La fiche de cours
Résumé en cinq points
- La croissance est une augmentation durable de la production en volume, à distinguer de l'expansion et du développement. Elle se mesure par le PIB réel et son taux annuel moyen.
- Elle est extensive quand elle vient de la quantité de facteurs, intensive quand elle vient des gains de productivité, seule source durable d'élévation du niveau de vie.
- Harrod et Domar décrivent une croissance instable, Solow un modèle convergeant vers un état stationnaire où seul le progrès technique exogène soutient le revenu par tête.
- La croissance endogène, avec Romer, Lucas, Barro, Aghion et Howitt, explique le progrès technique par les externalités de la recherche, de l'éducation, du capital public et de la concurrence.
- Historiquement, la croissance est une rupture née de la révolution industrielle, diffusée inégalement, portée à son maximum pendant les Trente Glorieuses puis ralentie depuis 1973, avec un rattrapage asiatique spectaculaire.
Pourquoi ce chapitre
C'est le chapitre le plus souvent tombé aux concours, sous une forme ou une autre. Sources de la croissance, ralentissement de la productivité, rôle de l'innovation, rattrapage des pays émergents, limites écologiques, tous ces sujets s'appuient sur lui.
Il est aussi le premier chapitre où le programme demande explicitement d'articuler analyse et histoire. Une copie qui expose Solow sans dater la révolution industrielle est incomplète, une copie qui raconte les Trente Glorieuses sans modèle explicatif l'est tout autant. La compétence évaluée est précisément l'aller-retour entre les deux.
Il prépare la suite du module, inégalités de développement et soutenabilité. En colle, on attend une définition rigoureuse de la croissance, la distinction entre croissance extensive et intensive, la décomposition à la Solow, le contraste entre croissance exogène et endogène, et des chiffres datés.
Notions et mécanismes
Définir et mesurer la croissance
La croissance est l'augmentation soutenue, sur une longue période, de la production d'une économie. La définition de référence, donnée par François Perroux, insiste sur trois éléments, le caractère durable, la mesure par un indicateur de dimension, le produit global net en termes réels, et le fait qu'il s'agit d'un phénomène de longue période.
Il faut la distinguer de l'expansion, qui est une hausse de la production sur le court terme, à l'intérieur d'un cycle, et du développement, qui désigne selon Perroux les changements institutionnels, sociaux et mentaux qui accompagnent et rendent possible la croissance.
La mesure se fait par le produit intérieur brut en volume, c'est-à-dire à prix constants. On passe du PIB nominal au PIB réel par un indice de prix appelé déflateur. Confondre croissance en valeur et croissance en volume est une erreur grossière en période d'inflation.
Le taux de croissance annuel moyen se calcule géométriquement et non par une moyenne arithmétique. Un repère commode, la règle des soixante-dix, un produit qui croît de x pour cent par an double en soixante-dix divisé par x années environ. À 2 % par an le doublement prend environ trente-cinq ans, à 7 % environ dix ans. De petits écarts de taux produisent donc des écarts de niveau de vie considérables en deux générations.
On distingue enfin la croissance effective, observée, et la croissance potentielle, celle qui serait atteinte en utilisant pleinement les facteurs sans accélération de l'inflation.
Croissance extensive et croissance intensive
La croissance extensive résulte de l'augmentation de la quantité de facteurs employés, plus de travailleurs, plus de capital, plus de terres. Elle se heurte aux rendements décroissants et à la finitude des ressources.
La croissance intensive résulte de l'amélioration de l'efficacité avec laquelle les facteurs sont combinés, c'est-à-dire des gains de productivité. C'est la seule source durable d'élévation du niveau de vie par habitant.
La productivité du travail est la production par unité de travail, mesurée par tête ou par heure travaillée. La mesure horaire est la plus pertinente pour comparer des pays dont la durée du travail diffère.
La productivité globale des facteurs mesure l'efficacité combinée du travail et du capital. Elle est obtenue par solde, comme la part de la croissance non expliquée par la hausse des facteurs. C'est le résidu de Solow. Il capte le progrès technique, mais aussi l'organisation, les institutions, les effets de composition et les erreurs de mesure, d'où la formule classique de mesure de notre ignorance.
Les sources de la croissance
Le travail contribue par sa quantité, population active, taux d'emploi, durée du travail, et par sa qualité, c'est-à-dire le capital humain. Le capital contribue par son accumulation, financée par l'épargne et réalisée par l'investissement, capital productif, infrastructures publiques et actifs immatériels. Le progrès technique améliore la manière de combiner les facteurs, par innovation de produit, de procédé, d'organisation, de débouché et de matière première, selon la typologie de Schumpeter. Les institutions, État de droit, droits de propriété, qualité de l'administration et ouverture commerciale, conditionnent l'usage effectif de ces facteurs.
Les modèles à progrès technique exogène
Le modèle de Roy Harrod, en 1939, et d'Evsey Domar, en 1946, est le premier modèle de croissance d'inspiration keynésienne. Le taux de croissance garanti, celui qui maintient l'équilibre entre épargne et investissement, est le taux d'épargne divisé par le coefficient de capital. Rien ne garantit qu'il coïncide avec le taux naturel, déterminé par la croissance de la population active et de la productivité. La croissance équilibrée y est instable, d'où l'image de la croissance sur le fil du rasoir.
Robert Solow publie en 1956 un modèle qui conteste cette instabilité. Il suppose une fonction de production à facteurs substituables et à rendements d'échelle constants, donc à rendements décroissants pour chaque facteur pris isolément. Les résultats sont les suivants.
L'économie converge vers un état stationnaire où le capital par tête et le produit par tête sont constants. À cet état, l'investissement compense exactement la dépréciation du capital et la croissance démographique.
Un taux d'épargne plus élevé augmente le niveau de revenu par tête de l'état stationnaire, mais pas le taux de croissance de long terme. C'est l'effet de niveau opposé à l'effet de taux.
La seule source de croissance durable du revenu par tête est le progrès technique, qui est supposé exogène dans le modèle, tombé du ciel comme un bien libre.
Le modèle prédit enfin la convergence. Les pays pauvres, dotés de peu de capital par tête, ont une productivité marginale du capital élevée et croissent donc plus vite, à condition de partager les mêmes paramètres. C'est la convergence conditionnelle, la convergence absolue n'étant pas vérifiée empiriquement.
Dans son article de 1957, Solow applique cette décomposition aux États-Unis et trouve que l'essentiel de la croissance du produit par tête sur la première moitié du XXe siècle s'explique par le résidu et non par l'accumulation de capital. Ce résultat est le point de départ de toute l'économie de l'innovation.
Les modèles de croissance endogène
À partir du milieu des années 1980, une série de travaux cherche à expliquer le progrès technique à l'intérieur du modèle plutôt que de le supposer donné. L'idée commune est qu'il existe des externalités positives et des rendements croissants qui empêchent la productivité marginale du capital, entendu au sens large, de décroître.
Paul Romer, en 1986, met l'accent sur l'accumulation de connaissances issue de la recherche et développement. La connaissance est non rivale, elle peut être utilisée simultanément par tous, et partiellement non exclusive, d'où des retombées entre entreprises.
Robert Lucas, en 1988, met l'accent sur le capital humain. L'éducation d'un individu bénéficie aussi à ceux qui travaillent avec lui.
Robert Barro, en 1990, met l'accent sur le capital public. Les infrastructures accroissent la productivité des facteurs privés, ce qui justifie la dépense publique jusqu'à un certain seuil, au-delà duquel l'impôt nécessaire pour la financer devient dissuasif.
Philippe Aghion et Peter Howitt proposent en 1992 un modèle de croissance par destruction créatrice, où l'innovation d'un entrant rend obsolète la technologie du leader. La croissance dépend alors de l'intensité de la concurrence et des rentes d'innovation.
L'implication de politique économique est directe et s'oppose à celle de Solow. Puisque les rendements ne décroissent pas et que les externalités existent, l'investissement en recherche, en éducation, en santé et en infrastructures modifie le taux de croissance de long terme. L'action publique a donc un effet durable.
Cycles et fluctuations de la croissance
La croissance n'est pas régulière. On distingue des cycles courts, dits de Juglar, de huit à dix ans, et des cycles longs, dits de Kondratiev, d'une cinquantaine d'années, identifiés dans les années 1920. Schumpeter les reprend en 1939 et les explique par des grappes d'innovations qui se diffusent puis s'épuisent.
Auteurs et théories de référence
Adam Smith en 1776 fait de la division du travail la source des gains de productivité, elle-même limitée par l'étendue du marché. C'est le premier modèle de croissance cumulative.
Thomas Malthus en 1798 et David Ricardo en 1817 prévoient au contraire un état stationnaire, le premier par la pression démographique sur les subsistances, le second par la baisse du taux de profit liée à la rente foncière. Leur logique de rendements décroissants reste mobilisable pour les ressources naturelles, même si la révolution industrielle a démenti leurs prédictions.
Karl Marx analyse l'accumulation du capital comme moteur et comme contradiction du capitalisme. Joseph Schumpeter, en 1911 puis en 1942, fait de l'innovation portée par l'entrepreneur et financée par le crédit le moteur du capitalisme, par la destruction créatrice.
Roy Harrod en 1939 et Evsey Domar en 1946 construisent le premier modèle keynésien de croissance. Robert Solow publie en 1956 et 1957 le modèle néoclassique de référence et la décomposition qui porte son nom. Il reçoit le prix en 1987.
Walt Rostow publie en 1960 son ouvrage sur les étapes de la croissance économique, où il décrit un passage en cinq phases, de la société traditionnelle à l'ère de la consommation de masse, avec un décollage central. Le schéma, très critiqué pour son caractère linéaire et occidentalocentré, reste une référence à discuter.
Alexander Gerschenkron publie en 1962 une thèse inverse. Les pays en retard ne répètent pas le chemin des premiers, ils empruntent des trajectoires différentes, avec un rôle accru des banques ou de l'État, et peuvent bénéficier d'un avantage du retard en adoptant directement les techniques éprouvées.
Paul Romer en 1986, Robert Lucas en 1988, Robert Barro en 1990, Philippe Aghion et Peter Howitt en 1992 fondent la croissance endogène. Romer est distingué en 2018, conjointement avec William Nordhaus pour l'intégration du climat dans l'analyse de la croissance.
Angus Maddison construit à partir des années 1990 des séries longues de produit par tête, poursuivies par le projet qui porte son nom. Elles sont la source la plus citée pour les comparaisons séculaires, avec les incertitudes propres aux reconstitutions historiques.
Robert Gordon publie en 2016 un ouvrage sur l'essor et le déclin de la croissance américaine. Les innovations de la deuxième révolution industrielle, électricité, moteur à combustion, eau courante, auraient eu des effets sans commune mesure avec ceux du numérique, d'où un ralentissement durable.
Faits, chiffres et repères historiques
Avant 1800, la croissance par tête est quasi nulle sur longue période à l'échelle mondiale. Les données de Maddison suggèrent que le produit par habitant mondial a été multiplié par un ordre de grandeur de dix à quinze entre 1820 et aujourd'hui, alors qu'il avait très peu progressé pendant les siècles précédents. C'est la rupture centrale du chapitre.
La première révolution industrielle commence en Grande-Bretagne dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, autour du textile, du charbon et de la machine à vapeur. Elle gagne la Belgique et la France au début du XIXe siècle, l'Allemagne et les États-Unis ensuite, le Japon après 1868. La croissance britannique du produit par tête au XIXe siècle est de l'ordre de 1 % par an, chiffre faible en apparence mais inédit dans la durée.
La deuxième révolution industrielle, à partir des années 1880, repose sur l'électricité, la chimie, le pétrole et le moteur à explosion. Elle déplace le leadership vers les États-Unis et l'Allemagne.
L'entre-deux-guerres est marqué par la crise de 1929. La production industrielle américaine chute d'environ 45 % entre 1929 et 1932.
Les Trente Glorieuses, expression forgée par Jean Fourastié dans son ouvrage de 1979, désignent la période 1945 à 1973. La croissance annuelle moyenne du PIB est de l'ordre de 5 % en France, autour de 6 % en Allemagne de l'Ouest, autour de 9 % au Japon. Les gains de productivité du travail français atteignent alors environ 5 % par an.
Le ralentissement commence avec les chocs pétroliers de 1973 et 1979. La croissance française passe à environ 2 % par an de 1974 à 2000, puis à environ 1 % par an depuis la crise de 2008. Les gains annuels de productivité du travail sont tombés sous 1 % dans la plupart des pays développés au cours des années 2010, source OCDE.
Le rattrapage asiatique est le fait majeur de la fin du XXe siècle. Le Japon, puis les quatre dragons, Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour, puis la Chine à partir des réformes de 1978. Celle-ci connaît une croissance proche de 10 % par an entre 1980 et 2010, ce qui a sorti plusieurs centaines de millions de personnes de la pauvreté extrême selon la Banque mondiale. Son rythme est revenu vers 5 % au début des années 2020.
Effort de recherche. Les dépenses intérieures de recherche et développement représentent environ 2,2 % du PIB en France, plus de 3 % en Allemagne, environ 3,5 % aux États-Unis et près de 5 % en Corée du Sud, source OCDE, années récentes. L'objectif européen fixé à Lisbonne en 2000 était de 3 % du PIB. L'écart entre cet objectif et les réalisations françaises est un exemple à mobiliser.
Robert Solow formule en 1987 un constat resté célèbre sous le nom de paradoxe de la productivité, selon lequel on voyait des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de productivité. Le débat s'est déplacé mais n'est pas clos.
Débats et controverses
Le premier débat oppose croissance exogène et croissance endogène, et il a des enjeux de politique économique immédiats. Si le progrès technique est exogène, la politique publique ne modifie que le niveau de revenu. S'il est endogène, elle modifie le taux de croissance, ce qui justifie un effort durable en éducation et en recherche.
Le deuxième débat porte sur la convergence. La convergence conditionnelle est bien documentée à l'intérieur de groupes de pays comparables, mais on observe aussi des trajectoires de divergence, notamment pour une partie de l'Afrique subsaharienne, et des trappes à revenu intermédiaire. Le rattrapage n'est donc ni automatique ni garanti.
Le troisième débat porte sur le ralentissement de la productivité. Trois explications s'opposent. L'épuisement des innovations vraiment transformatrices, thèse de Gordon. Le retard de diffusion, les effets du numérique n'apparaissant qu'après une réorganisation profonde, thèse défendue notamment par Erik Brynjolfsson. La mauvaise mesure, de nombreux services numériques gratuits n'étant pas comptabilisés. Les trois peuvent jouer simultanément.
Le quatrième débat porte sur croissance et inégalités. Simon Kuznets propose en 1955 une courbe en cloche, les inégalités augmentant puis diminuant avec le développement. Thomas Piketty, dans son ouvrage de 2013, conteste ce schéma et documente une remontée des inégalités depuis les années 1980.
Le cinquième débat porte sur la soutenabilité, traité en détail dans un chapitre ultérieur. Le rapport commandé au Club de Rome et publié en 1972 annonce des limites physiques à la croissance. Les partisans du découplage opposent les gains d'efficacité et le progrès technique. Le débat porte aujourd'hui sur le caractère absolu ou seulement relatif de ce découplage.
Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation
- Définir la croissance avec Perroux et la distinguer nettement de l'expansion et du développement. C'est la première phrase attendue.
- Opposer croissance extensive et intensive, puis montrer que seule la seconde élève durablement le niveau de vie par habitant.
- Exposer Solow 1956 en trois résultats, état stationnaire, effet de niveau du taux d'épargne, progrès technique exogène comme seule source durable, puis enchaîner sur la croissance endogène.
- Utiliser le résidu de Solow 1957 pour montrer que l'essentiel de la croissance n'est pas expliqué par l'accumulation de facteurs.
- Périodiser avec précision, révolution industrielle, deuxième révolution industrielle, Trente Glorieuses avec 5 % par an en France, ralentissement post 1973, croissance autour de 1 % depuis 2008.
- Opposer Rostow 1960 et Gerschenkron 1962 pour tout sujet sur le rattrapage, le premier linéaire, le second insistant sur la diversité des trajectoires.
- Piège fréquent : dire qu'un taux d'épargne plus élevé augmente la croissance de long terme dans le modèle de Solow. Il en augmente le niveau, pas le taux.
- Piège fréquent : confondre baisse du taux de croissance et baisse de la production. Une croissance qui ralentit reste une croissance.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Taux de croissance annuel moyen sur n années : on divise le niveau final par le niveau initial, on élève à la puissance 1 sur n, puis on retire 1. Diviser la variation totale par n donne un résultat faux.
- Passage de la valeur au volume : le taux en volume est à peu près égal au taux en valeur moins l'inflation. L'approximation ne vaut que pour de petits taux.
- Coefficient de capital : stock de capital divisé par la production. C'est l'inverse de la productivité moyenne du capital.
- Fonction de production Cobb-Douglas : production égale A fois K puissance α fois L puissance (1 − α). α représente la part des revenus du capital dans le revenu, autour de 0,3 dans les pays développés.
- Rendements d'échelle constants : doubler tous les facteurs double la production. Rendements factoriels décroissants : chaque unité supplémentaire d'un seul facteur rapporte moins que la précédente.
- Comptabilité de la croissance : g(Y) = α × g(K) + (1 − α) × g(L) + g(PGF). Le dernier terme est obtenu par différence.
- Approfondissement du capital : hausse du capital par travailleur. Il explique une partie des gains de productivité du travail, pas leur totalité.
- Dynamique de Solow : la variation du capital par tête k est égale à s × f(k) − (n + δ) × k, avec s le taux d'épargne, n la croissance démographique et δ le taux de dépréciation.
- Règle d'or, formulée par Edmund Phelps en 1961 : c'est le taux d'épargne qui maximise la consommation par tête à l'état stationnaire. Avec une Cobb-Douglas, il est égal à α.
- Convergence β : les pays pauvres croissent plus vite que les riches. Convergence σ : la dispersion des revenus par tête diminue. La première est nécessaire à la seconde mais ne suffit pas.
- Taux garanti et taux naturel chez Harrod et Domar : le premier vaut s divisé par v, le second vaut n plus le taux de progrès de la productivité du travail.
- Bien non rival : l'usage par l'un n'empêche pas l'usage par l'autre. Cela produit des rendements croissants au niveau agrégé, même avec des rendements constants dans chaque firme.
- Rente d'innovation : profit temporaire du monopole que l'innovateur obtient par le brevet ou par son avance. C'est l'incitation qui finance la recherche chez Aghion et Howitt.
- Capacités sociales, notion de Moses Abramovitz en 1986 : éducation, institutions et organisation qui permettent à un pays en retard d'absorber les techniques des leaders.
- Innovation à la frontière et imitation : loin de la frontière technologique, on croît en copiant. Près d'elle, il faut innover, ce qui exige des institutions différentes.
- Écart de production : différence entre PIB effectif et PIB potentiel. Elle sert à séparer les fluctuations conjoncturelles de la tendance.
Chaînes de raisonnement
Pourquoi l'accumulation seule s'épuise. Chaque unité de capital supplémentaire par travailleur rapporte moins que la précédente, puisque les rendements factoriels sont décroissants. L'investissement nécessaire pour simplement entretenir le capital et équiper les nouveaux actifs croît, lui, proportionnellement au stock. Il arrive donc un point où toute l'épargne sert à maintenir le capital par tête, et la croissance par tête s'arrête.
Pourquoi le taux d'épargne n'agit que sur le niveau. Une hausse de s déplace vers le haut la courbe d'investissement par tête et repousse l'état stationnaire vers la droite. Pendant la transition, la croissance par tête est positive, puis elle revient à zéro au nouveau point d'équilibre. Le revenu par tête est plus élevé, mais son taux de croissance de long terme n'a pas changé.
Du résidu à la croissance endogène. La décomposition de Solow laisse inexpliquée une part importante de la croissance. Si ce résidu vient de la recherche, de l'éducation ou des infrastructures, ce sont des activités qui coûtent et que des agents choisissent de financer. Il faut donc les modéliser comme des décisions économiques, ce qui rend le progrès technique endogène et sensible aux politiques publiques.
Du non rival aux rendements croissants. Une idée produite une fois peut servir à toutes les unités de production sans être réinventée. La production augmente donc plus que proportionnellement quand on accroît à la fois les facteurs et le stock d'idées. Le marché sous-investit alors en recherche, car l'innovateur ne capte pas toutes les retombées de son idée, ce qui justifie une intervention publique.
De l'innovation au cycle. Une innovation majeure procure une rente et attire des imitateurs, ce qui déclenche une vague d'investissement. La diffusion fait disparaître la rente, la concurrence comprime les marges et les techniques anciennes sont déclassées. L'essoufflement de la grappe produit un ralentissement, jusqu'à la vague suivante.
Pourquoi le rattrapage est conditionnel. Un pays pauvre a peu de capital par tête, donc un rendement marginal élevé, et il peut importer des techniques déjà éprouvées. Mais ces avantages ne jouent que si l'épargne, l'éducation et les institutions permettent d'investir et d'absorber. Sans ces capacités sociales, l'écart peut se creuser, et c'est la divergence observée pour une partie des pays.
Pourquoi l'instabilité chez Harrod. Les facteurs y sont complémentaires, avec un coefficient de capital fixe, et l'investissement dépend des anticipations de demande. Si les entrepreneurs investissent plus que ce que le taux garanti exige, la demande dépasse l'offre, ce qui les pousse à investir encore davantage. L'écart s'auto-entretient au lieu de se corriger, d'où l'image du fil du rasoir.
Exemples et références à connaître
- Nicholas Crafts, dans les années 1980, a révisé à la baisse la croissance britannique pendant la révolution industrielle. L'industrialisation apparaît plus graduelle qu'on ne le croyait. C'est l'argument à citer contre l'image d'un décollage brutal à la Rostow.
- Robert Allen, en 2009, explique la précocité britannique par des salaires élevés et un charbon bon marché, qui rendaient la mécanisation rentable. C'est une explication par les prix relatifs des facteurs.
- Kenneth Pomeranz, en 2000, parle de grande divergence : vers 1750, les régions avancées de Chine et d'Europe auraient été comparables. Le charbon et les ressources coloniales expliqueraient l'écart ultérieur. La thèse reste discutée.
- Joel Mokyr insiste sur la culture scientifique et technique des Lumières comme condition de la croissance soutenue. Le prix de la Banque de Suède 2025 lui a été attribué, conjointement avec Philippe Aghion et Peter Howitt, pour l'analyse de la croissance tirée par l'innovation.
- Daron Acemoglu, Simon Johnson et James Robinson, dans un article de 2001 sur les origines coloniales du développement, puis Acemoglu et Robinson seuls dans un ouvrage de 2012, opposent institutions inclusives et institutions extractives. Les trois ont reçu le prix en 2024. C'est la référence obligatoire pour le rôle des institutions.
- Jean-Jacques Carré, Paul Dubois et Edmond Malinvaud, en 1972, décomposent la croissance française d'après-guerre. Une large part n'y est pas expliquée par la seule quantité de facteurs. C'est l'équivalent français du résultat de Solow.
- Paul Krugman en 1994 et Alwyn Young en 1995 montrent que la croissance des dragons asiatiques s'explique surtout par l'accumulation de capital et de travail, avec une PGF modeste. C'est un débat à connaître sur la nature extensive du miracle asiatique.
- Gregory Mankiw, David Romer et David Weil, en 1992, ajoutent le capital humain au modèle de Solow. Cette version augmentée rend compte d'une large part des écarts de revenu entre pays. Elle montre qu'on peut prolonger Solow sans passer à la croissance endogène.
- La Corée du Sud et le Ghana avaient un revenu par tête d'un ordre de grandeur voisin au début des années 1960, et l'écart est aujourd'hui considérable. C'est l'illustration classique de la convergence conditionnelle.
- L'Argentine figurait parmi les pays au revenu par tête le plus élevé au début du XXe siècle, puis elle a décroché durablement. Elle montre que le statut de pays riche n'est pas acquis.
Techniques
Calculer et comparer des taux
Réflexe : toujours raisonner en taux composés. Un PIB qui passe de 100 à 150 en vingt ans croît de 1,5 puissance 1/20 moins 1, soit environ 2,05 % par an, et non 2,5 %. Pour cumuler, on multiplie. Une croissance de 5 % par an pendant vingt-huit ans, de 1945 à 1973, multiplie le PIB par 1,05 puissance 28, soit presque 4. La règle des soixante-dix sert de contrôle rapide. Une Chine à 10 % par an pendant trente ans double environ tous les sept ans, soit une multiplication par dix-sept environ.
Faire une comptabilité de la croissance
Réflexe en trois temps. On écrit la formule, on calcule la contribution de chaque facteur, puis on obtient le résidu par différence. Mini-exemple : croissance du PIB 2,5 %, du capital 3 %, du travail 0,5 %, α égal à 0,4. Le capital contribue pour 0,4 × 3, soit 1,2 point. Le travail contribue pour 0,6 × 0,5, soit 0,3 point. La PGF vaut 2,5 moins 1,5, soit 1 point, c'est-à-dire 40 % de la croissance. On conclut en rappelant que ce résidu mesure aussi les erreurs de mesure.
Lire un graphique de long terme
Sur une échelle logarithmique, une croissance à taux constant apparaît comme une droite, et la pente mesure le taux. Une cassure de pente signale une rupture de rythme, par exemple en 1973. Sur une échelle arithmétique, une croissance régulière ressemble à une accélération, ce qui trompe. Avec des indices base 100, on compare des évolutions, jamais des niveaux. Un pays à l'indice 300 n'est pas forcément plus riche qu'un pays à l'indice 150 : il a seulement vu son niveau tripler depuis l'année de base, quand l'autre a vu le sien multiplié par 1,5.
Le schéma bilan du modèle de Solow
En abscisse, le capital par tête k. On trace la courbe concave f(k), puis en dessous la courbe s × f(k), et enfin la droite (n + δ) × k. L'intersection des deux dernières donne k étoile. À gauche de ce point, l'investissement dépasse le besoin d'entretien et k augmente. À droite, il diminue. Une hausse de s relève la courbe d'investissement. Une hausse de n rend la droite plus pentue et réduit k étoile. Le progrès technique déplace f(k) vers le haut, de façon continue.
Construire une dissertation sur la croissance
Deux gabarits reviennent. Pour un sujet sur les causes, on part des facteurs, puis on montre les limites de l'accumulation, puis on endogénéise le progrès technique et on ouvre sur les institutions. Pour un sujet historique, on périodise en trois temps, et chaque partie mobilise au moins un modèle. Mini-exemple : « La croissance est-elle une affaire de capital ? » Première partie, l'accumulation, de Smith à Harrod et Domar. Deuxième partie, les rendements décroissants et le résidu de Solow. Troisième partie, un capital élargi, humain, public et immatériel, qui réconcilie les deux points de vue.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 2. L'état stationnaire du modèle de Solow
Classiques de khôlle et concours · Exercice chiffré de khôlle
La fonction de production est Y égale racine carrée de K × L, donc le produit par tête vaut racine de k. Le taux d'épargne est de 20 %, la croissance démographique de 2 % et la dépréciation de 8 %. Déterminer l'état stationnaire, puis l'effet d'un taux d'épargne de 30 %, puis le taux de la règle d'or.
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Étape 1, écrire la condition d'état stationnaire : 0,2 × √k = 0,1 × k. Étape 2, résoudre. En divisant par √k, on obtient √k = 2, donc k étoile vaut 4, y étoile vaut 2 et la consommation par tête vaut 0,8 × 2, soit 1,6. Étape 3, avec s égal à 0,3, on trouve √k = 3, donc k vaut 9, y vaut 3 et la consommation par tête vaut 2,1. Étape 4, le niveau a augmenté de moitié, mais dans les deux cas la croissance par tête de long terme est nulle. Étape 5, la règle d'or est atteinte pour s égal à α, soit 0,5. Alors √k = 5, k vaut 25, y vaut 5, et la consommation vaut 5 moins 0,1 × 25, soit 2,5. Au-delà de ce taux, épargner davantage réduit la consommation. Point où l'on se trompe : confondre le maximum du revenu par tête, qui croît toujours avec s, et le maximum de la consommation par tête.
Sujet 5. La révolution industrielle, rupture ou continuité ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, la rupture : sortie du régime malthusien, croissance par tête soutenue pour la première fois, nouvelles sources d'énergie. Deux, la continuité : révision des taux par Crafts, croissance lente de l'ordre de 1 % par tête, héritage de la révolution agricole et du commerce. Trois, une rupture de régime plutôt que d'intensité. Ce qui change, c'est la durabilité de la croissance, expliquée par les prix relatifs selon Allen, par la culture scientifique selon Mokyr et par les ressources selon Pomeranz. On termine sur la diffusion décalée, de la Belgique au Japon.
Sujet 6. Faut-il épargner pour croître ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, oui dans les modèles d'accumulation : chez Harrod et Domar le taux garanti est proportionnel à s, et chez Solow l'épargne élève le niveau de revenu. Deux, mais ses effets sont bornés : absence d'effet de taux chez Solow, épargne excessive au-delà de la règle d'or, et chez Keynes risque d'une insuffisance de la demande à court terme. Trois, ce qui compte est l'usage de l'épargne : investissement en capital humain, en recherche et en infrastructures dans les modèles endogènes. Exemple : l'épargne très élevée de la Chine a porté sa croissance, puis elle bute sur un rendement décroissant de l'investissement.
Sujet 1. Quelles sont les sources de la croissance économique ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP
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Accroche : un revenu par tête mondial multiplié par plus de dix en deux siècles, après des siècles de stagnation. Problématique : la croissance vient-elle de l'accumulation de ressources ou de la manière de les utiliser ?
I. L'accumulation des facteurs, source première mais limitée. Division du travail chez Smith, accumulation chez Marx et Harrod-Domar. Croissance extensive des débuts de l'industrialisation et du miracle asiatique selon Young. Limite : les rendements décroissants chez Ricardo puis chez Solow.
II. Le progrès technique, source durable mais longtemps inexpliquée. Résultat de Solow en 1957, confirmé en France par Carré, Dubois et Malinvaud. Grappes d'innovations chez Schumpeter. Mais un résidu n'est pas une explication.
III. Des sources endogènes et institutionnelles. Romer, Lucas, Barro, Aghion et Howitt. Institutions chez Acemoglu et Robinson, culture scientifique chez Mokyr. Conclusion : les facteurs, la technique et les institutions sont complémentaires, pas concurrents.
Sujet 3. D'où vient le ralentissement ?
Autres exercices · Exercice de comptabilité de la croissance
Énoncé reformulé, avec des données stylisées et non officielles. Période A : PIB 5 %, capital 5 %, travail 0,5 %. Période B : PIB 1 %, capital 1,5 %, travail 0,5 %. On prend α égal à 0,3. Identifier l'origine du ralentissement.
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Étape 1, période A. Contribution du capital 1,5 point, du travail 0,35 point, PGF 3,15 points. Étape 2, période B. Capital 0,45 point, travail 0,35 point, PGF 0,2 point. Étape 3, le PIB perd 4 points, dont 1,05 point par le capital et 2,95 points par la PGF. Étape 4, interpréter. Le ralentissement est d'abord un effondrement du résidu, ce qui renvoie au débat entre Gordon, Brynjolfsson et la mauvaise mesure. Point où l'on se trompe : conclure au progrès technique sans rappeler que la PGF contient aussi des effets de composition et des erreurs de mesure.
Sujet 4. Les pays en retard sont-ils condamnés à rattraper les pays avancés ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet HEC
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Problématique : le rattrapage est-il une loi de la croissance ou le produit de conditions particulières ?
I. Des forces qui poussent au rattrapage. Rendement élevé du capital chez Solow, avantage du retard chez Gerschenkron, trajectoires du Japon, des dragons et de la Chine. Convergence conditionnelle démontrée à l'intérieur des groupes de pays comparables.
II. Un rattrapage ni automatique ni linéaire. Absence de convergence absolue, divergence d'une partie de l'Afrique subsaharienne, cas argentin, trappe à revenu intermédiaire. Critique du schéma de Rostow. Capacités sociales chez Abramovitz.
III. Des stratégies à adapter selon la distance à la frontière. L'imitation convient loin de la frontière, mais il faut innover quand on s'en approche. Rôle des institutions, de l'éducation et de l'ouverture. Ouverture vers le chapitre sur les stratégies de développement.
Sujet 7. Analyse de documents : la croissance française depuis 1950
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Documents types : un tableau des taux de croissance par décennie et une courbe de productivité horaire. Méthode : présenter source, champ et unité, puis périodiser, puis expliquer, puis nuancer. Arguments attendus : croissance de l'ordre de 5 % jusqu'en 1973, rattrapage des États-Unis et plan Marshall. Environ 2 % jusqu'en 2000, chocs pétroliers et hausse du chômage. Environ 1 % depuis 2008, avec des gains de productivité inférieurs à 1 %. Nuance : la croissance par tête diffère de la croissance totale quand la population augmente, et un taux qui baisse ne signifie pas une production qui baisse.
Erreurs fréquentes
- Calculer un taux annuel moyen par une moyenne arithmétique. Sur longue période, l'écart devient considérable, et il fausse toutes les comparaisons.
- Identifier la PGF au progrès technique. Elle mesure tout ce qui n'est pas la quantité de facteurs, erreurs de mesure et réallocations sectorielles comprises.
- Prêter à Harrod et Domar des facteurs substituables. Leur coefficient de capital est fixe, et c'est précisément ce qui rend la croissance instable. Solow rétablit la stabilité par la substitution.
- Parler de convergence sans préciser laquelle. Absolue ou conditionnelle, β ou σ, entre tous les pays ou à l'intérieur d'un club : sans cette précision, l'argument est faux ou vide.
- Présenter Rostow comme une description valable pour tous les pays. Un correcteur attend la discussion par Gerschenkron et par les révisions historiques.
- Comparer des productivités par tête entre pays dont la durée du travail diffère. La France et les États-Unis ont des productivités horaires proches, mais des productivités par tête nettement différentes.
Fiche rédigée à partir du programme officiel d'ESH (2021), module 2 « Croissance et développement », partie 2.1 « La croissance et le développement depuis le XIXe siècle », point 2.1.1. Elle présente les caractéristiques de la croissance depuis la révolution industrielle, en montrant que tous les pays ne sont pas concernés en même temps ni avec la même intensité, et les principaux modèles d'analyse de la croissance.