentiel unique, celui que mesure une électrode indicatrice.
2.4Grandeurs standard et constante d'équilibre
À l'état standard, tous les potentiels de Nernst valent les potentiels standard :
En combinant avec , on obtient la constante thermodynamique d'équilibre :
À , sous forme décimale :
C'est la relation utilisée en première année, désormais démontrée.
À retenir
à .
Lecture rapide :
- chaque tranche de d'écart entre potentiels standard, multipliée par le nombre d'électrons échangés, fait gagner un facteur dix sur ;
- un écart de avec deux électrons donne déjà de l'ordre de , donc une réaction considérée comme totale ;
- un écart inférieur à correspond à un véritable équilibre.
Exemple 2.3Pile Daniell
On prend et . La réaction échange deux électrons. On obtient soit environ , et donc de l'ordre de . La réaction est quantitative.
2.5Détermination d'un potentiel standard
C'est une capacité exigible fréquente en épreuve.
Attention
On ne combine jamais directement des potentiels standard. On combine des enthalpies libres standard, qui sont additives, puis on revient au potentiel.
Premier type : combinaison de deux couples partageant une espèce. Pour obtenir à partir de et , on additionne les demi-équations à un puis deux électrons, ce qui donne la demi-équation à trois électrons. L'additivité des enthalpies libres standard donne
Exemple 2.4Couple
Avec les valeurs usuelles et , on trouve environ . Une moyenne arithmétique simple des deux potentiels donnerait , valeur fausse.
Second type : couple faisant intervenir un précipité ou un complexe. Pour le couple chlorure d'argent solide sur argent, de demi-équation , on combine la demi-équation de l'argent avec l'équilibre de dissolution du chlorure d'argent, de produit de solubilité . On obtient à
Exemple 2.5Couple
Avec et de l'ordre de , on trouve environ . Le potentiel est abaissé : l'ion argent piégé dans un solide peu soluble est un oxydant moins fort que l'ion libre. Le même raisonnement s'applique avec une constante de formation de complexe, et la conclusion est la même.
3Approche thermodynamique d'une pile
3.1Constitution et vocabulaire
Définition 3.1Pile électrochimique
Une pile électrochimique est un dispositif qui convertit une partie de l'énergie chimique d'une réaction spontanée en énergie électrique. Elle est formée de deux demi-piles, chacune constituée d'une électrode plongée dans un électrolyte, reliées par un pont salin ou une membrane qui assure la continuité électrique sans mélanger les solutions.
Définition 3.2Anode et cathode
L'anode est l'électrode où se produit l'oxydation, la cathode celle où se produit la réduction.
Attention
Cette définition ne dépend pas du signe. En fonctionnement générateur, l'anode est le pôle négatif et la cathode le pôle positif.
Fonctionnement :
- les électrons libérés à l'anode partent dans le circuit extérieur, le traversent et arrivent à la cathode ;
- le courant électrique, de sens conventionnel opposé, circule donc de la cathode vers l'anode dans le circuit extérieur ;
- dans le pont salin, les cations migrent vers la demi-pile cathodique et les anions vers la demi-pile anodique, ce qui compense les charges créées par les réactions aux électrodes.
Notation conventionnelle, de gauche à droite en partant du pôle négatif, avec un double trait pour le pont salin. Pour la pile Daniell : Zn solide, ion zinc en solution, double trait, ion cuivre en solution, cuivre solide.
3.2Tension à vide et force électromotrice
Définition 3.3Tension à vide
La tension à vide, ou force électromotrice, est la différence de potentiel mesurée entre les deux électrodes lorsque la pile ne débite pas, c'est-à-dire à courant nul.
Dans ces conditions, chaque électrode est à l'équilibre avec son électrolyte et son potentiel est donné par la formule de Nernst. Donc
En reportant dans la relation fondamentale, on obtient la relation demandée par le programme entre tension à vide et enthalpie libre de réaction :
Interprétation énergétique : pour une transformation monotherme, monobare et réversible, le travail électrique récupérable est égal à la variation d'enthalpie libre. est donc le travail électrique maximal, par mole d'avancement, que l'on peut extraire de la réaction. Toute irréversibilité, c'est-à-dire tout fonctionnement à courant non nul, réduit ce travail et dégrade une partie de l'énergie en chaleur.
Conséquences à savoir énoncer :
- la pile fonctionne tant que , donc tant que la réaction n'est pas à l'équilibre ;
- elle est usée quand , c'est-à-dire quand les potentiels de Nernst des deux couples se sont égalisés, ou plus tôt si un réactif est épuisé ;
- la tension à vide dépend des concentrations, par la formule de Nernst, donc elle diminue au fur et à mesure de la décharge ;
- dans les conditions standard, .
3.3Capacité et durée de fonctionnement
La charge totale que la pile peut fournir est où est la quantité d'électrons échangeable, calculée à partir du réactif limitant et du nombre d'électrons de sa demi-équation. Pour un débit d'intensité supposée constante, la durée de fonctionnement vaut , et l'énergie fournie est de l'ordre de si la tension varie peu.
Ordres de grandeur :
- la constante de Faraday vaut environ , soit par mole d'électrons ;
- une pile Daniell a une tension à vide proche de , une pile alcaline commerciale , un accumulateur au lithium environ ;
- une pile alcaline de format courant stocke quelques ampères-heures.
Exemple 3.4Capacité d'une électrode de zinc
Une électrode de zinc de , soit , échangeant deux électrons, fournit d'électrons, donc une charge de , soit . Sous un débit de , la pile fonctionne environ heures, à condition que l'autre réactif ne soit pas limitant.
3.4Prévoir le fonctionnement d'une pile
MéthodePrévoir le fonctionnement d'une pile
À partir de la constitution de la pile et d'une table de potentiels standard.
- Identifier les deux couples mis en jeu dans chaque demi-pile.
- Calculer les deux potentiels de Nernst avec les concentrations de l'énoncé, et non les seuls potentiels standard.
- Comparer. L'électrode de plus haut potentiel est la cathode, donc le pôle positif, et le siège de la réduction.
- Écrire les deux demi-équations dans le bon sens, en déduire l'équation de la réaction et le nombre d'électrons échangés.
- Calculer la tension à vide comme différence des deux potentiels de Nernst.
- Conclure sur l'évolution des concentrations pendant la décharge, et sur la diminution de la tension qui en résulte.
Méthodes
MéthodeRéflexes du chapitre
- Toujours équilibrer la réaction avant de parler de : une erreur sur se propage à , à et à la capacité de la pile.
- Pour prévoir un sens de réaction, comparer les potentiels de Nernst dans les conditions réelles. Les potentiels standard ne suffisent que si les activités sont proches de 1, ou si l'écart est important.
- Pour obtenir un potentiel standard inconnu, écrire les demi-équations, les combiner, et additionner les et non les .
- Vérifier les unités : en , en volts, donc en . Un facteur mille sépare ce résultat des des tables.
- Pour une pile, distinguer systématiquement anode et cathode d'une part, pôle négatif et positif d'autre part. L'identité entre les deux vaut pour un générateur, pas pour un électrolyseur.
- Contrôler l'ordre de grandeur : une tension à vide de pile dépasse rarement , un écart supérieur décomposerait le solvant.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Citer la relation entre enthalpie libre de réaction et potentiels de Nernst, et en déduire le critère d'évolution spontanée.
- Justifier la règle du gamma à partir de cette relation.
- Montrer qu'à l'équilibre les potentiels de Nernst des couples en présence sont égaux.
- Établir la relation entre constante thermodynamique d'équilibre et potentiels standard, et calculer sur un exemple.
- Déterminer le potentiel standard d'un couple à trois électrons à partir de deux couples à un et deux électrons.
- Déterminer le potentiel standard d'un couple faisant intervenir un précipité à partir du produit de solubilité.
- Décrire le fonctionnement complet d'une pile : polarité, sens du courant, sens des électrons, migration dans le pont salin.
- Calculer la tension à vide, la capacité en charge et la durée de fonctionnement d'une pile.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Formule de Nernst, E = E° + (0,059/n) log(aOx/aRed) à 298 K. Toutes les espèces de la demi-équation y figurent, H⁺ compris, avec leurs coefficients en exposant. Rappel de première année, admise.
- Convention E°(H⁺/H₂) = 0 V à toute température. Convention, non démontrable.
- ΔrG = −nF(E₁ − E₂), où le couple 1 est réduit, le couple 2 est oxydé et n est le nombre d'électrons de l'équation écrite. À citer et exploiter. La démonstration n'est pas exigible, mais la cohérence avec ΔrG = ΔrG° + RT ln Q doit être sue.
- Critère d'évolution à T et p fixées : sens direct si et seulement si E₁ > E₂. Exigible.
- Équilibre : E₁ = E₂, donc une solution à l'équilibre a un potentiel unique. Exigible.
- ΔrG° = −nF(E₁° − E₂°). Exigible.
- ln K° = nF(E₁° − E₂°)/(RT), soit log K° = n(E₁° − E₂°)/0,059 à 298 K. Exigible avec démonstration.
- Additivité des produits n·E° lors d'une combinaison de demi-équations. Exigible avec démonstration par l'additivité des enthalpies libres.
- Potentiel standard d'un couple mettant en jeu un précipité ou un complexe. Exigible. On le redémontre à chaque fois, la formule ne s'apprend pas par cœur.
- Tension à vide d'une pile, e = E₊ − E₋ = −ΔrG/(nF). Exigible.
- Travail électrique fourni par une pile au plus égal à −ΔG, donc tension en fonctionnement U ≤ e. Se démontre à partir du second principe.
- Capacité d'une pile Q = ne·F. Exigible.
- Coefficient de température de°/dT = ΔrS°/(nF), et plus généralement de/dT = ΔrS/(nF) hors conditions standard. Relation non listée explicitement dans ce paragraphe. Elle se déduit des outils du chapitre sur le second principe et reste classique à l'écrit.
- Surtensions et courbes courant-potentiel : hors de ce chapitre, elles sont traitées au chapitre suivant.
Clés de démonstration
Relation entre ΔrG et les potentiels. On soustrait les deux formules de Nernst : E₁ − E₂ = (E₁° − E₂°) − (RT/(nF)) ln Q. Les termes logarithmiques reconstituent exactement le quotient de réaction de l'équation bilan, à condition d'avoir multiplié les demi-équations pour égaliser les électrons. En multipliant par −nF, on retrouve la forme ΔrG° + RT ln Q, avec ΔrG° = −nF(E₁° − E₂°). L'astuce : ne pas mémoriser une démonstration, mais vérifier que les deux écritures ont la même dépendance en Q.
Critère et équilibre. À T et p fixées, dG = ΔrG dξ ≤ 0. Avec ΔrG = −nF(E₁ − E₂) et nF > 0, dξ > 0 impose E₁ > E₂. À l'équilibre, ΔrG = 0, d'où E₁ = E₂. L'astuce est le signe de nF, toujours positif.
Constante d'équilibre. À l'équilibre, E₁ = E₂ et Q = K°. En reportant dans l'égalité des formules de Nernst, on obtient directement log K° = n(E₁° − E₂°)/0,059. C'est souvent plus rapide que de passer par ΔrG°.
Potentiel d'un couple combiné. G est une fonction d'état, donc les ΔrG° s'additionnent comme les équations. Chaque demi-équation Ox + n e⁻ = Red se voit attribuer −nF·E°. Un équilibre de précipitation ou de complexation reçoit −RT ln K. L'astuce consiste à dessiner le cycle et à additionner des énergies, jamais des potentiels.
Inégalité sur le travail. Le second principe, pour une évolution monotherme et monobare, donne dG ≤ δW_élec reçu. La pile débite la charge nF dξ sous la tension U, elle reçoit donc −nFU dξ. D'où ΔrG dξ ≤ −nFU dξ, soit U ≤ e, avec égalité seulement à courant nul.
Exemples et contre-exemples à connaître
- Pile Daniell, e° = 1,10 V et K° ≈ 10³⁷ : c'est l'exemple de référence d'une réaction totale.
- Fe³⁺/Fe, E° ≈ −0,04 V et non 0,17 V : c'est le contre-exemple canonique de la moyenne des potentiels.
- Dismutation de Cu⁺. Avec E°(Cu⁺/Cu) = 0,52 V et E°(Cu²⁺/Cu⁺) = 0,16 V, on obtient K° ≈ 10⁶. L'ion cuivre I n'est pas stable en solution aqueuse.
- Ag⁺ et Fe²⁺. Les E° valent 0,80 V et 0,77 V, donc K° ≈ 3. Le sens dépend des concentrations : les potentiels standard ne suffisent pas.
- AgCl/Ag, 0,22 V, et AgI/Ag, environ −0,15 V : la précipitation abaisse le potentiel, d'autant plus que Ks est petit. L'argent devient même réducteur de H⁺ en présence d'iodure.
- Pile de concentration, deux électrodes identiques plongées dans des concentrations différentes. On a e° = 0 et K° = 1, mais e ≠ 0. La pile fonctionne tant que les concentrations diffèrent.
- Pile à combustible H₂/O₂, e° = 1,23 V et ΔrG° = −237 kJ·mol⁻¹. Le rendement maximal vaut ΔrG°/ΔrH° ≈ 0,83, ce n'est pas un rendement de Carnot.
- Hexacyanoferrates. E° vaut 0,36 V contre 0,77 V pour les ions libres, car le complexe du fer III est plus stable. La complexation préférentielle de l'oxydant abaisse le potentiel.
Techniques du chapitre
-
Équilibrer avant de parler de n. On fait réagir MnO₄⁻ (E° = 1,51 V) sur Fe²⁺ (E° = 0,77 V) en milieu acide. La demi-équation du permanganate échange 5 électrons, il faut donc 5 Fe²⁺ par ion permanganate, et n = 5. On obtient log K° = 5 × 0,74/0,059 = 63.
-
Additionner des n·E°. On cherche E°(Cu²⁺/Cu⁺) connaissant E°(Cu²⁺/Cu) = 0,34 V et E°(Cu⁺/Cu) = 0,52 V. On a 2 × 0,34 = 1 × E° + 1 × 0,52, donc E° = 0,16 V.
-
Couple à précipité par égalité des potentiels. Dans une solution saturée en AgI, l'argent est au même potentiel pour les deux écritures. E = 0,80 + 0,059 log[Ag⁺] = 0,80 + 0,059 log Ks − 0,059 log[I⁻]. Le terme constant donne E°(AgI/Ag) = 0,80 − 0,059 × 16,1 ≈ −0,15 V.
-
Potentiel d'un mélange à l'équivalence. On mélange Fe²⁺ et Ce⁴⁺ en quantités égales, E° de 0,77 V et 1,74 V. À l'équilibre, [Fe³⁺] = [Ce³⁺] et [Fe²⁺] = [Ce⁴⁺]. En sommant les deux formules de Nernst, le logarithme s'annule, d'où 2E = 0,77 + 1,74 et E = 1,26 V.
-
Tension à vide hors conditions standard. Pile Daniell avec [Cu²⁺] = 0,010 et [Zn²⁺] = 1,0 mol·L⁻¹. On calcule e = 1,10 + 0,0295 log(0,010/1,0) = 1,10 − 0,059 = 1,04 V. La dépendance logarithmique rend la tension peu sensible aux concentrations.
-
Capacité en ampères-heures. On dispose de 0,050 mol de Ag⁺ réductible, avec un électron par ion. La charge vaut 0,050 × 96 500 = 4 800 C, soit 4 800/3 600 = 1,3 A·h.
-
Entropie par la variation de e°. Pour H₂ + ½ O₂ → H₂O(l), on a ΔrS° = −163 J·K⁻¹·mol⁻¹ et n = 2. On obtient de°/dT = −163/(2 × 96 485) = −8,4·10⁻⁴ V·K⁻¹. Le signe de de°/dT est celui de ΔrS°.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Dismutation du cuivre I
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Données : E°(Cu²⁺/Cu) = 0,34 V et E°(Cu⁺/Cu) = 0,52 V. Calculer E°(Cu²⁺/Cu⁺). Montrer que Cu⁺ se dismute. Donner la composition finale d'une solution préparée à 0,010 mol·L⁻¹ en Cu⁺, avec du cuivre solide en excès.
Technique additivité des n·E° puis constante d'équilibre.
Voir le corrigé
- Cu²⁺ + 2 e⁻ = Cu est la somme de Cu²⁺ + e⁻ = Cu⁺ et de Cu⁺ + e⁻ = Cu. D'où 2 × 0,34 = E° + 0,52, et E°(Cu²⁺/Cu⁺) = 0,16 V.
- Dans 2 Cu⁺ = Cu + Cu²⁺, Cu⁺ est l'oxydant du couple Cu⁺/Cu (0,52 V) et le réducteur du couple Cu²⁺/Cu⁺ (0,16 V). On a n = 1, donc log K° = 0,36/0,059 = 6,1 et K° ≈ 1,3·10⁶.
- La réaction est quasi totale : [Cu²⁺] ≈ 0,0050 mol·L⁻¹. Alors [Cu⁺] = √(0,0050/1,3·10⁶) ≈ 6·10⁻⁵ mol·L⁻¹, soit moins de 1 % de la valeur initiale.
piège : Faire la moyenne des potentiels, ou oublier que K° = [Cu²⁺]/[Cu⁺]² contient un carré.
Exercice 2. Sens d'évolution d'une réaction équilibrée
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une solution contient Ag⁺ à 0,10, Fe³⁺ à 0,10 et Fe²⁺ à 0,010 mol·L⁻¹, avec un fil d'argent en excès. E°(Ag⁺/Ag) = 0,80 V et E°(Fe³⁺/Fe²⁺) = 0,77 V. Prévoir le sens d'évolution et la composition finale.
Technique comparer les potentiels de Nernst, pas les potentiels standard.
Voir le corrigé
- On calcule E(Ag) = 0,80 + 0,059 log 0,10 = 0,74 V et E(Fe) = 0,77 + 0,059 log 10 = 0,83 V.
- E(Fe) > E(Ag), donc Fe³⁺ oxyde l'argent : Fe³⁺ + Ag → Fe²⁺ + Ag⁺. C'est l'inverse de ce que suggèrent les E°.
- La constante de cette réaction vaut 1/K°, avec K° = 100,03/0,059 ≈ 3,2, donc elle vaut environ 0,31. Avec un avancement x en mol·L⁻¹, on écrit (0,10 + x)(0,010 + x)/(0,10 − x) = 0,31.
- On obtient x² + 0,42x − 0,030 = 0, d'où x ≈ 0,062. État final : Fe³⁺ 0,038, Fe²⁺ 0,072, Ag⁺ 0,16 mol·L⁻¹.
piège : Conclure avec les seuls E°, ou croire la réaction totale alors que K° est d'ordre 1.
Exercice 3. Fonctionnement d'une pile argent-cuivre
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une lame d'argent plonge dans 50 mL de AgNO₃ à 0,10 mol·L⁻¹. Une lame de cuivre plonge dans 50 mL de Cu(NO₃)₂ à 0,10 mol·L⁻¹. Un pont salin au nitrate de potassium relie les deux solutions. Donner la polarité, la tension à vide, l'équation, ΔrG et la charge disponible.
Technique la méthode en six étapes de la fiche.
Voir le corrigé
- On calcule E(Ag) = 0,80 − 0,059 = 0,74 V et E(Cu) = 0,34 + 0,0295 log 0,10 = 0,31 V.
- L'argent est la cathode et le pôle positif, le cuivre est l'anode et le pôle négatif. La tension à vide vaut e = 0,43 V.
- Équation : 2 Ag⁺ + Cu → 2 Ag + Cu²⁺, avec n = 2. On en déduit ΔrG = −2 × 96 485 × 0,43 ≈ −83 kJ·mol⁻¹.
- Dans le pont salin, K⁺ migre vers la solution d'argent et NO₃⁻ vers la solution de cuivre.
- La constante vérifie log K° = 2 × 0,46/0,059 ≈ 16, la réaction est totale. Ag⁺ est limitant, soit 5,0 mmol d'électrons, et Q = 480 C.
piège : ΔrG double si l'on double l'équation, mais e ne change pas. Ne jamais doubler un potentiel.
Exercice 4. Électrode de référence argent-chlorure d'argent
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP PC
pK_s(AgCl) = 9,75 et E°(Ag⁺/Ag) = 0,80 V. Établir E°(AgCl/Ag). En déduire le potentiel d'une électrode Ag/AgCl plongée dans KCl à 0,10 mol·L⁻¹. On l'associe à un fil de platine plongé dans un mélange Fe³⁺/Fe²⁺, le platine étant le pôle positif. La tension à vide mesurée vaut 0,50 V. Calculer le rapport [Fe³⁺]/[Fe²⁺].
Technique cycle thermodynamique puis électrode de référence.
Voir le corrigé
- AgCl(s) + e⁻ = Ag + Cl⁻ est la somme de AgCl = Ag⁺ + Cl⁻ et de Ag⁺ + e⁻ = Ag.
- On additionne les enthalpies libres : −F·E° = −RT ln Ks − F·E°(Ag⁺/Ag). Donc E° = 0,80 − 0,059 × 9,75 = 0,80 − 0,575 = 0,225 V, soit 0,22 V en arrondi final.
- Dans KCl à 0,10 mol·L⁻¹, E = 0,225 − 0,059 log 0,10 = 0,225 + 0,059 = 0,284 V. Ce potentiel reste fixe tant que [Cl⁻] ne varie pas, d'où l'usage de cette électrode comme référence.
- On obtient E(Pt) = 0,284 + 0,50 = 0,784 V, puis 0,784 = 0,77 + 0,059 log r. D'où log r ≈ 0,23 et r ≈ 1,7.
piège : Le signe de log Ks. Un potentiel qui augmente par précipitation de l'oxydant doit alerter. De plus, r dépend exponentiellement de petites différences de potentiel : on garde trois décimales et on n'arrondit qu'à la fin.
Exercice 5. Pile à combustible
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Données : ΔfH°(H₂O, l) = −285,8 kJ·mol⁻¹ et ΔfG°(H₂O, l) = −237,1 kJ·mol⁻¹ à 298 K. Écrire les demi-équations en milieu acide et calculer e°. Calculer le rendement maximal, ΔrS° et e° à 353 K. Calculer la charge fournie par 1,0 kg de dihydrogène.
Technique ΔrG° = −nFe° et approximation d'Ellingham.
Voir le corrigé
- À l'anode, H₂ = 2 H⁺ + 2 e⁻. À la cathode, O₂ + 4 H⁺ + 4 e⁻ = 2 H₂O. Pour H₂ + ½ O₂ → H₂O, on a n = 2.
- On calcule e° = 237 100/(2 × 96 485) = 1,23 V, en accord avec E°(O₂/H₂O) − E°(H⁺/H₂).
- Rendement maximal : 237,1/285,8 = 0,83. Le reste, TΔ_rS°, est cédé comme chaleur même en fonctionnement réversible.
- ΔrS° = (−285,8 + 237,1)·10³/298 = −163 J·K⁻¹·mol⁻¹. Donc e°(353 K) = 1,23 − 8,4·10⁻⁴ × 55 ≈ 1,18 V.
- 1,0 kg de H₂ représente 500 mol, soit 1 000 mol d'électrons, 9,6·10⁷ C, ou encore 2,7·10⁴ A·h.
piège : Prendre ΔrH° au lieu de ΔrG° pour la tension, ou oublier le facteur 1 000 entre kJ et J.
Exercice 6. Décharge d'une pile Daniell
Classiques de khôlle et concours · Écrit e3a
Chaque compartiment contient 100 mL de solution à 0,10 mol·L⁻¹, de Zn²⁺ d'un côté et de Cu²⁺ de l'autre. Le zinc est en large excès. La pile débite 20 mA. Calculer la durée de fonctionnement et la tension à vide quand 99 % du Cu²⁺ a réagi. Commenter. Avec une résistance interne de 2,0 Ω, quelle part de l'énergie maximale est récupérée ?
Technique capacité, Nernst en cours de décharge, inégalité U ≤ e.
Voir le corrigé
- Le cuivre II est limitant, 0,010 mol, soit 0,020 mol d'électrons et 1 930 C. La durée vaut 1 930/0,020 = 9,65·10⁴ s, environ 27 h.
- À 99 % de réaction, [Cu²⁺] = 0,0010 et [Zn²⁺] = 0,199 mol·L⁻¹. On obtient e = 1,10 + 0,0295 log(0,0010/0,199) = 1,03 V.
- La tension reste presque constante pendant toute la décharge, puis chute brutalement en fin de décharge. C'est l'effet du logarithme.
- Sous 20 mA, U = e − rI = 1,10 − 0,04 = 1,06 V. On récupère environ 96 % du travail maximal, le reste est dissipé par effet Joule.
piège : Diviser la charge par l'intensité en milliampères, ou prendre le zinc comme limitant sans vérifier.
Exercice 7. Produit de solubilité par une pile de concentration
Approfondissement · Type oral Mines
On construit la pile suivante. À gauche, un fil d'argent plonge dans KCl à 0,10 mol·L⁻¹ saturé en AgCl. À droite, un fil d'argent plonge dans AgNO₃ à 0,010 mol·L⁻¹. La tension à vide vaut 0,40 V. Identifier les pôles, calculer Ks(AgCl), puis dire ce que vaut e°.
Technique le même couple des deux côtés, seul [Ag⁺] diffère.
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- [Ag⁺] est bien plus grand à droite, le potentiel y est plus élevé. La droite est le pôle positif.
- E(droite) = 0,80 + 0,059 log 0,010 = 0,682 V, donc E(gauche) = 0,282 V.
- On écrit 0,282 = 0,80 + 0,059 log[Ag⁺], d'où log[Ag⁺] ≈ −8,78 et [Ag⁺] ≈ 1,7·10⁻⁹ mol·L⁻¹. Donc Ks = 1,7·10⁻⁹ × 0,10 ≈ 1,7·10⁻¹⁰.
- La réaction bilan transfère Ag⁺ de droite à gauche, où il précipite. On a e° = 0 pour le seul transfert d'ions, la tension provient uniquement des termes de concentration.
piège : Utiliser [Cl⁻] à la place de [Ag⁺] dans la formule de Nernst du couple Ag⁺/Ag.
Exercice 8. Stabilisation du cobalt III par l'ammoniac
Approfondissement · Type écrit Centrale
On donne E°(Co³⁺/Co²⁺) = 1,81 V et E°(O₂/H₂O) = 1,23 V. On donne aussi log β₆ = 35,2 pour Co(NH₃)₆³⁺ et log β₆ = 5,1 pour Co(NH₃)₆²⁺. Montrer que Co³⁺ n'est pas stable dans l'eau. Calculer E° du couple des complexes ammine. Expliquer pourquoi une solution ammoniacale de cobalt II, de pH voisin de 11, s'oxyde à l'air.
Technique cycle avec deux constantes de formation, puis potentiel de O₂/H₂O dépendant du pH.
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- À pH 0, 1,81 V est supérieur à 1,23 V : Co³⁺ oxyde l'eau en dioxygène.
- Co(NH₃)₆³⁺ + e⁻ = Co(NH₃)₆²⁺ se décompose en trois étapes : dissociation du complexe III (+RT ln β₆(III)), réduction de Co³⁺ (−F·E°₁), formation du complexe II (−RT ln β₆(II)).
- L'additivité donne E° = 1,81 + 0,059 (log β₆(II) − log β₆(III)) = 1,81 − 0,059 × 30,1 ≈ 0,03 V.
- À pH 11, E(O₂/H₂O) ≈ 1,23 − 0,059 × 11 = 0,58 V sous une pression de O₂ égale à p°. C'est bien supérieur à 0,03 V : le dioxygène de l'air oxyde le cobalt II complexé.
- Conclusion chimique : la complexation plus forte du degré III le stabilise. La valeur de E° dépend beaucoup des β tabulés, qui varient selon les sources.
piège : Inverser les deux constantes. Le complexe le plus stable est celui de l'espèce dont le potentiel s'effondre, ici l'oxydant.
Erreurs fréquentes
- Additionner ou moyenner des potentiels standard au lieu des produits n·E°. C'est l'erreur la plus sanctionnée du chapitre.
- Se tromper sur n. On le prend sur une seule demi-équation alors qu'il faut celui de l'équation bilan équilibrée, ou bien on le change en multipliant l'équation sans changer ΔrG en conséquence.
- Prévoir le sens ou la polarité avec les E° quand les potentiels sont proches ou les concentrations éloignées de 1. Il faut les potentiels de Nernst.
- Confondre anode et pôle négatif hors du cas du générateur, ou inverser le sens des électrons et le sens du courant dans le circuit extérieur.
- Oublier le facteur 1 000 entre J et kJ, ou le facteur 3 600 entre coulombs et ampères-heures. Mal placer le signe de log Ks ou de log β dans un cycle.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de PC (2021), partie 1, paragraphe 1.5 « Thermodynamique et cinétique des transformations modélisées par des réactions d'oxydo-réduction », rubrique « Étude thermodynamique ». Elle couvre la relation entre enthalpie libre de réaction et potentiels de Nernst, la relation entre enthalpie libre standard et potentiels standard, la détermination d'une constante d'équilibre et d'un potentiel standard à partir de données thermodynamiques, et l'approche thermodynamique du fonctionnement d'une pile. L'étude cinétique, avec les courbes courant-potentiel, fait l'objet du chapitre suivant.