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ECG1 · ESH · semaine 5

Les grands courants de la pensée économique depuis le XVIe siècle

Présentation des grands courants de la pensée économique depuis la naissance de l'économie politique. Filiations entre les auteurs et les écoles. L'histoire de la pensée sert à éclairer les enjeux économiques contemporains.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. L'économie politique naît au XVIe siècle avec le mercantilisme, se constitue comme discipline avec les physiocrates puis les classiques britanniques à partir de 1776.
  2. Les classiques et Marx partagent la valeur travail, mais en tirent des conclusions opposées sur la légitimité du profit.
  3. La révolution marginaliste de 1871 et 1874 substitue la valeur utilité à la valeur travail et fait de l'économie une science de l'allocation optimale.
  4. Keynes rompt en 1936 avec la loi des débouchés et fonde la macroéconomie de la demande effective, avant une synthèse puis une contestation monétariste et nouvelle classique.
  5. Des courants latéraux mais puissants, autrichien, schumpétérien, institutionnaliste, régulationniste, comportemental, offrent des angles souvent décisifs en dissertation.
Pourquoi ce chapitre

C'est le chapitre le plus transversal de l'année. Il ne sert pas seulement à réciter des noms. Il sert à savoir, devant n'importe quel sujet, quelles écoles s'opposent et sur quelle question exactement.

Une dissertation d'ESH est jugée sur sa capacité à faire dialoguer des analyses. Connaître la filiation entre Smith, Ricardo et Say permet de comprendre pourquoi Keynes construit sa Théorie générale contre eux. Connaître le marginalisme permet de comprendre d'où viennent les outils du chapitre de microéconomie. Connaître Schumpeter permet de traiter la croissance autrement que par l'accumulation de facteurs.

Il sert aussi à éviter les erreurs de rattachement, très pénalisées. Confondre classiques et néoclassiques, ranger Malthus parmi les optimistes, faire de Keynes un adversaire du marché plutôt qu'un théoricien de son instabilité, autant de fautes qui décrédibilisent une copie entière.

En colle, on attend une chronologie sûre, une œuvre et une date par auteur, et surtout l'idée centrale en une phrase.

Notions et mécanismes

Ce que veut dire économie politique

L'expression apparaît chez Antoine de Montchrestien en 1615. Elle désigne l'étude de l'enrichissement de la nation, distincte de l'économie domestique. L'économie politique devient une discipline autonome au XVIIIe siècle, quand elle cesse d'être un chapitre de la morale ou du droit.

Les deux théories de la valeur

Toute la structure du chapitre se lit à travers cette opposition.

La valeur travail fait dépendre la valeur d'un bien du travail nécessaire à le produire. Elle est objective et se situe du côté de l'offre. Elle est portée par Smith, Ricardo et Marx.

La valeur utilité fait dépendre la valeur de la satisfaction procurée au dernier consommateur servi. Elle est subjective et se situe du côté de la demande. Elle est portée par les marginalistes à partir de 1871.

Le passage de l'une à l'autre est la rupture la plus importante de l'histoire de la discipline. Il change l'objet même de l'économie, qui devient la science de l'allocation de ressources rares à des usages alternatifs.

La main invisible et l'ordre spontané

L'idée est que la poursuite de l'intérêt individuel produit, sous certaines conditions, un résultat collectif satisfaisant, sans que personne l'ait voulu. Elle n'est pas une affirmation que le marché est toujours efficace. Chez Smith, elle suppose la concurrence, des institutions et des règles morales.

La loi des débouchés

Formulée par Jean-Baptiste Say en 1803, elle énonce que l'offre crée sa propre demande, parce que toute production distribue des revenus équivalents à sa valeur. Elle implique qu'une surproduction générale durable est impossible et que le chômage involontaire de masse ne peut pas exister. Elle est le pivot que Keynes renverse.

Le raisonnement à la marge

Le marginalisme évalue l'effet d'une variation d'une unité supplémentaire. Utilité marginale, productivité marginale, coût marginal. Il autorise l'usage du calcul différentiel et transforme l'économie en science de l'optimisation sous contrainte. Il résout le paradoxe de l'eau et du diamant, le prix reflétant l'utilité de la dernière unité disponible et non l'utilité totale.

Équilibre partiel et équilibre général

L'équilibre partiel étudie un marché en supposant les autres inchangés, c'est la démarche de Marshall. L'équilibre général étudie l'interdépendance de tous les marchés simultanément, c'est la démarche de Walras.

La demande effective

Chez Keynes, ce n'est pas la demande observée mais la demande anticipée par les entrepreneurs. C'est elle qui détermine le niveau de production et donc l'emploi. L'économie peut s'équilibrer durablement à un niveau de sous-emploi.

Les institutions

Un courant entier définit l'économie par les règles qui encadrent les échanges, formelles comme le droit, informelles comme les coutumes. Les institutions réduisent l'incertitude et les coûts de transaction, mais peuvent aussi bloquer le changement.

Auteurs et théories de référence

Mercantilistes, XVIe et XVIIe siècles

Ils considèrent la richesse d'une nation comme liée à son stock de métaux précieux et prônent l'intervention de l'État pour dégager un excédent commercial. Le bullionisme espagnol mise sur l'or d'Amérique, le commercialisme anglais sur le commerce et la marine, avec Thomas Mun, l'industrialisme français sur les manufactures avec Colbert. Montchrestien publie son traité en 1615. La vision du commerce est celle d'un jeu à somme nulle.

Physiocrates, XVIIIe siècle

François Quesnay publie le Tableau économique en 1758. Seule l'agriculture dégage un produit net, l'industrie est jugée stérile. Le mot d'ordre est la liberté de circulation des grains. Turgot, contrôleur général des finances entre 1774 et 1776, tente d'appliquer ces idées. L'apport durable est double, la représentation circulaire de l'économie et l'idée d'un ordre naturel.

Classiques anglais, 1776 à 1870 environ

Adam Smith publie en 1776 ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. L'origine de la richesse est le travail, et sa croissance vient de la division du travail, limitée par l'étendue du marché. L'exemple de la manufacture d'épingles est passé dans le langage commun.

Thomas Malthus publie en 1798 son essai sur le principe de population. La population croît plus vite que les subsistances, d'où une pression permanente ramenant les salaires à un niveau de subsistance. Il défend aussi, contre Ricardo et Say, la possibilité d'une insuffisance de la demande, ce qui en fait un précurseur ponctuel de Keynes.

David Ricardo publie en 1817 ses Principes de l'économie politique et de l'impôt. Trois apports. La théorie des avantages comparatifs justifie le libre-échange même quand un pays est moins productif partout. La rente différentielle explique que la mise en culture de terres de moins en moins fertiles enrichit les propriétaires fonciers. L'état stationnaire résulte de la baisse tendancielle du taux de profit.

Jean-Baptiste Say publie son Traité d'économie politique en 1803 et diffuse Smith en France. John Stuart Mill publie ses Principes en 1848 et introduit une distinction féconde entre lois de la production, qu'il juge naturelles, et lois de la répartition, qu'il juge sociales et donc modifiables.

Marx et l'analyse critique, milieu du XIXe siècle

Karl Marx publie le livre I du Capital en 1867. Il reprend la valeur travail pour en tirer une conclusion opposée à celle des classiques. La force de travail est une marchandise dont la valeur est le coût de reproduction, mais qui produit plus de valeur qu'elle n'en coûte. Cette différence est la plus-value, source du profit. La concurrence pousse à accumuler du capital, ce qui fait monter la composition organique du capital et baisser tendanciellement le taux de profit. Les crises sont inhérentes au capitalisme, pas accidentelles.

Néoclassiques et marginalistes, à partir de 1871

Trois auteurs fondent presque simultanément le marginalisme, Carl Menger à Vienne et William Stanley Jevons à Manchester en 1871, Léon Walras à Lausanne en 1874 avec ses Éléments d'économie politique pure.

Walras construit l'équilibre général et l'image du commissaire-priseur qui centralise les offres et les demandes. Alfred Marshall publie ses Principes en 1890, introduit l'équilibre partiel, les élasticités, la distinction entre court et long terme, et la fameuse métaphore des deux lames de ciseaux, l'offre et la demande, qui déterminent ensemble le prix. Vilfredo Pareto publie son Manuel en 1906 et définit l'optimum qui porte son nom, situation où l'on ne peut améliorer le sort d'un agent sans dégrader celui d'un autre.

L'école autrichienne

Issue de Menger, elle refuse la formalisation mathématique et insiste sur le temps, l'incertitude et la dispersion de l'information. Ludwig von Mises soutient dès 1920 l'impossibilité du calcul économique en régime socialiste. Friedrich Hayek publie en 1944 son ouvrage contre la planification et développe l'idée que le prix de marché est un système de transmission d'information qu'aucun planificateur ne peut reproduire.

Schumpeter

Joseph Schumpeter publie en 1911 sa théorie de l'évolution économique et en 1942 son ouvrage sur capitalisme, socialisme et démocratie. L'innovation portée par l'entrepreneur et financée par le crédit provoque la destruction créatrice, mécanisme par lequel le nouveau détruit l'ancien. Il annonce paradoxalement le déclin du capitalisme par bureaucratisation de l'innovation et hostilité des élites intellectuelles. Il est inclassable, formé chez les Autrichiens, lecteur de Walras et de Marx.

Keynes et la macroéconomie, 1936

John Maynard Keynes publie en 1936 la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. Rupture sur trois points. La demande effective détermine l'activité, donc l'offre ne crée pas sa propre demande. Le taux d'intérêt est un phénomène monétaire lié à la préférence pour la liquidité. L'équilibre de sous-emploi est possible et durable, ce qui justifie l'intervention publique par la dépense et par le multiplicateur.

Synthèse, monétarisme et suites, après 1945

John Hicks propose en 1937 le schéma IS-LM qui traduit Keynes en langage d'équilibre. Paul Samuelson formalise la synthèse néoclassique après 1947, keynésienne à court terme et néoclassique à long terme.

Milton Friedman conteste cette synthèse à partir des années cinquante. Il défend l'hypothèse du revenu permanent, une politique monétaire par règle, et énonce en 1968 l'existence d'un taux de chômage naturel, ce qui rend la courbe de Phillips verticale à long terme.

Robert Lucas introduit en 1972 les anticipations rationnelles, dont il tire l'inefficacité des politiques systématiques. Les nouveaux keynésiens répondent en fondant les rigidités sur des comportements rationnels, salaire d'efficience, contrats, coûts d'étiquetage, information asymétrique avec George Akerlof et Joseph Stiglitz.

Institutions, conventions et comportements

Thorstein Veblen publie en 1899 sa théorie de la classe de loisir et analyse la consommation ostentatoire. Ronald Coase publie en 1937 un article fondateur sur la nature de la firme, expliquée par les coûts de transaction. Douglass North montre en 1990 que les institutions expliquent les trajectoires longues de croissance. L'école française de la régulation, avec Michel Aglietta et Robert Boyer à partir des années soixante-dix, analyse les régimes d'accumulation successifs. L'économie comportementale, avec Daniel Kahneman et Amos Tversky puis Richard Thaler, documente les écarts systématiques à la rationalité standard.

Faits, chiffres et repères historiques

La chronologie à tenir. 1615 Montchrestien. 1758 Tableau économique. 1776 Richesse des nations. 1798 essai de Malthus. 1803 traité de Say. 1817 Principes de Ricardo. 1848 Principes de Mill. 1867 livre I du Capital. 1871 et 1874 révolution marginaliste. 1890 Principes de Marshall. 1911 Schumpeter. 1936 Théorie générale. 1937 IS-LM de Hicks. 1968 discours de Friedman. 1972 Lucas. 1990 North.

Les contextes comptent autant que les dates. Smith écrit au moment où la révolution industrielle britannique démarre. Ricardo écrit dans le débat sur les lois protectionnistes sur les céréales, abolies en 1846. Marx écrit dans une Angleterre où la part de l'emploi industriel est déjà dominante. Le marginalisme naît dans une période de croissance et de stabilité relative. Keynes écrit après un effondrement, la production industrielle américaine chute d'environ 45 % entre 1929 et 1932 et le chômage américain atteint environ 25 % de la population active en 1933. Le monétarisme s'impose avec la stagflation des années soixante-dix, marquée par une inflation à deux chiffres dans la plupart des pays développés après les chocs pétroliers de 1973 et 1979.

Le prix de la Banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel est créé en 1969. Il récompense Samuelson en 1970, Hayek et Myrdal en 1974, Friedman en 1976, Lucas en 1995, Coase en 1991, North en 1993, Akerlof, Spence et Stiglitz en 2001, Kahneman en 2002.

Débats et controverses

Le premier débat porte sur la nature de la valeur. Objective et fondée sur le travail, ou subjective et fondée sur l'utilité. Le choix n'est pas technique, il commande la vision de la répartition. Si la valeur vient du travail, le profit est un prélèvement. Si elle vient de l'utilité, chaque facteur est rémunéré à sa productivité marginale.

Le deuxième débat porte sur la stabilité du marché. La tradition qui va de Smith à Lucas tient l'ajustement pour spontané, les déséquilibres pour transitoires et souvent imputables aux rigidités ou aux interventions. La tradition qui va de Malthus à Keynes et aux post-keynésiens tient l'instabilité pour endogène, liée à l'incertitude et à la monnaie.

Le troisième débat porte sur le rôle de l'État. Cadre minimal garantissant les droits chez les libéraux classiques, régulateur de la demande chez les keynésiens, producteur de règles chez les institutionnalistes, obstacle à l'ordre spontané chez Hayek.

Le quatrième débat porte sur la méthode. Formalisation mathématique et modèles d'équilibre d'un côté, approche historique et institutionnelle de l'autre. La querelle des méthodes oppose déjà Menger à l'école historique allemande à la fin du XIXe siècle. Elle se rejoue aujourd'hui autour de la place de l'économétrie et des expériences.

Le cinquième débat porte sur l'hypothèse de rationalité. La rationalité substantielle du modèle standard est contestée par la rationalité limitée de Herbert Simon dans les années cinquante, puis par les travaux expérimentaux de Kahneman et Tversky.

Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. Situer tout auteur dans son courant, avec une œuvre et une date. Une erreur de rattachement discrédite le reste.
  2. Construire un plan par opposition de traditions quand le sujet s'y prête, par exemple marché autorégulateur contre instabilité endogène.
  3. Utiliser la loi des débouchés de Say comme pivot pour tout sujet sur le chômage, la crise ou la relance.
  4. Utiliser la destruction créatrice de Schumpeter pour les sujets sur l'innovation, l'emploi ou les transformations sectorielles.
  5. Utiliser Hayek et l'information des prix pour les sujets sur la planification, la régulation ou le numérique.
  6. Relier le marginalisme aux chapitres de microéconomie, pour montrer que les outils ont une histoire et des hypothèses.
  7. Piège fréquent : parler des néoclassiques comme d'un bloc homogène. Walras, Marshall et Pareto ne disent pas la même chose, et la nouvelle économie classique est postérieure d'un siècle.
  8. Piège fréquent : réduire Keynes à la relance budgétaire. Sa rupture porte d'abord sur l'incertitude, la monnaie et la demande effective.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Économie politique : étude de l'enrichissement de la nation, expression de Montchrestien en 1615, discipline autonome au XVIIIe siècle.
  • Mercantilisme : la richesse est le stock de métaux précieux, l'État doit dégager un excédent commercial, le commerce est un jeu à somme nulle.
  • Physiocratie : seule l'agriculture dégage un produit net, l'économie est un circuit, il existe un ordre naturel qu'il faut laisser agir.
  • Valeur travail : la valeur d'un bien est mesurée par le travail nécessaire à sa production, elle est objective et vient de l'offre.
  • Valeur utilité : la valeur vient de la satisfaction procurée par la dernière unité consommée, elle est subjective et vient de la demande.
  • Division du travail : source de la productivité chez Smith, limitée par l'étendue du marché.
  • Main invisible : l'intérêt individuel produit un résultat collectif satisfaisant sous condition de concurrence et de règles.
  • Loi des débouchés : toute production distribue les revenus qui permettent de l'acheter, donc pas de surproduction générale durable.
  • Avantage comparatif : un pays gagne à se spécialiser là où son désavantage est le moindre, même s'il est moins productif partout.
  • Rente différentielle : la mise en culture de terres moins fertiles fait monter le prix du blé et la rente des meilleures terres.
  • État stationnaire : la hausse de la rente comprime le profit, l'accumulation s'arrête.
  • Plus-value : différence entre la valeur créée par la force de travail et la valeur de cette force de travail, source du profit chez Marx.
  • Baisse tendancielle du taux de profit : l'accumulation élève la part du capital constant, seule source de plus-value le travail vivant pèse moins.
  • Utilité marginale décroissante : chaque unité supplémentaire apporte moins que la précédente, le prix reflète la dernière unité.
  • Équilibre partiel : un marché étudié toutes choses égales par ailleurs, Marshall. Équilibre général : tous les marchés simultanément, Walras.
  • Optimum de Pareto : situation où l'on ne peut améliorer un agent sans en dégrader un autre.
  • Demande effective : demande anticipée par les entrepreneurs, qui fixe production et emploi.
  • Préférence pour la liquidité : le taux d'intérêt rémunère la renonciation à la liquidité, il est monétaire et non réel.
  • Multiplicateur : une dépense autonome engendre un supplément de revenu plus grand qu'elle, par vagues de consommation.
  • Taux de chômage naturel : niveau vers lequel l'économie revient quand les anticipations sont vérifiées, courbe de Phillips verticale à long terme.
  • Anticipations rationnelles : les agents utilisent toute l'information disponible, une politique systématique est anticipée donc neutralisée.
  • Destruction créatrice : l'innovation détruit les activités anciennes en créant les nouvelles, moteur du cycle.
  • Coûts de transaction : coûts d'usage du marché, qui expliquent l'existence de la firme chez Coase.
  • Institutions : règles formelles et informelles qui réduisent l'incertitude, North.
  • Rationalité limitée : les agents cherchent une solution satisfaisante, pas optimale, Simon.

Chaînes de raisonnement

De la division du travail à la croissance chez Smith. La division du travail accroît la productivité par l'habileté, le gain de temps et l'invention de machines. Le surplus dégagé est échangé, ce qui élargit le marché. Un marché plus large permet une division plus poussée, la croissance s'auto-entretient.

De la rente à l'état stationnaire chez Ricardo. La croissance de la population oblige à cultiver des terres moins fertiles, où le blé coûte plus cher. Ce prix élevé fait monter la rente des bonnes terres et le salaire nominal de subsistance. Le profit, résidu, baisse jusqu'à ce que l'accumulation cesse, sauf si l'on importe du blé bon marché, d'où le libre-échange.

Pourquoi Say exclut la crise générale. Produire, c'est distribuer des salaires, des profits et des rentes d'un montant égal à la valeur produite. Ces revenus sont dépensés, car la monnaie n'est qu'un intermédiaire que personne ne conserve. Il peut y avoir trop d'un produit et pas assez d'un autre, jamais trop de tout.

De la plus-value à la crise chez Marx. La concurrence force chaque capitaliste à accumuler et à mécaniser. La part du capital constant monte, or seul le travail vivant crée de la plus-value, donc le taux de profit tend à baisser. Les capitalistes réagissent par la compression des salaires, ce qui rétrécit les débouchés, et la crise éclate.

Du marginalisme au prix. Chaque consommateur compare l'utilité marginale d'un bien à son prix et s'arrête quand elles coïncident, rapportées à la monnaie. L'agrégation de ces choix donne la demande, décroissante. Le prix équilibre cette demande et l'offre, dont le coût marginal est croissant.

De la demande effective au sous-emploi chez Keynes. Les entrepreneurs fixent la production selon la demande qu'ils anticipent. Si cette demande est faible, parce que l'investissement est déprimé par l'incertitude, la production et l'emploi s'ajustent à la baisse. Rien ne ramène spontanément au plein emploi, car la baisse des salaires réduit encore la demande.

Pourquoi la courbe de Phillips est verticale à long terme chez Friedman. Une relance monétaire fait monter les prix avant que les salariés ne s'en aperçoivent, le salaire réel baisse, l'emploi monte. Les salariés corrigent leurs anticipations et exigent un rattrapage. L'emploi revient au niveau naturel avec plus d'inflation, seul l'effet de surprise agissait.

Du crédit à la destruction créatrice chez Schumpeter. La banque crée la monnaie qui finance l'entrepreneur innovateur. L'innovation lui donne un profit de monopole temporaire, imité par des grappes de suiveurs, d'où l'expansion. La concurrence érode le profit et les activités anciennes disparaissent, d'où la récession, jusqu'à la vague suivante.

Exemples et références à connaître

  1. La manufacture d'épingles, Smith 1776. Dix ouvriers spécialisés produisent des dizaines de milliers d'épingles par jour, contre quelques dizaines chacun isolément. Illustration canonique de la division du travail.
  2. Le drap et le vin, Ricardo 1817. Le Portugal est plus productif dans les deux biens, mais relativement meilleur dans le vin, chacun gagne à se spécialiser. Fondement de tout sujet sur le libre-échange.
  3. Les lois sur les céréales, abolies en 1846. Contexte des Principes de Ricardo, il faut le citer pour montrer que la théorie de la rente est une arme politique.
  4. Le paradoxe de l'eau et du diamant. L'eau est plus utile et moins chère, parce que sa dernière unité vaut peu, celle du diamant beaucoup. Le marginalisme résout ce que Smith constatait.
  5. La controverse Malthus Ricardo vers 1820. Malthus admet la possibilité d'un engorgement général, Ricardo et Say le nient. Keynes s'en réclamera, ce qui permet de nuancer l'image d'un Malthus purement pessimiste.
  6. Les ciseaux de Marshall, 1890. Le prix n'est pas fixé par l'offre seule ni par la demande seule, mais par les deux lames, ce qui réconcilie coût de production et utilité.
  7. La grande dépression. Production industrielle américaine en chute d'environ 45 % entre 1929 et 1932, chômage autour de 25 % en 1933. Le fait contre lequel la Théorie générale est écrite.
  8. La stagflation des années 1970. Inflation à deux chiffres et chômage en hausse après 1973, contraire à l'arbitrage de Phillips, victoire empirique de Friedman.
  9. Le prix de la Banque de Suède. Samuelson 1970, Hayek 1974, Friedman 1976, Coase 1991, North 1993, Lucas 1995, Akerlof Spence Stiglitz 2001, Kahneman 2002. Une date par courant permet de dater les consécrations.
  10. Le commissaire-priseur de Walras. Fiction d'un crieur qui tâtonne jusqu'à ce que tous les marchés s'équilibrent. À citer pour montrer que l'équilibre général suppose une centralisation de l'information, ce que Hayek retourne contre la planification.

Techniques

La fiche auteur en cinq lignes

Pour chaque auteur, savoir donner sans hésiter le courant, une œuvre avec sa date, l'idée centrale en une phrase, l'adversaire visé, et l'usage possible en dissertation.

Mini-exemple. Ricardo. Classique anglais. Principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817. La répartition entre rente, profit et salaire commande la croissance, et le libre-échange retarde l'état stationnaire. Adversaires, les propriétaires fonciers et les lois sur les céréales. Usage, tout sujet sur le commerce international, la répartition ou les limites de la croissance.

Analyser un texte d'auteur

Trois questions dans l'ordre. Qui parle, c'est-à-dire quel courant et quelle date. Quelle thèse, en une phrase. Contre qui, car un texte d'économie est presque toujours une réponse. On termine par ce que l'histoire ultérieure en a fait.

Mini-exemple. Un extrait affirme que les produits s'échangent contre des produits et que la monnaie n'est qu'un voile. On identifie Say, la loi des débouchés, 1803. La thèse, une surproduction générale est impossible. L'adversaire, ceux qui craignent le manque de débouchés, Malthus puis Sismondi. La suite, Keynes renverse l'énoncé en 1936 en faisant de la demande le moteur.

Le plan par confrontation de traditions

Quand le sujet porte sur le marché, la crise ou l'État, on construit le plan sur l'opposition entre la tradition de l'ajustement spontané et celle de l'instabilité endogène, puis on dépasse par une synthèse ou par un courant latéral.

Mini-exemple. « Le marché s'autorégule-t-il ? » Première partie, l'ajustement par les prix de Smith à Walras, prolongé par Friedman et Lucas. Deuxième partie, l'instabilité endogène de Malthus à Keynes, avec l'incertitude et la monnaie. Troisième partie, les conditions institutionnelles de l'autorégulation, North et Coase, ce qui déplace la question vers les règles.

La frise des filiations

Une frise en trois lignes. En haut la tradition de la valeur travail, Smith, Ricardo, Mill, puis Marx qui en tire la conclusion inverse. Au milieu la tradition marginaliste, Jevons, Menger, Walras, puis Marshall et Pareto, prolongée par la synthèse, le monétarisme et la nouvelle économie classique. En bas les hétérodoxies, Malthus, Keynes, Schumpeter, les institutionnalistes, les comportementalistes. Des flèches signalent les emprunts, Marx lecteur de Ricardo, Schumpeter lecteur de Walras et de Marx, Hicks traducteur de Keynes.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 1. Classiques et néoclassiques forment-ils une même école ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, ce qui les rapproche, la confiance dans l'ajustement par les prix, la loi des débouchés, la défense du libre-échange, ce qui explique que Keynes les range ensemble sous le nom de classiques. Deux, ce qui les sépare, la théorie de la valeur, travail contre utilité, la question posée, croissance et répartition contre allocation optimale, la méthode, historique contre mathématique. Trois, le terme néoclassique recouvre lui-même des positions distinctes, Walras et l'équilibre général, Marshall et l'équilibre partiel, Pareto et l'optimum, et la nouvelle économie classique un siècle plus tard.

Sujet 2. La loi des débouchés et sa remise en cause

Classiques de khôlle et concours · Khôlle ou dissertation

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Plan attendu. Un, l'énoncé de Say et ses conséquences, pas de surproduction générale, pas de chômage involontaire durable, neutralité de la monnaie. Deux, les contestations, Malthus et l'épargne excessive vers 1820, Marx et la possibilité de la thésaurisation, Keynes et le renversement, la demande effective crée l'offre. Trois, ce qui en reste, la loi de Say est le cadre de long terme de la synthèse néoclassique et de la nouvelle économie classique, la question devient celle de la durée des déséquilibres.

Sujet 4. Valeur travail et valeur utilité

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, la valeur travail de Smith à Ricardo, mesure objective, difficulté avec le capital et les terres, résolution partielle par le travail incorporé. Deux, la conclusion opposée de Marx, si le travail crée la valeur, le profit est un prélèvement. Trois, la rupture marginaliste de 1871 et 1874, la valeur vient de l'utilité marginale, le profit devient rémunération d'un facteur à sa productivité marginale, la question de la répartition change de nature.

Sujet 5. Marx est-il un classique ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, oui par les outils, valeur travail, salaire de subsistance, baisse tendancielle du taux de profit héritée de Ricardo. Deux, non par les conclusions, exploitation, crises inhérentes, disparition du capitalisme, contre l'harmonie de Smith et l'état stationnaire paisible de Mill. Trois, non par la méthode, matérialisme historique et rapports sociaux là où les classiques raisonnent en lois naturelles.

Sujet 7. Analyse de document, une frise chronologique des courants

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Consigne type. À partir d'une frise datée des œuvres majeures, expliquer les filiations et les ruptures.

Méthode. Étape 1, repérer les trois ruptures, 1776 la naissance de la discipline, 1871 le changement de théorie de la valeur, 1936 la naissance de la macroéconomie. Étape 2, associer chaque œuvre à son contexte, révolution industrielle pour Smith, lois sur les céréales pour Ricardo, crise de 1929 pour Keynes, stagflation pour Friedman. Étape 3, montrer les emprunts croisés, Marx à Ricardo, Hicks à Keynes, Lucas à Friedman. Point où l'on se trompe, présenter la frise comme une succession où chaque courant remplace le précédent, alors que les traditions coexistent.

Sujet 3. En quoi Keynes rompt-il avec la pensée qui le précède ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Accroche possible, le chômage américain à 25 % en 1933 sans mécanisme de retour. Problématique, la rupture est-elle théorique ou seulement politique.

I. Trois ruptures analytiques. La demande effective contre la loi des débouchés. Le taux d'intérêt comme prix de la liquidité contre le taux réel classique. L'équilibre de sous-emploi contre l'ajustement par les salaires.

II. Une rupture de méthode et de rôle de l'État. Raisonnement macroéconomique en agrégats. Incertitude radicale et esprits animaux. Politique budgétaire et multiplicateur.

III. Une rupture absorbée puis contestée. Hicks et IS-LM en 1937 réintègrent Keynes dans l'équilibre. Samuelson et la synthèse. Friedman puis Lucas contestent, les nouveaux keynésiens reconstruisent les rigidités sur des fondements microéconomiques.

Sujet 6. La place de l'État dans la pensée économique

Autres exercices · Dissertation

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Plan attendu. Un, l'État producteur de richesse chez les mercantilistes, puis l'État minimal des classiques, limité aux fonctions régaliennes et aux travaux publics chez Smith. Deux, l'État régulateur de la demande chez Keynes et dans la synthèse, contesté par Friedman et Lucas au nom de l'inefficacité des politiques anticipées. Trois, l'État producteur de règles chez les institutionnalistes, obstacle à l'ordre spontané chez Hayek, correcteur des défaillances de marché chez Stiglitz. Conclure que le débat porte sur ce que l'État sait faire, pas sur sa taille.

Erreurs fréquentes

  1. Confondre classiques et néoclassiques. Le critère est la théorie de la valeur, travail avant 1871, utilité après.
  2. Faire de Malthus un pur pessimiste démographique. Il est aussi l'auteur qui admet l'insuffisance de la demande contre Say.
  3. Réduire Keynes à la relance budgétaire. Sa rupture porte sur la demande effective, la monnaie et l'incertitude.
  4. Traiter les néoclassiques comme un bloc. Walras, Marshall et Pareto ne posent pas la même question, et Lucas vient un siècle après.
  5. Citer un auteur sans œuvre ni date, ou avec une date fausse. Une erreur de rattachement discrédite toute la copie.

Fiche rédigée à partir du programme officiel d'ESH (2021), module 1, partie 1.1 « Les fondements de l'économie », point 1.1.3. Elle présente les grands courants depuis la naissance de l'économie politique et les filiations entre les auteurs, dans le but d'éclairer les enjeux économiques contemporains.