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ECG1 · ESH · semaine 27

Transformations démographiques et évolution des modes de vie

Mode de calcul et signification des grands indicateurs démographiques. Relations entre développement économique, évolution des pyramides des âges et flux démographiques. Transformation des modes de vie et de la consommation sous l'effet de facteurs sociologiques, démographiques et environnementaux.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. Les indicateurs démographiques sont transversaux et conventionnels. Les définir exactement est la première exigence, notamment pour l'indicateur conjoncturel de fécondité et l'espérance de vie.

  2. La transition démographique décrit le passage d'un régime à forte natalité et forte mortalité à un régime à faibles taux, en deux phases décalées qui produisent une explosion intermédiaire puis un vieillissement.

  3. Les faits mondiaux sont massifs. Huit milliards d'habitants en 2022, fécondité mondiale tombée vers 2,2, espérance de vie passée d'environ 47 à environ 73 ans depuis 1950, avec un fort décalage régional.

  4. La France est entrée dans une phase de vieillissement rapide, avec une fécondité autour de 1,6 en 2024 et un solde naturel quasi nul, ce qui pose la question du financement des retraites et de la dépendance.

  5. Les modes de vie se transforment avec le revenu, selon la loi d'Engel, mais aussi selon des logiques sociales de statut et de distinction que rappellent Veblen, Duesenberry, Bourdieu et Baudrillard.

Pourquoi ce chapitre

La démographie est la variable la plus lente et la plus prévisible de l'économie. Une pyramide des âges de 2050 est déjà largement écrite. C'est pourquoi ce chapitre nourrit à la fois l'analyse de la croissance passée et les débats actuels sur les retraites, la santé et l'immigration.

Il a trois entrées. La technique d'abord, car les indicateurs démographiques se calculent et se lisent avec précision, et un indicateur mal défini fait perdre des points immédiatement. L'histoire ensuite, avec le schéma de la transition démographique, l'un des rares grands récits vérifiés de la discipline. La sociologie enfin, avec la transformation des modes de vie et de la consommation.

En dissertation, il alimente les sujets du type « la population est-elle une richesse », « le vieillissement menace-t-il la croissance », « la consommation est-elle un fait économique ou social ». En colle, on attend les formules exactes des indicateurs, le schéma de la transition avec ses deux phases, et des chiffres INSEE et ONU datés.

Notions et mécanismes

Les indicateurs et leur lecture

Le taux de natalité est le nombre de naissances vivantes d'une année rapporté à la population moyenne, exprimé pour mille habitants. Le taux de mortalité suit la même construction pour les décès. Leur différence est le solde naturel, ou accroissement naturel. En y ajoutant le solde migratoire, différence entre entrées et sorties, on obtient la variation totale de la population.

Attention, ces deux taux sont sensibles à la structure par âge. Un pays très jeune a un taux de mortalité faible même si la mortalité y est mauvaise à chaque âge. C'est pourquoi on leur préfère des indicateurs indépendants de la structure.

L'indicateur conjoncturel de fécondité est le nombre moyen d'enfants qu'aurait une femme au cours de sa vie si elle connaissait à chaque âge les taux de fécondité observés l'année considérée. C'est un indicateur transversal, une fiction utile, et non une mesure de descendance réelle. Il est perturbé par les effets de calendrier, un report des naissances vers des âges plus tardifs le fait baisser temporairement même à descendance finale inchangée. Le seuil de renouvellement des générations est d'environ 2,1 enfants par femme dans les pays à faible mortalité.

L'espérance de vie à la naissance est le nombre moyen d'années que vivrait une génération fictive soumise aux conditions de mortalité par âge de l'année considérée. Même remarque, c'est une photographie d'une année, pas une prédiction pour les nouveau-nés. On lui adjoint l'espérance de vie en bonne santé, qui progresse moins vite.

Le taux de mortalité infantile rapporte les décès d'enfants de moins d'un an aux naissances vivantes de l'année, pour mille. C'est l'indicateur le plus sensible au niveau de développement sanitaire.

La pyramide des âges représente les effectifs par âge et par sexe. Sa forme raconte l'histoire du pays, creux des classes creuses liées aux guerres, renflement du baby-boom, rétrécissement de la base avec la baisse de la fécondité. Le rapport de dépendance des âges compare la population de 65 ans et plus à la population d'âge actif. Son évolution est la variable clé du financement des retraites et de la santé.

La transition démographique

Le régime démographique traditionnel associe une natalité forte, de l'ordre de 35 à 40 pour mille, et une mortalité forte et très variable selon les crises. La croissance de la population y est lente et heurtée.

La transition démographique est le passage de ce régime à un régime moderne où natalité et mortalité sont toutes deux faibles. Elle se déroule en deux temps. D'abord la mortalité baisse, sous l'effet de l'amélioration de l'alimentation, de l'hygiène, de l'assainissement de l'eau, puis de la vaccination et des antibiotiques. La natalité reste élevée. L'écart entre les deux courbes crée une forte croissance de la population. Ensuite la natalité baisse à son tour, avec un décalage d'une à plusieurs générations, sous l'effet de la baisse de la mortalité infantile, de l'urbanisation, de la scolarisation des filles, de la contraception et du coût croissant de l'enfant. Les deux courbes se rejoignent à un niveau bas.

Deux conséquences majeures. La population finale est plusieurs fois supérieure à la population initiale, c'est l'explosion démographique de la phase intermédiaire. Et la structure par âge se déforme, d'abord par le bas avec une population très jeune, puis par le haut avec le vieillissement.

Deux précisions de vocabulaire. La transition sanitaire, ou épidémiologique, décrit le glissement des causes de décès des maladies infectieuses vers les maladies chroniques et dégénératives, cardiovasculaires et cancers. La seconde transition démographique, notion proposée dans les années 1980, désigne l'installation durable de la fécondité sous le seuil de renouvellement dans les pays développés, avec recul de l'âge au premier enfant, hausse des naissances hors mariage, diffusion de l'union libre et valorisation de l'autonomie individuelle.

Le vieillissement a donc deux moteurs. Par le bas, la baisse de la fécondité réduit le poids des jeunes générations. Par le haut, l'allongement de la vie accroît le nombre des personnes âgées. Le premier moteur est historiquement le plus puissant.

Démographie et économie

Le dividende démographique désigne la période, au cours de la transition, où la part de la population en âge de travailler est maximale et les charges de dépendance minimales. C'est une fenêtre favorable à la croissance, à condition que le système éducatif et le marché du travail absorbent cette main-d'œuvre. Une partie du décollage est-asiatique est attribuée à cette fenêtre.

Symétriquement, le vieillissement agit par plusieurs canaux. Il pèse sur le taux d'emploi rapporté à la population totale. Il modifie l'épargne, selon la logique du cycle de vie, les actifs épargnant et les retraités désépargnant. Il déplace la demande vers la santé et les services à la personne. Il alourdit les dépenses publiques de retraite et de soins.

Modes de vie et consommation

La loi d'Engel, formulée en 1857, établit que la part de l'alimentation dans le budget diminue quand le revenu augmente. Généralisée, elle explique la déformation de la structure de consommation au cours du développement, au profit du logement, des transports, de la santé, de l'éducation et des loisirs.

La consommation n'est pas seulement une réponse à un besoin. Thorstein Veblen montre en 1899 que certains biens sont achetés pour afficher un statut, d'où une demande qui peut croître avec le prix, ce qu'on appelle l'effet Veblen ou consommation ostentatoire. James Duesenberry décrit en 1949 l'effet de démonstration, l'imitation des groupes de référence situés au-dessus, et l'effet de cliquet, la résistance à la baisse de la consommation quand le revenu recule. Pierre Bourdieu montre en 1979 que les goûts fonctionnent comme des signes de position. Jean Baudrillard soutient en 1970 que la consommation est devenue un système de signes où l'objet vaut moins par son usage que par sa place dans un code.

Côté économique, deux modèles complètent le tableau. La théorie du cycle de vie de Franco Modigliani lie la consommation à la richesse accumulée sur toute l'existence. L'hypothèse du revenu permanent de Milton Friedman, en 1957, fait dépendre la consommation du revenu anticipé de long terme et non du revenu courant.

Auteurs et théories de référence

Thomas Robert Malthus, en 1798, oppose une croissance de la population par progression géométrique à une croissance des subsistances par progression arithmétique. L'ajustement se fait par des obstacles destructifs, famines, épidémies, guerres, ou préventifs, dont la contrainte morale, mariage tardif et abstinence. Sa prévision a été démentie par les gains de productivité agricole et par la baisse volontaire de la fécondité, mais son schéma reste utile pour penser les limites.

Ester Boserup renverse l'argument en 1965. C'est la pression démographique qui contraint à intensifier l'agriculture et à innover, jachère raccourcie, irrigation, nouveaux outils. La population n'est plus une contrainte subie mais un stimulant.

Adolphe Landry, en 1934, décrit la révolution démographique et distingue trois régimes, primitif, intermédiaire et contemporain. Ses travaux, avec ceux de Warren Thompson et de Frank Notestein, fondent le schéma de la transition.

Alfred Sauvy développe la notion de population optimum, effectif qui maximise un critère donné, et insiste sur la distinction entre optimum de puissance et optimum de bien-être. Il est aussi le premier à populariser l'idée que le vieillissement est d'abord un état d'esprit collectif autant qu'une donnée arithmétique.

Gary Becker propose en 1960 une analyse économique de la fécondité. Les parents arbitrent entre le nombre d'enfants et l'investissement par enfant, ce qu'il appelle l'arbitrage entre quantité et qualité. L'élévation du salaire féminin augmente le coût d'opportunité du temps consacré aux enfants, ce qui réduit la fécondité tout en augmentant les dépenses par enfant.

Abdel Omran formalise en 1971 la transition épidémiologique.

Dirk van de Kaa et Ron Lesthaeghe proposent en 1986 la notion de seconde transition démographique, centrée sur le changement de valeurs.

Faits, chiffres et repères historiques

Population mondiale, données des Nations unies. Environ 1 milliard d'habitants vers 1800, 2,5 milliards en 1950, le cap des 8 milliards franchi en novembre 2022. Les projections situent le maximum autour de 10 milliards dans la seconde moitié du siècle, suivi d'un déclin. La croissance annuelle mondiale est passée d'un pic supérieur à 2 % dans les années 1960 à moins de 1 % aujourd'hui.

Fécondité et mortalité mondiales. L'indicateur conjoncturel de fécondité mondial est passé d'environ 5 enfants par femme en 1950 à environ 2,2 aujourd'hui. L'espérance de vie mondiale est passée d'environ 47 ans en 1950 à environ 73 ans. Ces deux mouvements résument la transition à l'échelle planétaire.

Décalage régional. L'Europe et l'Asie de l'Est ont achevé leur transition et vieillissent rapidement. L'Afrique subsaharienne est en pleine phase intermédiaire, avec une fécondité de l'ordre de 4 enfants par femme. C'est pourquoi la part de l'Afrique dans la population mondiale, de l'ordre de 18 % aujourd'hui, devrait approcher le tiers en 2100 selon les projections onusiennes.

France, données INSEE. La population dépasse 68 millions d'habitants. L'indicateur conjoncturel de fécondité est descendu autour de 1,6 enfant par femme en 2024, niveau le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale, contre environ 2,9 au milieu des années 1960 et environ 2 dans les années 2000 à 2015. Le baby-boom couvre approximativement 1946 à 1974.

Espérance de vie en France. Environ 80 ans pour les hommes et environ 85,6 ans pour les femmes, contre respectivement environ 63 et 69 ans en 1950. L'écart entre sexes se réduit lentement. La mortalité infantile est passée d'environ 50 pour mille en 1950 à moins de 4 pour mille aujourd'hui.

Vieillissement français. Les 65 ans et plus représentaient environ 11 % de la population en 1950, ils en représentent environ 21 % aujourd'hui, et les projections de l'INSEE les situent autour de 29 % en 2070. Le solde naturel, longtemps le principal moteur de la croissance démographique française, est devenu quasi nul.

Ménages et modes de vie. La taille moyenne des ménages en France est passée d'environ 3,1 personnes à la fin des années 1960 à environ 2,2 aujourd'hui. Près de 40 % des ménages sont composés d'une seule personne. Les familles monoparentales représentent environ un quart des familles avec enfants.

Consommation. Selon l'INSEE, la part de l'alimentation dans la dépense de consommation des ménages est passée d'environ un tiers au début des années 1960 à un niveau voisin de 16 %. Celle du logement, chauffage et énergie compris, a fortement augmenté pour approcher le quart de la dépense. Les transports, les loisirs, la santé et la communication ont progressé.

Migrations. Les Nations unies dénombraient environ 280 millions de migrants internationaux vers 2020, soit de l'ordre de 3,5 % de la population mondiale. Cette part est remarquablement stable sur longue période, contrairement à une idée répandue.

Débats et controverses

Premier débat, la population est-elle une richesse ou une charge. Le débat Malthus contre Boserup en fixe les termes. Il se rejoue aujourd'hui sous forme écologique, une population plus nombreuse pesant sur les ressources, et sous forme économique, une population nombreuse constituant un marché et un vivier d'innovation. La réponse dépend du niveau de capital par habitant et de la vitesse du progrès technique.

Deuxième débat, le vieillissement menace-t-il la croissance. Les arguments pessimistes sont la baisse de la population active, le coût des retraites et de la dépendance, et une moindre capacité d'innovation. Les arguments plus nuancés relèvent que l'espérance de vie en bonne santé progresse, que le taux d'emploi des seniors peut augmenter, que la productivité et la durée de la vie active comptent plus que l'effectif brut, et que l'économie de la longévité crée des activités.

Troisième débat, l'immigration comme réponse démographique. Les projections montrent qu'il faudrait des flux très importants pour stabiliser le rapport de dépendance, ce qui limite la portée de l'argument purement arithmétique. Les effets budgétaires nets dépendent surtout du taux d'emploi des personnes accueillies.

Quatrième débat, la transition démographique est-elle un modèle universel. Le schéma a été construit sur l'expérience européenne, où la transition a été lente et accompagnée d'une forte émigration. Dans les pays du Sud, la baisse de la mortalité a été plus rapide, importée, et l'écart entre les deux courbes plus large, d'où une croissance démographique bien plus intense. Le calendrier et les causes diffèrent donc, même si le point d'arrivée converge.

Cinquième débat, la politique familiale a-t-elle un effet. La France est souvent citée pour sa fécondité longtemps supérieure à la moyenne européenne, attribuée aux modes de garde et aux transferts. La baisse récente rappelle que les déterminants économiques, l'accès au logement et les anticipations d'avenir comptent aussi beaucoup.

Sixième débat, homogénéisation ou distinction des modes de vie. La diffusion des biens durables et la baisse du coefficient alimentaire suggèrent une convergence. Bourdieu et Veblen rappellent que la différenciation se déplace vers d'autres terrains, pratiques culturelles, alimentation de qualité, destinations de vacances, arbitrages écologiques. La distinction ne disparaît pas, elle change d'objet.

Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. Un plan type pour « la population est-elle une richesse ». Elle est une contrainte sur les ressources, avec Malthus et sa version écologique. Elle est un moteur, avec Boserup, le dividende démographique et la taille des marchés. Tout dépend du contexte, capital par tête, institutions et rythme de la transition.

  2. Un plan type pour « le vieillissement ». Un fait mesuré et prévisible, avec les chiffres INSEE. Des coûts réels sur les finances publiques et l'offre de travail. Des marges d'ajustement, taux d'emploi des seniors, productivité, immigration, réforme des retraites, qui déplacent le problème sans le supprimer.

  3. Le schéma de la transition démographique, à savoir tracer et commenter en deux phases, avec la mention du décalage entre les deux courbes et de l'explosion intermédiaire.

  4. Les formules exactes de quatre indicateurs, indicateur conjoncturel de fécondité, espérance de vie à la naissance, taux de mortalité infantile, solde naturel, avec la mention de leur caractère transversal.

  5. Le couple Malthus et Boserup, et le couple Veblen et Bourdieu pour la consommation.

  6. Cinq chiffres sûrs. Population mondiale de 2,5 milliards en 1950 à 8 milliards en 2022, ONU. Fécondité mondiale d'environ 5 à environ 2,2 enfants par femme. Fécondité française autour de 1,6 en 2024, INSEE. Part des 65 ans et plus en France d'environ 11 % en 1950 à environ 21 % aujourd'hui. Part de l'alimentation dans la consommation des ménages français d'environ un tiers à environ 16 %.

  7. Pièges à éviter. Présenter l'indicateur conjoncturel de fécondité comme la descendance réelle d'une génération. Confondre vieillissement par le bas et par le haut. Dire que Malthus a eu tort sans préciser pourquoi. Négliger les effets de calendrier dans l'interprétation d'une baisse de fécondité.

  8. Une nuance appréciée. La part des migrants dans la population mondiale est stable sur longue période, ce qui contredit l'idée d'une migration explosive.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Analyse transversale : observation de toutes les générations une année donnée. Analyse longitudinale : suivi d'une même génération au fil de sa vie. L'ICF et l'espérance de vie à la naissance sont transversaux.
  • Taux de fécondité à l'âge x : naissances de mères d'âge x rapportées à l'effectif moyen des femmes d'âge x. L'ICF est leur somme, multipliée par cinq si les taux sont donnés par groupes quinquennaux.
  • Descendance finale : nombre moyen d'enfants effectivement mis au monde par une génération de femmes. C'est l'indicateur longitudinal, connu seulement quand la génération atteint 50 ans.
  • Effet de calendrier : variation de l'ICF due à un changement de l'âge à la maternité. Effet d'intensité : variation du nombre total d'enfants par femme.
  • Taux net de reproduction : nombre moyen de filles par femme, compte tenu de la mortalité avant l'âge de procréer. Le remplacement correspond à 1.
  • Origine du seuil de 2,1 : il naît environ 105 garçons pour 100 filles, donc environ 2,05 enfants donnent une fille. La mortalité avant l'âge adulte ajoute une petite marge.
  • Quotient de mortalité à l'âge x : probabilité de décéder avant x plus 1 pour une personne ayant atteint x. La table des quotients donne l'espérance de vie.
  • Espérance de vie à 60 ans : durée moyenne restant à vivre à 60 ans. Elle n'est pas égale à l'espérance de vie à la naissance moins 60.
  • Espérance de vie sans incapacité : années que l'on peut espérer vivre sans limitation d'activité.
  • Taux brut et taux standardisé : le taux standardisé applique les taux par âge d'un pays à une structure par âge commune, pour neutraliser l'effet de structure.
  • Âge médian : âge qui partage la population en deux moitiés égales. C'est l'indicateur de vieillissement le plus synthétique.
  • Rapport de dépendance total : moins de 20 ans plus 65 ans et plus, rapportés aux 20 à 64 ans. Le rapport de dépendance des âgés ne retient que les 65 ans et plus.
  • Solde migratoire apparent : l'INSEE l'estime par différence entre la variation totale de la population et le solde naturel.
  • Immigré, selon l'INSEE : personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. Elle reste immigrée si elle devient française. Étranger : personne sans la nationalité française. Migrant international, selon l'ONU : personne vivant hors de son pays de naissance.
  • Inertie démographique : une population jeune continue de croître plusieurs décennies après que sa fécondité est tombée au seuil de remplacement, car les générations nombreuses arrivent en âge d'avoir des enfants.
  • Temps de doublement : environ 70 divisé par le taux de croissance annuel exprimé en pourcentage.
  • Ménage : ensemble des occupants d'une même résidence principale, liés ou non par la parenté. Famille : au moins deux personnes, un couple ou un adulte avec au moins un enfant.
  • Coefficient budgétaire : part d'un poste dans la dépense de consommation.
  • Élasticité-revenu : variation relative de la dépense rapportée à la variation relative du revenu. Entre 0 et 1, bien de nécessité. Au-dessus de 1, bien de luxe. Négative, bien inférieur.
  • Mode de vie : ensemble des pratiques quotidiennes d'un groupe en matière de consommation, de logement, d'usage du temps et de sociabilité.
  • Norme de consommation fordiste, selon Michel Aglietta : l'accès des salariés au logement équipé et à l'automobile, qui rend compatibles production et consommation de masse.

Chaînes de raisonnement

De la baisse de la mortalité infantile à la baisse de la fécondité. Tant que beaucoup d'enfants meurent jeunes, les familles ont de nombreux enfants pour s'assurer d'en voir survivre quelques-uns. Quand la survie devient probable, cette assurance n'a plus d'objet. La fécondité baisse avec retard, le temps que les comportements s'ajustent à la nouvelle mortalité.

Du décalage des courbes à l'inertie. Pendant la phase intermédiaire, les générations nées sont bien plus nombreuses que celles de leurs parents. Même si chaque femme a ensuite moins d'enfants, le nombre de mères potentielles augmente encore. La population continue donc de croître après la baisse de la fécondité, ce qui explique les projections africaines.

Du dividende démographique à la croissance. La baisse de la fécondité réduit la part des enfants avant que celle des personnes âgées n'augmente. La part des actifs potentiels s'élève, l'épargne par tête peut croître et chaque enfant reçoit davantage d'éducation. Le dividende n'est qu'une possibilité : sans emplois ni investissement, il se transforme en chômage des jeunes.

Du vieillissement au financement des retraites par répartition. Chaque année, les cotisations financent les pensions : taux de cotisation fois salaire moyen fois nombre de cotisants égale pension moyenne fois nombre de retraités. Le taux de cotisation nécessaire est donc égal au rapport pension moyenne sur salaire moyen, multiplié par le rapport retraités sur cotisants. Si ce second rapport monte, trois leviers paramétriques existent : cotisations plus élevées, pensions relatives plus basses, départ plus tardif. On peut aussi abaisser ce rapport en relevant le taux d'emploi ou par l'immigration de travail, ou ajouter des ressources fiscales.

De l'effet de calendrier à la mauvaise lecture de l'ICF. Si les femmes retardent leurs maternités, les naissances d'une année donnée diminuent, car une partie d'entre elles est reportée. L'ICF baisse alors même si chaque génération aura finalement autant d'enfants. Il faut donc confronter l'ICF à la descendance finale avant de conclure à une baisse durable.

Du revenu à la structure de la consommation. L'alimentation a une élasticité-revenu inférieure à 1. Sa dépense augmente moins vite que le revenu, donc sa part recule, même si la dépense alimentaire elle-même progresse. Les services, les loisirs et la santé, d'élasticité supérieure à 1, gagnent du terrain.

De la démographie aux modes de vie. Moins d'enfants, plus de ruptures d'union et une vie plus longue multiplient les petits ménages. Cela accroît la demande de logements, d'équipements et d'énergie par personne. Le vieillissement déplace aussi la consommation vers la santé, l'aide à domicile et les loisirs des seniors.

De la contrainte écologique à la consommation. Le coût environnemental de certains biens, voiture thermique, avion, viande, devient visible et parfois taxé. Une partie des ménages arbitre en faveur de la sobriété, de l'occasion ou de la location. Ces choix restent socialement différenciés et deviennent eux-mêmes des signes de distinction.

Exemples et références à connaître

  1. La France, transition précoce et atypique. La natalité y baisse dès la fin du XVIIIe siècle, presque en même temps que la mortalité. D'où une croissance démographique faible au XIXe siècle et un recours ancien à l'immigration.
  2. L'Angleterre, transition classique. Sa population est multipliée par plus de trois au XIXe siècle, malgré une forte émigration. Plusieurs dizaines de millions d'Européens émigrent entre 1815 et 1914, ce qui a servi de soupape.
  3. La Chine, politique de l'enfant unique de 1980 à 2015. La fécondité y avait déjà fortement baissé dans les années 1970. Aujourd'hui la population diminue et le pays vieillit avant d'avoir atteint le revenu des pays riches.
  4. La Corée du Sud, ICF inférieur à 0,8 au milieu des années 2020, le plus bas du monde. C'est l'exemple limite d'une fécondité très basse malgré un revenu élevé.
  5. Le Japon, près de 30 % de 65 ans et plus et une population en baisse depuis le début des années 2010. C'est le laboratoire du vieillissement pour les pays développés.
  6. Le Niger, ICF de l'ordre de 6 enfants par femme, parmi les plus élevés du monde. Il illustre un pays en tout début de baisse de la fécondité.
  7. David Bloom et Jeffrey Williamson, 1998. Ils attribuent entre un quart et deux cinquièmes environ de la croissance est-asiatique de 1965 à 1990 à la transition démographique. C'est la référence sur le dividende.
  8. Richard Easterlin et l'hypothèse des cohortes, formulée notamment dans Birth and Fortune en 1980. Une génération peu nombreuse trouve plus facilement emploi et revenu, et fait donc plus d'enfants. Elle permet d'interpréter le baby-boom autrement que par la seule sortie de guerre.
  9. Maurice Halbwachs, La classe ouvrière et les niveaux de vie, 1912. À revenu égal, ouvriers et employés ne consomment pas de la même façon, les ouvriers dépensant moins pour le logement. C'est la réponse sociologique à Engel.
  10. Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses, 1979. La comparaison de deux villages fictifs, Madère et Cessac, qui sont en fait le même village à trente ans d'écart, rend concrète la transformation des modes de vie.

Techniques

Calculer et interpréter un indicateur

Réflexe en trois temps. Écrire la formule avec le numérateur et le dénominateur, préciser l'unité, pour mille, pour cent ou enfants par femme, puis dire si l'indicateur est transversal ou longitudinal.

Mini-exemple. La descendance finale est stable à 2 enfants par femme, mais l'âge moyen à la maternité recule de 0,1 an chaque année. Selon l'approximation de Bongaarts et Feeney, l'ICF observé vaut à peu près 2 fois (1 moins 0,1), soit 1,8. L'ICF baisse de 10 % sans aucune baisse de l'intensité.

Neutraliser un effet de structure

Réflexe. Quand deux populations ont des structures par âge différentes, ne jamais comparer leurs taux bruts. On applique les taux par âge de chacune à une même structure de référence, puis on compare.

Mini-exemple. Un pays jeune affiche 7 décès pour mille et un pays vieux 10. Le premier n'a pas forcément la meilleure situation sanitaire. Seuls les taux par âge ou l'espérance de vie permettent de conclure.

Lire une pyramide des âges

Réflexe. Identifier la date, l'unité, effectifs ou pourcentages, et associer chaque âge à une année de naissance. Décrire ensuite la forme générale, puis les accidents datés, puis le déséquilibre entre les sexes aux âges élevés.

Mini-exemple. Sur la pyramide française au 1er janvier 2025, le renflement entre environ 50 et 78 ans correspond aux générations du baby-boom, nées de 1946 à 1974. Le creux juste au-dessus correspond aux naissances de la Seconde Guerre mondiale. L'excédent féminin au sommet vient de la surmortalité masculine.

Tracer le schéma de la transition

Réflexe. Le temps en abscisse, les taux pour mille en ordonnée. Courbe de mortalité qui baisse la première, courbe de natalité qui baisse ensuite. On hachure l'écart, qui représente l'accroissement naturel, et on numérote les phases. Sous le graphique, on ajoute une petite courbe de population qui monte fortement au centre puis se stabilise.

Construire un plan de dissertation

Le chapitre donne rarement le sujet à lui seul. Deux gabarits reviennent. Sur un sujet de relation causale, démographie et croissance par exemple, on distingue les deux sens de la causalité, puis les conditions. Sur un sujet de mode de vie, on oppose les déterminants économiques aux déterminants sociaux, puis on montre leur interaction.

Mini-exemple. « Faut-il craindre la baisse de la fécondité en France ? » Un, un mouvement réel mais en partie lié au calendrier. Deux, des effets de long terme sur le vieillissement et les retraites. Trois, des marges d'action, politique familiale, logement, emploi des femmes et des seniors, immigration.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 1. Calculer les indicateurs d'un pays

Classiques de khôlle et concours · Exercice chiffré de khôlle

Un pays compte une population moyenne de 50 millions d'habitants. On y observe dans l'année 600 000 naissances, 550 000 décès et un solde migratoire de plus 150 000. Les taux de fécondité par groupe d'âge quinquennal, pour une femme et par an, sont : 0,005 de 15 à 19 ans, 0,04 de 20 à 24 ans, 0,10 de 25 à 29 ans, 0,12 de 30 à 34 ans, 0,06 de 35 à 39 ans, 0,015 de 40 à 44 ans, 0,001 de 45 à 49 ans. Calculer les taux, les soldes, le temps de doublement et l'ICF.

Voir le corrigé

Étape 1, taux de natalité égal à 600 000 sur 50 millions, soit 12 pour mille, et taux de mortalité de 11 pour mille. Étape 2, solde naturel de 50 000, soit 1 pour mille. Étape 3, variation totale de 200 000, soit 4 pour mille ou 0,4 % par an, dont les trois quarts viennent du solde migratoire. Étape 4, temps de doublement d'environ 70 divisé par 0,4, soit 175 ans. Étape 5, la somme des taux vaut 0,341, et l'ICF est 5 fois 0,341, soit environ 1,7 enfant par femme. Étape 6, en multipliant par la proportion de filles à la naissance, environ 0,488, on obtient environ 0,83 fille par femme. La fécondité est donc inférieure au remplacement. Seul le solde migratoire assure une croissance notable.

piège : Oublier de multiplier par cinq les taux quinquennaux, et trouver un ICF de 0,34.

Sujet 4. Le vieillissement de la population française

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, un fait mesuré. Âge médian d'environ 42 ans au milieu des années 2020, rapport de dépendance des âgés d'environ 40 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, arrivée à la retraite des générations du baby-boom. Deux, deux moteurs, vieillissement par le bas avec une fécondité à 1,6, par le haut avec l'espérance de vie à 60 ans qui progresse. Trois, les conséquences, équation de la répartition avec ses trois leviers paramétriques et le levier du taux d'emploi, dépenses de santé et de dépendance, mais aussi économie de la longévité. Conclusion : le vieillissement est certain, son coût dépend de la politique menée.

Sujet 7. Les modes de vie se sont-ils uniformisés depuis 1945 ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, une convergence réelle : diffusion des biens durables, baisse du coefficient alimentaire, urbanisation, salarisation, image des deux villages de Fourastié. Deux, des différences persistantes : écarts de consommation culturelle, de vacances, d'alimentation et de logement selon la catégorie sociale, écarts d'espérance de vie selon le revenu, la position des 5 % les plus aisés et celle des 5 % les plus modestes étant séparées de plusieurs années chez les hommes comme chez les femmes. Trois, une individualisation plutôt qu'une uniformisation : petits ménages, familles recomposées, diversité des trajectoires, distinction déplacée vers la qualité et l'écologie.

Sujet 2. L'effet de structure dans la mortalité

Autres exercices · Exercice chiffré

Le pays A compte 70 % de moins de 60 ans et 30 % de 60 ans et plus. Ses taux de mortalité sont de 2 pour mille chez les moins de 60 ans et de 40 pour mille au-delà. Le pays B compte 90 % de moins de 60 ans. Ses taux sont de 4 et de 60 pour mille. Comparer.

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Étape 1, taux brut de A égal à 0,7 fois 2 plus 0,3 fois 40, soit 13,4 pour mille. Étape 2, taux brut de B égal à 0,9 fois 4 plus 0,1 fois 60, soit 9,6 pour mille. Étape 3, B semble mieux placé alors qu'il a une mortalité plus forte à chaque âge. Étape 4, on applique les taux de B à la structure de A : 0,7 fois 4 plus 0,3 fois 60, soit 20,8 pour mille. Étape 5, à structure identique, la mortalité de B est plus élevée de plus de la moitié que celle de A. L'écart des taux bruts venait entièrement de la jeunesse de B.

piège : Conclure sur les taux bruts, ou standardiser un seul pays sans le comparer au taux de l'autre calculé sur la même structure.

Sujet 3. Croissance démographique et développement économique

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Problématique : la population est-elle une cause, une conséquence ou un facteur conditionnel de la croissance ?

I. Le développement transforme la démographie. La hausse du revenu, l'hygiène et la médecine font baisser la mortalité. L'urbanisation, la scolarisation des filles et le coût d'opportunité du temps féminin, au sens de Becker, font baisser la fécondité. La transition est ainsi d'abord une conséquence du développement.

II. La démographie agit en retour sur la croissance. Frein dans une lecture malthusienne, quand l'accroissement rapide dilue le capital par tête et les dépenses d'éducation. Moteur chez Boserup, par l'innovation induite, et dans la phase du dividende, selon les estimations de Bloom et Williamson sur l'Asie de l'Est. Le vieillissement pèse ensuite sur la population active.

III. La relation dépend des institutions et du calendrier. Même structure démographique, destins différents : Asie de l'Est industrialisée, Afrique subsaharienne dont les jeunes générations nombreuses ne trouvent pas toujours d'emploi. Le rythme de la transition compte autant que son principe.

Sujet 5. Analyser la pyramide des âges de la France

Autres exercices · Analyse de document

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Plan attendu. Un, présentation : source INSEE, date, unité, forme générale d'urne à base étroite. Deux, lecture des accidents datés : creux des naissances de la Seconde Guerre mondiale, renflement du baby-boom, base qui se rétrécit avec la baisse récente des naissances, excédent féminin au-delà de 80 ans. Trois, interprétation : la pyramide annonce le vieillissement futur, puisque les générations nombreuses montent vers le sommet et que les générations moins nombreuses les remplacent en bas. Élargir par une comparaison avec une pyramide de pays en phase intermédiaire, par exemple le Niger, à base très large.

Point attendu du colleur : relier chaque accident à une année de naissance, pas seulement à un âge.

Sujet 6. La consommation est-elle un fait économique ou un fait social ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet HEC

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I. Un fait économique. La consommation dépend du revenu courant chez Keynes, du revenu permanent chez Friedman, du patrimoine sur le cycle de vie chez Modigliani. La loi d'Engel et les élasticités-revenu expliquent la déformation des budgets.

II. Un fait social. Halbwachs montre qu'à revenu égal, l'appartenance de classe oriente les dépenses. Veblen, Duesenberry, Bourdieu et Baudrillard font de la consommation un langage de position.

III. Un fait total, aussi démographique et environnemental. La taille des ménages, l'âge et la contrainte écologique modifient les paniers. La norme fordiste d'Aglietta montre que la consommation de masse est à la fois une condition économique de la croissance et une norme sociale. Opposer les deux dimensions n'a de sens que pour les articuler.

Erreurs fréquentes

  1. Croire qu'un ICF inférieur à 2,1 fait baisser la population immédiatement. L'inertie de la structure par âge et le solde migratoire peuvent la faire croître pendant des décennies.
  2. Calculer le rapport de dépendance des âgés en divisant les 65 ans et plus par la population totale. Il faut les rapporter aux 20 à 64 ans, sinon on mesure une part et non un rapport.
  3. Confondre immigré et étranger. Un immigré naturalisé est français mais reste immigré, un enfant d'étrangers né en France peut être étranger sans être immigré.
  4. Lire la loi d'Engel comme une baisse de la dépense alimentaire. C'est la part qui baisse, le montant dépensé augmente en général avec le revenu.
  5. Présenter l'espérance de vie à 60 ans comme l'espérance de vie à la naissance moins 60. Celui qui atteint 60 ans a échappé à la mortalité des âges jeunes et vit donc plus longtemps que ne le suggère cette soustraction.

Fiche rédigée à partir du programme officiel d'ESH (2021), module 2 « Croissance et développement », partie 2.2 « Les transformations des structures économiques, sociales et démographiques depuis le XIXe siècle », point 2.2.3 « Transformations démographiques et évolution des modes de vie ». Elle traite les indicateurs démographiques, leurs relations avec le développement, et les mutations de la consommation.