Le cours
Résumé en cinq points
- Le produit matriciel est bilinéaire et associatif, jamais commutatif dès l'ordre 2, et il admet des diviseurs de zéro.
- est la combinaison linéaire des colonnes de pondérée par . Cela donne la compatibilité d'un système et prépare toute l'algèbre linéaire.
- Les solutions de sont une solution particulière plus les solutions du système homogène, la même structure que pour les équations différentielles linéaires.
- Les opérations élémentaires sont des multiplications par des matrices inversibles, donc réversibles, ce qui justifie le pivot et fournit un algorithme d'inversion.
- Le binôme matriciel exige la commutation. Une matrice triangulaire est inversible si et seulement si sa diagonale ne contient pas de zéro.
Pourquoi ce chapitre
Le programme annonce trois objectifs :
- donner une initiation au calcul matriciel ;
- préparer l'étude géométrique de l'algèbre linéaire du second semestre ;
- revenir sur les systèmes linéaires avec un point de vue plus général que celui de la boîte à outils du début d'année.
Le chapitre est calculatoire. Les notions d'espace vectoriel, d'application linéaire et de rang n'y sont pas encore disponibles. On manipule donc des tableaux de nombres, mais tout sera réinterprété plus tard :
- le produit matriciel deviendra la composition d'applications linéaires ;
- l'inversibilité deviendra la bijectivité ;
- les opérations élémentaires deviendront des changements de base.
Le programme répète deux fois que toute technicité est exclue. On travaille donc sur des petites matrices, en soignant la rédaction.
1Opérations sur les matrices
1.1L'ensemble
Définition 1.1Matrice
Une matrice à lignes et colonnes à coefficients dans est un tableau de scalaires, noté avec et . Le premier indice est la ligne, le second la colonne. L'ensemble de ces matrices se note .
L'addition et la multiplication par un scalaire se font coefficient par coefficient, l'addition pour deux matrices de même format. Les combinaisons linéaires de même. L'addition est commutative et associative, la matrice nulle étant l'élément neutre.
1.2Matrices élémentaires
Définition 1.2Matrice élémentaire
La matrice élémentaire de a un coefficient 1 en position et des zéros partout ailleurs.
Propriété 1.3Décomposition sur les matrices élémentaires
Toute matrice de est combinaison linéaire des matrices élémentaires : Cette écriture est unique.
C'est ce qui fera de la famille des une base au second semestre.
1.3Produit matriciel
Définition 1.4Produit matriciel
Soit et . Le produit est la matrice de de coefficient en position Le nombre de colonnes de doit égaler le nombre de lignes de .
Moyen mnémotechnique : le coefficient est le produit de la ligne de par la colonne de .
Propriété 1.5Bilinéarité et associativité
Le produit est bilinéaire, c'est-à-dire linéaire en chaque variable, l'autre étant fixée, et associatif. Il est distributif sur l'addition.
Propriété 1.6Lecture en colonnes
Si est une matrice colonne, est la combinaison linéaire des colonnes de dont les coefficients sont ceux de .
Cette lecture est la clé de l'étude des systèmes.
Propriété 1.7Produit de matrices élémentaires
Hypothèses
- ;
- .
Alors , où est le symbole de Kronecker, égal à 1 si les deux indices coïncident et à 0 sinon.
Autrement dit, le produit est nul sauf si , auquel cas il vaut . Cette formule sert à traiter beaucoup de questions théoriques par calcul direct.
1.4Transposition
Définition 1.8Transposée
La transposée de , notée , est la matrice de dont le coefficient est . On échange lignes et colonnes.
Propriété 1.9Opérations sur les transposées
- La transposée d'une combinaison linéaire est la combinaison linéaire des transposées.
- .
- .
Le renversement de l'ordre se comprend sur les formats. Si est et est , alors est , donc sa transposée est , ce qui impose de commencer par .
2Opérations élémentaires
Définition 2.1Opérations élémentaires sur les lignes
Les trois opérations élémentaires sur les lignes sont :
- l'échange, ;
- la dilatation, avec ;
- la transvection, avec .
Propriété 2.2Interprétation matricielle
Effectuer une opération élémentaire sur les lignes de revient à multiplier à gauche par une matrice inversible, obtenue en appliquant cette même opération à la matrice identité. Par exemple, la transvection correspond à la multiplication à gauche par .
Symétriquement, une opération élémentaire sur les colonnes correspond à une multiplication à droite par une telle matrice.
Comme ces matrices sont inversibles, les opérations élémentaires sont réversibles. C'est ce qui justifie que le pivot transforme un système en système équivalent.
3Systèmes linéaires
3.1Écriture matricielle
Un système de équations linéaires à inconnues s'écrit , où , est la colonne des inconnues et la colonne des seconds membres. Le système homogène associé est .
3.2Compatibilité
Définition 3.1Système compatible
Le système est compatible s'il admet au moins une solution.
Propriété 3.2Caractérisation de la compatibilité
Le système est compatible si et seulement si est combinaison linéaire des colonnes de .
C'est exactement la lecture en colonnes du produit .
3.3Structure de l'ensemble des solutions
Théorème 3.3Structure des solutions
Hypothèses
- le système est compatible ;
- en est une solution particulière.
Alors l'ensemble des solutions est l'ensemble des où parcourt l'ensemble des solutions du système homogène .
Démonstration
Si est solution, alors , donc est solution du système homogène et . Réciproquement, .
C'est la structure rencontrée pour les équations différentielles linéaires : solution particulière plus solutions de l'homogène. On la retrouvera au second semestre sous le nom d'équation linéaire.
Propriété 3.4Trois situations possibles
Un système n'a aucune solution, une unique solution, ou une infinité de solutions décrite par des paramètres. Il ne peut pas y avoir exactement deux solutions distinctes.
Démonstration
Si et sont deux solutions distinctes, alors est solution pour tout scalaire , ce qui en fournit une infinité puisque vaut ou .
3.4Résolution par le pivot
On reprend l'algorithme du pivot, en termes d'opérations élémentaires sur les lignes, dans ce cadre général. On échelonne la matrice augmentée, formée de et de côte à côte, puis on lit les solutions en remontant.
- Les inconnues correspondant aux pivots sont les inconnues principales, les autres sont des paramètres.
- Le système est incompatible dès qu'une ligne donne avec .
4Matrices carrées
4.1L'ensemble
Quand , on note et on parle de matrices carrées d'ordre . Le produit de deux matrices carrées d'ordre est encore d'ordre , ce qui permet de composer indéfiniment.
Exemple 4.1Non-commutativité pour
Avec et d'ordre 2 :
Exemple 4.2Diviseurs de zéro
Un produit de deux matrices non nulles peut être nul : .
Attention
On ne simplifie jamais une égalité matricielle par une matrice quelconque.
Définition 4.3Matrice nilpotente
Une matrice est nilpotente s'il existe un entier avec .
Exemple : la matrice d'ordre 3 avec des 1 au-dessus de la diagonale et des zéros ailleurs, dont le cube est nul.
4.2Matrices particulières
Définition 4.4Identité et matrices scalaires
La matrice identité a des 1 sur la diagonale et des 0 ailleurs. Elle est neutre pour le produit. Une matrice scalaire est de la forme ; elle commute avec toutes les matrices.
Définition 4.5Matrices diagonales et triangulaires
- Une matrice diagonale a seulement des coefficients diagonaux éventuellement non nuls.
- Une matrice triangulaire supérieure a des coefficients nuls en dessous de la diagonale ; inférieure, symétriquement.
Propriété 4.6Produits de matrices diagonales ou triangulaires
- Le produit de deux matrices diagonales est diagonal et se fait coefficient par coefficient sur la diagonale. Les puissances sont donc immédiates.
- Le produit de deux matrices triangulaires supérieures est triangulaire supérieure, et ses coefficients diagonaux sont les produits des coefficients diagonaux.
- Même chose pour les triangulaires inférieures.
Définition 4.7Matrices symétriques et antisymétriques
Une matrice est symétrique si , antisymétrique si . On note et ces ensembles.
Une matrice antisymétrique a des coefficients diagonaux nuls, le corps n'étant pas de caractéristique 2.
4.3Formule du binôme
Théorème 4.8Formule du binôme
Hypothèses
- et sont dans ;
- et commutent : .
Alors, pour tout entier :
La démonstration est celle du binôme dans , par récurrence avec la formule de Pascal, et elle utilise la commutation à chaque étape.
Attention
L'hypothèse de commutation est indispensable. Sans elle, , qui n'est pas .
MéthodeCalculer avec le binôme
- Écrire avec nilpotente.
- Remarquer que commute avec tout : le binôme s'applique.
- Arrêter la somme dès que l'exposant de atteint son indice de nilpotence.
Exemple 4.9Cas d'ordre 3
Pour avec :
4.4Matrices inversibles
Définition 4.10Matrice inversible
est inversible s'il existe avec . Cette est alors unique, on la note .
Démonstration
Si et conviennent, alors .
L'ensemble des matrices inversibles d'ordre se note , le groupe linéaire. Le programme demande de vérifier les propriétés qui lui confèrent une structure de groupe :
- stabilité par produit ;
- associativité ;
- présence du neutre ;
- présence de l'inverse de chaque élément.
La définition axiomatique des groupes est hors programme.
Propriété 4.11Règles de calcul
- Si et sont inversibles, l'est et , dans l'ordre inversé.
- Si est inversible, l'est aussi et .
- Si est inversible et , alors : une matrice inversible n'est pas diviseur de zéro.
4.5Calcul pratique de l'inverse
Deux méthodes au programme.
MéthodeInverser par opérations élémentaires
- Écrire et côte à côte.
- Appliquer des opérations sur les lignes jusqu'à transformer en .
- La matrice de droite est alors .
Les opérations élémentaires préservent l'inversibilité, puisqu'elles correspondent à des multiplications par des matrices inversibles. Si l'échelonnement fait apparaître une ligne nulle du côté gauche, n'est pas inversible.
MéthodeInverser par résolution du système
- Résoudre en exprimant en fonction de .
- Si la solution est unique, la matrice obtenue est .
Cette méthode est souvent la plus rapide en petite dimension.
4.6Matrices triangulaires et inversibilité
Théorème 4.12Inversibilité d'une matrice triangulaire
Une matrice triangulaire, supérieure ou inférieure, est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls. De plus, l'inverse d'une matrice triangulaire supérieure inversible est triangulaire supérieure, et de même pour les inférieures.
Démonstration
Pour une triangulaire supérieure , le système se résout en remontant, de la dernière ligne vers la première, et chaque étape nécessite de diviser par un coefficient diagonal. Si tous sont non nuls, la résolution est possible et unique, et la remontée montre que s'exprime à partir des d'indices supérieurs, ce qui donne le caractère triangulaire supérieur de l'inverse. Si un coefficient diagonal est nul, le système n'est pas de solution unique pour tout .
Propriété 4.13Cas des matrices diagonales
Une matrice diagonale est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls, et son inverse est diagonale, de coefficients les inverses.
Méthodes
MéthodeRéflexes du chapitre
- Pour un produit matriciel, vérifier d'abord la compatibilité des formats.
- Pour une question théorique sur des coefficients, utiliser les matrices élémentaires et la formule .
- Pour calculer , tester dans l'ordre : matrice diagonale, décomposition en scalaire plus nilpotente avec le binôme, recherche d'une relation polynomiale annulatrice, conjecture puis récurrence.
- Pour l'inversibilité, chercher une relation du type , qui donne directement .
- Pour résoudre un système, échelonner par opérations élémentaires, identifier les inconnues principales et les paramètres, donner l'ensemble des solutions sous la forme solution particulière plus solutions homogènes.
- Ne jamais simplifier une égalité matricielle par une matrice dont l'inversibilité n'a pas été établie.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Écrire le coefficient général d'un produit et calculer un produit de matrices élémentaires.
- Démontrer que la transposée de est le produit des transposées dans l'ordre inversé.
- Traduire chaque opération élémentaire sur les lignes en une multiplication à gauche par une matrice inversible.
- Démontrer que l'ensemble des solutions de est plus l'ensemble des solutions du système homogène.
- Calculer avec la formule du binôme après décomposition en plus nilpotente, en justifiant la commutation.
- Démontrer l'unicité de l'inverse et la formule donnant l'inverse d'un produit.
- Inverser une matrice d'ordre 3 par opérations élémentaires, puis vérifier par le produit.
- Démontrer qu'une matrice triangulaire est inversible si et seulement si ses coefficients diagonaux sont non nuls.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Toute matrice de Mn,p(K) s'écrit de façon unique comme la somme des ai,j Ei,j. Exigible avec démonstration.
- Bilinéarité, associativité et distributivité du produit matriciel. Exigibles, on les vérifie sur le coefficient général.
- Si X est une colonne, AX est la combinaison linéaire des colonnes de A de coefficients ceux de X. Exigible avec démonstration.
- Pour Ei,j dans Mn,p(K) et Ek,l dans Mp,q(K), on a Ei,j Ek,l = δj,k Ei,l. Exigible avec démonstration.
- La transposée d'une combinaison linéaire est la combinaison des transposées. (AB)ᵀ = BᵀAᵀ. Exigibles avec démonstration.
- Une opération élémentaire sur les lignes de A revient à multiplier A à gauche par une matrice inversible. Sur les colonnes, c'est une multiplication à droite. Exigible avec démonstration.
- AX = B est compatible si et seulement si B est combinaison linéaire des colonnes de A. Exigible.
- Si AX = B est compatible et X₀ en est une solution, les solutions sont les X₀ + Y avec AY = 0. Exigible avec démonstration.
- Produit de matrices diagonales, de triangulaires supérieures, de triangulaires inférieures, avec la diagonale du produit égale au produit des diagonales. Exigible avec démonstration.
- Formule du binôme pour deux matrices carrées qui commutent. Exigible avec démonstration.
- Unicité de l'inverse, inverse d'un produit (B⁻¹A⁻¹), inverse de la transposée ((A⁻¹)ᵀ). Exigibles avec démonstration.
- GL_n(K) est stable par produit et par passage à l'inverse, contient In, et le produit y est associatif. Exigible. La définition axiomatique d'un groupe est hors programme.
- Les opérations élémentaires préservent l'inversibilité. Exigible.
- Une matrice triangulaire est inversible si et seulement si ses coefficients diagonaux sont tous non nuls, et son inverse est alors triangulaire de même type. Exigible avec démonstration, cas particulier des matrices diagonales.
- Hors de ce chapitre, à ne pas utiliser sans le dire : le rang, le déterminant, la trace, et le fait que AB = In suffit à entraîner BA = In. Ce dernier résultat sera établi au second semestre. Ici, on vérifie les deux produits.
Clés de démonstration
Produit de matrices élémentaires. Le coefficient (r, s) de Ei,j vaut δr,i δs,j. Le coefficient (r, s) du produit est donc la somme sur m de δr,i δm,j δm,k δs,l, qui vaut δj,k δr,i δs,l. Astuce, écrire les coefficients avec des symboles de Kronecker, et la somme s'effondre sur un seul terme.
Transposée d'un produit. Le coefficient (i, j) de (AB)ᵀ est celui en (j, i) de AB, soit la somme des aj,k bk,i. On le réécrit comme la somme des bk,i aj,k, c'est-à-dire le coefficient (i, j) de BᵀAᵀ. Astuce, les scalaires commutent, ce qui permet de réordonner chaque terme.
Opérations élémentaires. Pour i ≠ j, la matrice Ei,jA a pour ligne i la ligne j de A et des zéros ailleurs. Donc (In + λEi,j)A = A + λEi,jA réalise Li ← Li + λL_j. Astuce, lire le produit ligne par ligne. L'inverse est In − λEi,j, car Ei,j² = δj,iEi,j = 0.
Inverse d'un produit, d'une transposée. On calcule (AB)(B⁻¹A⁻¹) = A(BB⁻¹)A⁻¹ = In, puis le produit dans l'autre ordre. Pour la transposée, Aᵀ(A⁻¹)ᵀ = (A⁻¹A)ᵀ = In, et de même dans l'autre sens. Astuce, associativité pour le produit, formule de transposition pour la transposée, et vérifier les deux ordres.
Produit de triangulaires supérieures. Le coefficient (i, j) de AB est la somme des ai,k bk,j, et un terme non nul exige i ≤ k et k ≤ j. Si i > j, la somme est vide donc nulle. Si i = j, seul k = i survit et donne ai,i bi,i. Astuce, raisonner sur les indices plutôt que sur des dessins.
Formule du binôme. On montre d'abord par récurrence que B commute avec toute puissance de A. Puis on fait la récurrence sur m en développant (A + B)(A + B)m et en regroupant avec la relation de Pascal. Astuce, la commutation sert à ramener chaque B à droite des A.
Triangulaire et inversibilité. Si la diagonale est sans zéro, le système TX = Y se résout par remontée de façon unique, et xi ne dépend que des yj avec j ≥ i, d'où l'inverse triangulaire supérieur. Réciproquement, soit k le plus petit indice tel que tk,k = 0. On pose xk = 1 et xj = 0 pour j > k, puis on détermine xk−1, …, x₁ par remontée, en divisant par des diagonaux non nuls. On obtient X ≠ 0 avec TX = 0. Astuce, une matrice inversible vérifie TX = 0 ⇒ X = 0, donc exhiber une colonne non nulle annulée suffit.
Exemples et contre-exemples à connaître
- E1,1E1,2 = E1,2 et E1,2E1,1 = 0. C'est le contre-exemple standard à la commutativité.
- A de lignes (1, 1) et (−1, −1) vérifie A² = 0 sans être triangulaire. Une matrice nilpotente n'a pas besoin d'avoir une forme particulière.
- I₂ et −I₂ sont inversibles, leur somme est nulle. GL_n(K) n'est pas stable par addition.
- Avec E1,2 et E2,1, on a (E1,2 + E2,1)² = I₂, alors que E1,2² + 2E1,2E2,1 + E2,1² = 2E1,1. Sans commutation, le binôme est faux.
- Jn, la matrice dont tous les coefficients valent 1, vérifie J_n² = nJ_n. Elle est la source de nombreux calculs de puissances et d'inverses.
- R de lignes (0, −1) et (1, 0) vérifie R² = −I₂. Donc R⁻¹ = −R et R⁴ = I₂, les puissances sont périodiques.
- A de lignes (1, 0) et (0, 0) et B de lignes (0, 1) et (1, 0) sont symétriques, mais AB, de lignes (0, 1) et (0, 0), ne l'est pas. En général, (AB)ᵀ = BA, donc le produit de deux symétriques est symétrique si et seulement si elles commutent.
- A de lignes (1, 2) et (2, 4) n'est pas inversible, car A fois la colonne (2, −1) est nulle. Une relation entre les colonnes fournit une colonne non nulle annulée.
- La matrice complexe symétrique de lignes (1, i) et (i, −1) a un carré nul. Sur R, au contraire, une symétrique de carré nul est nulle (exercice 6).
Techniques du chapitre
Contrôler les formats avant tout calcul. Mini-exercice, A est de format 2 × 3 et B de format 3 × 2. Alors AB est de format 2 × 2 et BA de format 3 × 3. La question « AB = BA ? » n'a donc aucun sens ici.
Calculer avec les symboles de Kronecker. Mini-exercice, pour i ≠ j, montrer que In + λEi,j est inversible. On a Ei,jEi,j = δj,iEi,j = 0. Donc (In + λEi,j)(In − λEi,j) = In − λ²Ei,j² = In, et de même dans l'autre ordre.
Lire AX en colonnes pour la compatibilité. Mini-exercice, A de lignes (1, 2) et (2, 4), B de coordonnées (b₁, b₂). Les colonnes de A sont proportionnelles à (1, 2). Le système est compatible si et seulement si B l'est aussi, c'est-à-dire b₂ = 2b₁.
Écrire une matrice comme scalaire plus nilpotente. Mini-exercice, A de lignes (3, 1) et (0, 3). On pose A = 3I₂ + N avec N = E1,2, donc N² = 0, et 3I₂ commute avec N. Le binôme donne Am = 3m I₂ + m 3m−1 N, soit Am de lignes (3m, m 3m−1) et (0, 3m).
Chercher une relation annulatrice pour inverser. Mini-exercice, A de lignes (1, 1) et (1, 0). On calcule A², de lignes (2, 1) et (1, 1), qui vaut A + I₂. Donc A(A − I₂) = (A − I₂)A = I₂, et A⁻¹ est de lignes (0, 1) et (1, −1).
Traduire une opération élémentaire en matrice. Mini-exercice, en ordre 3, l'opération L₂ ← L₂ − 3L₁ correspond à la multiplication à gauche par I₃ − 3E2,1. L'échange L₁ ↔ L₂ correspond à la matrice de lignes (0, 1, 0), (1, 0, 0), (0, 0, 1), qui est son propre inverse.
Résoudre par pivot et présenter la structure. Mini-exercice, x + 2y − z = 1 et 2x + 4y + z = 5. L'opération L₂ ← L₂ − 2L₁ donne 3z = 3, donc z = 1, puis x = 2 − 2y. Les solutions sont (2, 0, 1) + y(−2, 1, 0) avec y dans K, soit une solution particulière plus les solutions homogènes.
Décomposer par analyse-synthèse. Mini-exercice, écrire M = S + A avec S symétrique et A antisymétrique. Analyse, Mᵀ = S − A, donc S = (M + Mᵀ)/2 et A = (M − Mᵀ)/2, d'où l'unicité. Synthèse, ces deux matrices conviennent.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Inverse par résolution d'un système
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Montrer que A, de lignes (1, 0, 1), (1, 1, 0), (0, 1, 1), est inversible et calculer son inverse.
Technique résoudre AX = Y en exprimant X en fonction de Y.
Voir le corrigé
- Le système s'écrit x + z = a, x + y = b, y + z = c. 2. En sommant, 2(x + y + z) = a + b + c. On pose s = (a + b + c)/2. 3. Alors x = s − (y + z) = (a + b − c)/2, y = s − (x + z) = (−a + b + c)/2, z = s − (x + y) = (a − b + c)/2. 4. La solution existe et est unique pour tout Y, donc A est inversible, et A⁻¹ est la moitié de la matrice de lignes (1, 1, −1), (−1, 1, 1), (1, −1, 1). 5. On vérifie le produit AA⁻¹ = I₃.
piège : Lire les lignes de A⁻¹ en colonnes. La ligne i de A⁻¹ porte les coefficients de xi en fonction de a, b, c.
Exercice 2. Système à paramètre
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Selon le réel a, résoudre x + y + az = 1, x + ay + z = 1, ax + y + z = 1.
Technique transvections puis disjonction de cas sur les facteurs qui s'annulent.
Voir le corrigé
- Le système équivaut à L₁, L₁ − L₂, L₂ − L₃, car ces transvections sont réversibles. On obtient (1 − a)(y − z) = 0 et (1 − a)(x − y) = 0. 2. Si a ≠ 1, alors x = y = z, et L₁ donne (a + 2)x = 1. Pour a ≠ −2, l'unique solution est x = y = z = 1/(a + 2). Pour a = −2, L₁ devient 0 = 1, le système est incompatible. 3. Si a = 1, les trois équations valent x + y + z = 1. Les solutions sont (1, 0, 0) + s(−1, 1, 0) + t(−1, 0, 1), avec s et t dans R.
piège : Diviser par 1 − a sans avoir séparé le cas a = 1, ou oublier le cas a = −2.
Exercice 3. Puissances par le binôme
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Calculer Am pour m dans N, où A est de lignes (1, 1, 1), (0, 1, 1), (0, 0, 1).
Technique décomposition I₃ + N avec N nilpotente.
Voir le corrigé
- N = A − I₃ a pour lignes (0, 1, 1), (0, 0, 1), (0, 0, 0). N² a un seul coefficient non nul, 1 en position (1, 3), et N³ = 0. 2. I₃ commute avec N, donc le binôme s'applique. Pour m ≥ 2, Am = I₃ + mN + (m(m − 1)/2)N², les termes suivants étant nuls. 3. La formule reste vraie pour m = 0 et m = 1. 4. Am a pour lignes (1, m, m(m + 1)/2), (0, 1, m), (0, 0, 1). 5. Bonus, (I₃ + N)(I₃ − N + N²) = I₃ + N³ = I₃, et de même dans l'autre ordre. La formule vaut donc aussi pour m = −1.
piège : Appliquer le binôme sans justifier la commutation, ou oublier le terme en N².
Exercice 4. Inverse de In − N
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Soit N dans Mn(K) avec Np = 0 pour un entier p ≥ 1. Montrer que In − N est inversible et donner son inverse. Application à la matrice de lignes (1, −1, 0), (0, 1, −1), (0, 0, 1).
Technique télescopage, comme pour la somme géométrique.
Voir le corrigé
- On pose S = In + N + … + Np−1. 2. (In − N)S = S − NS, et la somme télescope en In − Np = In. De même S(In − N) = In. 3. Donc In − N est inversible d'inverse S. 4. Application, la matrice vaut I₃ − N avec N = E1,2 + E2,3. On a N² = E1,3 et N³ = 0. L'inverse vaut I₃ + N + N², c'est la matrice A de l'exercice 3.
piège : Écrire l'inverse sous la forme 1/(In − N). La division par une matrice n'a pas de sens.
Exercice 5. Inverse de Jn − In
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Pour n ≥ 2, soit A la matrice d'ordre n de diagonale nulle et dont tous les autres coefficients valent 1. Montrer que A est inversible et calculer A⁻¹.
Technique relation annulatrice.
Voir le corrigé
- A = Jn − In, et J_n² = nJ_n, car chaque coefficient de J_n² est une somme de n termes égaux à 1. 2. A² = J_n² − 2J_n + In = (n − 2)Jn + In = (n − 2)(A + In) + In. 3. Donc A(A − (n − 2)In) = (n − 1)In, et le produit dans l'autre ordre donne le même résultat, car A commute avec ses puissances. 4. Comme n ≥ 2, on peut diviser par n − 1, et A⁻¹ = (A − (n − 2)In)/(n − 1). Pour n = 2, on retrouve A⁻¹ = A.
piège : Développer (Jn − In)² en oubliant le double produit, ou conclure sans vérifier que n − 1 ≠ 0.
Exercice 6. MᵀM = 0 sur R
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Montrer que si M est réelle d'ordre n et MᵀM = 0, alors M = 0. Montrer que c'est faux sur C.
Technique calculer un coefficient diagonal.
Voir le corrigé
- Le coefficient (j, j) de MᵀM est la somme sur i des mi,j². 2. Sur R, une somme de carrés nulle impose mi,j = 0 pour tout i. Comme c'est vrai pour tout j, M = 0. 3. Sur C, M de lignes (1, 0) et (i, 0) donne MᵀM de coefficient (1, 1) égal à 1 + i² = 0, et tous les autres coefficients sont nuls. 4. Conséquence, une matrice réelle symétrique S de carré nul vérifie SᵀS = 0, donc S = 0.
piège : Oublier que l'argument repose sur la positivité des carrés réels.
Exercice 7. Suites couplées et puissances
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit CCINP
Soit A de lignes (1, 1) et (0, 2). Vérifier A² = 3A − 2I₂, en déduire Am, puis le terme général des suites définies par um+1 = um + vm et vm+1 = 2v_m.
Technique relation polynomiale et suite récurrente linéaire d'ordre 2.
Voir le corrigé
- A² a pour lignes (1, 3) et (0, 4), c'est bien 3A − 2I₂. 2. Par récurrence, Am = am A + bm I₂, avec a₀ = 0, b₀ = 1, am+1 = 3a_m + bm et bm+1 = −2a_m. 3. Donc am+2 = 3am+1 − 2a_m. L'équation caractéristique r² − 3r + 2 = 0 a pour racines 1 et 2, et avec a₀ = 0 et a₁ = 1 on obtient am = 2m − 1. 4. Pour m ≥ 1, bm = −2am−1 = 2 − 2m, formule encore vraie pour m = 0. 5. Am a pour lignes (1, 2m − 1) et (0, 2m). 6. La colonne (um, vm) vaut Am fois (u₀, v₀), donc um = u₀ + (2m − 1)v₀ et vm = 2m v₀.
piège : Établir la forme am A + bm I₂ sans récurrence, ou se tromper dans l'ordre du produit Am X₀.
Exercice 8. Matrices qui commutent avec toutes les autres
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit CCINP
Déterminer les M de Mn(K) telles que MA = AM pour toute A de Mn(K).
Technique tester sur les matrices élémentaires.
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- Les matrices scalaires conviennent. 2. Réciproquement, on écrit M comme somme des mk,lEk,l. Alors MEi,j est la somme sur k des mk,iEk,j, et Ei,jM est la somme sur l des mj,lEi,l. 3. La première n'a des coefficients qu'en colonne j, la seconde qu'en ligne i. Pour k ≠ i, le coefficient (k, j) donne mk,i = 0. 4. Le coefficient (i, j) donne mi,i = mj,j. 5. Avec tous les couples (i, j), M est diagonale à diagonale constante, donc scalaire.
piège : Ne tester qu'une ou deux matrices particulières, ce qui ne suffit pas à conclure.
Exercice 9. Somme de nilpotentes qui commutent
Approfondissement · Niveau écrit Mines
Soient A et B nilpotentes d'ordre n qui commutent, avec Ap = 0 et Bq = 0. Montrer que A + B et AB sont nilpotentes. Montrer que l'hypothèse de commutation est nécessaire.
Technique binôme avec découpage des indices.
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- Comme AB = BA, (AB)p = Ap Bp = 0. 2. Le binôme donne (A + B)p+q−1 comme la somme des coefficients binomiaux fois Ak Bp+q−1−k. 3. Si k ≥ p, Ak = 0. Sinon k ≤ p − 1, donc p + q − 1 − k ≥ q et Bp+q−1−k = 0. Chaque terme est nul. 4. Contre-exemple, E1,2 et E2,1 sont nilpotentes, mais leur somme a pour carré I₂, donc aucune de ses puissances n'est nulle. Leur produit E1,1 ne l'est pas non plus.
piège : Écrire (AB)p = Ap Bp sans utiliser la commutation.
Exercice 10. Triangulaires strictes
Approfondissement · Type oral Centrale
Soit N triangulaire supérieure stricte d'ordre n, c'est-à-dire ni,j = 0 dès que i ≥ j. Montrer que Nn = 0. En déduire A−1 pour A triangulaire supérieure de diagonale constante λ ≠ 0.
Technique récurrence sur un décalage d'indices.
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- Propriété P(k), le coefficient (i, j) de Nk est nul dès que j − i < k. P(1) est l'hypothèse. 2. Si P(k) est vraie, le coefficient (i, j) de Nk+1 est la somme sur l des (Nk)i,l nl,j. Un terme non nul exige l − i ≥ k et j − l ≥ 1, donc j − i ≥ k + 1. D'où P(k + 1). 3. Pour k = n, on a toujours j − i ≤ n − 1 < n, donc Nn = 0. 4. A = λ(In + M) avec M = (A − λI_n)/λ triangulaire supérieure stricte. Par l'exercice 4 appliqué à −M, A⁻¹ = (1/λ)(In − M + M² − … + (−1)n−1Mn−1).
piège : Affirmer la nilpotence en regardant un exemple d'ordre 3, sans contrôler les indices.
Erreurs fréquentes
- Écrire (A + B)² = A² + 2AB + B², ou appliquer le binôme sans avoir vérifié que les deux matrices commutent.
- Simplifier AB = AC en B = C, ou AB = 0 en A = 0 ou B = 0, sans avoir établi l'inversibilité de A.
- Oublier d'inverser l'ordre des facteurs, (AB)⁻¹ = B⁻¹A⁻¹ et (AB)ᵀ = BᵀAᵀ.
- Conclure qu'une matrice est inversible en ne vérifiant qu'un produit AB = In. Dans ce chapitre, il faut les deux produits, sauf si l'inverse est un polynôme en A, qui commute automatiquement avec A.
- Dans un pivot, effectuer simultanément L₁ ← L₁ − L₂ et L₂ ← L₂ − L₁, ce qui détruit l'équivalence, ou diviser par une expression du paramètre sans traiter à part le cas où elle s'annule.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de PCSI (2021), section « Calcul matriciel et systèmes linéaires » du premier semestre. Elle couvre les opérations sur les matrices, les opérations élémentaires, les systèmes linéaires sous forme matricielle, les matrices carrées et l'inversibilité. Dans toute la fiche, désigne ou .