La fiche de cours
Résumé en cinq points
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L’inflation est une hausse durable et générale des prix, mesurée par des indices imparfaits, venant de la demande, des coûts, de l’extérieur ou de la monnaie, la boucle prix-salaires assurant sa persistance.
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La déflation n’est pas le symétrique inoffensif de l’inflation, elle alourdit la dette réelle et nourrit le cercle vicieux décrit par Fisher en 1933.
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Le chômage se mesure selon le BIT, mais le taux d’emploi, le halo et le sous-emploi sont indispensables à un diagnostic honnête, et ses causes se répartissent entre insuffisance de demande et facteurs structurels.
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La courbe de Phillips, proposée en 1958 et exploitée comme menu de politique économique en 1960, a été démolie à long terme par Friedman, Phelps et Lucas, avant d’être réhabilitée sous forme aplatie et non linéaire.
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L’histoire longue enchaîne déflation du XIXe siècle, inflation des guerres, déflation des années 1930, stagflation des années 1970, désinflation puis grande modération, et enfin le choc de 2021-2023, chaque séquence ayant produit sa doctrine de politique économique.
Pourquoi ce chapitre
L’inflation et le chômage sont les deux grands déséquilibres que la macroéconomie cherche à expliquer et que les pouvoirs publics cherchent à corriger. Le chapitre ouvre le module 4 et sert de socle à tout ce qui suit. Sans définition précise de ces deux objets, les chapitres sur IS-LM, sur les politiques conjoncturelles et sur les contraintes de la politique économique restent vides.
Il est très rentable aux concours. Il alimente les sujets sur la politique monétaire, sur la crédibilité des banques centrales, sur le marché du travail, et il fournit la trame historique qui permet de périodiser presque toute question de macroéconomie contemporaine. En colle, on vous demandera de construire une courbe de Phillips, d’expliquer pourquoi elle s’est déplacée puis verticalisée, et de distinguer chômage classique et chômage keynésien.
Notions et mécanismes
L’inflation est une hausse durable, générale et cumulative du niveau général des prix. Les trois adjectifs comptent. Une hausse isolée du prix du pétrole n’est pas de l’inflation, c’est une variation de prix relatif. L’inflation suppose que le mouvement se diffuse et se prolonge.
La mesure passe par l’indice des prix à la consommation, construit par l’INSEE à partir d’un panier pondéré par le poids des produits dans la consommation des ménages. L’indice harmonisé d’Eurostat sert de référence à la Banque centrale européenne. Le déflateur du produit intérieur brut couvre toute la production nationale, importations exclues, et mesure donc l’inflation domestique. L’inflation sous-jacente exclut l’énergie, l’alimentation fraîche et les prix administrés, afin d’isoler la tendance. Trois biais affectent ces indices, l’inertie des pondérations, la qualité des produits améliorés à prix constant, l’apparition de produits nouveaux. Tous conduisent à surestimer légèrement l’inflation, thèse du rapport Boskin de 1996.
La désinflation est un ralentissement de la hausse des prix, qui continuent de monter. La déflation est une baisse durable du niveau général des prix. L’hyperinflation dépasse, selon la convention introduite par Philip Cagan en 1956, 50 % par mois. La stagflation associe stagnation, chômage élevé et inflation forte.
Les mécanismes se rangent en quatre familles. L’inflation par la demande apparaît quand la demande globale excède les capacités de production, l’écart se résorbant par les prix. L’inflation par les coûts vient d’une hausse des coûts salariaux unitaires, des consommations intermédiaires ou des marges. L’inflation importée vient du renchérissement des importations, par les prix mondiaux ou par la dépréciation du change. L’inflation monétaire découle d’une création monétaire excédant les besoins de l’économie réelle.
Le mécanisme central est la boucle prix-salaires. La hausse des prix ampute le salaire réel, les salariés obtiennent une compensation nominale, celle-ci alimente les coûts, les entreprises répercutent sur les prix. L’indexation formelle des salaires, pratiquée en France jusqu’au début des années 1980, transforme un choc ponctuel en inflation durable. Sa suppression après 1982 explique une part de la désinflation ultérieure.
Les conséquences de l’inflation sont d’abord redistributives. Une inflation non anticipée transfère du pouvoir d’achat des créanciers vers les débiteurs, la dette étant remboursée en monnaie dépréciée. La relation à retenir est celle d’Irving Fisher, le taux d’intérêt réel vaut approximativement le taux nominal diminué de l’inflation anticipée. L’inflation érode le poids réel de la dette publique et pénalise les revenus mal indexés. Elle impose aussi des coûts de catalogue, des coûts d’arbitrage sur les encaisses, et surtout un brouillage du signal-prix qui dégrade l’allocation des ressources. Enfin, une inflation supérieure à celle des partenaires dégrade la compétitivité-prix à change fixe.
La déflation est plus dangereuse. Elle élève le taux d’intérêt réel alors que le taux nominal ne peut guère descendre sous zéro. Elle incite à reporter les achats. Surtout, elle alourdit la charge réelle des dettes, ce qui pousse les agents endettés à réduire leurs dépenses, ce qui renforce la baisse des prix. Ce cercle vicieux est la déflation par la dette décrite par Fisher en 1933.
Le chômage se mesure selon le Bureau international du travail. Est chômeur une personne sans emploi durant une semaine de référence, disponible à court terme, et engagée dans une recherche active. Cette définition, retenue par l’INSEE dans l’enquête Emploi, diffère du comptage administratif des demandeurs d’emploi inscrits, classés en catégories A à E. Le taux de chômage rapporte les chômeurs à la population active. Le taux d’emploi rapporte les personnes en emploi à la population des 15-64 ans, ce qui en fait un indicateur plus robuste car insensible aux entrées et sorties de la population active. Deux marges complètent le tableau. Le halo autour du chômage regroupe ceux qui souhaitent travailler sans remplir un critère du BIT. Le sous-emploi désigne le temps partiel subi et le chômage technique.
Les formes du chômage se distinguent par leur origine. Le chômage frictionnel tient au délai d’appariement. Le chômage structurel tient à l’inadéquation durable des qualifications ou aux institutions du marché du travail. Le chômage conjoncturel, ou keynésien, vient d’une insuffisance de la demande globale. Le chômage classique vient d’un coût du travail trop élevé au regard de la productivité, qui rend une partie de l’emploi non rentable. Edmond Malinvaud, dans Réexamen de la théorie du chômage en 1977, formalise cette typologie et rappelle qu’un pays peut cumuler les deux formes.
Deux relations empiriques structurent le chapitre. La loi d’Okun, énoncée par Arthur Okun en 1962, relie la variation du chômage à l’écart entre croissance effective et croissance potentielle, d’où l’idée d’un seuil de croissance au-delà duquel le chômage recule. La courbe de Phillips relie inflation et chômage, elle fait l’objet de la section suivante.
Auteurs et théories de référence
Irving Fisher, Le Pouvoir d’achat de la monnaie, 1911, donne l’équation des échanges qui fonde la théorie quantitative. La masse monétaire multipliée par sa vitesse de circulation égale le niveau des prix multiplié par le volume des transactions. Si vitesse et volume sont stables, toute hausse de la monnaie se répercute sur les prix.
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936, introduit le chômage involontaire. L’emploi est déterminé par la demande effective anticipée par les entrepreneurs, non par le salaire réel. Baisser les salaires ne résorbe pas le chômage, car cela ampute aussi la demande. L’équilibre de sous-emploi est durable, ce qui justifie l’intervention publique.
A. W. Phillips, 1958, met en évidence sur données britanniques de 1861 à 1957 une relation décroissante entre taux de chômage et rythme de hausse des salaires nominaux. Paul Samuelson et Robert Solow, en 1960, la transposent en relation entre inflation et chômage et l’interprètent comme un menu de choix offert au décideur.
Milton Friedman, Le rôle de la politique monétaire, 1968, et parallèlement Edmund Phelps, soutiennent que l’inflation est un phénomène monétaire et introduisent le taux de chômage naturel, niveau compatible avec une inflation stable et fixé par les caractéristiques structurelles du marché du travail. D’où la courbe de Phillips augmentée des anticipations. À court terme, une inflation non anticipée réduit le chômage parce que les salariés confondent hausse nominale et hausse réelle du salaire. À long terme, les anticipations se corrigent par apprentissage, mécanisme dit adaptatif, et la courbe redevient verticale. La monnaie ne peut donc pas acheter durablement de l’emploi.
Robert Lucas, en 1972 puis dans sa critique des modèles économétriques de 1976, radicalise le raisonnement avec les anticipations rationnelles. Les agents utilisent toute l’information disponible, y compris la règle suivie par les autorités. Seules les surprises monétaires ont un effet réel, et une désinflation annoncée et crédible pourrait être obtenue sans coût en emploi.
Finn Kydland et Edward Prescott, 1977, montrent l’incohérence temporelle. Une autorité qui promet la stabilité des prix a intérêt, une fois les anticipations formées, à créer la surprise inflationniste. Les agents l’anticipent, et l’économie obtient plus d’inflation sans moins de chômage. Robert Barro et David Gordon, 1983, formalisent ce biais inflationniste. Conclusion pratique, préférer les règles à la discrétion et rendre la banque centrale indépendante.
Olivier Blanchard et Lawrence Summers, 1986, proposent l’hystérèse. Un chômage conjoncturel prolongé devient structurel, par dépréciation du capital humain, découragement et perte de contact avec le marché du travail.
Assar Lindbeck et Dennis Snower, 1988, expliquent la rigidité salariale par le pouvoir des salariés en place, protégés par les coûts de rotation, au détriment des chômeurs. Carl Shapiro et Joseph Stiglitz, 1984, développent le salaire d’efficience, l’employeur ayant intérêt à payer au-dessus du salaire d’équilibre pour susciter l’effort quand celui-ci est mal observable, ce qui rend le chômage persistant et involontaire.
Peter Diamond, Dale Mortensen et Christopher Pissarides, distingués en 2010, formalisent le marché du travail comme un appariement coûteux. La courbe de Beveridge, qui relie chômage et emplois vacants, permet de distinguer un manque d’emplois d’un mauvais appariement, un déplacement vers l’extérieur signalant une dégradation structurelle. En France, Pierre Cahuc et André Zylberberg ont diffusé ces approches, notamment dans Le chômage, fatalité ou nécessité ? en 2004.
Faits, chiffres et repères historiques
Le XIXe siècle est un régime de prix globalement stables sur longue période sous étalon-or, avec de fortes oscillations. La période 1873-1896, dite grande déflation, associe baisse des prix et progression de la production, ce qui montre que déflation et dépression ne se confondent pas mécaniquement. Les deux guerres produisent ensuite des poussées inflationnistes majeures, financées par création monétaire, l’hyperinflation allemande de 1922-1923 restant le cas d’école.
La crise des années 1930 est une expérience de déflation. Aux États-Unis, les prix à la consommation reculent d’environ un quart entre 1929 et 1933 et le chômage approche 25 % de la population active en 1933, ordres de grandeur issus des séries du Bureau of Labor Statistics et repris par Milton Friedman et Anna Schwartz dans leur Histoire monétaire des États-Unis de 1963.
Durant les Trente Glorieuses, l’inflation reste modérée puis s’accélère à la fin des années 1960, alors que le chômage est très bas, autour de 2 % en France selon les séries rétropolées de l’INSEE.
Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ouvrent la stagflation. L’inflation française atteint de l’ordre de 13 à 14 % en 1974 puis de nouveau au début des années 1980 selon l’INSEE, et culmine autour de 13 à 14 % aux États-Unis en 1980 selon le Bureau of Labor Statistics.
La désinflation est brutale. Paul Volcker, à la Réserve fédérale à partir de 1979, porte le taux directeur au voisinage de 19 à 20 % en 1981, ce qui provoque une récession et un chômage américain culminant à 10,8 % fin 1982. En France, le tournant de la rigueur de 1983 combine désindexation des salaires, maintien du franc dans le système monétaire européen et désinflation compétitive. L’inflation française repasse sous 3 % à la fin de la décennie.
La période 1985-2007 est celle de la grande modération, inflation proche de 2 % et volatilité réduite de la croissance. Après 2008, le risque bascule côté déflationniste, la zone euro enregistrant une inflation annuelle de l’ordre de moins 0,6 % en janvier 2015 selon Eurostat, ce qui déclenche les achats massifs de titres par la Banque centrale européenne.
Le choc de 2021-2023 combine reprise post-pandémique, tensions d’approvisionnement et choc énergétique lié à la guerre en Ukraine. L’inflation atteint 9,1 % en juin 2022 aux États-Unis et 10,6 % en octobre 2022 dans la zone euro. La France est en retrait, avec un pic un peu supérieur à 6 % au sens de l’indice national en février 2023, notamment grâce au bouclier tarifaire. Le reflux vers 2 % intervient courant 2024.
Côté chômage, la France connaît deux pics proches de 10,5 % de la population active, à la fin des années 1990 puis au milieu des années 2010, avant une décrue vers un niveau de l’ordre de 7,5 % en 2024 et 2025 selon l’INSEE. Les écarts européens restent considérables, l’Allemagne autour de 3 %, l’Espagne encore au-dessus de 11 % en 2024 après un pic supérieur à 26 % en 2013, la zone euro autour de 6 %, données Eurostat. Le taux d’emploi des 15-64 ans, proche de 69 % en France, reste inférieur de près de dix points à celui de l’Allemagne. Le halo autour du chômage concerne en France de l’ordre de deux millions de personnes selon l’INSEE, à comparer à environ 2,3 millions de chômeurs au sens du BIT.
Débats et controverses
Sur la nature de l’inflation, les monétaristes la tiennent pour monétaire à moyen terme, alors que les post-keynésiens y voient un conflit de répartition entre salariés et détenteurs du capital arbitré par les prix. L’épisode 2021-2023 a relancé la discussion autour d’une inflation tirée par la reconstitution des marges dans certains secteurs, thèse débattue et non consensuelle.
Sur la courbe de Phillips, son aplatissement depuis les années 1990 a conduit certains à la déclarer caduque. D’autres l’expliquent par la crédibilité acquise des banques centrales, qui ancre les anticipations, par la mondialisation et par l’affaiblissement de la négociation salariale. Dans cette lecture, la relation subsiste mais est devenue non linéaire et ne réapparaît qu’en cas de forte tension.
Sur la cible de 2 %, elle laisse peu de marge de baisse des taux en récession, d’où des propositions de relèvement défendues notamment par Olivier Blanchard, que les banques centrales refusent au nom de la crédibilité.
Sur le chômage, la lecture structurelle met en cause le coût du travail, l’indemnisation et la protection de l’emploi, la lecture keynésienne l’insuffisance de demande et l’hystérèse. Les travaux de David Card et Alan Krueger en 1994 ont montré qu’une hausse modérée du salaire minimum peut avoir un effet faible ou nul sur l’emploi, ce qui affaiblit la version la plus simple de l’argument classique.
Sur le coût de la désinflation, mesuré par le ratio de sacrifice, les anticipations rationnelles prédisaient un coût nul si l’annonce était crédible, alors que l’expérience des années 1980 a montré un coût réel élevé, ce qui plaide pour l’existence de rigidités nominales.
Ce qu’il faut savoir mobiliser en dissertation
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Plan type sur l’arbitrage inflation-chômage. Un arbitrage semblait exister et fondait la politique des années 1960, la stagflation et la critique des anticipations l’ont détruit à long terme, il réapparaît à court terme et sous conditions, ce qui redonne un rôle à une politique monétaire crédible.
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Plan type sur le chômage. Un chômage d’origine conjoncturelle relevant de la demande, un chômage structurel relevant des institutions et de l’appariement, puis une articulation par l’hystérèse qui montre que le conjoncturel devient structurel s’il dure.
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La périodisation minimale, déflation de 1873-1896, hyperinflation allemande de 1923, déflation de 1929-1933, inflation des Trente Glorieuses puis stagflation de 1973-1982, désinflation de 1979-1985, grande modération, risque déflationniste de 2009-2015, choc inflationniste de 2021-2023.
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Les couples d’auteurs à opposer, Keynes contre Friedman sur l’origine du chômage, Friedman contre Lucas sur la nature des anticipations, Malinvaud pour la synthèse, Blanchard et Summers contre les structuralistes purs.
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Les indicateurs à manier proprement, taux de chômage BIT, taux d’emploi, halo, sous-emploi, indice harmonisé, inflation sous-jacente. Une copie qui distingue taux de chômage et taux d’emploi se démarque aussitôt.
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Les exemples comparatifs efficaces, l’Allemagne après les réformes Hartz de 2003-2005 avec baisse du chômage et montée des emplois atypiques, la dualité espagnole entre contrats permanents et temporaires, la déflation japonaise prolongée depuis les années 1990.
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Les pièges. Ne pas confondre désinflation et déflation. Ne pas confondre chômeurs au sens du BIT et demandeurs d’emploi inscrits. Ne pas présenter la courbe de Phillips comme une loi, c’est une régularité empirique instable. Ne pas affirmer que l’inflation est toujours nuisible, elle allège les dettes et facilite l’ajustement des salaires réels.
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Une ouverture, la pertinence de la cible de 2 % dans une économie soumise à des chocs d’offre répétés, transition énergétique, fragmentation des chaînes de valeur, vieillissement.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Indice de Laspeyres chaîné : l’IPC pondère les prix par la structure de consommation d’une période de base, révisée chaque année. Les ménages substituent les produits devenus plus chers, et l’indice ne le voit qu’avec retard, d’où le biais de substitution.
- Inflation anticipée et inflation non anticipée : seule la seconde redistribue entre créanciers et débiteurs et trompe les agents sur les prix relatifs. L’inflation anticipée n’impose que des coûts de catalogue et de gestion des encaisses.
- Taux réel ex ante et ex post : le premier se calcule avec l’inflation anticipée, le second avec l’inflation constatée. La relation exacte est (1 + i) = (1 + r) × (1 + π), et r ≈ i − π n’en est que l’approximation pour des taux faibles.
- Illusion monétaire : les agents raisonnent en grandeurs nominales. Chez Friedman, elle est temporaire et vient d’une information imparfaite. Elle ne vient pas d’une irrationalité durable.
- Anticipations adaptatives : l’inflation anticipée corrige une fraction de l’erreur passée. Dans la forme la plus simple, on anticipe l’inflation de l’année précédente.
- Anticipations rationnelles : les agents utilisent toute l’information disponible, y compris le modèle de l’économie et la règle des autorités. Ils peuvent se tromper, mais leurs erreurs ne sont jamais systématiques.
- Taux de chômage naturel et NAIRU : le premier, chez Friedman, est fixé par les structures du marché du travail. Le second, proposé par Modigliani et Papademos en 1975, désigne le taux qui n’accélère pas l’inflation. C’est une notion empirique, que l’usage confond souvent avec la première.
- Écart de production : écart relatif entre le PIB effectif et le PIB potentiel. Un écart positif signale des tensions inflationnistes. Un écart négatif signale un chômage conjoncturel.
- Ratio de sacrifice : pertes cumulées de PIB, en points, pour chaque point d’inflation éliminé.
- Rigidité nominale et rigidité réelle : la première désigne des prix et des salaires lents à s’ajuster en valeur, du fait des contrats et des coûts de catalogue. La seconde désigne un salaire réel qui ne baisse pas, du fait du salaire d’efficience, des insiders ou de la négociation.
- Relation entre les taux : sur une même tranche d’âge, taux d’emploi = taux d’activité × (1 − taux de chômage).
- Chômage de longue durée : chômage de plus d’un an. C’est l’indicateur privilégié de l’hystérèse. En France, il concerne environ un quart des chômeurs.
- Salaire de réservation : salaire en dessous duquel un chômeur refuse une offre. Dans les modèles de recherche d’emploi, l’indemnisation le relève.
- Modèle WS-PS : la courbe WS représente la fixation des salaires par négociation, et le salaire réel revendiqué y baisse quand le chômage monte. La courbe PS représente la fixation des prix par marge, et elle détermine le salaire réel compatible avec cette marge. Leur intersection donne le chômage d’équilibre.
- Effet d’encaisses réelles, ou effet Pigou : la baisse des prix accroît la valeur réelle de la monnaie détenue et relance la consommation. L’effet de la dette, décrit par Fisher, joue en sens inverse.
- Désinflation compétitive : maintenir une inflation inférieure à celle des partenaires pour regagner des parts de marché à change fixe.
Chaînes de raisonnement
Pourquoi une surprise inflationniste réduit le chômage à court terme. Une expansion monétaire non anticipée élève les prix et les salaires nominaux. Les salariés prennent la hausse de leur salaire pour une hausse réelle et offrent davantage de travail. Les entreprises, dont le salaire réel payé baisse en réalité, embauchent. Le chômage passe sous son niveau naturel tant que l’erreur n’est pas corrigée.
Pourquoi le chômage ne peut rester durablement sous son taux naturel. Avec des anticipations adaptatives, les salariés intègrent l’inflation passée dans leurs revendications. Pour maintenir la surprise, il faut donc une inflation chaque année plus forte que la précédente. Le chômage bas se paie par une accélération de l’inflation, d’où le nom de NAIRU.
Pourquoi un choc pétrolier produit la stagflation. Le renchérissement de l’énergie élève les coûts de production et déplace l’offre globale vers la gauche. Les prix montent pendant que la production et l’emploi reculent. Si les salaires sont indexés, la boucle prix-salaires prolonge l’inflation au lieu de la laisser s’éteindre.
Pourquoi la déflation s’auto-entretient. La baisse attendue des prix pousse à différer les achats, et elle élève le taux réel quand le taux nominal bute sur zéro. La charge réelle des dettes augmente, les débiteurs réduisent leurs dépenses et vendent leurs actifs. La demande recule encore et les prix baissent davantage.
Pourquoi le chômage conjoncturel devient structurel. Un choc de demande prolongé crée du chômage de longue durée. Les chômeurs perdent leurs compétences et leurs réseaux, et les employeurs les perçoivent comme moins employables. Ils ne pèsent plus sur les négociations salariales, si bien que le chômage d’équilibre monte après le choc.
Pourquoi la crédibilité réduit le coût de la désinflation. Si les agents croient à l’annonce de la banque centrale, ils révisent tout de suite leurs anticipations à la baisse. Les salaires nominaux ralentissent sans qu’il faille une récession pour les y contraindre. Faute de crédibilité, seule la hausse du chômage fait plier les anticipations, et le ratio de sacrifice est élevé.
Pourquoi une inflation faible mais positive peut aider l’emploi. Les salaires nominaux baissent rarement, parce que les salariés perçoivent une baisse nominale comme injuste. Avec 2 % d’inflation, un salaire nominal stable baisse de 2 % en termes réels, ce qui permet d’ajuster les salaires relatifs sans conflit. À inflation nulle, cet ajustement passe par des licenciements.
Exemples et références à connaître
- Thomas Sargent, 1982, « La fin de quatre grandes inflations ». Les hyperinflations d’Autriche, de Hongrie, de Pologne et d’Allemagne ont cessé brutalement après un changement crédible de régime budgétaire et monétaire. C’est l’argument empirique des nouveaux classiques.
- George Akerlof, William Dickens et George Perry, 1996. Ils montrent la rigidité à la baisse des salaires nominaux et justifient une cible d’inflation positive. C’est l’exemple de l’inflation qui « huile les rouages ».
- Richard Layard, Stephen Nickell et Richard Jackman, 1991, Unemployment. Ils fondent le modèle WS-PS et expliquent le chômage européen par les institutions de négociation.
- Guillermo Calvo, 1983. Sa modélisation des prix révisés de façon échelonnée fonde la nouvelle courbe de Phillips néo-keynésienne, où l’inflation dépend de l’inflation anticipée future.
- Laurence Ball, 1994. Il estime des ratios de sacrifice pour les désinflations de l’OCDE et trouve des coûts plus faibles quand la désinflation est rapide.
- Arthur Pigou, 1943, effet d’encaisses réelles. Il répond à Keynes que la flexibilité des prix finit par restaurer le plein emploi. Fisher en 1933 et les post-keynésiens lui opposent l’effet de la dette.
- Le « miracle » allemand de 2009. Le PIB recule de plus de 5 % et le chômage ne monte presque pas, grâce au chômage partiel et aux comptes épargne-temps. C’est un contre-exemple à une lecture mécanique de la loi d’Okun.
- L’Espagne, où la dualité des contrats rend le coefficient d’Okun très élevé. Les contrats temporaires servent de variable d’ajustement, et le chômage bondit à chaque récession.
- L’hyperinflation allemande. En novembre 1923, un dollar vaut environ 4 200 milliards de marks. Le rentenmark met fin à l’épisode en quelques semaines, grâce à une émission plafonnée.
- Ordres de grandeur : cible de 2 % à la Banque centrale européenne comme à la Fed, chômage des jeunes français autour de 18 %, coefficient d’Okun français de l’ordre de 0,5, seuil de croissance autour de 1 à 1,5 %.
Techniques
Calculs usuels à maîtriser
Réflexe. Poser la relation, vérifier les unités en pourcentage ou en points, puis conclure en mots.
Mini-exemple. Taux nominal de 4 % et inflation anticipée de 2 % : le taux réel ex ante vaut environ 2 %. Si l’inflation effective atteint 6 %, le taux réel ex post tombe vers moins 2 %, et le débiteur gagne. En déflation de 2 % avec un taux nominal nul, le taux réel monte à 2 %. Avec l’équation des échanges en taux de croissance, une masse monétaire en hausse de 8 %, une production en hausse de 2 % et une vitesse stable donnent une inflation d’environ 6 %. Pour la loi d’Okun, on part de la variation du chômage = −0,5 × (croissance − 1,2). Une croissance de 0,4 % fait alors monter le chômage de 0,4 point. Enfin, si l’inflation passe de 10 à 4 % au prix de pertes de PIB de 3, 4 et 2 points sur trois ans, le ratio de sacrifice vaut 9 sur 6, soit 1,5.
Analyse d’un tableau sur le marché du travail
Réflexe. Recalculer les trois taux, regarder le taux d’emploi avant le taux de chômage, et chercher l’effet des sorties d’activité.
Mini-exemple. Sur une population de 40 millions de 15-64 ans, on compte 29,2 millions d’actifs et 2,3 millions de chômeurs. Le taux d’activité vaut 73 %, le taux de chômage 7,9 % et le taux d’emploi 67,25 %. Si 200 000 chômeurs découragés quittent la population active, le taux de chômage tombe à 7,2 %. Le taux d’emploi reste pourtant à 67,25 %. Le commentaire attendu : la baisse du chômage ne reflète aucune création d’emploi, elle gonfle le halo.
Lecture d’un nuage de points inflation et chômage
Réflexe. Relier les points dans l’ordre chronologique, repérer les boucles et les déplacements, puis les interpréter par les anticipations et les chocs d’offre.
Mini-exemple. On prend la relation π = πa − 0,5 × (u − un), avec un taux naturel un de 8 % et des anticipations adaptatives. Un gouvernement qui maintient le chômage à 6 % fait monter l’inflation d’un point par an. Sur un graphique, les points des années 1960 dessinent une pente négative. Ceux de 1970 à 1982 montent vers la droite, parce que la courbe se déplace. Ceux de 1983 à 1986 redescendent au prix d’un chômage accru. On lit ainsi trois régimes, pas une seule courbe.
Le plan de dissertation sur ce chapitre
Le chapitre appelle des plans dialectiques qui confrontent keynésiens et classiques, ou des plans analytiques par causes. Sur un sujet de politique économique, on distingue toujours court terme et long terme, choc de demande et choc d’offre. Il faut dater chaque théorie par le contexte qui l’a produite : Keynes et les années 1930, Friedman et l’accélération des années 1960, Lucas et la stagflation.
Mini-exemple. « Peut-on réduire le chômage en acceptant plus d’inflation ? » La première partie montre que oui, à court terme et si le chômage est keynésien. La deuxième montre que non, à long terme et si le chômage est structurel. La troisième montre que la réponse dépend de la crédibilité, de l’hystérèse et de l’aplatissement de la courbe.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 4. Faut-il craindre la déflation ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Voir le corrigé
Plan attendu. Un, la déflation n’est pas toujours une dépression, comme le montre la grande déflation de 1873-1896, portée par des gains de productivité et la baisse des coûts de transport. Distinguer la bonne déflation, qui vient de l’offre, de la mauvaise, qui vient de la demande. Deux, la déflation de demande est dangereuse : dette réelle, taux réel trop élevé à taux nominal nul, report des achats, avec les exemples de 1929-1933 et du Japon. Trois, la réponse des banques centrales : cibles positives, taux négatifs, achats massifs de titres par la Banque centrale européenne lancés en 2015, et débat sur leurs effets.
Sujet 5. Le taux de chômage suffit-il à décrire le marché du travail ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Voir le corrigé
Plan attendu. Un, un indicateur normalisé et comparable, selon les critères du BIT, avec la loi d’Okun comme outil de diagnostic. Deux, des angles morts : effet de découragement, halo, sous-emploi, emplois précaires, chômage de longue durée, écarts selon l’âge et le diplôme. Trois, compléter par le taux d’emploi, la courbe de Beveridge et les flux d’entrée et de sortie. Faire le calcul du découragé en khôlle.
Sujet 6. L’inflation est-elle toujours un phénomène monétaire ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Voir le corrigé
Plan attendu. Un, oui à moyen terme : équation des échanges, hyperinflations, corrélation de long terme entre croissance monétaire et inflation, Sargent. Deux, non dans l’enchaînement des causes : chocs pétroliers, inflation importée, conflit de répartition, reconstitution des marges en 2022. Surtout, la forte création monétaire de 2009 à 2019 n’a pas produit d’inflation, parce que la vitesse a chuté. Trois, la monnaie est une condition permissive : aucun choc de coûts ne dure sans validation monétaire, d’où la responsabilité des banques centrales.
Sujet 1. L’inflation est-elle toujours un mal ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet HEC
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Accroche : les banques centrales visent 2 % et non zéro. Problématique : l’inflation a-t-elle des vertus, et à partir de quel niveau ses coûts l’emportent-ils ?
I. Des coûts réels. Brouillage des prix relatifs, redistribution arbitraire au détriment des revenus fixes et des créanciers, perte de compétitivité à change fixe. Au-delà d’un seuil, fuite devant la monnaie et hyperinflation, avec Cagan et l’Allemagne de 1923.
II. Des vertus sous condition. Allègement des dettes publiques et privées, comme au Royaume-Uni et aux États-Unis après 1945. Ajustement des salaires réels selon Akerlof. Marge de baisse des taux réels en récession. Protection contre le piège déflationniste.
III. La question du niveau et de la stabilité. Une inflation faible, stable et anticipée coûte peu. Une inflation forte est aussi volatile. Débat sur le relèvement de la cible défendu par Blanchard, et limite de l’argument dans le choc de 2022, où l’inflation a surtout frappé les ménages modestes.
Sujet 2. Existe-t-il un arbitrage entre inflation et chômage ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP
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Accroche : Volcker a divisé l’inflation par trois en portant le chômage à 10,8 %. Problématique : l’arbitrage est-il un choix de long terme, une illusion de court terme ou un coût de transition ?
I. Un arbitrage observé et théorisé. Phillips, puis Samuelson et Solow. Lecture keynésienne : en sous-emploi, la demande relance l’activité avant les prix. Politiques de réglage fin des années 1960.
II. Un arbitrage détruit à long terme. Friedman et Phelps avec les anticipations adaptatives, verticale au taux naturel. Lucas avec les anticipations rationnelles, seules les surprises comptent. Kydland et Prescott : la recherche de l’arbitrage produit de l’inflation sans emploi. Preuve historique par la stagflation.
III. Un arbitrage de court terme résiduel. Rigidités nominales et nouvelle courbe de Phillips. Ratio de sacrifice positif dans les années 1980. Courbe aplatie depuis les années 1990, qui se redresse en cas de forte tension, comme en 2022. L’hystérèse remet en cause la verticalité de long terme.
Sujet 3. Le chômage européen est-il structurel ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet Ecricome
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Accroche : l’Allemagne est à 3 % de chômage et l’Espagne au-delà de 11 %, avec la même monnaie et la même politique monétaire. Problématique : ces écarts viennent-ils des institutions ou de la demande ?
I. Des arguments structurels forts. WS-PS et les institutions de négociation, salaire de réservation et indemnisation, dualité des contrats, inadéquation des qualifications, courbe de Beveridge qui se déplace vers l’extérieur. Réformes Hartz.
II. Une composante de demande sous-estimée. Chômage bondissant après 2008 et 2011 avec l’austérité, Card et Krueger, Kurzarbeit en 2009. Les institutions n’avaient pas changé alors que le chômage explosait.
III. L’hystérèse comme articulation. Blanchard et Summers. Un choc de demande se structuralise, d’où la complémentarité entre soutien conjoncturel et réformes.
Sujet 7. Analyse de documents : un nuage inflation et chômage aux États-Unis de 1960 à 2023
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Méthode attendue. Un, décrire les phases en reliant les points : pente négative de 1961 à 1969, glissement vers le haut et la droite de 1970 à 1981, redescente après 1982, nuage presque plat de 1995 à 2019, bond de l’inflation en 2021-2022 avec un chômage bas. Deux, interpréter : anticipations désancrées puis réancrées, chocs d’offre, crédibilité de la Fed. Trois, discuter : la verticalité n’apparaît pas nettement, la relation est devenue non linéaire, et un nuage de points ne prouve aucune causalité.
Erreurs fréquentes
- Présenter Friedman comme niant tout effet de la monnaie sur l’emploi. Il admet un effet de court terme et refuse seulement l’effet durable. C’est Lucas qui réserve l’effet aux seules surprises.
- Confondre un mouvement le long de la courbe de Phillips et un déplacement de la courbe. La stagflation est un déplacement, dû aux anticipations et aux chocs d’offre.
- Commenter une baisse du taux de chômage sans regarder le taux d’emploi, ni les sorties vers l’inactivité et le halo.
- Oublier le signe de l’inflation dans le taux réel. Une déflation élève le taux réel même à taux nominal nul, alors que beaucoup de copies écrivent l’inverse.
- Opposer chômage keynésien et chômage classique comme deux écoles exclusives. Malinvaud montre qu’ils peuvent coexister, et l’hystérèse montre que l’un peut se transformer en l’autre.
Cette fiche couvre le point 4.1.1 du programme officiel, dans le module 4 « Déséquilibres, régulation et action publique », partie 4.1 « Équilibres et déséquilibres macroéconomiques ».