Le cours
Résumé en cinq points
- Une application linéaire est déterminée par l'image d'une base, que l'on peut choisir librement.
- Noyau et image sont des sous-espaces. Injectivité équivaut à noyau nul, surjectivité à image pleine.
- Théorème du rang : , avec la dimension de l'espace de départ.
- En dimension finie égale, injectif, surjectif et bijectif sont équivalents, ce qui est faux en dimension infinie.
- Projecteurs et symétries se reconnaissent à et , et les solutions d'une équation linéaire forment .
Pourquoi ce chapitre
Une application linéaire est une application qui respecte la structure d'espace vectoriel. C'est le bon objet pour transporter les problèmes d'un espace vers un autre.
- Deux sous-espaces la résument : le noyau, qui mesure ce qui est écrasé, et l'image, qui mesure ce qui est atteint.
- Le théorème du rang relie leurs dimensions, en algèbre comme en analyse.
- Les endomorphismes remarquables, projecteurs et symétries, se caractérisent par et .
- La structure d'une équation linéaire, solution particulière plus solutions de l'équation homogène, unifie les systèmes linéaires, les équations différentielles et les suites récurrentes.
Le chapitre suivant traduira tout cela en matrices.
1Généralités
1.1Définition
Définition 1.1Application linéaire
Une application de dans est linéaire si, pour tous vecteurs et de et tout scalaire de : De façon équivalente, pour tous , et tout . On note l'ensemble des applications linéaires de dans .
Conséquence immédiate : .
Attention
Une application qui n'envoie pas sur n'est pas linéaire. La réciproque est fausse : vérifie sans être linéaire.
Exemple 1.2Exemples et contre-exemples
- La dérivation de dans .
- L'application qui à un polynôme associe sa valeur en .
- L'application de dans qui à associe son intégrale sur .
- L'application de dans donnée par .
- Contre-exemples : et de dans .
1.2Opérations
Propriété 1.3Espace des applications linéaires
est un -espace vectoriel pour l'addition et la multiplication par un scalaire. La composée de deux applications linéaires est linéaire.
Propriété 1.4Bilinéarité de la composition
Hypothèses
- ;
- et pour la première égalité ;
- et pour la seconde.
Alors :
La composition est donc linéaire en chacune de ses deux variables.
Attention
La composition n'est pas commutative. Sur , dériver puis multiplier par ne donne pas la même chose que multiplier par puis dériver : la différence vaut l'identité.
1.3Isomorphismes
Définition 1.5Isomorphisme
Un isomorphisme est une application linéaire bijective. Deux espaces sont isomorphes s'il existe un isomorphisme de l'un sur l'autre.
Propriété 1.6Réciproque d'un isomorphisme
La réciproque d'un isomorphisme est linéaire.
Démonstration
Soit un isomorphisme, et . Alors Comme est injective, .
1.4Image et noyau
Propriété 1.7Images directe et réciproque
Soit .
- L'image directe d'un sous-espace de par est un sous-espace de .
- L'image réciproque d'un sous-espace de par est un sous-espace de .
Définition 1.8Image et noyau
L'image de est , sous-espace de . Le noyau de est , sous-espace de .
Propriété 1.9Caractérisations
Soit .
- est surjective si et seulement si .
- est injective si et seulement si .
Démonstration
Si est injective et , alors . Réciproquement, si le noyau est nul et , alors , donc .
Propriété 1.10Image et famille génératrice
Si est une famille génératrice finie de , alors .
L'image est engendrée par les images des vecteurs d'une famille génératrice, en particulier d'une base. C'est ainsi qu'on calcule une image en pratique.
Exemple 1.11Image et noyau dans
Soit .
- Les images de la base canonique sont , , . Elles engendrent , donc est surjective.
- Le noyau est l'ensemble des avec et : c'est la droite engendrée par .
1.5Rang
Définition 1.12Rang
Si est de dimension finie, est dite de rang fini et .
Propriété 1.13Rang d'une composée
Pour et : Le rang est invariant par composition par un isomorphisme, à gauche comme à droite.
Démonstration
est inclus dans . C'est aussi l'image par du sous-espace , dont la dimension est au plus . Composer par une bijection linéaire ne change pas la dimension des images.
2Endomorphismes
2.1Définitions
Définition 2.1Endomorphisme
Un endomorphisme de est une application linéaire de dans . On note leur ensemble. L'identité est notée . Une homothétie de rapport est l'application .
Pour et , est la composée de avec lui-même fois, avec .
est stable par composition. Deux endomorphismes et commutent quand .
Attention
La formule du binôme pour n'est valable que si et commutent.
2.2Projecteurs
Définition 2.2Projection
Si , la projection sur parallèlement à est l'application qui à , avec et , associe . Elle est linéaire grâce à l'unicité de la décomposition.
Propriété 2.3Propriétés d'une projection
- et ;
- ;
- est l'ensemble des vecteurs invariants par .
Propriété 2.4Caractérisation des projecteurs
Hypothèses
- ;
- .
Alors et est la projection sur parallèlement à . On dit que est un projecteur.
Démonstration
Pour tout , on écrit . Le premier terme est dans . Le second est dans , car La somme est directe : si est dans l'intersection, donne et donne , d'où .
Attention
Un projecteur n'est pas déterminé par son image seule : il faut aussi son noyau. Deux projections sur la même droite, parallèlement à deux droites différentes, sont deux applications différentes.
2.3Symétries
Définition 2.5Symétrie
Si , la symétrie par rapport à parallèlement à est l'application qui à associe . Elle vérifie : c'est un automorphisme, égal à sa propre réciproque.
Propriété 2.6Caractérisation des symétries
Hypothèses
- ;
- .
Alors est la symétrie par rapport à parallèlement à .
Le lien avec les projecteurs est direct : où est la projection associée.
Exemple 2.7Parité
Sur les fonctions de dans , l'application est une symétrie. Ses sous-espaces caractéristiques sont les fonctions paires et les fonctions impaires, qui sont donc supplémentaires.
2.4Automorphismes et groupe linéaire
Définition 2.8Groupe linéaire
Un automorphisme de est un endomorphisme bijectif. L'ensemble des automorphismes est noté . Il est stable par composition, contient l'identité, et tout élément y a un inverse : c'est une structure de groupe. Pour et , a un sens.
La définition axiomatique des groupes est hors programme à ce stade.
3Détermination d'une application linéaire en dimension finie
3.1Théorème fondamental
Théorème 3.1Détermination par l'image d'une base
Hypothèses
- est de dimension finie et est une base de ;
- est une famille quelconque de vecteurs de , indexée par le même ensemble.
Alors il existe une unique application linéaire telle que pour tout .
Une application linéaire est entièrement déterminée par l'image d'une base, et on peut imposer ces images librement. L'unicité vient de la linéarité, l'existence de la définition sur les coordonnées.
Propriété 3.2Caractérisations
Avec les notations du théorème :
- est injective si et seulement si est libre ;
- est surjective si et seulement si est génératrice de ;
- est bijective si et seulement si est une base de .
3.2Espaces isomorphes
Propriété 3.3Isomorphisme et dimension
Deux espaces de dimension finie sont isomorphes si et seulement s'ils ont la même dimension. En particulier, tout espace de dimension est isomorphe à , par l'application coordonnées dans une base fixée.
Propriété 3.4Dimension de
Si et sont de dimension finie, .
La démonstration passe par les matrices : elle peut être vue au chapitre suivant.
3.3Le théorème des trois équivalences
Théorème 3.5Injectif, surjectif, bijectif
Hypothèses
- et sont de même dimension finie ;
- .
Alors est injective si et seulement si est surjective, si et seulement si est bijective.
Une seule des deux propriétés est à vérifier.
Attention
L'hypothèse de dimension finie et d'égalité des dimensions est indispensable. Sur , la dérivation est surjective et non injective, la multiplication par est injective et non surjective.
Propriété 3.6Inverse à gauche ou à droite
Un endomorphisme d'un espace de dimension finie inversible à gauche ou à droite est inversible, et son inverse à gauche coïncide avec son inverse à droite.
Démonstration
Si , alors est injective, donc bijective. En composant par , on obtient .
3.4Recollement
Propriété 3.7Recollement
Hypothèses
- ;
- et .
Alors il existe une unique application linéaire qui coïncide avec sur et avec sur . Elle est définie par , ce qui a un sens grâce à l'unicité de la décomposition.
4Théorème du rang
4.1Forme géométrique
Théorème 4.1Forme géométrique du théorème du rang
Hypothèses
- ;
- est un supplémentaire de dans .
Alors induit un isomorphisme de sur .
Démonstration
La restriction de à est linéaire à valeurs dans . Elle est injective, car son noyau est . Elle est surjective sur : tout élément de s'écrit avec , et , et .
4.2Forme dimensionnelle
Théorème 4.2Théorème du rang
Hypothèses
- est de dimension finie ;
- .
Alors .
Démonstration
Avec supplémentaire de , la forme géométrique donne .
Attention
C'est la dimension de l'espace de départ qui intervient, pas celle de l'arrivée. n'a pas besoin d'être de dimension finie.
Exemple 4.3Applications du théorème du rang
- Soit dont le noyau contient un plan. Alors et n'est pas surjective.
- L'application de dans a pour noyau les constantes : son rang vaut .
5Équations linéaires
Définition 5.1Équation linéaire
Une équation linéaire est une équation de la forme , où et est un vecteur donné de . L'équation homogène associée est : son ensemble de solutions est .
Propriété 5.2Structure des solutions
Soit et .
- Si , l'ensemble des solutions de est vide.
- Sinon, si est une solution particulière, l'ensemble des solutions est , c'est-à-dire l'ensemble des avec .
Démonstration
équivaut à .
Les solutions d'une équation linéaire forment . Cette structure s'applique à :
- un système linéaire : une solution particulière plus le noyau de ;
- une équation différentielle linéaire d'ordre 1 ou 2 : une solution particulière plus la solution générale de l'équation homogène ;
- une suite arithmético-géométrique : on cherche un point fixe comme solution particulière.
6Formes linéaires et hyperplans en dimension finie
Définition 6.1Forme linéaire et hyperplan
Une forme linéaire sur est une application linéaire de dans . Un hyperplan de est le noyau d'une forme linéaire non nulle.
Propriété 6.2Dimension d'un hyperplan
En dimension finie , un hyperplan est exactement un sous-espace de dimension .
Démonstration
Sens direct : une forme linéaire non nulle a pour image , donc un rang égal à , et son noyau est de dimension par le théorème du rang.
Propriété 6.3Équation d'un hyperplan
Dans une base fixée, un hyperplan est l'ensemble des vecteurs dont les coordonnées vérifient une équation avec les non tous nuls. Deux formes linéaires non nulles ont le même noyau si et seulement si elles sont proportionnelles : l'équation est donc unique à un facteur non nul près.
Théorème 6.4Hyperplan et droite
Hypothèses
- est un hyperplan de ;
- est une droite non contenue dans .
Alors .
Démonstration
L'intersection est un sous-espace de différent de , donc nul. Les dimensions s'ajoutent alors à .
Exemple 6.5Plan de
Le plan d'équation est un hyperplan de . La droite engendrée par , qui n'est pas dans ce plan, en est un supplémentaire.
Méthodes
MéthodeMontrer qu'une application est linéaire ou non
- Pour montrer qu'elle l'est, vérifier en une seule ligne.
- Pour montrer qu'elle ne l'est pas, tester ou un contre-exemple numérique.
MéthodeDéterminer un noyau et une image
- Noyau : résoudre et donner une base du sous-espace des solutions.
- Image : calculer les images des vecteurs d'une base, puis extraire une base de leur espace engendré.
MéthodeTrouver un rang
- Choisir le côté le plus simple : l'image directement, ou le noyau.
- Dans le second cas, conclure par le théorème du rang.
MéthodeIdentifier un projecteur ou une symétrie
- Calculer ou .
- Décrire les sous-espaces et , ou et .
MéthodeMontrer qu'un endomorphisme est bijectif
Pour un endomorphisme d'un espace de dimension finie, ou une application entre espaces de même dimension finie, prouver seulement l'injectivité, c'est-à-dire que le noyau est nul.
MéthodeRésoudre une équation linéaire
- Séparer solution particulière et équation homogène.
- Conclure par .
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Démontrer que est injective si et seulement si son noyau est nul.
- Démontrer que si , alors et est la projection associée.
- Faire le lien entre projecteur et symétrie par .
- Énoncer et démontrer la forme géométrique du théorème du rang, puis en déduire la formule des dimensions.
- Justifier qu'en dimension finie égale, injectif équivaut à surjectif, et donner deux contre-exemples en dimension infinie.
- Déterminer noyau, image et rang d'une application linéaire explicite de dans .
- Montrer qu'un hyperplan et une droite non incluse dedans sont supplémentaires.
- Décrire l'ensemble des solutions de et citer trois situations où cette structure s'applique.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- L(E, F) est un K-espace vectoriel, une composée d'applications linéaires est linéaire et la composition est bilinéaire. Exigible.
- La réciproque d'un isomorphisme est linéaire. Exigible avec démonstration.
- L'image directe et l'image réciproque d'un sous-espace sont des sous-espaces. Exigible avec démonstration.
- u est injective si et seulement si Ker u = {0}. Exigible avec démonstration.
- Si (xi) est une famille finie génératrice de E, alors Im u = Vect(u(xi)). Exigible avec démonstration.
- rg(v ∘ u) ≤ min(rg u, rg v), et le rang est invariant par composition par un isomorphisme. Exigible avec démonstration.
- GL(E) contient id et il est stable par composition et par passage à l'inverse. Exigible. La définition axiomatique d'un groupe est hors programme.
- Si p ∘ p = p, alors p est la projection sur Im p parallèlement à Ker p. Exigible avec démonstration.
- Si s ∘ s = id, alors s est la symétrie par rapport à Ker(s − id) parallèlement à Ker(s + id). Exigible avec démonstration.
- E de dimension finie, (ei) base de E, (fi) famille de F : il existe une unique u avec u(ei) = fi. De plus, u est injective, surjective ou bijective selon que (fi) est libre, génératrice ou une base. Exigible avec démonstration.
- Deux espaces de dimension finie sont isomorphes si et seulement s'ils ont la même dimension. Exigible avec démonstration.
- Entre deux espaces de même dimension finie, injective ⇔ surjective ⇔ bijective. Exigible avec démonstration.
- En dimension finie, un endomorphisme inversible à gauche ou à droite est inversible. Exigible avec démonstration.
- dim L(E, F) = dim E × dim F. Exigible, avec une démonstration qui peut attendre le chapitre des matrices.
- Recollement sur E = E₁ ⊕ E₂. Exigible avec démonstration.
- Forme géométrique du théorème du rang, pour tout supplémentaire S de Ker u. Exigible avec démonstration, sans hypothèse de dimension.
- Théorème du rang, avec E de dimension finie et F quelconque. Exigible avec démonstration.
- Les solutions de u(x) = a forment l'ensemble vide ou x₀ + Ker u. Exigible avec démonstration.
- En dimension finie n, les hyperplans sont exactement les sous-espaces de dimension n − 1. Deux formes non nulles ont le même noyau si et seulement si elles sont proportionnelles. Exigible.
- En dimension finie, si H est un hyperplan et D une droite non contenue dans H, alors E = H ⊕ D. Exigible avec démonstration.
- Hors programme en PCSI : dual, lemme des noyaux, polynômes annulateurs, valeurs propres. La trace attend le chapitre des matrices.
Clés de démonstration
Réciproque linéaire. On veut u⁻¹(λa + b) = λu⁻¹(a) + u⁻¹(b). On applique u aux deux membres, et on trouve λa + b de chaque côté. Astuce : l'injectivité de u conclut sans calculer u⁻¹.
Image engendrée. Tout x s'écrit Σ λi xi, donc u(x) = Σ λi u(xi). Inversement, chaque u(xi) appartient au sous-espace Im u. Astuce : on raisonne par double inclusion.
Rang d'une composée. Im(v ∘ u) = v(Im u) est incluse dans Im v. Elle est aussi engendrée par les images d'une base de Im u. Astuce : une famille génératrice de rg u vecteurs donne une dimension au plus rg u.
Symétrie. On écrit x = (x + s(x))/2 + (x − s(x))/2. Le premier terme est fixé par s et le second est changé en son opposé. Si y est dans l'intersection, alors y = −y, donc y = 0. Astuce : c'est la décomposition en parties paire et impaire.
Détermination par une base. Pour l'unicité, u(Σ xi ei) = Σ xi fi est imposée. Pour l'existence, on pose cette formule, bien définie par unicité des coordonnées, et elle est linéaire. Astuce : Σ xi fi = 0 équivaut à u(x) = 0, d'où les caractérisations.
Trois équivalences. Si u est injective, le théorème du rang donne rg u = dim E = dim F, donc Im u = F par le cas d'égalité des dimensions. Si u est surjective, alors dim Ker u = dim E − dim F = 0. Astuce : un sous-espace de même dimension finie que l'espace est l'espace entier.
Forme géométrique du rang. On restreint u à S. Le noyau de la restriction est S ∩ Ker u = {0}. Pour la surjectivité sur Im u, on décompose x selon Ker u ⊕ S. Astuce : la composante dans le noyau disparaît quand on applique u.
Hyperplans. On complète une base (e₁, …, en−1) d'un sous-espace de dimension n − 1 par en, puis on pose φ(ei) = 0 pour i < n et φ(en) = 1. Ker φ contient le sous-espace et il a la même dimension, donc ils sont égaux. Si φ et ψ ont le même noyau H, on choisit a hors de H, et ψ − (ψ(a)/φ(a))φ s'annule sur H ⊕ Ka = E. Astuce : on se ramène à H ⊕ D.
Exemples et contre-exemples à connaître
- Sur K[X], la dérivation D est surjective et non injective, et la multiplication M par X est injective et non surjective. Ce sont les contre-exemples aux trois équivalences en dimension infinie.
- D ∘ M − M ∘ D = id, car (XP)' − XP' = P. C'est le contre-exemple standard à la commutativité.
- Sur R², u(x, y) = (y, 0) vérifie Ker u = Im u = Vect((1, 0)). Noyau et image ne sont donc pas toujours supplémentaires.
- Avec u(x, y) = (x, 0) et v(x, y) = (y, 0), on a v ∘ u = 0 alors que les deux rangs valent 1. L'inégalité sur le rang d'une composée peut être stricte.
- 0 et id sont des projecteurs, id et −id sont des symétries. −id est la symétrie par rapport à {0} parallèlement à E, cas limite souvent oublié.
- La rotation (x, y) ↦ (−y, x) de R² vérifie u ∘ u = −id. Elle n'est ni un projecteur ni une symétrie, et elle ne laisse aucune droite stable.
- P ↦ P(X + 1) − P(X) sur Rn[X] a pour noyau les constantes et pour image Rn−1[X]. C'est l'exemple type d'image obtenue par le théorème du rang.
- La conjugaison z ↦ z̄ est R-linéaire mais pas C-linéaire, car i a pour image −i au lieu de i · 1. Il faut toujours préciser le corps.
Techniques du chapitre
Noyau par un système, image par inclusion et dimension. Mini-exercice : u(x, y, z) = (x − y, y − z, z − x) sur R³. Le noyau est donné par x = y = z, c'est Vect((1, 1, 1)), donc rg u = 2. Toute image a une somme de coordonnées nulle, donc Im u est le plan a + b + c = 0, par égalité des dimensions.
Bijectivité par le noyau seul. Mini-exercice : φ(P) = P + P' sur Rn[X]. Si P ≠ 0, alors deg P' < deg P, donc P + P' a le degré de P et n'est pas nul. Le noyau est nul, donc φ est bijective, et P + P' = Q a une unique solution pour tout Q.
Reconnaître un projecteur. Mini-exercice : p(x, y, z) = (x, y, x + y). On trouve p(x, y, x + y) = (x, y, x + y), donc p ∘ p = p. Im p est le plan z = x + y et Ker p = Vect((0, 0, 1)).
Reconnaître une symétrie. Mini-exercice : s(x, y, z) = (y, x, z). On a s ∘ s = id. Ker(s − id) est le plan x = y et Ker(s + id) = Vect((1, −1, 0)).
Traduire une composée nulle. v ∘ u = 0 équivaut à Im u ⊂ Ker v. Mini-exercice : si u ∘ u = 0 sur R⁵, alors Im u ⊂ Ker u, donc rg u ≤ 5 − rg u, soit rg u ≤ 2.
Solution particulière plus noyau. Mini-exercice : résoudre P(X + 1) − P(X) = 1 dans R[X]. X convient. Le noyau est formé des constantes, car P − P(0) s'annule en tout entier naturel. Les solutions sont les X + c, avec c réel.
Définir par l'image d'une base. Mini-exercice : existe-t-il u sur R² avec u(1, 1) = (1, 0) et u(1, −1) = (0, 1) ? Oui, et elle est unique, car ces deux vecteurs forment une base. Par exemple u(1, 0) = (u(1, 1) + u(1, −1))/2 = (1/2, 1/2).
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Noyau, image et rang
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Soit u de R⁴ dans R³ définie par u(x, y, z, t) = (x + y + z + t, x − y + z − t, 2x + 2z). Donner une base du noyau, puis une base et une équation de l'image.
Technique système pour le noyau, théorème du rang pour l'image.
Voir le corrigé
- La troisième coordonnée est la somme des deux premières, donc le système équivaut à x + z = 0 et y + t = 0. 2. Ker u = Vect((1, 0, −1, 0), (0, 1, 0, −1)), de dimension 2. 3. Donc rg u = 4 − 2 = 2. 4. Les images de la base canonique sont (1, 1, 2), (1, −1, 0), (1, 1, 2), (1, −1, 0). Les deux premières sont libres et forment une base de Im u. 5. Toute image vérifie c = a + b, et les dimensions sont égales, donc Im u est le plan c = a + b.
piège : Donner les quatre images comme base, sans extraire une famille libre.
Exercice 2. Endomorphisme de carré nul
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Soit E de dimension n et u dans L(E) avec u ∘ u = 0. Montrer que rg u ≤ n/2. Pour n = 4, construire un tel u de rang 2.
Technique composée nulle traduite en inclusion, puis théorème du rang.
Voir le corrigé
- Pour tout x, u(u(x)) = 0, donc Im u ⊂ Ker u. 2. Ainsi rg u ≤ n − rg u, soit 2 rg u ≤ n. 3. Pour n = 4, dans une base (e₁, e₂, e₃, e₄), on définit u par u(e₁) = 0, u(e₂) = e₁, u(e₃) = 0, u(e₄) = e₃, ce qui est licite par détermination par une base. 4. u ∘ u s'annule sur chaque vecteur de la base, donc u ∘ u = 0 par linéarité. Im u = Vect(e₁, e₃) est de dimension 2.
piège : Vérifier u ∘ u = 0 sur quelques vecteurs au lieu de tous les vecteurs d'une base.
Exercice 3. Noyau de u et noyau de u²
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Soit u dans L(E). Montrer que Ker u ⊂ Ker u², puis que Ker u = Ker u² si et seulement si Ker u ∩ Im u = {0}. En dimension finie, en déduire que Ker u = Ker u² équivaut à E = Ker u ⊕ Im u.
Technique revenir aux éléments, puis appliquer le théorème du rang.
Voir le corrigé
- Si u(x) = 0, alors u(u(x)) = 0. 2. Sens direct : soit y = u(x) dans Ker u ∩ Im u. Alors u²(x) = u(y) = 0, donc x ∈ Ker u, et y = 0. 3. Réciproque : si u²(x) = 0, alors u(x) est dans Im u et dans Ker u, donc u(x) = 0. 4. En dimension finie, dim Ker u + dim Im u = dim E. La somme est directe exactement quand l'intersection est nulle, et elle vaut alors E par égalité des dimensions.
piège : Oublier que le point 4 exige la dimension finie. Sur K[X], la multiplication M par X est injective, donc Ker M = Ker M² = {0}, mais Im M ne contient pas 1, et Ker M ⊕ Im M n'est pas K[X].
Exercice 4. Opérateur de différence
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP PC
Pour n ≥ 1, soit Δ(P) = P(X + 1) − P(X) sur Rn[X]. Déterminer Ker Δ et Im Δ. Pour n ≥ 3, en déduire l'existence de P tel que Δ(P) = X², puis calculer Σ k² pour k de 0 à m.
Technique inclusion de l'image, théorème du rang, télescopage.
Voir le corrigé
- Si Δ(P) = 0, alors P(k) = P(0) pour tout entier naturel k. P − P(0) a une infinité de racines, donc il est nul. Ker Δ = R₀[X]. 2. Si P est de degré d ≥ 1 et de coefficient dominant a, Δ(P) est de degré d − 1 et de coefficient dominant ad. Donc Im Δ ⊂ Rn−1[X]. 3. rg Δ = (n + 1) − 1 = n = dim Rn−1[X], d'où Im Δ = Rn−1[X]. 4. On vérifie que P = X³/3 − X²/2 + X/6 convient. 5. On somme Δ(P)(k) = k² pour k de 0 à m. Par télescopage, Σ k² = P(m + 1) − P(0) = m(m + 1)(2m + 1)/6.
piège : Prendre n au lieu de n + 1 pour la dimension de Rn[X].
Exercice 5. Somme de deux projecteurs
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP PC
Soient p et q deux projecteurs de E. Montrer que p + q est un projecteur si et seulement si p ∘ q = q ∘ p = 0.
Technique développer sans commutativité, puis composer à gauche et à droite.
Voir le corrigé
- (p + q)² = p + q + p ∘ q + q ∘ p, donc p + q est un projecteur si et seulement si p ∘ q + q ∘ p = 0. 2. La condition suffisante est immédiate. 3. Réciproquement, on compose cette égalité par p à gauche, ce qui donne p ∘ q + p ∘ q ∘ p = 0, puis par p à droite, ce qui donne p ∘ q ∘ p + q ∘ p = 0. 4. Par soustraction, p ∘ q = q ∘ p, donc 2 p ∘ q = 0. Comme K est R ou C, p ∘ q = 0 = q ∘ p.
piège : Écrire (p + q)² = p² + 2pq + q², ce qui suppose la commutativité.
Exercice 6. Projection et symétrie dans R³
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Soit H le plan x + y + z = 0 et D = Vect((1, 0, 0)). Justifier que R³ = H ⊕ D, puis exprimer la projection p sur H parallèlement à D et la symétrie s par rapport à H parallèlement à D.
Technique lire la composante sur D grâce à la forme qui définit H.
Voir le corrigé
- (1, 0, 0) a une somme de coordonnées égale à 1, donc D n'est pas contenue dans H, et R³ = H ⊕ D. 2. On écrit v = (x, y, z) = h + λ(1, 0, 0) avec h dans H. La forme φ(x, y, z) = x + y + z s'annule sur H, donc λ = x + y + z. 3. p(v) = v − λ(1, 0, 0) = (−y − z, y, z). 4. s = 2p − id donne s(v) = (−x − 2y − 2z, y, z). 5. Contrôle : la première coordonnée de s(s(v)) vaut x + 2y + 2z − 2y − 2z = x.
piège : Confondre le plan sur lequel on projette et la direction de projection.
Exercice 7. Un hyperplan en dimension infinie
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit e3a
Soit E = C⁰([0, 1], R) et H l'ensemble des f d'intégrale nulle sur [0, 1]. Montrer que H est le noyau d'une forme linéaire non nulle, que E = H ⊕ C où C est la droite des constantes, et identifier la projection sur C parallèlement à H.
Technique décomposition explicite, car le théorème H ⊕ D n'est au programme qu'en dimension finie.
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- I : f ↦ ∫ f est une forme linéaire, non nulle car I(1) = 1, et H = Ker I. 2. Une constante c d'intégrale nulle vérifie c = 0, donc H ∩ C = {0}. 3. f = (f − I(f)) + I(f), où f − I(f) est d'intégrale nulle. 4. La projection sur C parallèlement à H associe à f la constante I(f).
piège : Invoquer un argument de dimension dans un espace de dimension infinie.
Exercice 8. Inégalité de Sylvester
Approfondissement · Niveau écrit Mines
Soient u dans L(E, F) et v dans L(F, G), avec F de dimension finie n. Montrer que rg u + rg v − n ≤ rg(v ∘ u).
Technique théorème du rang appliqué à la restriction de v à Im u.
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- Soit w la restriction de v à Im u. Son image est v(Im u) = Im(v ∘ u), donc rg w = rg(v ∘ u). 2. Ker w = Ker v ∩ Im u, de dimension au plus n − rg v. 3. Im u est de dimension finie rg u, et le théorème du rang donne rg(v ∘ u) = rg u − dim(Ker v ∩ Im u) ≥ rg u + rg v − n.
piège : Appliquer le théorème du rang à v ∘ u sur E, qui n'est pas forcément de dimension finie.
Exercice 9. Indice de nilpotence
Approfondissement · Niveau écrit Centrale
Soit E de dimension n et u dans L(E). On suppose up = 0 et up−1 ≠ 0 pour un entier p ≥ 1. Montrer que p ≤ n.
Technique exhiber une famille libre de p vecteurs.
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- On choisit x tel que up−1(x) ≠ 0. 2. On suppose Σ λk uk(x) = 0 pour k de 0 à p − 1, avec des λk non tous nuls, et on note j le plus petit indice tel que λj ≠ 0. 3. On applique up−1−j. Les termes d'indice k > j donnent un exposant au moins p, donc ils sont nuls. Il reste λj up−1(x) = 0. 4. Donc λj = 0, ce qui est absurde. La famille (x, u(x), …, up−1(x)) est libre, donc p ≤ n, et en particulier un = 0.
piège : Appliquer up−1 d'emblée, ce qui ne traite que λ₀.
Exercice 10. Endomorphisme qui conserve toutes les droites
Approfondissement · Type oral Centrale
Soit E ≠ {0} et u dans L(E) tel que (x, u(x)) est liée pour tout x. Montrer que u est une homothétie.
Technique identifier les coefficients sur une famille libre.
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- Pour x ≠ 0, il existe un unique scalaire λx tel que u(x) = λx x. 2. Si x et y sont libres, u(x + y) s'écrit λx+y(x + y) et λx x + λy y. Par liberté, λx = λx+y = λy. 3. Si y = μx avec μ ≠ 0, alors u(y) = μλ_x x = λx y, donc λy = λx. 4. λx est donc une constante λ, et u = λ id, ce qui reste vrai en 0.
piège : Oublier le cas de deux vecteurs colinéaires, seul cas présent en dimension 1.
Erreurs fréquentes
- Écrire le théorème du rang avec la dimension de l'espace d'arrivée, ou en déduire que E = Ker u ⊕ Im u, ce que dément u(x, y) = (y, 0).
- Utiliser injective ⇔ surjective en dimension infinie, ou entre deux espaces de dimensions différentes.
- Décrire un projecteur par sa seule image, sans donner sa direction Ker p.
- Croire que u(0) = 0 prouve la linéarité. Ce test est nécessaire mais pas suffisant, comme le montre x ↦ x².
- Développer (u + v)² ou (u + v)n par le binôme sans vérifier que u et v commutent.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de PCSI (2021), deuxième semestre, section « Espaces vectoriels et applications linéaires », paragraphe C « Applications linéaires ». Elle suppose connus les espaces vectoriels (paragraphe A) et la dimension (paragraphe B). désigne ou , et , , désignent des -espaces vectoriels.