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ECG2 · ESH · semaine 27

Les contraintes auxquelles se heurtent les politiques économiques

Politiques économiques menées dans un cadre qui dépasse le seul niveau national, avec des actions coordonnées notamment au niveau européen. Contraintes et controverses qui pèsent sur ces politiques. Soutenabilité de la dette publique et contrainte extérieure.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. La politique économique poursuit des objectifs partiellement contradictoires, résumés par le carré magique, et se heurte d’abord à la contrainte extérieure, qui limite toute relance isolée dans une économie ouverte.

  2. La soutenabilité de la dette dépend de l’écart entre le taux d’intérêt et le taux de croissance et du solde primaire, l’effet boule de neige apparaissant dès que le taux dépasse la croissance.

  3. L’appartenance à une union monétaire supprime les instruments monétaire et de change, ne laisse que le budget, et rend décisives les conditions des zones monétaires optimales, notamment l’existence de transferts.

  4. La mobilité du capital engendre une concurrence fiscale de type dilemme du prisonnier, à laquelle l’impôt minimum mondial de 15 % adopté en 2021 tente de répondre.

  5. Les contraintes ne sont pas seulement économiques, délais, incohérence temporelle, cycle électoral, capture et conflit entre intégration internationale et démocratie limitent aussi l’action publique.

Pourquoi ce chapitre

Les deux chapitres précédents ont présenté les instruments. Celui-ci explique pourquoi ils ne fonctionnent pas librement. Une politique économique est bornée par la contrainte extérieure, par la soutenabilité de la dette publique, par l’appartenance à une union monétaire, par la concurrence fiscale internationale et par les contraintes proprement politiques.

C’est le chapitre de la synthèse du module 4, et il fait le lien avec le module 3 sur la mondialisation et l’intégration européenne. Aucun sujet de dissertation sur la politique économique ne peut être traité correctement sans lui, puisqu’il fournit la deuxième partie de presque tous les plans, celle qui montre les limites.

En colle, l’attendu central est l’équation de dynamique de la dette publique et la discussion de l’écart entre taux d’intérêt et taux de croissance. Il faut aussi savoir énoncer le triangle d’incompatibilité et le carré magique.

Notions et mécanismes

Le carré magique, proposé par Nicholas Kaldor au début des années 1970, représente les quatre objectifs de la politique économique, croissance élevée, plein emploi, stabilité des prix et équilibre extérieur. Il est dit magique parce que leur réalisation simultanée est rare, la poursuite de l’un dégradant souvent les autres. Une relance de la demande améliore croissance et emploi mais tend à dégrader les prix et le solde extérieur.

La contrainte extérieure désigne l’obligation, pour un pays, de financer son déficit courant. Le mécanisme est le suivant. Une relance interne accroît le revenu, donc les importations, ce qui creuse le solde courant. Ce déficit doit être financé par l’endettement extérieur ou par une baisse des réserves. Si les créanciers doutent, le financement se renchérit ou se tarit, ce qui force le pays à freiner son activité ou à dévaluer.

Une dévaluation n’améliore pas immédiatement le solde. La courbe en J décrit cette dynamique, le solde se dégrade d’abord parce que les volumes n’ont pas eu le temps de réagir alors que la facture des importations a déjà augmenté en monnaie nationale, puis il s’améliore quand les volumes s’ajustent. La condition de Marshall, Lerner et Robinson précise l’exigence, la somme des élasticités-prix de la demande d’exportations et de la demande d’importations doit dépasser l’unité pour qu’une dépréciation améliore le solde commercial.

La soutenabilité de la dette publique est le cœur du chapitre. Il faut distinguer le déficit total et le solde primaire, qui exclut la charge d’intérêts, ainsi que le solde conjoncturel et le solde structurel. La dynamique du ratio dette sur produit intérieur brut s’écrit de manière simple. La variation du ratio est approximativement égale au produit de l’écart entre le taux d’intérêt apparent r et le taux de croissance nominal g par le ratio de dette existant, diminué du solde primaire rapporté au produit intérieur brut. Trois conséquences en découlent.

Premièrement, si r est supérieur à g, la dette s’auto-alimente. C’est l’effet boule de neige, la charge d’intérêts croît plus vite que la richesse qui doit la supporter, et un excédent primaire est nécessaire pour seulement stabiliser le ratio. Deuxièmement, si g est supérieur à r, le ratio peut décroître même avec un déficit primaire modéré, configuration observée dans les années 2010. Troisièmement, l’inflation joue dans le sens d’une réduction du ratio, puisque le numérateur est nominal et fixé alors que le dénominateur croît avec les prix. La dette est donc soutenable non dans l’absolu, mais relativement à une trajectoire de taux, de croissance et de solde primaire.

L’équivalence ricardienne, formalisée par Robert Barro en 1974, constitue une contrainte d’un autre ordre. Si les agents anticipent que tout déficit d’aujourd’hui sera financé par un impôt de demain, ils augmentent leur épargne d’un montant équivalent, ce qui annule l’effet de la relance. Le résultat repose sur des hypothèses fortes, altruisme intergénérationnel, absence de contrainte de liquidité, information parfaite, et n’est que partiellement vérifié empiriquement.

La contrainte monétaire tient à l’appartenance à une union monétaire ou à un régime de change fixe. Le triangle d’incompatibilité de Mundell interdit de combiner fixité du change, mobilité parfaite des capitaux et autonomie de la politique monétaire. Un membre de la zone euro renonce à la politique monétaire et à la politique de change, et ne conserve que l’instrument budgétaire, lui-même encadré par des règles communes. La théorie des zones monétaires optimales, initiée par Mundell en 1961 puis complétée par Ronald McKinnon en 1963 et Peter Kenen en 1969, énumère les conditions qui rendent cette perte supportable, mobilité du travail, flexibilité des prix et des salaires, diversification productive, degré d’ouverture élevé, et surtout existence d’un budget commun capable d’opérer des transferts en cas de choc asymétrique.

La contrainte fiscale internationale découle de la mobilité du capital et des bases taxables. Chaque État est incité à baisser ses taux pour attirer les activités, ce qui produit une concurrence fiscale aux allures de dilemme du prisonnier, chacun perdant des recettes sans gagner d’avantage relatif durable. S’y ajoutent l’optimisation fiscale des firmes multinationales, par les prix de transfert et la localisation des actifs immatériels, et l’existence de territoires à fiscalité très faible.

Les contraintes politiques et institutionnelles sont souvent négligées par les candidats et pourtant décisives. Les délais distingués par Milton Friedman, délai de reconnaissance du choc, délai de décision, délai d’action, peuvent rendre une politique procyclique, donc déstabilisante. L’incohérence temporelle analysée par Kydland et Prescott fonde le biais inflationniste et justifie les règles. Le cycle politico-économique, modélisé par William Nordhaus en 1975, décrit une tentation de relance à l’approche des échéances électorales, suivie d’une rigueur postélectorale. Les travaux d’économie des choix publics, dans la lignée de James Buchanan et Gordon Tullock en 1962, mettent en avant la poursuite d’intérêts propres par les décideurs publics et la capture de la décision par des groupes organisés, ce qui relativise l’hypothèse d’un État bienveillant.

Enfin, la coordination internationale est elle-même un problème. Une relance isolée fuit vers l’étranger par les importations, donc chaque pays préfère attendre la relance du voisin, comportement de passager clandestin. À l’inverse, les politiques non coopératives de dévaluation ou de baisse fiscale produisent des résultats collectivement défavorables.

Auteurs et théories de référence

Nicholas Kaldor, au début des années 1970, propose le carré magique comme instrument de comparaison des performances macroéconomiques.

Robert Mundell, 1961 et 1962, fournit à la fois la théorie des zones monétaires optimales, le triangle d’incompatibilité et le principe d’affectation selon lequel chaque instrument doit être assigné à l’objectif sur lequel il a l’avantage comparatif.

Robert Barro, 1974, énonce l’équivalence ricardienne, en référence à une intuition de David Ricardo que ce dernier avait lui-même jugée irréaliste.

Thomas Sargent et Neil Wallace, 1981, montrent dans leur arithmétique monétariste déplaisante qu’une banque centrale ne peut maintenir une inflation faible si la politique budgétaire est durablement insoutenable, car la dette devra tôt ou tard être monétisée. C’est la question de la dominance budgétaire sur la politique monétaire.

William Nordhaus, 1975, et l’école des choix publics avec James Buchanan et Gordon Tullock, 1962, introduisent les contraintes de nature politique et administrative.

Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, dans un article de 2010, avancent l’existence d’un seuil de dette publique proche de 90 % du produit intérieur brut au-delà duquel la croissance se dégraderait nettement. Ce résultat a été très utilisé pour justifier les consolidations européennes, puis fortement contesté en 2013 par des chercheurs de l’université du Massachusetts qui ont identifié une erreur de calcul et des choix de pondération discutables. La causalité reste de toute façon ambiguë, une croissance faible engendrant aussi de la dette.

Olivier Blanchard, dans son allocution présidentielle à l’association américaine d’économie en 2019, soutient qu’en régime de taux durablement inférieurs au taux de croissance, le coût budgétaire et le coût de bien-être de la dette publique sont beaucoup plus faibles qu’on ne le suppose, ce qui invite à ne pas sacrifier l’investissement public à la réduction du ratio. L’argument a perdu de sa force avec la remontée des taux à partir de 2022.

Dani Rodrik, Le paradoxe de la mondialisation, 2011, énonce un second triangle d’incompatibilité, politique cette fois. Il est impossible de combiner une mondialisation poussée, la souveraineté des États-nations et la démocratie. Approfondir l’intégration internationale suppose soit de transférer la décision à un niveau supranational, soit d’accepter que les choix démocratiques nationaux soient neutralisés.

Faits, chiffres et repères historiques

L’histoire française fournit l’illustration canonique de la contrainte extérieure. La relance de 1981-1982, menée à contretemps du cycle européen, se traduit par une forte hausse des importations, un creusement du déficit courant et trois dévaluations du franc entre octobre 1981 et mars 1983, avant le tournant de la rigueur. La crise du système monétaire européen de 1992-1993 montre ensuite la fragilité des changes fixes face à des capitaux devenus très mobiles.

La dette publique française passe d’environ 20 % du produit intérieur brut au début des années 1980 à 64,5 % en 2007, puis franchit 100 % lors de la crise sanitaire, atteignant près de 115 % en 2020 et se situant autour de 113 % en 2024 selon l’INSEE. Le déficit public français s’établit à 5,8 % du produit intérieur brut en 2024. La charge de la dette, longtemps réduite par la baisse des taux, remonte rapidement et se situe dans un ordre de grandeur de 55 milliards d’euros par an, avec une trajectoire ascendante liée au renouvellement du stock à des taux plus élevés.

Les comparaisons internationales sont indispensables. La dette publique de la zone euro se situe autour de 88 % du produit intérieur brut, celle de l’Italie autour de 135 %, celle des États-Unis au-dessus de 120 %, celle du Japon autour de 250 % en dette brute selon le Fonds monétaire international. Le cas japonais montre qu’un niveau très élevé peut être soutenu durablement quand la dette est détenue à l’intérieur du pays et que la banque centrale en absorbe une large part.

Le cadre budgétaire européen s’est construit par strates. Les critères du traité de Maastricht de 1992 fixent les seuils de 3 % de déficit et de 60 % de dette. Le pacte de stabilité et de croissance de 1997 les prolonge, et sera assoupli en 2005. La crise de 2010 conduit au renforcement de 2011 puis au traité budgétaire de 2012, qui introduit une règle de solde structurel proche de l’équilibre. La clause dérogatoire générale est activée en mars 2020 et désactivée fin 2023. Un nouveau cadre, adopté en 2024, substitue à la logique de seuils annuels des trajectoires pluriannuelles de dépense nette négociées pays par pays.

La crise grecque est l’exemple le plus violent de la contrainte de financement. La dette grecque dépasse 180 % du produit intérieur brut, et les programmes d’ajustement successifs à partir de 2010 s’accompagnent d’une contraction du produit intérieur brut de l’ordre du quart entre 2008 et 2013 et d’un chômage supérieur à 27 % en 2013 selon Eurostat.

La concurrence fiscale se lit dans les taux. Le taux légal moyen d’impôt sur les sociétés dans les pays de l’OCDE est passé d’un niveau supérieur à 40 % au début des années 1980 à un ordre de grandeur de 23 % aujourd’hui. En France, le taux normal a été ramené de 33,33 % à 25 % entre 2017 et 2022. La réponse internationale est l’accord conclu sous l’égide de l’OCDE en octobre 2021, approuvé par environ 140 juridictions, qui instaure un impôt minimum de 15 % sur les bénéfices des grands groupes, transposé dans l’Union européenne et applicable à partir de 2024.

Côté soldes extérieurs, l’asymétrie européenne est frappante. L’Allemagne a dégagé un excédent courant supérieur à 8 % de son produit intérieur brut au milieu des années 2010, tandis que la France est déficitaire d’environ 1 % ces dernières années. Cette divergence, qui n’a pas de mécanisme correcteur automatique dans une union monétaire, est au cœur des débats sur la gouvernance de la zone euro.

Débats et controverses

Le premier débat porte sur le niveau soutenable de dette. Les partisans de la prudence invoquent le risque de perte de confiance des marchés, la charge d’intérêts qui évince d’autres dépenses et l’équité entre générations. Leurs contradicteurs répondent que la dette finance aussi des actifs, que l’investissement public sacrifié pèse sur la croissance future, et que la comparaison pertinente est celle du rendement social de la dépense avec le taux d’intérêt. Le retour des taux positifs depuis 2022 a redonné du poids au premier camp.

Le deuxième débat concerne l’austérité européenne des années 2010. La consolidation simultanée de plusieurs pays interdépendants a produit des effets récessifs supérieurs aux prévisions, ce qui a nourri la critique d’une erreur de séquencement. Les défenseurs de cette politique soulignent qu’elle a restauré la crédibilité et permis la baisse des primes de risque.

Le troisième débat porte sur le partage des rôles entre politique monétaire et politique budgétaire. La doctrine antérieure à 2008 confiait la stabilisation à la banque centrale. L’expérience du plancher des taux a montré que la politique budgétaire redevenait décisive, ce qui pose la question de l’articulation des deux, et celle de la dominance budgétaire soulevée par Sargent et Wallace.

Le quatrième débat, plus radical, oppose les tenants de la théorie monétaire moderne, pour qui un État émettant sa propre monnaie n’est contraint que par l’inflation et non par le financement, et la quasi-totalité des économistes, qui objectent que cette contrainte inflationniste est précisément la contrainte pertinente et qu’elle ne s’applique pas à un membre d’une union monétaire.

Le cinquième débat concerne la souveraineté. Le paradoxe de Rodrik pose la question de la légitimité démocratique de règles budgétaires européennes, tandis que l’expérience grecque a montré le coût politique d’une contrainte extérieure appliquée sans marge de négociation.

Ce qu’il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. L’équation de dynamique de la dette, avec l’écart entre r et g et le solde primaire. C’est l’outil qui permet de trancher rigoureusement une question de soutenabilité plutôt que d’aligner des opinions.

  2. Le triangle d’incompatibilité de Mundell et le triangle de Rodrik, qui donnent deux plans de dissertation entiers sur les limites de l’action publique en économie ouverte.

  3. Le carré magique de Kaldor pour organiser une introduction ou une première partie sur les arbitrages de politique économique.

  4. L’exemple de la relance française de 1981-1983, qui illustre à lui seul la contrainte extérieure, la fuite du multiplicateur par les importations et le rôle du régime de change.

  5. Les chiffres clés, dette française passée d’environ 20 % du produit intérieur brut au début des années 1980 à environ 113 % en 2024, déficit de 5,8 % en 2024, dette japonaise autour de 250 %, impôt minimum mondial de 15 % adopté en 2021.

  6. Les couples d’auteurs à opposer, Barro contre les keynésiens sur l’efficacité de la relance, Reinhart et Rogoff contre Blanchard sur le coût de la dette, Sargent et Wallace sur l’articulation entre les deux politiques.

  7. Les pièges. Ne pas confondre déficit et dette, ni solde total et solde primaire. Ne pas énoncer un seuil de dette comme une vérité établie, le seuil de 90 % a été sérieusement contesté. Ne pas oublier que la contrainte extérieure ne se pose pas de la même façon pour un pays émetteur d’une monnaie de réserve. Ne pas négliger les contraintes politiques, elles fournissent souvent la meilleure troisième partie.

  8. Une ouverture, le financement de la transition écologique, qui suppose un investissement public durablement accru au moment même où la remontée des taux resserre la contrainte budgétaire, et qui relance la question d’une capacité budgétaire européenne.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Taux d'intérêt apparent : charge d'intérêts de l'année rapportée au stock de dette de l'année précédente. Il évolue lentement, car seule la dette renouvelée paie le taux du marché.
  • Maturité moyenne de la dette : durée restant à courir, autour de huit ans et demi pour la France. Plus elle est longue, plus la remontée des taux se transmet lentement à la charge d'intérêts.
  • Solde primaire stabilisant : solde primaire qui maintient le ratio de dette constant. Il vaut environ (r moins g) multiplié par le ratio de dette.
  • Écart de production : écart entre PIB effectif et PIB potentiel. Il sert à séparer la composante conjoncturelle du solde public de sa composante structurelle.
  • Stabilisateurs automatiques : variation spontanée des recettes et des dépenses avec la conjoncture. Le solde public français se dégrade d'environ un demi-point de PIB par point d'écart de production négatif.
  • Mesures ponctuelles : recettes ou dépenses exceptionnelles, retirées du solde structurel pour obtenir l'effort durable.
  • Effort structurel : variation du solde structurel imputable aux décisions discrétionnaires. À ne pas confondre avec la variation du solde effectif.
  • Prime de risque souveraine : écart de taux avec un emprunteur de référence, le Bund allemand en zone euro. Elle mesure la défiance des créanciers.
  • Multiplicateur en économie ouverte : les importations sont une fuite, comme l'épargne et l'impôt. Plus la propension à importer est élevée, plus le multiplicateur est faible.
  • Dévaluation interne : baisse des coûts salariaux relatifs, utilisée quand le change nominal est fixé. Elle est lente et récessive.
  • Dominance budgétaire : situation où la banque centrale doit adapter sa politique aux besoins de financement de l'État.
  • Banquier central conservateur : Kenneth Rogoff, 1985. Déléguer la monnaie à un dirigeant plus hostile à l'inflation que la société réduit le biais inflationniste.
  • Loi de Thirlwall, 1979 : le taux de croissance compatible avec l'équilibre extérieur est égal à la croissance des exportations divisée par l'élasticité-revenu des importations.
  • Vote par les pieds : Charles Tiebout, 1956. La mobilité des contribuables peut discipliner les collectivités, lecture favorable de la concurrence fiscale.

Chaînes de raisonnement

Pourquoi une relance isolée bute sur la contrainte extérieure. La hausse de la demande accroît le revenu, dont une part fuit en importations, ce qui réduit le multiplicateur et creuse le solde courant. Si les partenaires ne relancent pas, les exportations ne compensent pas. Le déficit doit être financé, et la défiance des créanciers impose soit la dévaluation, soit l'arrêt de la relance, comme en 1981-1983.

Pourquoi r supérieur à g impose un excédent primaire. Le stock de dette porte des intérêts au taux r alors que le PIB croît au taux g. Si r dépasse g, les intérêts font grossir la dette plus vite que le dénominateur. Seul un excédent primaire, c'est-à-dire des impôts supérieurs aux dépenses hors intérêts, peut contrebalancer cet effet.

Pourquoi une consolidation peut faire monter le ratio à court terme. La baisse de la dépense réduit le numérateur, mais elle réduit aussi le PIB et les recettes fiscales. Si le multiplicateur est élevé et la dette déjà forte, la baisse du dénominateur l'emporte. Avec une dette proche de 100 % et des prélèvements proches de 50 % du PIB, un multiplicateur supérieur à environ 0,7 suffit approximativement pour que le ratio augmente l'année de l'effort.

Pourquoi l'union monétaire rend les chocs asymétriques coûteux. Un pays frappé seul par un choc ne peut ni baisser son taux ni déprécier sa monnaie. Il doit s'ajuster par les salaires, par l'émigration ou par un déficit budgétaire, lui-même encadré. Sans budget fédéral opérant des transferts, l'ajustement passe par le chômage.

Pourquoi l'incohérence temporelle conduit aux règles. Une fois les anticipations formées, le décideur est tenté de surprendre pour réduire le chômage. Les agents le savent, anticipent une inflation plus forte, et l'économie obtient l'inflation sans le gain d'emploi. S'engager par une règle ou déléguer à une institution indépendante rend la promesse crédible, au prix d'une moindre flexibilité face aux chocs.

Pourquoi la concurrence fiscale déplace la charge de l'impôt. Le capital et les bénéfices sont mobiles, le travail peu qualifié, la consommation et le foncier le sont peu. Les États baissent l'impôt sur les bases mobiles et compensent sur les bases immobiles. La fiscalité devient moins progressive, ce qui ajoute une contrainte de légitimité à la contrainte de recettes.

Pourquoi la politique monétaire ne peut ignorer une dette insoutenable. Si l'État ne dégage jamais les excédents nécessaires, sa contrainte budgétaire intertemporelle doit être bouclée autrement. Il reste le défaut ou la monétisation, donc l'inflation future. Anticipée, cette issue relève dès aujourd'hui les taux et les anticipations d'inflation, c'est l'argument de Sargent et Wallace.

Exemples et références à connaître

  1. Mundell et Fleming, début des années 1960 : en changes fixes avec capitaux mobiles, la politique budgétaire est efficace et la politique monétaire inefficace. En changes flexibles, c'est l'inverse. Base de toute discussion sur les marges nationales.
  2. Martin Feldstein et Charles Horioka, 1980 : épargne et investissement nationaux restent très corrélés malgré la libéralisation. Nuance l'idée d'un capital parfaitement mobile.
  3. Francesco Giavazzi et Marco Pagano, 1990 : Danemark et Irlande dans les années 1980, consolidations suivies de croissance. Référence de la thèse de l'austérité expansionniste, reprise par Alberto Alesina et Silvia Ardagna.
  4. Olivier Blanchard et Daniel Leigh, 2013 : les prévisions de 2010-2011 ont sous-estimé les multiplicateurs budgétaires en Europe. Réponse empirique à la référence précédente.
  5. Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, 2013 : réplication critique de Reinhart et Rogoff. À citer pour relativiser le seuil de 90 %.
  6. Le privilège exorbitant du dollar, formule attribuée à Valéry Giscard d'Estaing dans les années 1960 : les États-Unis s'endettent dans leur propre monnaie, demandée partout, et subissent une contrainte extérieure atténuée.
  7. Gabriel Zucman, La richesse cachée des nations, 2013 : ordre de grandeur de la richesse financière des ménages détenue dans les paradis fiscaux, autour de 8 % du total mondial.
  8. Le Japon : la banque centrale détient environ la moitié de la dette publique. Contre-exemple obligatoire à tout seuil universel de dette.
  9. L'Italie : excédents primaires presque chaque année entre le début des années 1990 et 2019. Élevés, ils font baisser le ratio d'environ 120 % au milieu des années 1990 à environ 100 % au milieu des années 2000. Ramenés à 1 ou 2 points, ils n'empêchent pas sa remontée vers 135 % après la récession de 2008-2009 et la quasi-stagnation des années 2010. Illustration de r durablement supérieur à g : l'excédent primaire ne suffit pas quand la croissance nominale est trop faible.
  10. La procédure pour déficit excessif ouverte contre la France en 2024 : première application du cadre européen réformé, avec une trajectoire de dépense nette pluriannuelle.

Techniques

Calculer une dynamique de dette

Réflexe. Écrire la variation du ratio comme (r moins g) multiplié par la dette existante, moins le solde primaire. Calculer d'abord le solde primaire stabilisant, puis le comparer au solde primaire observé. Préciser que la formule est approchée et que la version exacte divise le premier terme par (1 plus g).

Mini-exemple. Dette de 110 % du PIB, taux apparent de 2 %, croissance nominale de 3 %. Le solde stabilisant vaut (2 moins 3) fois 1,1, soit moins 1,1 point : un déficit primaire de 1,1 % stabilise la dette. Si le déficit primaire observé est de 4 points, le ratio monte d'environ 2,9 points par an. Si le taux apparent passe à 3,5 %, le solde stabilisant devient un excédent de 0,55 point. L'écart à combler passe de 2,9 à environ 4,5 points de PIB.

Décomposer un solde public

Réflexe. Solde effectif égal à solde structurel plus composante conjoncturelle plus mesures ponctuelles. La composante conjoncturelle vaut l'élasticité du solde multipliée par l'écart de production.

Mini-exemple. Déficit effectif de 5 %, écart de production de moins 2 %, élasticité de 0,5, recette exceptionnelle de 0,3 point. Composante conjoncturelle : moins 1 point. Déficit structurel : 5 moins 1 plus 0,3, soit 4,3 %. Conclure que l'essentiel du déficit ne disparaîtra pas avec la reprise, et signaler que l'écart de production est estimé, donc révisable.

Raisonner dans IS-LM-BP

Réflexe. Identifier le régime de change et le degré de mobilité des capitaux avant tout déplacement de courbe. En change fixe, la banque centrale doit défendre la parité, donc LM s'ajuste. En change flexible, c'est le taux de change qui déplace IS.

Mini-exemple. Petite économie en change flexible, capitaux parfaitement mobiles, relance budgétaire. IS se déplace à droite, le taux d'intérêt tend à monter, les capitaux entrent, la monnaie s'apprécie, les exportations nettes baissent et IS revient à sa position initiale. Le revenu ne change pas : éviction totale par le change. La même relance en zone euro, change fixe vis-à-vis des partenaires, est efficace, mais une part fuit vers les voisins.

Analyser un tableau de dette

Réflexe. Distinguer dette brute et dette nette, dette au sens de Maastricht et dette de la comptabilité nationale. Repérer qui détient la dette : résidents, non-résidents, banque centrale. Rapporter la charge d'intérêts au PIB et aux recettes, pas seulement en milliards.

Mini-exemple. Un tableau donne environ 205 % pour le Japon et environ 146 % pour la Grèce en 2010. Le commentaire attendu note que la dette japonaise est libellée en yens et détenue à plus de 90 % par des résidents, alors que la dette grecque est libellée dans une monnaie que la Grèce n'émet pas et largement détenue à l'étranger. Le pays le moins endetté est celui qui entre en crise. Le niveau ne dit rien sans la structure.

Construire un plan sur les contraintes

Réflexe. Classer les contraintes par origine : économique interne, dette et délais, externe, change et commerce, institutionnelle, règles européennes et indépendance monétaire, politique, cycle électoral et démocratie. Puis se demander si chaque contrainte est absolue ou relative, subie ou choisie.

Mini-exemple. « L'État est-il impuissant face aux marchés ? » I, des contraintes réelles, financement, prime de risque, concurrence fiscale. II, des contraintes relatives, la Banque centrale européenne a fait baisser les primes de risque en 2012 par une simple annonce, le Japon et les États-Unis montrent la marge d'un émetteur souverain. III, des contraintes en partie choisies et donc réformables, règles européennes, impôt minimum mondial.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 4. La zone euro est-elle une zone monétaire optimale ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, elle ne l'était pas en 1999 : faible mobilité du travail, rigidités salariales, spécialisations divergentes, budget européen d'environ 1 % du PIB. Deux, la crise de 2010 l'a révélé : chocs asymétriques, dévaluations internes en Grèce, en Espagne et au Portugal, divergence des soldes courants avec l'excédent allemand. Trois, elle peut le devenir en partie : thèse de l'endogénéité des critères, défendue par Frankel et Rose, union bancaire, mécanisme européen de stabilité, emprunt commun de 2020. Conclure que la condition la plus éloignée reste le budget commun.

Sujet 5. Analyse de document : un tableau de dette, de taux et de croissance

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Document supposé : pour la France, l'Italie et l'Allemagne, dette, taux apparent, croissance nominale et solde primaire, en 2019 et 2024. Démarche attendue. Un, calculer pour chaque pays le solde primaire stabilisant et l'écart au solde observé. Deux, commenter le signe de r moins g, favorable en 2019 en France et en Allemagne mais défavorable en Italie (taux apparent d'environ 2,5 % pour une croissance nominale d'environ 1,3 %), qui ne stabilise sa dette que grâce à un excédent primaire, puis l'effet de la remontée des taux ensuite, amorti par le lent ajustement du taux apparent lié à la maturité. Trois, identifier le pays dont le ratio monte et en donner la cause : croissance, taux ou solde primaire. Terminer sur les limites : une seule année ne fait pas une trajectoire, et la croissance nominale de 2022-2023 a été gonflée par l'inflation.

Sujet 6. La contrainte extérieure existe-t-elle encore ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, sa forme classique : réserves limitées en changes fixes, relances de 1981 et échec du stop and go britannique. Deux, elle semble s'effacer : changes flexibles, capitaux abondants, zone euro qui supprime le risque de change interne, privilège du dollar. Trois, elle se déplace : crise de 2010, où le déficit courant se transforme en arrêt brutal des financements privés, primes de risque, compétitivité prix et hors prix. Elle est plus faible pour un émetteur de monnaie de réserve et plus sévère pour les pays émergents endettés en devises.

Sujet 7. La concurrence fiscale est-elle néfaste ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, les arguments en sa faveur : Tiebout, discipline des dépenses publiques, attractivité, exemple irlandais. Deux, ses coûts : dilemme du prisonnier, baisse du taux moyen d'impôt sur les sociétés dans l'OCDE, glissement vers les bases immobiles, optimisation par les prix de transfert, pertes estimées par Zucman. Trois, les réponses : échange automatique d'informations, projet de l'OCDE contre l'érosion des bases, impôt minimum de 15 %. Leurs limites : taux faible, exemptions pour la substance économique, retrait des États-Unis du volet mondial annoncé en 2025.

Sujet 1. La dette publique est-elle un fardeau pour les générations futures ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Accroche : la dette française a été multipliée par plus de cinq en proportion du PIB en quarante ans, alors que le niveau de vie a progressé. Problématique : la dette transfère-t-elle une charge réelle vers l'avenir, ou seulement des créances et des dettes entre contemporains.

I. Un fardeau réel sous certaines conditions. Effet boule de neige quand r dépasse g, éviction des dépenses futures par la charge d'intérêts, risque de perte de confiance. La dette appelle des impôts futurs. Dette détenue à l'étranger : transfert de revenu hors du pays.

II. Un fardeau relatif. Chaque génération hérite aussi des titres de dette et des actifs financés, infrastructures, capital humain. Équivalence ricardienne (Barro, 1974) : si les ménages anticipent l'impôt futur et sont altruistes envers leurs descendants, ils épargnent et lèguent davantage, si bien que la dette ne transfère pas de charge nette entre générations, sous des hypothèses fortes et peu vérifiées. Quand g dépasse r, le coût budgétaire est faible, argument de Blanchard. Le Japon montre qu'un niveau élevé n'implique pas une crise. Le seuil de 90 % n'est pas établi.

III. Le vrai critère, l'usage de la dette et le régime de taux. Comparer le rendement social de la dépense au taux d'intérêt. Une dette de fonctionnement pèse, une dette d'investissement peut enrichir. Le retour de r proche ou au-dessus de g depuis 2022 et le besoin de financer la transition écologique rendent ce tri décisif. Ouvrir sur la dette climatique, fardeau non financier.

Sujet 2. Les politiques économiques nationales ont-elles encore des marges de manœuvre ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet HEC

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Accroche : le tournant de la rigueur de 1983. Problématique : l'ouverture et l'intégration européenne ont-elles supprimé l'autonomie des politiques, ou l'ont-elles déplacée.

I. Des marges fortement réduites. Triangle de Mundell, perte de la monnaie et du change en zone euro, règles budgétaires, fuite du multiplicateur, concurrence fiscale, loi de Thirlwall.

II. Des marges qui subsistent. Budget national, stabilisateurs automatiques, politiques structurelles, fiscalité des bases immobiles. Feldstein et Horioka montrent que le capital est moins mobile qu'on le dit. La réponse à la crise sanitaire prouve que les règles se suspendent.

III. Des marges transférées à l'échelle collective. Coordination, plan de relance européen de 2020 financé par un emprunt commun, impôt minimum de 15 %. Le triangle de Rodrik rappelle le prix démocratique de ce transfert.

Sujet 3. Faut-il encadrer les politiques budgétaires par des règles ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet Ecricome

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Accroche : la règle des 3 % est née d'un calcul de circonstance au début des années 1980. Problématique : les règles corrigent-elles les défaillances de la décision politique ou en créent-elles de nouvelles.

I. Les arguments pour. Biais de déficit décrit par les choix publics, cycle de Nordhaus, incohérence temporelle, externalités entre membres d'une union monétaire, argument de Sargent et Wallace.

II. Les défauts des règles observées. Procyclicité en récession, fragilité de l'estimation du solde structurel, faible application des sanctions, sacrifice de l'investissement public, austérité simultanée des années 2010.

III. Vers de meilleures règles. Règle de dépense plutôt que de solde, trajectoires pluriannuelles du cadre de 2024, règle d'or excluant l'investissement, conseils budgétaires indépendants, clauses dérogatoires. Conclure que la crédibilité vient autant des institutions que des chiffres.

Erreurs fréquentes

  1. Confondre la variation du ratio de dette et le déficit. Un déficit peut coexister avec une baisse du ratio si g dépasse r, et un excédent primaire avec une hausse, comme en Italie dans les années 2010.
  2. Utiliser le taux de marché du jour à la place du taux apparent. La hausse des taux de 2022 ne se transmet que progressivement au stock de dette.
  3. Appliquer Mundell-Fleming sans préciser le régime de change, ou conclure qu'une relance budgétaire est inefficace en zone euro alors que c'est le cas du change flexible.
  4. Présenter l'équivalence ricardienne, le seuil de 90 % ou l'austérité expansionniste comme des faits établis. Chacun a une réfutation empirique citable.
  5. Traiter les contraintes comme des lois naturelles. Beaucoup sont des choix institutionnels, datés et révisables, et le montrer donne la troisième partie.

Cette fiche couvre le point 4.2.3 du programme officiel, dans le module 4 « Déséquilibres, régulation et action publique », partie 4.2 « L’intervention économique des pouvoirs publics ».