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ECG2 · ESH · semaine 21

L’équilibre macroéconomique à travers les modèles

Construction des courbes IS et LM en économie fermée et lecture des politiques conjoncturelles par les déplacements de courbes, avec la notion de multiplicateur. Construction du modèle IS-LM-BP en économie ouverte. Courbes d'offre globale et de demande globale et rôle des anticipations et des rigidités de prix et de salaires.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. IS décrit l’équilibre du marché des biens, elle est décroissante parce que l’investissement dépend négativement du taux, et la politique budgétaire la déplace.

  2. LM décrit l’équilibre du marché de la monnaie, elle est croissante parce que la demande de monnaie croît avec le revenu, et la politique monétaire la déplace. Ses cas extrêmes sont la trappe à liquidité et la zone classique.

  3. L’effet d’éviction limite la relance budgétaire, sauf si la politique monétaire accompagne ou si le taux est déjà au plancher, d’où l’importance du policy mix.

  4. Mundell-Fleming ajoute l’extérieur et donne un résultat central, en mobilité parfaite des capitaux la politique budgétaire est efficace en change fixe et la politique monétaire en change flexible, d’où le triangle d’incompatibilité.

  5. Le modèle offre globale-demande globale endogénéise les prix, rend visibles les chocs d’offre et la stagflation, et fait dépendre l’efficacité des politiques du degré de rigidité des prix et de la qualité des anticipations.

Pourquoi ce chapitre

C’est le chapitre le plus technique du programme et celui qui rend le plus de services. Il fournit la boîte à outils qui permet de raisonner rigoureusement sur l’effet d’une relance budgétaire, d’une baisse des taux, d’un choc pétrolier ou d’une dévaluation. Les chapitres suivants, sur les politiques de régulation des cycles et sur les contraintes des politiques économiques, se contentent d’appliquer ces mécanismes à des cas historiques.

En dissertation, ces modèles ne constituent presque jamais le sujet lui-même, mais ils fournissent l’argumentation. Un candidat qui sait expliquer l’effet d’éviction, la trappe à liquidité ou le résultat de Mundell-Fleming en change fixe gagne en précision sur des sujets aussi variés que l’efficacité de la politique monétaire, l’euro ou la dette publique.

En colle, l’attendu est simple. Savoir construire chaque courbe, justifier sa pente, dire ce qui la déplace, et lire le nouvel équilibre. Les graphiques doivent être décrits en mots avec exactitude, axes compris.

Notions et mécanismes

La demande effective est le point de départ keynésien. Les entrepreneurs fixent le niveau de production en fonction de la demande qu’ils anticipent. Si cette demande anticipée est inférieure au plein emploi, l’économie s’établit durablement en équilibre de sous-emploi. Le niveau d’activité est donc déterminé par la demande, non par l’offre.

Le multiplicateur mesure l’effet en chaîne d’une dépense autonome. Une dépense supplémentaire devient revenu pour quelqu’un, qui en consomme une fraction égale à la propension marginale à consommer, notée c, ce qui crée un nouveau revenu, et ainsi de suite. La somme de cette série géométrique donne, dans une économie fermée sans État, un multiplicateur égal à 1 / (1 − c). Si c vaut 0,8, le multiplicateur vaut 5. Trois fuites réduisent cette valeur. L’impôt proportionnel de taux t, l’épargne, et les importations de propension marginale m. Le multiplicateur devient approximativement 1 / (1 − c(1 − t) + m). Une économie très ouverte a donc un multiplicateur faible, ce qui justifie la coordination des relances.

La courbe IS décrit l’ensemble des couples taux d’intérêt, revenu, pour lesquels le marché des biens et services est à l’équilibre. La logique est la suivante. L’investissement dépend négativement du taux d’intérêt, puisque le taux est le coût du financement et le rendement de l’alternative financière. Un taux plus bas stimule l’investissement, la demande globale augmente, et le revenu d’équilibre s’élève par le multiplicateur. IS est donc décroissante dans un plan où le revenu Y est en abscisse et le taux d’intérêt i en ordonnée. Sa pente dépend de la sensibilité de l’investissement au taux, plus cette sensibilité est forte, plus IS est plate, et de la taille du multiplicateur. Une hausse des dépenses publiques, une baisse des impôts ou un regain de confiance des entrepreneurs déplacent IS vers la droite.

La courbe LM décrit l’équilibre du marché de la monnaie. L’offre de monnaie réelle, notée M/P, est traitée comme contrôlée par la banque centrale. La demande de monnaie a deux composantes chez Keynes. Le motif de transaction et de précaution, croissant avec le revenu, et le motif de spéculation, décroissant avec le taux d’intérêt, puisque détenir de la monnaie signifie renoncer à un placement rémunéré. Si le revenu augmente, la demande de monnaie pour transactions augmente, et il faut un taux plus élevé pour que les agents acceptent de détenir l’encaisse disponible. LM est donc croissante. Une expansion monétaire déplace LM vers la droite, ce qui abaisse le taux d’équilibre.

Deux cas extrêmes sont exigibles. La trappe à liquidité correspond à une portion horizontale de LM, à taux très bas. Les agents anticipent une remontée des taux, donc une baisse du prix des obligations, et absorbent toute création monétaire en encaisses oisives. La politique monétaire devient inefficace, la politique budgétaire pleinement efficace. La zone classique correspond à une portion verticale de LM, quand la demande de monnaie ne dépend plus du taux. La politique budgétaire est alors totalement évincée.

L’équilibre IS-LM se situe à l’intersection des deux courbes et donne simultanément le revenu et le taux d’intérêt d’équilibre, à prix fixes. Le mécanisme central à maîtriser est l’effet d’éviction. Une relance budgétaire déplace IS vers la droite, le revenu augmente, la demande de monnaie pour transactions augmente, le taux d’intérêt monte le long de LM, et cette hausse décourage une partie de l’investissement privé. La hausse du revenu est donc inférieure à ce que prédirait le multiplicateur simple. L’éviction est d’autant plus forte que LM est pentue et que l’investissement est sensible au taux. D’où l’intérêt du policy mix, c’est-à-dire d’une politique budgétaire expansive accompagnée d’une politique monétaire accommodante qui neutralise la hausse des taux.

Le modèle IS-LM-BP, dit de Mundell-Fleming, ajoute l’économie ouverte. La courbe BP réunit les couples revenu, taux d’intérêt pour lesquels la balance des paiements est équilibrée. Une hausse du revenu accroît les importations, donc dégrade le solde courant, et il faut un taux d’intérêt plus élevé pour attirer les capitaux qui compensent. BP est donc croissante, et d’autant plus plate que la mobilité des capitaux est forte. Dans le cas limite de mobilité parfaite, BP est horizontale au niveau du taux d’intérêt mondial.

Les résultats de ce modèle sont au programme et doivent être sus. En mobilité parfaite des capitaux et change fixe, une expansion monétaire fait baisser le taux, provoque une sortie de capitaux, et la banque centrale doit vendre des devises pour défendre la parité, ce qui réduit la masse monétaire et annule l’impulsion initiale. La politique monétaire est inefficace. Une relance budgétaire, à l’inverse, attire des capitaux, ce qui oblige la banque centrale à créer de la monnaie pour empêcher l’appréciation, et la relance est amplifiée. En change flexible, les conclusions s’inversent. Une expansion monétaire déprécie la monnaie, ce qui améliore la compétitivité et amplifie l’effet. Une relance budgétaire attire des capitaux, apprécie la monnaie, dégrade le solde extérieur et se trouve partiellement annulée.

De là découle le triangle d’incompatibilité de Robert Mundell. Il est impossible d’avoir simultanément la fixité du taux de change, la libre circulation des capitaux et l’autonomie de la politique monétaire. Un pays doit renoncer à l’un des trois sommets. La zone euro a choisi de renoncer à l’autonomie monétaire nationale, la Chine a longtemps choisi de restreindre la mobilité des capitaux.

Le modèle offre globale-demande globale lève enfin l’hypothèse de prix fixes. Les axes changent, le revenu Y reste en abscisse, le niveau général des prix P passe en ordonnée. La demande globale est décroissante. Trois canaux l’expliquent. L’effet Keynes, une hausse des prix réduit l’encaisse réelle M/P, ce qui élève le taux d’intérêt et comprime l’investissement. L’effet d’encaisses réelles, ou effet Pigou, une hausse des prix réduit la richesse réelle des ménages et donc leur consommation. L’effet de compétitivité, une hausse des prix intérieurs détériore les exportations nettes à change donné. La demande globale se déplace pour les mêmes raisons qu’IS et LM.

L’offre globale dépend du régime de prix et de salaires. Dans le cas keynésien extrême, à prix et salaires parfaitement rigides et capacités inemployées, elle est horizontale et toute la variation de demande passe dans les quantités. Dans le cas classique, à prix et salaires parfaitement flexibles, elle est verticale au niveau de production potentielle, et toute variation de demande passe dans les prix. Le cas intermédiaire, croissant, correspond à des rigidités partielles. Les anticipations sont décisives. Dans la courbe d’offre dite de Lucas, la production ne s’écarte de son niveau naturel que si les prix observés diffèrent des prix anticipés. Une politique parfaitement anticipée n’a donc aucun effet réel.

Ce cadre permet enfin de traiter les chocs d’offre. Un choc pétrolier déplace l’offre globale vers la gauche, ce qui produit simultanément une baisse de la production et une hausse des prix. La stagflation devient lisible, ce que le seul modèle IS-LM à prix fixes ne permettait pas.

Auteurs et théories de référence

Richard Kahn, 1931, formalise le premier le multiplicateur d’emploi, idée que Keynes reprend et généralise.

John Maynard Keynes, Théorie générale, 1936, fournit le contenu économique de tout le chapitre, demande effective, préférence pour la liquidité, multiplicateur, efficacité marginale du capital et rôle des anticipations des entrepreneurs.

John Hicks, dans un article de 1937 confrontant Keynes et les classiques, propose la représentation IS-LM. Il s’agit d’une formalisation de Keynes, non de Keynes lui-même, distinction que les correcteurs apprécient. Alvin Hansen diffuse ce schéma aux États-Unis et Franco Modigliani, en 1944, y intègre explicitement le marché du travail, ce qui donne la synthèse néoclassique, doctrine dominante des années 1950 et 1960.

Robert Mundell et Marcus Fleming, au début des années 1960, étendent le modèle à l’économie ouverte, chacun de son côté. Mundell développe ensuite la théorie des zones monétaires optimales en 1961 et le principe d’affectation des instruments.

Robert Lucas, 1972 puis 1976, conteste la démarche. Sa critique porte sur le fait que les paramètres estimés d’un modèle macroéconomique ne sont pas invariants aux changements de politique, puisque les agents adaptent leur comportement. Les modèles de type IS-LM, dépourvus de fondements microéconomiques explicites, deviennent alors suspects.

Robert Clower et Axel Leijonhufvud, dans les années 1960, puis Robert Barro et Herschel Grossman et Edmond Malinvaud dans les années 1970, développent les théories du déséquilibre, qui étudient les rationnements simultanés sur plusieurs marchés et relient la macroéconomie keynésienne à des comportements individuels.

Les nouveaux keynésiens répondent à Lucas en fondant les rigidités sur des comportements rationnels. Gregory Mankiw, 1985, montre que de petits coûts de modification des étiquettes suffisent à produire des rigidités nominales socialement coûteuses. Stanley Fischer, 1977, et John Taylor montrent que des contrats salariaux échelonnés dans le temps rendent le niveau général des prix rigide même sous anticipations rationnelles. Cette famille débouche sur la nouvelle synthèse néoclassique et les modèles dynamiques stochastiques d’équilibre général, dont Michael Woodford a donné en 2003 une présentation de référence.

Faits, chiffres et repères historiques

La synthèse IS-LM structure la politique économique des Trente Glorieuses. Les plans de relance et les politiques de stop and go britanniques des années 1950 et 1960 en sont l’application directe.

La relance française de 1981-1982 est l’exemple canonique du multiplicateur affaibli par l’ouverture. Menée seule, dans un environnement européen restrictif, elle nourrit surtout les importations et dégrade le solde courant, ce qui conduit à trois dévaluations du franc entre 1981 et 1983 puis au tournant de la rigueur.

Le policy mix américain du début des années 1980 illustre Mundell-Fleming en change flexible. Politique budgétaire expansive, avec baisses d’impôts et dépenses militaires, et politique monétaire très restrictive sous Paul Volcker, produisent des taux d’intérêt très élevés, une forte appréciation du dollar et un déficit courant américain croissant, jusqu’aux accords du Plaza de septembre 1985 qui organisent une dépréciation concertée.

Le Japon des années 1990 et 2000 offre le cas d’école de la trappe à liquidité. Taux directeurs ramenés au voisinage de zéro dès 1999 et politiques monétaires non conventionnelles à partir de 2001 sans relance durable de l’activité ni des prix.

Après 2008, la même configuration se généralise. La Réserve fédérale ramène son taux directeur dans une fourchette de 0 à 0,25 % dès décembre 2008. La Banque centrale européenne porte son taux de refinancement à 0 % en mars 2016 et l’y maintient jusqu’en juillet 2022. Les politiques budgétaires reprennent alors le premier rôle, avec le plan américain de 2009 d’un montant voisin de 800 milliards de dollars, puis les plans de 2020 et 2021. En France, le plan France Relance annoncé en septembre 2020 porte sur 100 milliards d’euros, et le plan européen NextGenerationEU sur un peu plus de 800 milliards d’euros en prix courants selon la Commission européenne.

La valeur du multiplicateur a fait l’objet d’une controverse majeure. Dans une étude publiée par le Fonds monétaire international en 2013, Olivier Blanchard et Daniel Leigh montrent que les multiplicateurs retenus lors des programmes d’ajustement européens, de l’ordre de 0,5, avaient été sous-estimés, et que les valeurs effectives en période de récession et de taux bas se situaient plutôt entre 0,9 et 1,7. Ce résultat a nourri la critique de l’austérité menée en zone euro à partir de 2011.

Débats et controverses

Le premier débat porte sur la fidélité d’IS-LM à Keynes. Les postkeynésiens estiment que ce schéma évacue l’incertitude radicale, la monnaie endogène et le temps historique, et transforme une théorie du déséquilibre en un modèle d’équilibre. John Hicks lui-même, en 1980, a pris ses distances avec sa propre construction.

Le deuxième débat oppose prix rigides et prix flexibles. Pour les nouveaux classiques, les prix s’ajustent et seules les surprises comptent. Pour les nouveaux keynésiens, les rigidités nominales sont réelles et justifient la stabilisation. Le compromis actuel retient des rigidités à court terme et une neutralité de la monnaie à long terme.

Le troisième débat porte sur la valeur du multiplicateur. Elle dépend du régime de change, du degré d’ouverture, de la position dans le cycle et surtout de la réaction de la banque centrale. À taux directeur bloqué à zéro, l’effet d’éviction disparaît et le multiplicateur est élevé. En haut de cycle, il est faible, voire négatif si les agents anticipent une hausse d’impôts, argument de l’équivalence ricardienne formalisé par Robert Barro en 1974.

Le quatrième débat concerne l’utilité pédagogique des modèles à taux zéro. La courbe LM perd son sens quand la banque centrale cible un taux plutôt qu’un agrégat monétaire, ce qui a conduit plusieurs manuels à remplacer LM par une règle de politique monétaire de type règle de Taylor.

Ce qu’il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. Construire IS et LM en justifiant chaque pente, puis lire l’équilibre. C’est la base de toute argumentation sur l’efficacité des politiques conjoncturelles.

  2. Le mécanisme complet de l’effet d’éviction, et la condition qui le fait disparaître, à savoir une politique monétaire accommodante ou une trappe à liquidité.

  3. Le tableau à quatre cases de Mundell-Fleming en mobilité parfaite des capitaux, change fixe contre change flexible, politique monétaire contre politique budgétaire. C’est l’outil décisif sur tout sujet portant sur l’euro ou sur la contrainte extérieure.

  4. Le triangle d’incompatibilité, avec un exemple par sommet abandonné, zone euro, Chine avant la libéralisation partielle, régimes de change flottants.

  5. L’usage du modèle offre globale-demande globale pour distinguer choc d’offre et choc de demande. Un choc d’offre négatif fait baisser la production et monter les prix, un choc de demande négatif fait baisser les deux. C’est le diagnostic qui commande le choix de la politique.

  6. Le multiplicateur et ses fuites, avec l’exemple de la relance française de 1981 pour l’ouverture et la controverse Blanchard-Leigh de 2013 pour la position dans le cycle.

  7. Les pièges. Ne pas attribuer IS-LM à Keynes. Ne pas oublier que le plan IS-LM a Y en abscisse et i en ordonnée, alors que le plan offre globale-demande globale a Y en abscisse et P en ordonnée. Ne pas parler d’éviction quand le taux directeur est bloqué à zéro. Ne pas confondre déplacement le long d’une courbe et déplacement de la courbe.

  8. Une ouverture possible, l’abandon progressif de la courbe LM au profit d’une règle de taux, et le passage aux modèles à agents hétérogènes qui réintroduisent la répartition dans l’analyse des multiplicateurs.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Propension marginale à consommer c : part d'un euro de revenu supplémentaire consacrée à la consommation. Ne pas la confondre avec la propension moyenne C/Y.
  • Dépense autonome : composante de la demande indépendante du revenu courant, comme l'investissement, les dépenses publiques, les exportations ou la consommation incompressible. C'est elle que le multiplicateur amplifie.
  • Multiplicateur fiscal : effet d'une baisse d'impôt forfaitaire, égal à c / (1 − c) en économie fermée. Il est inférieur d'une unité au multiplicateur des dépenses, car une partie du revenu rendu est épargnée dès le premier tour.
  • Multiplicateur du budget équilibré : une hausse des dépenses financée par un impôt forfaitaire de même montant accroît le revenu du même montant. Ce résultat suppose une économie fermée, des prix fixes et l'absence d'effet de taux.
  • Stabilisateurs automatiques : en récession, les recettes fiscales baissent et les dépenses sociales montent sans décision politique. Ils réduisent le multiplicateur mais amortissent les chocs.
  • Trois formes d'éviction : par le taux, l'investissement privé recule. Par le change, les exportations nettes reculent après une appréciation. Par les anticipations, les ménages épargnent en prévision des impôts futurs.
  • Glissement et déplacement : on glisse le long d'une courbe quand varie une variable portée sur les axes. La courbe se déplace quand varie une variable exogène.
  • Mobilité des capitaux : sensibilité des flux financiers à l'écart entre le taux intérieur et le taux mondial. Elle fixe la pente de BP, pas le régime de change.
  • Petit pays : pays qui subit le taux mondial sans pouvoir l'influencer. C'est l'hypothèse implicite du modèle de Mundell-Fleming standard.
  • Condition de Marshall-Lerner : une dépréciation améliore le solde commercial si la somme des élasticités-prix, en valeur absolue, des exportations et des importations dépasse 1. Courbe en J : le solde se dégrade d'abord, puis s'améliore.
  • Production potentielle : niveau de production compatible avec une inflation stable. Écart de production : écart en pourcentage entre production effective et production potentielle.
  • Offre globale de court terme : elle est croissante, parce que les salaires nominaux sont fixés à l'avance. Offre globale de long terme : elle est verticale, une fois les anticipations entièrement ajustées.
  • Anticipations adaptatives : elles se corrigent à partir des erreurs passées. Anticipations rationnelles : elles utilisent toute l'information disponible, y compris le fonctionnement de l'économie et la politique annoncée.

Chaînes de raisonnement

Pourquoi une baisse d'impôt relance moins qu'une dépense publique de même montant. Une dépense publique entre en totalité dans la demande dès le premier tour. Un euro d'impôt rendu n'y entre qu'à hauteur de c, le reste étant épargné. Le multiplicateur fiscal vaut donc c fois le multiplicateur des dépenses. La différence est encore plus forte si la baisse profite à des ménages aisés, dont la propension à consommer est faible.

Pourquoi une dévaluation relance en change fixe, mais pas tout de suite. À prix intérieurs inchangés, la dévaluation rend les produits nationaux moins chers, ce qui déplace IS vers la droite à la manière d'une relance budgétaire. Les volumes échangés réagissent pourtant avec retard, alors que le renchérissement des importations est immédiat. Le solde se dégrade donc d'abord, et ne s'améliore que si la condition de Marshall-Lerner est remplie.

Pourquoi le résultat de Mundell-Fleming est plus tranché que ne le dit l'intuition. En change flexible et en mobilité parfaite des capitaux, un petit pays ne peut pas s'écarter durablement du taux mondial. Le revenu d'équilibre est donc fixé par LM seule, au niveau de ce taux. La relance budgétaire est alors intégralement annulée par l'appréciation dans le modèle pur. Elle n'est que partiellement annulée si la mobilité est imparfaite ou si le pays est grand.

Pourquoi un choc d'offre place la banque centrale devant un dilemme. Un choc d'offre négatif fait monter les prix et baisser la production en même temps. Relancer la demande soutient la production mais aggrave l'inflation. Freiner la demande stabilise les prix mais creuse la récession. Aucun instrument de demande ne corrige les deux déséquilibres à la fois, contrairement au cas d'un choc de demande.

Pourquoi une relance anticipée perd son effet réel. Si les salaires nominaux sont fixés sur une inflation anticipée, une hausse surprise de la demande élève les prix, baisse le salaire réel et accroît l'emploi. Dès que les salariés révisent leurs anticipations, l'offre de court terme se déplace vers la gauche et la production revient au potentiel. Sous anticipations rationnelles, une politique annoncée est intégrée d'emblée, et seule la part non anticipée a un effet.

Pourquoi le choix de l'instrument monétaire dépend des chocs. Si les chocs viennent surtout du marché de la monnaie, cibler la quantité de monnaie les transmet au taux et à l'activité. Fixer le taux les absorbe entièrement. Si les chocs viennent surtout de la demande de biens, une LM croissante joue au contraire un rôle d'amortisseur, que fait perdre un taux fixé.

Exemples et références à connaître

  1. Trygve Haavelmo, 1945, théorème du budget équilibré. C'est l'argument pour une relance sans déficit.
  2. William Poole, 1970, choix entre cible de taux et cible de masse monétaire selon l'origine des chocs. C'est le pont vers l'abandon de LM au profit d'une règle de taux.
  3. Rudiger Dornbusch, 1976, surréaction du change. Avec des prix lents, un choc monétaire fait varier le change plus fortement à court terme qu'à long terme. C'est le prolongement dynamique de Mundell-Fleming.
  4. Finn Kydland et Edward Prescott, 1977, incohérence temporelle. Une banque centrale qui peut surprendre n'est pas crue, d'où l'argument de l'indépendance.
  5. Christina et David Romer, 2010. Une hausse d'impôts d'un point de PIB réduit la production d'environ 3 % à un horizon de deux à trois ans. Cet ordre de grandeur est élevé pour un multiplicateur fiscal.
  6. Alan Auerbach et Yuriy Gorodnichenko, 2012. Le multiplicateur budgétaire est nettement plus élevé en récession qu'en expansion.
  7. Lawrence Christiano, Martin Eichenbaum et Sergio Rebelo, 2011. Quand le taux nominal est bloqué à zéro, le multiplicateur peut dépasser nettement 1. C'est la version moderne de la trappe à liquidité.
  8. Chocs pétroliers. Le prix du brut est multiplié par environ quatre fin 1973, puis plus que doublé en 1979-1980. Ce sont les cas d'école du choc d'offre négatif et de la stagflation.
  9. Choc énergétique de 2022. L'inflation de la zone euro culmine à 10,6 % sur un an en octobre 2022, et la BCE relève ses taux à partir de juillet 2022. C'est un choc d'offre traité par un resserrement de la demande, donc une illustration du dilemme.
  10. Ordre de grandeur utile : en France, les importations de biens et services représentent environ un tiers du PIB. C'est ce qui justifie un multiplicateur national modeste.

Techniques

Décrire un graphique en mots

Réflexe en cinq temps. Nommer le plan et ses axes. Dire quelle courbe se déplace, dans quel sens et pourquoi. Nommer le mécanisme de transmission. Donner le nouvel équilibre en comparant chaque variable à l'ancien. Signaler la limite du cas étudié.

Mini-exemple : expansion monétaire en économie fermée. Dans le plan revenu en abscisse, taux en ordonnée, LM se déplace vers la droite, car à revenu donné il faut un taux plus bas pour que l'encaisse supplémentaire soit détenue. La baisse du taux stimule l'investissement, et l'économie glisse vers le bas le long d'IS. Le taux baisse, le revenu augmente. L'effet est d'autant plus fort qu'IS est plate, et il est nul en trappe à liquidité.

Calculer un multiplicateur avec fuites

Réflexe. Écrire le multiplicateur sous la forme 1 / (1 − c(1 − t) + m). Remplacer les paramètres. Interpréter chaque fuite.

Mini-exemple. On prend c = 0,8, t = 0,25 et m = 0,2. On obtient 1 / (1 − 0,6 + 0,2) = 1 / 0,6, soit environ 1,67, contre 5 en économie fermée sans impôt. Un plan de 10 milliards accroît donc le revenu d'environ 16,7 milliards avant tout effet de taux. Les recettes fiscales induites valent 0,25 × 16,7, soit environ 4,2 milliards, car l'impôt porte sur le revenu. La relance ne s'autofinance donc pas.

Résoudre un IS-LM chiffré

Réflexe. Écrire IS et LM sous la forme Y en fonction de i. Égaliser. Refaire le calcul après le choc et comparer avec le multiplicateur simple.

Mini-exemple. Le taux i est exprimé en points de pourcentage. IS : Y = 5 × (200 − 10 i), soit Y = 1 000 − 50 i. LM : 250 = 0,5 Y − 25 i, soit Y = 500 + 50 i. L'équilibre est i = 5 et Y = 750. Si les dépenses publiques augmentent de 20, IS devient Y = 1 100 − 50 i, et l'équilibre passe à i = 6 et Y = 800. Le multiplicateur simple annonçait une hausse de 100, on obtient 50. La hausse d'un point du taux a réduit l'investissement de 10, ce qui retire 50 de revenu. C'est l'éviction chiffrée.

Raisonner en Mundell-Fleming

Réflexe. Suivre toujours la même séquence : effet sur le taux intérieur, flux de capitaux, pression sur le change, puis réaction. En change fixe, les réserves varient et LM se déplace. En change flexible, le change varie et IS se déplace. Terminer au taux mondial.

Mini-exemple : expansion monétaire en change flexible. LM va vers la droite et le taux tend à baisser. Les capitaux sortent, la monnaie se déprécie, les exportations nettes augmentent et IS se déplace vers la droite. On revient au taux mondial avec un revenu plus élevé.

Diagnostiquer un choc à partir de données

Réflexe. Regarder si production et prix varient dans le même sens ou en sens contraire. Le même sens signale un choc de demande, le sens contraire un choc d'offre. Vérifier ensuite par les composantes : prix de l'énergie, crédit, commandes.

Mini-exemple. Sur une année, la croissance passe de 2 % à 0 % et l'inflation de 2 % à 7 %, tandis que le prix du pétrole double. C'est un choc d'offre négatif. Une relance budgétaire soutiendrait l'activité au prix d'une inflation plus forte.

Construire un plan qui mobilise les modèles

Les modèles servent d'arguments, jamais de plan. Structure efficace : une partie où le modèle établit l'efficacité, une partie où les hypothèses levées la réduisent, comme l'ouverture, les anticipations ou la réaction de la banque centrale, puis une partie sur les conditions historiques qui la rétablissent.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 2. L'effet d'éviction

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, le mécanisme dans IS-LM, avec le calcul du mini-exemple et le rôle des pentes. Deux, les autres canaux, le change en économie ouverte et les anticipations d'impôts, en distinguant chaque fois la variable qui s'ajuste. Trois, les cas où l'éviction disparaît : trappe à liquidité, banque centrale qui fixe le taux, sous-emploi massif. Terminer en rappelant qu'en taux nul, une relance peut même entraîner l'investissement par l'effet accélérateur.

Sujet 4

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Peut-on avoir à la fois un change fixe, des capitaux libres et une politique monétaire autonome ?

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Plan attendu. Un, la démonstration par Mundell-Fleming : toute tentative de s'écarter du taux mondial provoque des flux de capitaux qui forcent la banque centrale à défendre la parité. Deux, les trois choix et leurs exemples : zone euro, contrôle des capitaux chinois, flottement américain, avec les coûts de chaque renoncement. Trois, les nuances. Les situations intermédiaires existent, comme les régimes de flottement administré ou les contrôles ciblés. Un grand pays peut influencer le taux mondial. L'appartenance à la zone euro reporte l'ajustement sur le budget et sur les salaires.

Sujet 5. Choc d'offre et choc de demande : quelle politique ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, le diagnostic dans le plan offre globale et demande globale, avec la règle du sens de variation des prix et de la production. Deux, le choc de demande, où les politiques de demande sont adaptées et sans dilemme, comme en 2009 ou en 2020. Trois, le choc d'offre et le dilemme, avec les années 1970 et 2022, la question des effets de second tour sur les salaires, et les réponses d'offre comme la diversification énergétique ou le bouclier tarifaire. Préciser qu'un bouclier tarifaire limite la hausse des prix mesurés mais pèse sur le budget.

Sujet 7. Estimations du multiplicateur budgétaire

Classiques de khôlle et concours · Analyse de documents en khôlle

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Document type : un tableau donnant, pour plusieurs pays et périodes, un multiplicateur estimé, le degré d'ouverture, le régime de change et la position dans le cycle.

Méthode attendue. D'abord, rappeler que les chiffres sont des estimations économétriques entourées d'incertitude. Ensuite, classer les pays par ouverture et vérifier que le multiplicateur décroît avec elle, ce qui illustre la fuite par les importations. Puis comparer récession et expansion, et taux au plancher ou non, en citant Auerbach et Gorodnichenko et Blanchard et Leigh. Enfin, conclure sur la politique : coordonner les relances en économie ouverte, relancer en bas de cycle, consolider en haut de cycle.

Sujet 1. La politique budgétaire est-elle efficace pour relancer l'activité ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Accroche : le FMI a dû réviser ses estimations de multiplicateur après les plans d'austérité européens. Problématique : l'efficacité de la relance est-elle une propriété de l'instrument ou du contexte dans lequel on l'emploie ?

I. Une efficacité démontrée par les modèles keynésiens. Multiplicateur, déplacement d'IS, Haavelmo pour la relance à budget équilibré. En change fixe avec capitaux mobiles, la relance est même amplifiée.

II. Des limites qui dépendent des hypothèses. Éviction par le taux quand LM est pentue, par le change en régime flexible, par les anticipations avec Barro. Les fuites par les importations réduisent le multiplicateur, comme l'a montré la France en 1981-1983. Avec une offre globale verticale, la relance ne produit que de l'inflation.

III. Une efficacité conditionnelle, forte dans des configurations précises. Récession, taux au plancher, relance coordonnée entre pays : Auerbach et Gorodnichenko, Christiano et ses coauteurs, les plans de 2009 et de 2020. Conclure que le diagnostic de l'écart de production commande le choix.

Sujet 3. La politique monétaire peut-elle relancer l'activité ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet HEC

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Accroche : la BCE a maintenu son taux de refinancement à zéro pendant six ans sans retour rapide de l'inflation à sa cible. Problématique : la monnaie agit-elle sur les quantités, sur les prix, ou sur aucun des deux ?

I. Un canal réel dans les modèles à prix fixes. Déplacement de LM, baisse du taux, hausse de l'investissement. En change flexible, la dépréciation amplifie l'effet. Poole et le choix de l'instrument.

II. Des obstacles théoriques et pratiques. La trappe à liquidité et le Japon. L'inefficacité en change fixe avec capitaux mobiles. La neutralité à long terme avec une offre globale verticale, et l'inefficacité des politiques anticipées selon Lucas.

III. Une efficacité reconstruite par la crédibilité et les instruments non conventionnels. Kydland et Prescott, puis le pilotage des anticipations et les achats d'actifs. Conclure que la politique monétaire stabilise la demande plus qu'elle ne crée de la croissance durable.

Sujet 6. Les modèles macroéconomiques sont-ils utiles à la décision publique ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet Ecricome

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Accroche : les programmes d'ajustement européens reposaient sur un multiplicateur estimé autour de 0,5. Problématique : un modèle simplifié éclaire-t-il la décision ou la trompe-t-il ?

I. Des outils de cohérence indispensables. IS-LM et Mundell-Fleming ont guidé les politiques des Trente Glorieuses et permettent de raisonner sur les effets de retour. Le plan offre globale et demande globale rend lisible la stagflation.

II. Des outils dont les paramètres ne sont pas stables. La critique de Lucas, la variabilité du multiplicateur selon le cycle, la LM devenue inadaptée avec les cibles de taux, les postkeynésiens sur l'incertitude.

III. Des outils à employer avec humilité. Renouvellement par les nouveaux keynésiens et les modèles d'équilibre général, prise en compte des agents hétérogènes. Le modèle discipline le raisonnement mais ne remplace ni le diagnostic ni le jugement.

Erreurs fréquentes

  1. Confondre la pente de BP et le régime de change. BP horizontale traduit la mobilité parfaite des capitaux, en change fixe comme en change flexible.
  2. Oublier les hypothèses du résultat de Mundell-Fleming : petit pays, prix fixes, mobilité parfaite. Présenter ses conclusions comme des lois générales coûte des points.
  3. Donner un multiplicateur de 5 comme ordre de grandeur réel. Les estimations empiriques se situent le plus souvent entre 0,5 et 2 selon le contexte.
  4. Écrire qu'une dévaluation améliore immédiatement le solde extérieur, sans citer la condition de Marshall-Lerner ni la courbe en J.
  5. Conclure à l'inefficacité de toute politique de demande parce que l'offre globale de long terme est verticale. Le résultat vaut à long terme, pas pendant l'ajustement.
  6. Attribuer à une politique budgétaire un effet sur le taux sans dire si la banque centrale fixe le taux ou la quantité de monnaie. La réponse change selon la règle suivie.

Cette fiche couvre le point 4.1.2 du programme officiel, dans le module 4 « Déséquilibres, régulation et action publique », partie 4.1 « Équilibres et déséquilibres macroéconomiques ». Elle traite les modèles IS-LM, IS-LM-BP et offre globale-demande globale.