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MPI · Maths · semaine 7

Réduction des endomorphismes

Valeurs propres, vecteurs propres, polynôme caractéristique, diagonalisation et trigonalisation, polynôme minimal, théorème de Cayley-Hamilton, endomorphismes nilpotents.

Sommaire

Le cours

Résumé en cinq points

  1. Les valeurs propres sont les racines du polynôme caractéristique, et la dimension du sous-espace propre est comprise entre 11 et la multiplicité.
  2. Diagonalisable veut dire que la somme des sous-espaces propres est EE, ce qui équivaut à χ\chi scindé avec dim⁡Eλ=mλ\dim E_\lambda = m_\lambda pour chaque λ\lambda.
  3. Trigonalisable équivaut à χ\chi scindé, donc c'est automatique sur C\C, et alors trace et déterminant se lisent sur les valeurs propres.
  4. Par les polynômes : uu est diagonalisable si et seulement si πu\pi_u est scindé à racines simples, trigonalisable si et seulement si πu\pi_u est scindé. Le lemme des noyaux est le moteur de ces preuves.
  5. Cayley-Hamilton donne χu(u)=0\chi_u(u) = 0, donc π\pi divise χ\chi, et la décomposition en sous-espaces caractéristiques ramène toute matrice complexe à des blocs de la forme λI+N\lambda I + N avec NN nilpotente.
Pourquoi ce chapitre

Réduire un endomorphisme, c'est chercher une base dans laquelle sa matrice est la plus simple possible, diagonale si on peut, triangulaire sinon.

  • Enjeu pratique : une fois la matrice diagonalisée, on calcule les puissances, on résout les systèmes différentiels linéaires, on étudie les suites récurrentes et les chaînes de Markov sans effort.
  • Enjeu théorique : la réduction relie l'algèbre linéaire et l'arithmétique des polynômes.

Le programme distingue deux approches.

  • L'approche géométrique s'appuie sur les sous-espaces stables et les éléments propres, avec le polynôme caractéristique comme outil de calcul.
  • L'approche algébrique s'appuie sur les polynômes annulateurs et le lemme des noyaux.

Il faut savoir passer de l'une à l'autre.

Dans tout le chapitre, K\K est un sous-corps de C\C, en pratique R\R ou C\C, et EE est un K\K-espace vectoriel de dimension finie n⩾1n \geqslant 1 sauf mention contraire.

1Éléments propres

1.1Définitions

Définition 1.1Valeur propre, vecteur propre

Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). Un scalaire λ\lambda est une valeur propre de uu s'il existe un vecteur xx non nul tel que u(x)=λxu(x) = \lambda x. Un tel xx est un vecteur propre associé à λ\lambda.

Attention

L'exigence x≠0x \neq 0 est essentielle, sinon tout scalaire serait valeur propre. En revanche λ=0\lambda = 0 est autorisé : 00 est valeur propre de uu si et seulement si uu n'est pas injectif.

Définition 1.2Sous-espace propre

Le sous-espace propre associé à λ\lambda est Eλ(u)=Ker⁡(u−λ id).E_\lambda(u) = \Ker(u - \lambda\,\mathrm{id}). Il contient le vecteur nul et tous les vecteurs propres associés à λ\lambda. Sa dimension est au moins 11 dès que λ\lambda est valeur propre.

Définition 1.3Spectre

Le spectre de uu, noté Sp⁡(u)\operatorname{Sp}(u), est l'ensemble de ses valeurs propres.

Les droites stables par uu sont exactement les droites engendrées par un vecteur propre.

Pour une matrice carrée M∈Mn(K)M \in \mathcal{M}_n(\K), les mêmes définitions valent avec l'équation MX=λXMX = \lambda X, X∈KnX \in \K^n non nul. Deux matrices semblables ont même spectre, car un changement de base ne change pas l'endomorphisme.

Propriété 1.4Dépendance du corps

Si K\K est un sous-corps de K′\K', le spectre de MM dans K\K est contenu dans son spectre dans K′\K'.

Exemple 1.5Rotation d'angle π/2\pi/2

La matrice de rotation d'angle π/2\pi/2 dans le plan a un spectre vide dans R\R, et un spectre égal à {i,−i}\{\ii, -\ii\} dans C\C.

1.2Indépendance et finitude

Théorème 1.6Somme directe des sous-espaces propres

La somme d'une famille finie de sous-espaces propres associés à des valeurs propres deux à deux distinctes est directe. Conséquence directe : toute famille de vecteurs propres associés à des valeurs propres deux à deux distinctes est libre.

Démonstration

Récurrence sur le nombre de valeurs propres. On part d'une relation x1+⋯+xp=0x_1 + \dots + x_p = 0 avec xi∈Eλix_i \in E_{\lambda_i}. On applique u−λp idu - \lambda_p\,\mathrm{id}, ce qui tue le dernier terme et multiplie chaque autre par λi−λp\lambda_i - \lambda_p, non nul. L'hypothèse de récurrence donne la nullité des xix_i pour i<pi < p, puis celle de xpx_p.

Propriété 1.7Finitude du spectre

En dimension nn, le spectre est fini et de cardinal au plus nn, puisque la somme des sous-espaces propres est un sous-espace de EE de dimension au moins égale au nombre de valeurs propres.

1.3Commutation

Propriété 1.8Commutation et sous-espaces propres

Si uu et vv commutent, tout sous-espace propre de uu est stable par vv.

Démonstration

Si u(x)=λxu(x) = \lambda x, alors u(v(x))=v(u(x))=v(λx)=λv(x),\begin{aligned} u(v(x)) &= v(u(x))\\ &= v(\lambda x) = \lambda v(x), \end{aligned} donc v(x)∈Eλ(u)v(x) \in E_\lambda(u).

À retenir

Les sous-espaces propres de uu sont stables par tout endomorphisme qui commute avec uu : c'est le résultat clé pour la réduction simultanée.

2Polynôme caractéristique

2.1Définition et propriétés

Définition 2.1Polynôme caractéristique

Pour M∈Mn(K)M \in \mathcal{M}_n(\K), on pose χM=det⁡(XIn−M)\chi_M = \det(X I_n - M). C'est un polynôme de degré nn, unitaire par convention. Pour un endomorphisme uu, on pose χu=χM\chi_u = \chi_M où MM est la matrice de uu dans une base quelconque.

Cette définition est licite car deux matrices semblables ont même polynôme caractéristique.

Propriété 2.2Coefficients à connaître

  • Le coefficient de Xn−1X^{n-1} vaut −tr⁡(M)-\tr(M).
  • Le coefficient constant vaut χM(0)=det⁡(−M)=(−1)ndet⁡(M)\chi_M(0) = \det(-M) = (-1)^n \det(M).

Théorème 2.3Valeurs propres et racines

Les valeurs propres de uu sont exactement les racines de χu\chi_u dans K\K.

Démonstration

λ\lambda est valeur propre si et seulement si u−λ idu - \lambda\,\mathrm{id} n'est pas injectif, donc pas bijectif en dimension finie, donc de déterminant nul.

Propriété 2.4Cas particuliers

  • Le polynôme caractéristique d'une matrice triangulaire est le produit des X−aiiX - a_{ii}, où les aiia_{ii} sont les coefficients diagonaux.
  • Si FF est stable par uu, le polynôme caractéristique de l'endomorphisme induit divise χu\chi_u. Cela se voit sur la matrice triangulaire par blocs obtenue dans une base adaptée.

2.2Multiplicité

Définition 2.5Multiplicité

La multiplicité d'une valeur propre λ\lambda est sa multiplicité comme racine de χu\chi_u. On la note souvent mλm_\lambda.

Théorème 2.6Encadrement de la dimension

Pour toute valeur propre λ\lambda de uu : 1⩽dim⁡Eλ(u)⩽mλ.1 \leqslant \dim E_\lambda(u) \leqslant m_\lambda.

Démonstration

On prend une base de EλE_\lambda, on la complète en base de EE. La matrice de uu est triangulaire par blocs avec en haut à gauche λId\lambda I_d, où d=dim⁡Eλd = \dim E_\lambda. Le polynôme caractéristique est donc divisible par (X−λ)d(X - \lambda)^d.

Attention

L'inégalité peut être stricte. Pour la matrice de taille 2 avec des 11 sur la diagonale et un 11 en haut à droite, la valeur propre 11 est de multiplicité 22 mais son sous-espace propre est une droite.

3Diagonalisation

3.1Définition et critères

Définition 3.1Endomorphisme diagonalisable

Un endomorphisme uu est diagonalisable s'il existe une base de EE dans laquelle sa matrice est diagonale. Une telle base est constituée de vecteurs propres. Une matrice carrée est diagonalisable si elle est semblable à une matrice diagonale.

Théorème 3.2Critères équivalents

Les assertions suivantes sont équivalentes :

  • EE est la somme des sous-espaces propres de uu ;
  • la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut nn ;
  • il existe une base de EE formée de vecteurs propres ;
  • χu\chi_u est scindé sur K\K et, pour chaque valeur propre λ\lambda, dim⁡Eλ=mλ\dim E_\lambda = m_\lambda.

Propriété 3.3Condition suffisante

Si uu admet nn valeurs propres distinctes, il est diagonalisable, et chaque sous-espace propre est une droite.

Attention

La réciproque est fausse : l'identité est diagonalisable avec une seule valeur propre.

Exemple 3.4Exemples usuels

  • Tout projecteur est diagonalisable, de spectre contenu dans {0,1}\{0, 1\}.
  • Toute symétrie est diagonalisable, de spectre contenu dans {−1,1}\{-1, 1\}.
  • Un endomorphisme nilpotent non nul n'est jamais diagonalisable.

3.2Pratique

En exercice on se limite à des matrices de taille 2 ou 3.

MéthodeDiagonaliser une matrice MM

  1. Calculer χM\chi_M et le factoriser.
  2. Si χM\chi_M n'est pas scindé sur K\K, la matrice n'est pas diagonalisable sur K\K, mais elle peut l'être sur C\C.
  3. Si χM\chi_M est scindé à racines simples, conclure immédiatement.
  4. Sinon, pour chaque racine multiple, résoudre (M−λI)X=0(M - \lambda I)X = 0 et comparer la dimension trouvée à la multiplicité.
  5. Écrire M=PDP−1M = PDP^{-1}, où les colonnes de PP sont les vecteurs propres rangés dans le même ordre que les valeurs propres sur la diagonale de DD.

Exemple 3.5Puissances

Mk=PDkP−1M^k = PD^kP^{-1}, où DkD^k est immédiate. C'est ainsi qu'on obtient la forme close d'une suite récurrente linéaire ou d'un système dynamique discret.

4Trigonalisation

Définition 4.1Endomorphisme trigonalisable

Un endomorphisme est trigonalisable s'il existe une base dans laquelle sa matrice est triangulaire. Une matrice est trigonalisable si elle est semblable à une matrice triangulaire.

Théorème 4.2Critère de trigonalisabilité

uu est trigonalisable si et seulement si χu\chi_u est scindé sur K\K.

Conséquence majeure : sur C\C, tout endomorphisme d'un espace de dimension finie est trigonalisable, et toute matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\C) l'est. C'est faux sur R\R, la rotation d'angle π/2\pi/2 du plan en est le contre-exemple.

Propriété 4.3Trace et déterminant

Hypothèse : uu est trigonalisable.

Alors la trace de uu est la somme de ses valeurs propres comptées avec leur multiplicité, et le déterminant de uu en est le produit.

On le lit sur la matrice triangulaire, dont la diagonale porte les valeurs propres avec leurs multiplicités. Sur C\C ces deux formules valent donc toujours.

La pratique de la trigonalisation n'est pas un objectif du programme. C'est l'existence qui sert, souvent pour démontrer une inégalité ou une propriété de limite.

5Endomorphismes nilpotents

Définition 5.1Nilpotent

Un endomorphisme uu de EE est nilpotent s'il existe un entier p⩾1p \geqslant 1 tel que up=0u^p = 0. Le plus petit tel entier est l'indice de nilpotence. Même définition pour une matrice.

Théorème 5.2Caractérisation des nilpotents

uu est nilpotent si et seulement s'il est trigonalisable avec 00 pour seule valeur propre. De façon équivalente en dimension nn, uu est nilpotent si et seulement si χu=Xn\chi_u = X^n. La matrice est alors semblable à une matrice triangulaire supérieure à diagonale nulle.

Propriété 5.3Majoration de l'indice

L'indice de nilpotence est majoré par nn, car une matrice triangulaire à diagonale nulle vérifie que son produit nn fois vaut zéro. En particulier, si up=0u^p = 0 pour un pp quelconque, alors déjà un=0u^n = 0.

Un endomorphisme nilpotent non nul n'est pas diagonalisable, puisqu'une matrice diagonale nilpotente est nulle.

6Polynômes annulateurs et réduction

6.1Polynôme minimal

Définition 6.1Polynôme minimal

L'ensemble des polynômes annulateurs de uu est un idéal de K[X]\K[X]. En dimension finie il n'est pas réduit à zéro, car la famille des uku^k pour kk de 00 à n2n^2 est liée dans L(E)\mathcal{L}(E), de dimension n2n^2. Cet idéal admet donc un unique générateur unitaire, le polynôme minimal de uu, noté πu\pi_u.

C'est le polynôme unitaire non nul de plus petit degré annulant uu, et il divise tout polynôme annulateur.

Propriété 6.2Base de K[u]\K[u]

Si dd est le degré de πu\pi_u, la famille des uku^k pour kk allant de 00 à d−1d - 1 est une base de K[u]\K[u]. En particulier dim⁡K[u]=deg⁡πu\dim \K[u] = \deg \pi_u.

Théorème 6.3Racines d'un annulateur

Si PP annule uu, alors toute valeur propre de uu est racine de PP.

Démonstration

Si u(x)=λxu(x) = \lambda x avec xx non nul, alors P(u)(x)=P(λ)xP(u)(x) = P(\lambda)x, donc P(λ)x=0P(\lambda)x = 0 et P(λ)=0P(\lambda) = 0.

Théorème 6.4Racines du polynôme minimal

Les racines de πu\pi_u dans K\K sont exactement les valeurs propres de uu.

L'inclusion réciproque de celle du théorème précédent est donc vraie pour le polynôme minimal, pas pour un annulateur quelconque.

Attention

Un polynôme annulateur peut avoir des racines qui ne sont pas valeurs propres. X2−1X^2 - 1 annule l'identité, mais −1-1 n'est pas valeur propre de l'identité.

6.2Lemme des noyaux

Théorème 6.5Lemme des noyaux

Hypothèses

  • P1,…,PrP_1, \dots, P_r sont deux à deux premiers entre eux ;
  • P=P1⋯PrP = P_1 \cdots P_r.

Alors Ker⁡P(u)\Ker P(u) est la somme directe des Ker⁡Pi(u)\Ker P_i(u), et chacun de ces noyaux est stable par uu.

6.3Critères par les polynômes annulateurs

Théorème 6.6Diagonalisabilité et polynômes

uu est diagonalisable si et seulement s'il existe un polynôme scindé à racines simples annulant uu, ce qui équivaut à dire que πu\pi_u est scindé à racines simples.

Démonstration

Sens direct par les noyaux : si P=(X−λ1)⋯(X−λr)P = (X - \lambda_1)\cdots(X - \lambda_r) annule uu avec des λi\lambda_i distincts, alors E=Ker⁡P(u)E = \Ker P(u) et le lemme des noyaux donne EE comme somme directe des Ker⁡(u−λi id)\Ker(u - \lambda_i\,\mathrm{id}), c'est-à-dire des sous-espaces propres. Le sens réciproque s'obtient en vérifiant que le produit des X−λX - \lambda sur les valeurs propres distinctes annule uu quand uu est diagonalisable.

Ce critère est celui qu'on utilise quand on ne dispose pas de la matrice, mais d'une relation algébrique.

Exemple 6.7Cas u3=uu^3 = u

X3−X=X(X−1)(X+1)X^3 - X = X(X - 1)(X + 1) annule uu, ce polynôme est scindé à racines simples, donc uu est diagonalisable, de spectre contenu dans {−1,0,1}\{-1, 0, 1\}.

Corollaire 6.8Endomorphisme induit

Si uu est diagonalisable et si FF est stable par uu, alors l'endomorphisme induit sur FF est diagonalisable.

Démonstration

Le polynôme minimal de l'endomorphisme induit divise πu\pi_u, donc il reste scindé à racines simples.

Théorème 6.9Trigonalisabilité et polynômes

uu est trigonalisable si et seulement s'il existe un polynôme scindé annulant uu, ce qui équivaut à dire que πu\pi_u est scindé.

6.4Théorème de Cayley-Hamilton

Théorème 6.10Cayley-Hamilton

Pour tout endomorphisme uu d'un espace de dimension finie, χu(u)=0\chi_u(u) = 0.

La démonstration n'est pas exigible.

Propriété 6.11Conséquences

  • Le polynôme minimal divise le polynôme caractéristique, donc son degré est au plus nn.
  • Les deux polynômes ont exactement les mêmes racines dans K\K : on peut souvent reconstituer πu\pi_u à partir de χu\chi_u en testant les exposants.
  • L'inverse d'une matrice inversible s'exprime comme un polynôme en cette matrice.

Attention

Cayley-Hamilton ne dit pas que χu\chi_u est le polynôme minimal. Pour l'identité en dimension 2, χ=(X−1)2\chi = (X - 1)^2 et π=X−1\pi = X - 1.

6.5Sous-espaces caractéristiques

Définition 6.12Sous-espace caractéristique

Hypothèse : χu\chi_u est scindé, ce qui est automatique sur C\C.

Pour chaque valeur propre λ\lambda de multiplicité mλm_\lambda, le sous-espace caractéristique associé à λ\lambda est Nλ=Ker⁡(u−λ id)mλ.N_\lambda = \Ker (u - \lambda\,\mathrm{id})^{m_\lambda}.

Théorème 6.13Décomposition caractéristique

Hypothèse : χu\chi_u est scindé.

Alors EE est la somme directe des sous-espaces caractéristiques de uu, et dim⁡Nλ=mλ\dim N_\lambda = m_\lambda. Chaque NλN_\lambda est stable par uu.

Démonstration

χu\chi_u est le produit des (X−λ)mλ(X - \lambda)^{m_\lambda}, ces facteurs sont deux à deux premiers entre eux, et χu\chi_u annule uu par Cayley-Hamilton. Le lemme des noyaux conclut.

Traduction matricielle : toute matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\C) est semblable à une matrice diagonale par blocs dont chaque bloc diagonal est triangulaire à termes diagonaux tous égaux à une même valeur propre. Autrement dit chaque bloc s'écrit λI+N\lambda I + N avec NN nilpotente.

C'est la forme réduite la plus fine au programme. Elle rend les calculs de puissances et d'exponentielles de matrices accessibles, en utilisant le binôme puisque λI\lambda I et NN commutent. La réduction de Jordan proprement dite est hors programme.

Méthodes

MéthodeDiagonaliser une matrice concrète de taille 2 ou 3

  1. Calculer χ\chi et le factoriser.
  2. Pour chaque valeur propre multiple, résoudre le système homogène.
  3. Comparer dimension et multiplicité.

MéthodeMontrer la diagonalisabilité sans calcul

  1. Chercher une relation algébrique du type u2=uu^2 = u, u2=idu^2 = \mathrm{id}, u3=uu^3 = u.
  2. Invoquer le critère du polynôme annulateur scindé à racines simples.

MéthodeProuver la non-diagonalisabilité

  1. Exhiber une valeur propre dont le sous-espace propre est de dimension strictement inférieure à la multiplicité,
  2. ou remarquer que χ\chi n'est pas scindé sur K\K.

MéthodeCalculer MkM^k

  1. Diagonaliser si possible.
  2. Sinon écrire M=λI+NM = \lambda I + N avec NN nilpotente.
  3. Appliquer le binôme, la somme étant finie.

MéthodeTrouver le polynôme minimal

  1. Partir de χ\chi, qui est un multiple de π\pi.
  2. Tester les diviseurs unitaires ayant les mêmes racines, du plus petit degré au plus grand.

MéthodeRéduire simultanément deux endomorphismes qui commutent

  1. Utiliser que les sous-espaces propres de l'un sont stables par l'autre.
  2. Réduire l'endomorphisme induit.

MéthodeMajorer ou passer à la limite sur des matrices

  1. Trigonaliser sur C\C.
  2. Travailler sur la matrice triangulaire.

Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle

  1. Démontrer que des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes forment une famille libre.
  2. Montrer que dim⁡Eλ\dim E_\lambda est comprise entre 11 et la multiplicité de λ\lambda, et donner un exemple d'inégalité stricte.
  3. Énoncer les quatre critères de diagonalisabilité et diagonaliser une matrice 3×33 \times 3 explicite.
  4. Justifier que toute matrice complexe est trigonalisable et en déduire que la trace est la somme des valeurs propres.
  5. Démontrer que uu est diagonalisable si et seulement si πu\pi_u est scindé à racines simples, au moins le sens direct par le lemme des noyaux.
  6. Montrer qu'un endomorphisme induit par un endomorphisme diagonalisable sur un sous-espace stable est diagonalisable.
  7. Caractériser les endomorphismes nilpotents par leur polynôme caractéristique et majorer leur indice.
  8. Énoncer Cayley-Hamilton, en déduire que π\pi divise χ\chi, et calculer l'inverse d'une matrice 3×33 \times 3 comme polynôme en cette matrice.

Méthodes et exercices

Les résultats à connaître

  • λ est valeur propre de u s'il existe x ≠ 0 avec u(x) = λx, E_λ(u) = Ker(u − λid) est de dimension au moins 1, et 0 est valeur propre si et seulement si u n'est pas injectif : exigible.
  • Le spectre d'une matrice peut dépendre du corps, il est contenu dans le spectre calculé sur une extension de K : exigible, exemple de la rotation d'angle π/2.
  • La somme des sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes est directe, toute famille de vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes est libre : exigible avec démonstration, par récurrence.
  • En dimension n, le spectre est fini, de cardinal au plus n : exigible, conséquence directe.
  • Si u et v commutent, tout sous-espace propre de u est stable par v : exigible avec démonstration.
  • χM = det(X In − M), polynôme unitaire de degré n, invariant par similitude, coefficient de Xn−1 égal à −tr(M), coefficient constant égal à (−1)n det(M) : exigible.
  • Les valeurs propres de u sont exactement les racines de χu dans K : exigible avec démonstration.
  • χ d'une matrice triangulaire est le produit des X − aii, et le polynôme caractéristique d'un endomorphisme induit sur un sous-espace stable divise χu : exigible.
  • Pour toute valeur propre λ, 1 ≤ dim E_λ(u) ≤ m_λ, l'inégalité pouvant être stricte : exigible avec démonstration.
  • u diagonalisable équivaut à E somme des sous-espaces propres, équivaut à χu scindé et dim E_λ = m_λ pour chaque λ : exigible avec démonstration.
  • n valeurs propres distinctes en dimension n entraîne diagonalisable, la réciproque est fausse, l'identité en est le contre-exemple : exigible.
  • u trigonalisable équivaut à χu scindé, donc automatique sur C, faux sur R en général : exigible avec démonstration par récurrence sur la dimension.
  • Si u est trigonalisable, la trace vaut la somme des valeurs propres comptées avec multiplicité, le déterminant leur produit : exigible.
  • u nilpotent équivaut à trigonalisable de seule valeur propre 0, équivaut à χu = Xn, et l'indice de nilpotence est majoré par n : exigible avec démonstration.
  • Le polynôme minimal πu existe, est unitaire, divise tout polynôme annulateur, et deg πu = dim K[u] : exigible.
  • Si P annule u, toute valeur propre de u est racine de P, et les racines de πu dans K sont exactement les valeurs propres de u : exigible avec démonstration pour le sens direct.
  • Lemme des noyaux : pour P₁, …, Pr deux à deux premiers entre eux de produit P, Ker P(u) est somme directe des Ker Pi(u) : exigible avec démonstration.
  • u diagonalisable équivaut à annuler un polynôme scindé à racines simples, équivaut à πu scindé à racines simples. u trigonalisable équivaut à πu scindé : exigible avec démonstration du sens direct par le lemme des noyaux.
  • Théorème de Cayley-Hamilton, χu(u) = 0 : exigible, démonstration hors programme.
  • Si χu est scindé, E est somme directe des sous-espaces caractéristiques N_λ = Ker(u − λid)m_λ, avec dim N_λ = m_λ : exigible avec démonstration, via le lemme des noyaux et Cayley-Hamilton.

Clés de démonstration

Somme directe des sous-espaces propres. On raisonne par récurrence sur le nombre de valeurs propres, à partir d'une relation x₁ + … + xp = 0. On applique u − λp·id, ce qui annule le dernier terme et multiplie chaque autre par λi − λp, non nul. L'astuce : choisir un opérateur qui tue exactement un terme de la somme.

Majoration dim E_λ ≤ m_λ. On complète une base de E_λ en base de E. Dans cette base, la matrice de u est triangulaire par blocs avec λ·Id en haut à gauche, donc χu est divisible par (X − λ)d. L'astuce : construire une base adaptée pour lire le polynôme caractéristique sur une matrice triangulaire par blocs.

Critère de diagonalisabilité par polynôme annulateur. Si P = (X − λ₁)…(X − λr) annule u avec des λi distincts, alors E = Ker P(u), et le lemme des noyaux donne E comme somme directe des Ker(u − λi·id), c'est-à-dire des sous-espaces propres. L'astuce : transformer une relation algébrique en décomposition géométrique via le lemme des noyaux.

Caractérisation des endomorphismes nilpotents. Si u est nilpotent, up = 0 pour un p, donc Xp annule u, donc la seule racine possible de πu est 0, donc les seules valeurs propres possibles sont 0, donc χu = Xn. Réciproquement, si χu = Xn, Cayley-Hamilton donne un = 0. L'astuce : passer par le polynôme minimal pour localiser le spectre sans calcul.

Sous-espaces caractéristiques. χu est le produit des (X − λ)m_λ, ces facteurs sont deux à deux premiers entre eux, et χu annule u par Cayley-Hamilton. Le lemme des noyaux conclut directement. L'astuce : Cayley-Hamilton fournit toujours un polynôme annulateur scindé sur lequel appliquer le lemme des noyaux.

Exemples et contre-exemples à connaître

  1. La rotation d'angle π/2 dans le plan a un spectre vide dans R et égal à {i, −i} dans C : le spectre dépend du corps de base.
  2. La matrice [[1,1],[0,1]] a pour seule valeur propre 1, de multiplicité 2, mais son sous-espace propre est une droite : l'inégalité dim E_λ ≤ m_λ peut être stricte, et cette matrice n'est pas diagonalisable.
  3. L'identité admet une seule valeur propre mais est diagonalisable : contre-exemple à la réciproque de « n valeurs propres distinctes entraîne diagonalisable ».
  4. Tout projecteur est diagonalisable, de spectre contenu dans {0, 1}. Toute symétrie est diagonalisable, de spectre contenu dans {−1, 1} : exemples de référence immédiats.
  5. Un endomorphisme nilpotent non nul n'est jamais diagonalisable, car une matrice diagonale nilpotente est nécessairement nulle.
  6. X² − 1 annule l'identité, mais −1 n'est pas valeur propre de l'identité : un polynôme annulateur quelconque peut avoir des racines qui ne sont pas des valeurs propres, contrairement au polynôme minimal.
  7. Pour l'identité en dimension 2, χ = (X − 1)² mais π = X − 1 : Cayley-Hamilton donne un annulateur, pas nécessairement le polynôme minimal.
  8. Si u³ = u, alors X³ − X = X(X−1)(X+1) est scindé à racines simples, donc u est diagonalisable, de spectre contenu dans {−1, 0, 1}, sans avoir eu besoin d'une matrice.
  9. I₂ et [[1,1],[0,1]] ont le même polynôme caractéristique (X−1)², mais ne sont pas semblables, la première étant diagonale et la seconde non diagonalisable : même χ n'entraîne pas semblables.
  10. Toute matrice complexe est trigonalisable, ce qui est faux sur R en général, la rotation d'angle π/2 en est le contre-exemple, cohérent avec le premier exemple.

Techniques du chapitre

Technique 1, reconnaître une relation algébrique pour diagonaliser sans calcul matriciel. Mini-exercice : u vérifie u² = id. X² − 1 = (X−1)(X+1) est scindé à racines simples et annule u, donc u est diagonalisable, de spectre contenu dans {−1, 1}.

Technique 2, comparer dimension du sous-espace propre et multiplicité pour prouver la non-diagonalisabilité. Mini-exercice : M = [[2,1],[0,2]]. χM = (X−2)², multiplicité 2, mais M − 2I est de rang 1, donc dim Ker(M−2I) = 1 < 2 : non diagonalisable.

Technique 3, écrire M = λI + N avec N nilpotente pour calculer Mk quand M n'est pas diagonalisable. Mini-exercice : pour M ci-dessus, N = M − 2I vérifie N² = 0, et I, N commutent, donc Mk = 2k I + k·2k−1N par le binôme.

Technique 4, tester les diviseurs de χ pour trouver le polynôme minimal. Mini-exercice : pour M = [[1,1],[0,1]], χ = (X−1)². Comme M − I ≠ 0, X−1 n'annule pas M, donc πM = (X−1)².

Technique 5, utiliser la commutation pour réduire simultanément deux endomorphismes. Mini-exercice : si u a n valeurs propres distinctes et si uv = vu, chaque droite propre de u est stable par v, donc v agit comme un scalaire sur chacune : v est automatiquement diagonal dans la même base que u.

Technique 6, trigonaliser sur C pour étudier une limite de puissances. Mini-exercice : si toutes les valeurs propres de M ∈ Mn(C) sont de module strictement inférieur à 1, alors Mk tend vers 0. La forme triangulaire donne des termes en produit d'une puissance k et d'un facteur géométrique dominant, qui tend vers 0.

Exercices classiques corrigés

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Exercice 1. Diagonaliser M = [[1,2],[2,1]] dans M₂(R)

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Technique calcul direct de χ, résolution des deux systèmes propres.

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  1. χM(X) = (X−1)² − 4 = (X−3)(X+1), racines 3 et −1, simples.
  2. Pour λ = 3, (M−3I)X = 0 donne −2x+2y = 0, vecteur propre (1,1).
  3. Pour λ = −1, (M+I)X = 0 donne 2x+2y = 0, vecteur propre (1,−1).
  4. M = PDP⁻¹ avec P = [[1,1],[1,−1]] et D = diag(3, −1).

piège : Oublier que deux valeurs propres distinctes garantissent automatiquement l'indépendance des vecteurs propres associés, ou se tromper de signe en résolvant un des deux systèmes.

Exercice 2

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Montrer que M = [[0,1,0],[0,0,1],[0,0,0]] est nilpotente et donner son indice de nilpotence.

Technique matrice triangulaire à diagonale nulle, calcul direct des puissances.

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  1. χM = X³, car M est triangulaire supérieure de diagonale nulle : M est nilpotente, seule valeur propre 0.
  2. M² a pour seul coefficient non nul un 1 en position (1,3).
  3. M³ = 0.
  4. L'indice de nilpotence vaut 3, la valeur maximale possible en dimension 3.

piège : Confondre l'indice de nilpotence, qui peut être strictement inférieur à n, et la multiplicité de la valeur propre 0, toujours égale à n pour une matrice nilpotente.

Exercice 3

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Soit u dans L(E) tel que u² − 3u + 2id = 0. Montrer que u est diagonalisable et préciser son spectre possible.

Technique critère du polynôme annulateur scindé à racines simples.

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  1. X² − 3X + 2 = (X−1)(X−2) annule u.
  2. Ce polynôme est scindé à racines simples, donc u est diagonalisable.
  3. Le spectre de u est contenu dans l'ensemble des racines de tout polynôme annulateur, donc Sp(u) ⊂ {1, 2}.
  4. Selon E, u peut être l'identité, l'homothétie de rapport 2, ou avoir les deux valeurs propres à la fois.

piège : Conclure que 1 et 2 sont nécessairement toutes deux valeurs propres, alors que seule l'inclusion du spectre est garantie.

Exercice 4. Soit M = [[2,1],[0,2]]. M est-elle diagonalisable ? Calculer Mk pour k ≥ 1

Classiques de khôlle et concours · Khôlle vers écrit

Technique comparaison dimension et multiplicité, puis binôme sur λI + N.

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  1. χM = (X−2)², valeur propre 2 de multiplicité 2.
  2. M − 2I est de rang 1, donc dim Ker(M−2I) = 1 < 2 : M n'est pas diagonalisable.
  3. On écrit M = 2I + N avec N = [[0,1],[0,0]], nilpotente d'indice 2. Comme 2I et N commutent, le binôme donne Mk = Σ des C(k,j)(2I)k−jNj, seuls j = 0 et j = 1 étant non nuls.
  4. Mk = 2k I + k·2k−1N = [[2k, k·2k−1],[0, 2k]].

piège : Appliquer la formule Mk = PDkP⁻¹ alors que M n'est pas diagonalisable.

Exercice 5

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Soit u endomorphisme de R³ tel que u³ = u. Montrer que u est diagonalisable et décrire sa nature géométrique.

Technique critère du polynôme annulateur, lemme des noyaux.

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  1. X³ − X = X(X−1)(X+1) annule u, scindé à racines simples : u est diagonalisable, Sp(u) ⊂ {−1, 0, 1}.
  2. R³ est somme directe de Ker u, Ker(u−id) et Ker(u+id).
  3. Sur Ker u, u annule. Sur Ker(u−id), u agit comme l'identité. Sur Ker(u+id), u agit comme moins l'identité.
  4. Selon les dimensions respectives de ces trois sous-espaces, u est une projection, une symétrie, ou une combinaison des deux.

piège : Croire que les trois valeurs −1, 0, 1 sont nécessairement toutes des valeurs propres effectives.

Exercice 6. Soit M = [[0,−1],[1,0]], étudier sa diagonalisabilité dans M₂(R) puis dans M₂(C)

Classiques de khôlle et concours · Type écrit CCINP

Technique comparer le corps de base à l'ensemble des racines de χ.

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  1. χM(X) = X² + 1, sans racine réelle : sur R, M n'est ni diagonalisable ni trigonalisable, son spectre réel est vide.
  2. Sur C, X² + 1 = (X−i)(X+i), racines simples : M est diagonalisable sur C.
  3. Pour i, (M − iI)X = 0 donne le vecteur propre (1, −i). Pour −i, par conjugaison, (1, i).
  4. M est la matrice d'une rotation d'angle π/2 dans le plan euclidien, jamais diagonalisable sur R car une rotation non triviale n'a pas de droite invariante réelle.

piège : Chercher à diagonaliser M sur R sans remarquer d'abord que χM n'a pas de racine réelle, ce qui règle immédiatement la question.

Exercice 7

Classiques de khôlle et concours · Type écrit CCINP ou e3a

Soit M = [[1,1,1],[0,1,1],[0,0,1]]. Déterminer le polynôme minimal de M et calculer Mk pour k ≥ 1.

Technique nilpotence de M − I, binôme de Newton.

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  1. χM = (X−1)³, matrice triangulaire de diagonale 1.
  2. N = M − I vérifie N² ≠ 0 et N³ = 0 : N est nilpotente d'indice 3, donc πM = (X−1)³, aucun diviseur strict n'annulant M.
  3. M = I + N, avec I et N qui commutent, donc Mk = I + kN + C(k,2)N².
  4. Avec N de coefficients (1,2) et (1,3) et (2,3) égaux à 1, et N² de seul coefficient non nul (1,3) égal à 1, on obtient Mk avec en position (1,2) le terme k, en position (2,3) le terme k, et en position (1,3) le terme k(k+1)/2.
  5. Résultat : Mk = [[1, k, k(k+1)/2],[0,1,k],[0,0,1]].

piège : Oublier le terme en N², non nul ici contrairement à des exemples de taille 2, ce qui fausse le coefficient en position (1,3).

Exercice 8

Approfondissement · Type écrit Centrale ou Mines, plus délicat

Soit u dans L(E), E de dimension finie, tel que u soit à la fois diagonalisable et nilpotent. Montrer que u = 0.

Technique combiner les deux caractérisations par le polynôme minimal.

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  1. u nilpotent signifie up = 0 pour un entier p, donc πu divise Xp, donc πu est de la forme Xq pour un certain q.
  2. u diagonalisable signifie que πu est scindé à racines simples.
  3. Le seul polynôme de la forme Xq scindé à racines simples est X lui-même, car pour q ≥ 2, la racine 0 aurait une multiplicité au moins 2.
  4. Donc πu = X, ce qui équivaut exactement à u = 0.

piège : Croire qu'un endomorphisme nilpotent non nul pourrait rester diagonalisable dans des cas particuliers, alors que la forme du polynôme minimal l'exclut toujours.

Erreurs fréquentes

  1. Croire que dim E_λ égale toujours la multiplicité m_λ, alors que seule l'inégalité 1 ≤ dim E_λ ≤ m_λ est garantie.
  2. Utiliser un polynôme annulateur quelconque pour lire le spectre exact, alors que seules les racines du polynôme minimal sont exactement les valeurs propres.
  3. Croire que deux matrices ayant le même polynôme caractéristique sont semblables.
  4. Appliquer la formule Mk = PDkP⁻¹ à une matrice qui n'est pas diagonalisable.
  5. Confondre trigonalisable et diagonalisable, en oubliant que sur C tout endomorphisme est trigonalisable sans être nécessairement diagonalisable.

Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de mathématiques de MP, section « Réduction des endomorphismes et des matrices carrées », paragraphes b à j. Les compléments d'algèbre linéaire, sommes directes, matrices par blocs, sous-espaces stables et polynômes d'endomorphismes, font l'objet de la fiche précédente et sont supposés acquis.

Au concours

Les questions des sujets corrigés qui travaillent ce chapitre. La première question de chaque sujet est en accès libre.

CCINP 2025, MP, Mathématiques 2

  • Q17 Matrice J de rang 1 : valeurs propres et diagonalisation
  • Q18 Exemple de matrice de rang 1 non diagonalisable
  • Q21 et Q22 Polynôme minimal d'une matrice de rang 1 et diagonalisabilité
  • Q23 à Q25 Classification des matrices de rang 1 à similitude près selon la trace

Centrale-Supélec 2025, MP, Mathématiques 2

  • Q1, en accès libre Théorème spectral et encadrement de la forme quadratique par les valeurs propres
  • Q2 à Q4 Théorème spectral et encadrement de la forme quadratique par les valeurs propres
  • Q5 Spectre de la matrice de Curie-Weiss (matrice de uns)
  • Q10 à Q12 Matrices circulantes de permutation et diagonalisation
  • Q13 à Q15 Produit de Kronecker et diagonalisation
  • Q16 et Q17 Matrice du modèle d'Ising 2D et sa diagonalisation
  • Q22 et Q23 Valeurs propres de la matrice de transfert et limite de l'énergie libre