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ECG1 · ESH · semaine 25

Mobilité sociale et transformations des structures sociales

Transformations de la structure sociale qui accompagnent les transformations économiques, appréhendées dans le temps long. Évolution des groupes sociaux et changement social. Analyse de la mobilité sociale, instruments de sa mesure, définition des populations concernées et trajectoires individuelles et collectives.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. Deux traditions décrivent la structure sociale. Marx par les rapports de production et la conscience de classe, Weber par trois ordres autonomes. Bourdieu les combine avec les capitaux et l'habitus, l'INSEE fournit l'instrument statistique des PCS.

  2. La structure sociale française s'est recomposée en profondeur. Effondrement paysan, contraction ouvrière, essor des cadres, des professions intermédiaires et des employés, salarisation et féminisation.

  3. La mobilité se décompose. Mobilité observée égale mobilité structurelle plus mobilité nette. Seule cette dernière, la fluidité, mesure l'égalité des chances.

  4. Les faits français convergent. Beaucoup de mobilité, mais de courte distance, et une fluidité quasi stable depuis les années 1980. La hausse de la mobilité d'après-guerre vient surtout de la déformation des emplois.

  5. Deux explications concurrentes de l'inégalité scolaire structurent le débat. La reproduction culturelle avec Bourdieu et Passeron, les choix rationnels sous contrainte avec Boudon. Les effets primaires et secondaires permettent de les articuler.

Pourquoi ce chapitre

C'est le grand chapitre de sociologie de la première année. Il prolonge directement le précédent. Quand l'appareil productif se transforme, la société se recompose. Les paysans disparaissent, la classe ouvrière se contracte, les cadres et les employés se multiplient.

Il a deux objets distincts qu'il ne faut pas mélanger. D'abord la description de la structure sociale et des outils qui la construisent, classes, groupes de statut, nomenclature des professions. Ensuite la mesure des déplacements des individus dans cette structure, la mobilité sociale.

C'est aussi le chapitre le plus technique. La lecture d'une table de mobilité est un exigible absolu, et une erreur de lecture ruine une copie. En dissertation, il alimente les sujets du type « la société française est-elle encore une société de classes », « la mobilité sociale progresse-t-elle », « l'école réduit-elle les inégalités ». En colle, on attend une table lue correctement, la distinction mobilité structurelle et fluidité sociale, et l'opposition Bourdieu contre Boudon.

Notions et mécanismes

Décrire la structure sociale

La structure sociale est la manière dont une société se divise en groupes durablement différenciés par leurs conditions d'existence, leurs pratiques et leur position dans les rapports sociaux.

Deux traditions la pensent différemment. Pour Karl Marx, la position se définit par la place dans les rapports de production, c'est-à-dire par la propriété ou non des moyens de production. La société capitaliste tend à se polariser entre bourgeoisie et prolétariat. Marx distingue la classe en soi, position objective partagée, et la classe pour soi, groupe conscient de ses intérêts et organisé pour les défendre. Le passage de l'une à l'autre suppose conflit et organisation.

Pour Max Weber, la stratification est multidimensionnelle et se lit sur trois ordres autonomes. L'ordre économique, avec les classes, définies par les chances d'accès aux biens sur les marchés. L'ordre social, avec les groupes de statut, définis par le prestige et le style de vie. L'ordre politique, avec les partis, définis par la capacité à exercer le pouvoir. Ces trois dimensions se recoupent souvent sans coïncider, ce qui permet de penser des positions décalées, par exemple un professeur riche en prestige et pauvre en revenu.

Pierre Bourdieu articule les deux héritages. Il construit un espace social à deux dimensions principales, le volume global de capital et sa structure, c'est-à-dire le poids relatif du capital économique et du capital culturel. À ces deux capitaux il ajoute le capital social, ressources tirées d'un réseau de relations, et le capital symbolique, reconnaissance. L'habitus est le système de dispositions durables acquises par socialisation, qui engendre des pratiques ajustées à la position sans calcul explicite. Dans son ouvrage de 1979, il montre que les goûts culturels fonctionnent comme des marqueurs de position et comme des instruments de distinction.

Il faut enfin une nomenclature pour compter. L'INSEE utilise depuis 1982 les professions et catégories socioprofessionnelles, qui remplacent celles créées en 1954. Le classement combine le statut, salarié ou indépendant, la qualification, le secteur d'activité et la position hiérarchique. Six grands groupes couvrent les actifs. Agriculteurs exploitants, artisans, commerçants et chefs d'entreprise, cadres et professions intellectuelles supérieures, professions intermédiaires, employés, ouvriers. Ce n'est pas une théorie des classes, c'est un instrument statistique, mais il n'est pas neutre puisqu'il fige des frontières.

Définir la mobilité sociale

La mobilité sociale est le changement de position sociale d'un individu ou d'un groupe.

Quatre distinctions à maîtriser. La mobilité intergénérationnelle compare la position d'un individu à celle de ses parents. La mobilité intragénérationnelle compare des moments de la carrière d'un même individu. La mobilité verticale, ascendante ou descendante, change le niveau dans la hiérarchie. La mobilité horizontale change la position sans changer le niveau, par exemple un passage d'employé du commerce à employé administratif.

La mobilité observée, ou brute, se décompose. La mobilité structurelle est la part imposée par la déformation de la structure des emplois entre les deux générations. Si la société crée des cadres et supprime des paysans, il faut bien que des enfants d'agriculteurs deviennent cadres, même sans aucun changement dans l'égalité des chances. La mobilité nette, ou fluidité sociale, est ce qui reste une fois neutralisé cet effet de structure. C'est elle qui mesure l'égalité des chances au sens strict.

L'outil de mesure de la fluidité est le rapport de chances relatives, souvent appelé odds ratio. Il compare, pour deux origines sociales, le rapport des chances d'atteindre une destination plutôt qu'une autre. Un rapport égal à 1 signifie une fluidité parfaite. Plus il est élevé, plus l'origine pèse.

Lire une table de mobilité

Une table de mobilité croise l'origine sociale, en général la profession du père, et la position de la personne interrogée.

La table de destinée se lit en ligne. Elle part d'une origine et répartit les destinations. Elle répond à la question que deviennent les fils d'ouvriers.

La table de recrutement se lit en colonne. Elle part d'une destination et répartit les origines. Elle répond à la question d'où viennent les cadres.

Les deux ne disent pas la même chose et donnent souvent des impressions opposées. Une profession peut recruter largement hors de son milieu, parce qu'elle grandit vite, tout en offrant très peu de chances d'accès aux enfants des milieux populaires. Confondre les deux lectures est l'erreur la plus fréquente et la plus sanctionnée.

Limites de l'instrument. Les enquêtes Formation Qualification Profession de l'INSEE, menées par vagues depuis les années 1960, ont longtemps porté sur les seuls hommes, ce qui a rendu invisible la mobilité des femmes. La comparaison entre père et fils suppose que la position du père résume le milieu d'origine, ce qui est contestable depuis la généralisation du travail féminin. L'agrégation en six ou sept postes écrase des différences internes considérables, notamment au sein du groupe des cadres. Enfin la position est observée à un moment de la carrière, alors qu'elle évolue avec l'âge.

Auteurs et théories de référence

Maurice Halbwachs, dans un ouvrage de 1913 sur la classe ouvrière, montre que les modes de vie et la structure de consommation traduisent la position sociale et le degré de participation à la vie collective. C'est une entrée par les pratiques et non par le seul revenu.

Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, en 1964 puis en 1970, construisent la thèse de la reproduction. L'école transmet des exigences implicites qui correspondent à la culture des classes dominantes. Les héritiers de cette culture y sont à l'aise, les autres non. L'inégalité scolaire est donc produite par le fonctionnement même de l'institution, sous couvert de neutralité. La notion de violence symbolique désigne l'acceptation par les dominés de la légitimité de ce classement.

Raymond Boudon, en 1973, propose une explication concurrente, individualiste et non culturelle. Les familles font des choix rationnels d'orientation en comparant coûts, risques et bénéfices attendus. Or ces trois paramètres ne sont pas les mêmes selon la position de départ. Pour une famille de cadres, un échec dans une filière longue est un risque de déclassement, ce qui pousse à l'ambition. Pour une famille ouvrière, une filière courte représente déjà une promotion et un coût moindre. L'inégalité résulte donc de l'agrégation de décisions rationnelles, sans qu'aucun acteur ne poursuive la reproduction. Boudon distingue les effets primaires, différences de performance scolaire selon l'origine, et les effets secondaires, différences d'orientation à performance égale.

John Goldthorpe construit une nomenclature comparable internationalement et défend, avec Robert Erikson, la thèse d'une constance relative. La mobilité observée varie fortement selon les pays et les périodes, mais la fluidité sociale, une fois l'effet de structure neutralisé, se révèle beaucoup plus stable et proche d'un pays industriel à l'autre.

Seymour Martin Lipset et Reinhard Bendix avaient déjà soutenu en 1959 que les taux de mobilité des sociétés industrielles étaient plus proches qu'on ne le croyait, contre l'idée d'une exception américaine.

Henri Mendras, en 1988, défend la thèse de la moyennisation. La croissance, la salarisation et la généralisation de la consommation auraient fait émerger une vaste constellation centrale, réduisant les distances entre groupes et affaiblissant la conscience de classe.

Louis Chauvel conteste ce diagnostic à partir de 1998 en introduisant l'analyse par générations. Les cohortes entrées sur le marché du travail après 1975 auraient été durablement pénalisées, ce qui produit un retour des inégalités sous forme de fractures générationnelles.

Camille Peugny et Éric Maurin analysent, chacun à sa manière, le déclassement. Le premier insiste sur sa réalité statistique pour les cohortes récentes et sur le déclassement scolaire, l'écart entre le diplôme obtenu et l'emploi occupé. Le second insiste sur la peur du déclassement, puissante même là où il reste minoritaire, et sur ses effets politiques.

Marie Duru-Bellat éclaire ce point par l'inflation scolaire. La massification élève le niveau de diplôme sans que les emplois correspondants se multiplient au même rythme, si bien que le rendement relatif du diplôme baisse.

Faits, chiffres et repères historiques

Recomposition de la structure sociale française, données INSEE. En 1962, les ouvriers représentaient près de 40 % des actifs, les agriculteurs exploitants environ 16 %, les cadres supérieurs moins de 5 %. Aujourd'hui, les ouvriers sont de l'ordre de 19 %, les agriculteurs environ 1,5 %, les cadres et professions intellectuelles supérieures environ 21 %, les professions intermédiaires environ 25 % et les employés environ 26 %. En deux générations, le groupe le plus nombreux est passé des ouvriers aux employés et aux professions intermédiaires.

Salarisation. La part des salariés dans l'emploi total est passée d'environ deux tiers au début des années 1950 à près de 90 % aujourd'hui, avant une légère érosion liée au développement de l'indépendance et des plateformes.

Féminisation. Le taux d'activité des femmes de 25 à 49 ans est passé d'un peu plus de 40 % au début des années 1960 à un niveau proche de 85 % aujourd'hui. C'est l'une des transformations sociales les plus massives de la période, et elle rend nécessaire une analyse de la mobilité qui inclue les femmes.

Élévation du niveau de diplôme. La proportion de bacheliers dans une génération était de l'ordre de 10 % au début des années 1960. Elle dépasse aujourd'hui 75 %, et environ la moitié d'une génération obtient un diplôme du supérieur, selon les données du ministère chargé de l'éducation.

Mobilité observée. D'après les enquêtes Formation Qualification Profession de l'INSEE, environ deux tiers des hommes d'âge actif occupent une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur père. La mobilité est donc massive, mais elle est en grande partie de courte distance, entre catégories voisines.

Ordres de grandeur en destinée et en recrutement. Parmi les fils d'ouvriers, de l'ordre de 10 % accèdent au groupe des cadres et professions intellectuelles supérieures, tandis qu'environ la moitié restent ouvriers ou employés. Parmi les fils de cadres, environ la moitié sont eux-mêmes cadres et moins d'un sur dix devient ouvrier. Dans le même temps, comme le groupe des cadres a beaucoup grandi, une part importante de ses membres est d'origine populaire, ce qui donne l'illusion d'une grande ouverture en lecture de recrutement.

Fluidité sociale. Les travaux de Louis-André Vallet et d'autres sur les données françaises montrent une fluidité qui s'est légèrement améliorée au cours du XXe siècle, puis qui évolue peu depuis les années 1980. La hausse de la mobilité observée d'après-guerre s'explique donc principalement par la déformation de la structure des emplois, non par une égalisation des chances.

Débats et controverses

Premier débat, la société française est-elle encore une société de classes. Les arguments de l'affaiblissement sont la salarisation quasi générale, l'homogénéisation des modes de consommation, la baisse du taux de syndicalisation, aujourd'hui inférieur à 10 % en France selon la DARES, et l'affaiblissement de l'identité ouvrière. Les arguments du maintien sont la persistance d'écarts massifs de patrimoine, bien plus concentrés que les revenus, la forte homogamie sociale, les inégalités d'espérance de vie entre cadres et ouvriers, de l'ordre de six années pour les hommes selon l'INSEE, et la ségrégation résidentielle et scolaire.

Deuxième débat, moyennisation ou polarisation. Mendras décrit un centre qui absorbe. Chauvel objecte que les avantages se sont déplacés vers les générations anciennes et que les nouvelles entrent dans un marché du travail plus dur. La polarisation de l'emploi, avec une érosion des positions intermédiaires, alimente aussi cette lecture.

Troisième débat, la mobilité progresse-t-elle. Réponse en deux temps obligatoire. Oui pour la mobilité observée, portée par la tertiarisation et la hausse des qualifications. Non, ou très peu, pour la fluidité sociale, qui mesure l'égalité des chances. Cette distinction est le cœur du chapitre.

Quatrième débat, reproduction ou choix rationnels. Bourdieu explique l'inégalité scolaire par l'inégale familiarité avec la culture scolaire et par des dispositions incorporées. Boudon l'explique par des arbitrages rationnels sous contrainte. Les deux ne s'excluent pas complètement. Les effets primaires relèvent plutôt du premier mécanisme, les effets secondaires du second.

Cinquième débat, le déclassement. Statistiquement, la mobilité descendante concerne une minorité, mais elle progresse pour les cohortes récentes et le déclassement scolaire est fréquent. Le sentiment de déclassement excède largement sa réalité mesurée, ce qui est en soi un fait social à expliquer.

Sixième débat, les instruments de mesure. Les PCS ont été conçues pour une société industrielle et masculine. Elles rendent mal compte de l'hétérogénéité interne des cadres, de la précarité des statuts, de la place des femmes et de l'origine migratoire. Toute conclusion sur la mobilité dépend de la nomenclature retenue et du nombre de catégories, une table plus fine faisant apparaître davantage d'immobilité.

Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. Un plan type pour « la mobilité sociale progresse-t-elle ». Oui en apparence, avec la mobilité observée et les tables de destinée. Mais l'essentiel tient à la mobilité structurelle, comme le montre la stabilité de la fluidité. Donc l'égalité des chances progresse peu, et le ralentissement de la croissance des emplois qualifiés fragilise même le mécanisme antérieur.

  2. Un plan type pour « une société de classes ». Affaiblissement des classes mobilisées au sens de Marx, avec la salarisation et la désyndicalisation. Persistance des classes objectives, avec le patrimoine, l'homogamie, la santé et l'espace. Reformulation weberienne et bourdieusienne, la stratification s'étant complexifiée sans disparaître.

  3. Lire correctement une table. Toujours annoncer si l'on est en destinée ou en recrutement, et donner la lecture en clair d'une case avant d'interpréter.

  4. Le couple Bourdieu et Boudon, à opposer puis à articuler par les effets primaires et secondaires.

  5. Le couple Mendras et Chauvel, pour la moyennisation et son contestataire générationnel.

  6. Cinq chiffres sûrs. Ouvriers de près de 40 % des actifs en 1962 à environ 19 % aujourd'hui. Agriculteurs d'environ 16 % à environ 1,5 %. Bacheliers d'environ 10 % d'une génération au début des années 1960 à plus de 75 %. Environ deux tiers des hommes occupent une catégorie différente de celle de leur père. Taux de syndicalisation inférieur à 10 %.

  7. Pièges à éviter. Confondre destinée et recrutement. Confondre mobilité observée et fluidité. Prendre les PCS pour des classes sociales. Oublier les femmes dans l'analyse de la mobilité. Traiter l'habitus comme un déterminisme mécanique, alors qu'il engendre des pratiques ajustées, non des comportements fixés.

  8. Une nuance appréciée. La mobilité est majoritairement de courte distance. Les trajectoires spectaculaires d'un bout à l'autre de la hiérarchie restent rares, ce qui nuance aussi bien le discours sur la reproduction totale que celui sur la société ouverte.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Classe sociale : grand groupe défini par une position commune dans l'organisation économique. Chez Marx, cette position s'accompagne d'une potentialité de conflit.
  • Strate : découpage d'une hiérarchie continue selon un ou plusieurs critères (revenu, prestige). Il n'y a ni conflit ni conscience supposés.
  • Groupe de statut : chez Weber, groupe uni par un honneur social et un style de vie, souvent fermé par des pratiques d'exclusion.
  • Capital culturel : il existe sous trois états selon Bourdieu. Incorporé (dispositions, langage), objectivé (livres, œuvres), institutionnalisé (diplômes).
  • PCS : nomenclature de l'INSEE, révisée en 2003 puis rénovée sous le nom de PCS 2020. Elle compte quatre niveaux d'agrégation emboîtés : des groupes socioprofessionnels, dont six pour les actifs, puis deux niveaux de catégories et enfin des professions, de plus en plus fins.
  • Mobilité observée, ou brute : effectif hors diagonale de la table, rapporté à l'effectif total.
  • Immobilité, ou reproduction : effectif de la diagonale, rapporté à l'effectif total.
  • Mobilité structurelle minimale : moitié de la somme des écarts absolus entre les marges des origines et celles des destinations. C'est la mobilité rendue inévitable par la déformation des emplois.
  • Mobilité nette : mobilité observée moins mobilité structurelle. C'est un indicateur conventionnel, qui n'est pas la fluidité au sens strict.
  • Rapport des chances relatives (odds ratio) : quotient de deux rapports de chances. Il est indépendant des marges, donc de la structure.
  • Indice de sur-représentation : part d'une destination parmi une origine, rapportée à la part de cette destination dans l'ensemble. Il vaut 1 si l'origine ne joue aucun rôle.
  • Mobilité de courte distance : passage entre groupes voisins dans la hiérarchie, par exemple d'ouvrier qualifié à profession intermédiaire.
  • Homogamie : tendance à former un couple avec un conjoint de même origine ou de même position sociale.
  • Déclassement intergénérationnel : position inférieure à celle du parent. Déclassement scolaire : emploi inférieur à celui auquel le diplôme donnait accès auparavant.
  • Paradoxe d'Anderson : un fils plus diplômé que son père n'obtient pas forcément une position plus élevée, car la valeur du diplôme s'érode.
  • Transfuge de classe : individu dont la trajectoire traverse la hiérarchie sociale. On parle aussi de « transclasse » chez Chantal Jaquet.

Chaînes de raisonnement

De la déformation des emplois à la mobilité structurelle. Entre deux générations, certains groupes se vident (agriculteurs, ouvriers) et d'autres gonflent (cadres, professions intermédiaires). Les places manquantes en haut ne peuvent pas être toutes occupées par les enfants de ceux qui y sont déjà. Une partie des enfants des groupes en déclin monte donc mécaniquement, sans que les chances relatives aient changé.

Pourquoi la mobilité observée peut monter à fluidité constante. La mobilité observée dépend à la fois des marges de la table et de l'association entre origine et destination. Si seules les marges bougent, le taux de mobilité change mais les odds ratios restent identiques. C'est ce que montrent les travaux français. Les Trente Glorieuses ont surtout déformé les marges.

Pourquoi un groupe peut recruter largement et rester fermé. Quand un groupe grandit vite, il doit puiser dans des origines nombreuses, et les milieux populaires sont nombreux. En recrutement, beaucoup de cadres ont donc une origine populaire. En destinée, un fils d'ouvrier reste pourtant plusieurs fois moins susceptible qu'un fils de cadre de devenir cadre.

La reproduction scolaire selon Bourdieu et Passeron. La famille transmet un capital culturel incorporé proche de ce que l'école valorise sans l'enseigner explicitement. L'école évalue comme des dons individuels ce qui est en réalité un héritage. Le diplôme convertit alors une inégalité sociale en inégalité de mérite, et la rend légitime.

L'inégalité des chances selon Boudon. À chaque palier d'orientation, les familles comparent le coût, le risque et le bénéfice de la poursuite d'études, relativement à leur position. Les petites différences de choix se cumulent sur plusieurs paliers. Une inégalité forte en fin de cursus naît ainsi d'effets secondaires modestes à chaque étape.

De la massification à l'inflation scolaire. Le nombre de diplômés croît plus vite que le nombre d'emplois qualifiés. Le diplôme devient nécessaire mais moins suffisant, et la sélection se déplace vers les filières et les établissements. Le rendement relatif baisse, ce qui produit du déclassement scolaire et nourrit le paradoxe d'Anderson.

De la classe en soi à sa dissolution apparente. La classe ouvrière du XIXe et du XXe siècle se construit par la concentration industrielle, l'habitat commun et le syndicalisme. La désindustrialisation disperse ces conditions : petits établissements, tertiarisation des emplois d'exécution, sous-traitance. Les positions dominées subsistent, mais leur traduction en classe pour soi s'affaiblit.

Exemples et références à connaître

  1. Pitirim Sorokin, 1927, premier traité de la mobilité sociale. Il conçoit la société comme un espace où circulent les individus, et les institutions comme des canaux de sélection. C'est la référence fondatrice pour une introduction.
  2. Peter Blau et Otis Dudley Duncan, 1967 : modèle du statut atteint. Ils montrent que le diplôme est le principal médiateur entre origine et position. C'est la base de toute réflexion sur le rôle de l'école.
  3. Edward P. Thompson, 1963, formation de la classe ouvrière anglaise. La classe est un processus historique autant qu'une position. On le cite pour la prise en compte du temps long exigée par le programme.
  4. Hypothèse Featherman, Jones et Hauser, 1975, puis Erikson et Goldthorpe, 1992 : une fluidité de base commune aux sociétés industrielles. On l'utilise pour relativiser les différences nationales de mobilité observée.
  5. Courbe de Gatsby le magnifique, popularisée par Alan Krueger à partir des données de Miles Corak. Les pays les plus inégalitaires en revenu ont une élasticité intergénérationnelle des revenus plus forte. D'après les estimations de Corak, elle serait de l'ordre de 0,4 à 0,5 aux États-Unis et en France, et proche de 0,15 à 0,2 dans les pays nordiques.
  6. Raj Chetty et ses coauteurs, 2014 : la mobilité par les revenus varie fortement selon le lieu de naissance aux États-Unis. C'est l'exemple de la dimension territoriale.
  7. Paradoxe d'Anderson, 1961 : première formalisation de l'écart entre mobilité scolaire et mobilité sociale.
  8. Ordre de grandeur : en France, un fils de cadre a plusieurs fois plus de chances qu'un fils d'ouvrier d'être cadre, et les odds ratios entre ces deux groupes se comptent en dizaines selon les tables. Il faut citer une fourchette prudente et la source.
  9. Espérance de vie : environ six ans d'écart entre cadres et ouvriers pour les hommes à 35 ans selon l'INSEE. C'est un argument fort sur la persistance des classes objectives.

Techniques

Lire et calculer sur une table de mobilité

On procède en quatre temps. On identifie d'abord la population (hommes, femmes, âge, année d'enquête) et l'unité (effectifs, pourcentages en ligne ou en colonne). On lit ensuite une case en clair. Puis on calcule les indicateurs. Enfin on interprète en distinguant structure et fluidité.

Mini-exemple. Voici une table fictive, en milliers d'hommes. En ligne, l'origine (C cadres, M groupes moyens, O ouvriers). En colonne, la destination.

  • Origine C (total 100) : 50 deviennent C, 35 deviennent M, 15 deviennent O.
  • Origine M (total 200) : 60 deviennent C, 100 deviennent M, 40 deviennent O.
  • Origine O (total 300) : 40 deviennent C, 130 deviennent M, 130 deviennent O.
  • Totaux des destinations : C 150, M 265, O 185. Ensemble : 600.

Étape 1, destinée. 40 sur 300, soit 13,3 % des fils d'ouvriers deviennent cadres. C'est le cas de 50 % des fils de cadres.

Étape 2, recrutement. 40 sur 150, soit 26,7 % des cadres sont fils d'ouvriers. La même case donne deux lectures opposées.

Étape 3, mobilité observée. La diagonale vaut 50 plus 100 plus 130, soit 280. La mobilité observée vaut donc 600 moins 280, soit 320, c'est-à-dire 53,3 %.

Étape 4, mobilité structurelle minimale. On calcule la moitié de la somme des écarts des marges : 50 plus 65 plus 115, soit 230, dont la moitié donne 115. La mobilité nette vaut 320 moins 115, soit 205.

Étape 5, odds ratio entre origines C et O, pour la destination C plutôt que O. On calcule (50 sur 15) divisé par (40 sur 130), soit 50 fois 130 sur 15 fois 40, environ 10,8. Pour un fils de cadre, les chances d'être cadre plutôt qu'ouvrier sont près de onze fois celles d'un fils d'ouvrier.

Le schéma bilan de la mobilité

On trace trois boîtes reliées : mobilité observée, mobilité structurelle et fluidité. Deux flèches alimentent la mobilité structurelle : la tertiarisation et la hausse des qualifications. Trois flèches alimentent la fluidité : l'école, la famille (capitaux, homogamie) et le marché du travail (réseaux, discriminations). En sortie, on inscrit la mesure de chaque boîte : taux hors diagonale, écart des marges, odds ratios.

Le plan de dissertation sur ce chapitre

Trois gabarits reviennent. Pour une question d'évolution, on oppose l'apparence et la réalité, c'est-à-dire la mobilité observée contre la fluidité. Pour une question d'existence, comme « les classes existent-elles encore », on sépare classes objectives, classes mobilisées et reformulations. Pour une question d'institution, comme l'école, la famille ou l'État, on examine ce qu'elle permet, ce qu'elle reproduit et à quelles conditions elle égalise.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 3. L'école favorise-t-elle la mobilité sociale ?

Classiques de khôlle et concours · Dissertation ou khôlle

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I. L'école comme canal de mobilité. Chez Blau et Duncan, le diplôme est le médiateur principal. La massification a ouvert le secondaire et le supérieur, et le niveau de diplôme s'est élevé dans tous les milieux.

II. L'école comme instance de reproduction. Pour Bourdieu et Passeron, la culture scolaire est une culture de classe. Pour Boudon, les effets secondaires se cumulent aux paliers d'orientation. La démocratisation est surtout quantitative et ségrégative : les inégalités se déplacent vers les filières sélectives.

III. Une égalisation sous conditions. Inflation scolaire et paradoxe d'Anderson : le diplôme rapporte moins à ceux qui l'obtiennent tard dans l'histoire de sa diffusion. L'articulation se fait par les effets primaires, qui appellent une action précoce, et les effets secondaires, qui appellent une action sur l'orientation et le coût des études.

Sujet 4. Moyennisation ou polarisation de la société française ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, la thèse de la moyennisation : essor des professions intermédiaires, diffusion de la consommation de masse, affaiblissement des cultures de classe. Deux, les objections : fractures générationnelles selon Chauvel, polarisation de l'emploi, avec une progression des emplois aux deux extrémités de l'échelle des qualifications et un recul des emplois intermédiaires, retour du patrimoine hérité. Trois, une synthèse : la moyennisation décrit bien la période de forte croissance, et la polarisation décrit mieux la période ouverte par le ralentissement. Le diagnostic dépend de la variable retenue (revenus, patrimoine, statut d'emploi).

Sujet 5. Que mesurent les tables de mobilité ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle ou analyse de document

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Plan attendu. Un, ce qu'elles mesurent bien : des déplacements entre groupes, lisibles en destinée et en recrutement, et décomposables en structure et fluidité grâce aux odds ratios. Deux, leurs angles morts. Elles ont longtemps exclu les femmes. Le père sert de seul repère. Leur découpage est grossier, alors qu'une nomenclature plus fine révèle davantage d'immobilité. L'observation est faite à un âge donné, et la mobilité horizontale reste invisible. Trois, les compléments : prise en compte de la position de la mère, mobilité par les revenus, qui suppose de faire le lien entre parents et enfants, et approches par trajectoires individuelles.

Sujet 7. Les femmes et la mobilité sociale

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, pourquoi elles ont été longtemps absentes : tables construites sur les hommes, et hypothèse d'une position familiale portée par le chef de ménage. Deux, ce que change leur intégration. En comparaison avec leur mère, les filles connaissent une mobilité ascendante marquée, portée par l'activité et la réussite scolaire. En comparaison avec leur père, elles connaissent plus de mobilité descendante, car les emplois féminins sont concentrés parmi les employés. Trois, les enjeux : ségrégation professionnelle, plafond de verre, rôle de l'homogamie dans la reproduction au niveau du couple.

Sujet 1. La mobilité sociale progresse-t-elle en France depuis 1945 ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Accroche : l'image du fils de paysan devenu instituteur, typique des Trente Glorieuses. Problématique : la société est-elle devenue plus mobile, ou seulement plus changeante ?

I. Une mobilité observée forte et longtemps croissante. Environ deux tiers des hommes changent de groupe par rapport à leur père. L'exode rural, la tertiarisation et la salarisation déplacent massivement les positions, et la mobilité ascendante l'emporte sur la mobilité descendante.

II. Une progression surtout structurelle. La déformation des marges explique l'essentiel. Les odds ratios s'améliorent légèrement au cours du siècle puis stagnent depuis les années 1980. La mobilité reste surtout de courte distance.

III. Un mécanisme fragilisé. Avec le ralentissement de la création d'emplois qualifiés, la mobilité structurelle ne porte plus autant les trajectoires. La mobilité descendante progresse pour les cohortes récentes et le déclassement scolaire se diffuse. Il faut aussi nuancer : l'intégration des femmes aux tables modifie le diagnostic.

Sujet 2. La société française est-elle encore une société de classes ?

Autres exercices · Dissertation

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I. Les signes d'un effacement. Salarisation, déclin ouvrier, désyndicalisation, recul du vote de classe, et moyennisation au sens de Mendras.

II. Des classes objectives persistantes. Concentration du patrimoine, homogamie, écarts d'espérance de vie, ségrégation résidentielle et scolaire. Le haut de la hiérarchie reste une classe mobilisée, qui défend activement ses positions, comme le montrent les enquêtes sur la grande bourgeoisie.

III. Une structure recomposée. Lecture weberienne : les dimensions se découplent. Lecture bourdieusienne : l'espace social prend en compte la structure du capital. Les classes populaires se sont déplacées vers les employés des services, ce qui brouille leur visibilité sans supprimer leur position dominée.

Sujet 6. Le déclassement, réalité ou fantasme ?

Autres exercices · Dissertation

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I. Une réalité mesurable mais minoritaire. La mobilité descendante progresse pour les cohortes nées après les années 1960. Le déclassement scolaire est fréquent (Peugny). Il touche particulièrement les enfants de cadres et de professions intermédiaires.

II. Une peur plus répandue que le phénomène. Maurin montre que la crainte de perdre son statut est d'autant plus forte que les positions protégées sont rares et précieuses. Ce sentiment façonne les stratégies scolaires et résidentielles.

III. Un fait social à expliquer en tant que tel. On l'explique par les comparaisons de référence, par les générations et par l'inflation scolaire. Il a des effets politiques. Conclusion : le déclassement est moins une chute massive qu'une difficulté croissante à reproduire sa position.

Erreurs fréquentes

  1. Lire une case sans dire sur quoi porte le pourcentage. Écrire « 27 % des fils d'ouvriers deviennent cadres » quand le tableau est en recrutement, c'est la faute éliminatoire du chapitre.
  2. Assimiler mobilité nette et fluidité. La mobilité nette dépend encore des marges. Seuls les rapports de chances relatives neutralisent la structure.
  3. Conclure à une société ouverte à partir d'un taux de mobilité élevé. Sans la décomposition, le chiffre ne dit rien de l'égalité des chances.
  4. Présenter Bourdieu et Boudon comme deux camps inconciliables, ou faire de Boudon un penseur qui nierait les inégalités. Il les explique autrement.
  5. Confondre les différences de pourcentages et les rapports. Un écart de 10 points n'a pas le même sens entre 5 % et 15 % qu'entre 45 % et 55 %. On précise toujours s'il s'agit de points de pourcentage ou d'un rapport.
  6. Oublier le temps long. Le programme demande d'appréhender les groupes sociaux depuis le XIXe siècle, pas seulement depuis 1962.

Fiche rédigée à partir du programme officiel d'ESH (2021), module 2 « Croissance et développement », partie 2.2 « Les transformations des structures économiques, sociales et démographiques depuis le XIXe siècle », point 2.2.2 « Mobilité sociale et transformations des structures sociales ». Elle porte sur les groupes sociaux, le changement social et l'analyse de la mobilité.