La fiche de cours
Résumé en cinq points
-
La croissance est quantitative et réversible, le développement est qualitatif, structurel et cumulatif. La première est nécessaire au second sans le garantir.
-
Mesurer suppose choisir. PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat pour la richesse, IDH pour les accomplissements, Gini et parts de revenu pour la répartition. Tout indicateur porte un jugement de valeur.
-
Trois familles d'explication du sous-développement. Le retard rattrapable, de Rostow à Gerschenkron. Les seuils et les cercles vicieux, de Nurkse à Hirschman. La dépendance structurelle, de Prebisch à Wallerstein. Sen ajoute la lecture par les capabilités.
-
Les faits montrent une divergence de très long terme depuis 1800, puis depuis les années 1990 un rattrapage des grands émergents accompagné d'une hausse des inégalités internes, ce que résume la courbe de l'éléphant.
-
Les stratégies se jugent à leurs résultats. La substitution d'importations a créé une industrie sans compétitivité, la promotion des exportations est-asiatique a réussi grâce à un État sélectif et à l'éducation, l'ajustement structurel a stabilisé au prix d'un coût social lourd.
Pourquoi ce chapitre
Le chapitre précédent a montré que la croissance moderne démarre avec la révolution industrielle. Celui-ci pose la question suivante. Pourquoi cette croissance n'a-t-elle pas touché tous les pays en même temps ni avec la même intensité, et que peuvent faire les pays en retard.
Il est central pour trois raisons. Il fournit l'outillage de mesure, PIB par habitant, IDH, indice de Gini, utile dans presque tous les sujets des deux années. Il oblige à distinguer croissance et développement, distinction qui peut structurer une dissertation entière. Il est le lieu d'un débat classique entre lecture libérale du rattrapage et lecture structuraliste de la dépendance.
En dissertation, il alimente les sujets du type « la croissance suffit-elle au développement », « le sous-développement est-il un retard ou un blocage », « les inégalités de développement se réduisent-elles ». En colle, on attend une mesure rigoureuse, au moins trois stratégies de développement datées et incarnées par des pays, et un auteur par position théorique.
Notions et mécanismes
Croissance et développement
La croissance économique est l'augmentation soutenue, sur une période longue, d'un indicateur de dimension, en pratique le produit intérieur brut en volume. C'est un phénomène quantitatif et réversible.
Le développement désigne l'ensemble des transformations mentales, institutionnelles et sociales d'une population qui la rendent capable d'accroître durablement son produit réel. François Perroux, en 1961, insiste sur ce caractère cumulatif. Le développement est qualitatif, structurel et beaucoup plus lent.
Conséquence logique. La croissance est une condition nécessaire mais non suffisante du développement. Un pays peut connaître une forte croissance tirée d'une rente pétrolière sans transformation de ses structures sanitaires ou éducatives. On parle alors de croissance sans développement.
Mesurer le développement
Le PIB par habitant est le premier indicateur. Pour comparer des pays, on le convertit en parité de pouvoir d'achat, à un taux corrigé des différences de niveau de prix. Sans cette correction, le niveau de vie des pays pauvres est sous-estimé, car les biens non échangeables y sont bon marché.
Le PIB par habitant a trois limites. Il ne déduit pas les destructions d'actifs naturels ni les dépenses de réparation des dégâts. Il ignore la production non marchande, travail domestique et bénévolat. Il ne dit rien de la répartition, puisque c'est une moyenne. Le rapport remis en 2009 par la commission présidée par Joseph Stiglitz, avec Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi, a systématisé ces critiques et recommandé un tableau de bord plutôt qu'un indicateur unique.
L'indice de développement humain, construit par le Programme des Nations unies pour le développement à partir de 1990, sous l'impulsion de Mahbub ul Haq et avec l'appui d'Amartya Sen, combine trois dimensions. La santé, par l'espérance de vie à la naissance. L'éducation, par la durée moyenne de scolarisation des adultes et la durée attendue pour les enfants. Le niveau de vie, par le revenu national brut par habitant en parité de pouvoir d'achat, pris en logarithme pour traduire l'utilité marginale décroissante du revenu. L'indice varie entre 0 et 1.
L'IDH a lui aussi des limites. Il ignore les inégalités internes, d'où la création en 2010 d'un IDH ajusté aux inégalités. Il ignore les libertés politiques et l'environnement. Ses pondérations sont conventionnelles, donc discutables. Le PNUD publie en complément un indice de pauvreté multidimensionnelle et un indice d'inégalité de genre.
Point important. Tout indicateur de développement incorpore un jugement de valeur. Choisir l'espérance de vie et la scolarisation, c'est décider que la santé et l'instruction sont des fins. Les inégalités de développement sont donc évaluées à l'aune d'un modèle implicite, celui des pays capitalistes avancés.
Mesurer les inégalités
La courbe de Lorenz classe la population par revenu croissant et représente la part cumulée du revenu détenue par la part cumulée de la population. Plus elle s'éloigne de la diagonale, plus la répartition est inégale. Le coefficient de Gini est le double de l'aire comprise entre la diagonale et cette courbe. Il vaut 0 en égalité parfaite et 1 en concentration totale. Ordre de grandeur, les pays d'Europe du Nord se situent autour de 0,25 à 0,30 pour le revenu disponible, la France autour de 0,29 selon l'INSEE, les États-Unis autour de 0,39 selon l'OCDE, l'Afrique du Sud au-dessus de 0,60 selon la Banque mondiale, ce qui en fait l'un des pays les plus inégalitaires du monde.
Le rapport interdécile D9 sur D1 compare le seuil des 10 % les plus aisés à celui des 10 % les plus modestes. En France il est de l'ordre de 3,5 pour le niveau de vie. Les parts de revenu du centile supérieur, calculées sur données fiscales, captent mieux le haut de la distribution que le Gini, peu sensible aux extrêmes.
Distinguer enfin trois questions. Les inégalités entre pays, mesurées par les écarts de PIB par habitant. Les inégalités au sein des pays. Les inégalités entre individus à l'échelle mondiale, qui combinent les deux.
Auteurs et théories de référence
Le développement comme séquence de rattrapage
Walt Whitman Rostow, en 1960, propose une lecture en cinq étapes, de la société traditionnelle à la consommation de masse, avec au centre le décollage, phase courte où le taux d'investissement s'élève nettement et où un secteur moteur entraîne le reste. Tous les pays suivraient la même trajectoire, avec un simple décalage dans le temps. La critique est évidente, cette linéarité efface les contextes coloniaux et les différences institutionnelles.
Alexander Gerschenkron, en 1962, renverse en partie la perspective. Le retard permet d'importer des technologies éprouvées et de sauter des étapes, mais il exige des substituts institutionnels au capital privé absent, les banques mixtes en Allemagne, l'État en Russie. Plus un pays démarre tard, plus son industrialisation est brutale et concentrée sur les biens d'équipement.
Le développement comme franchissement de seuils
Ragnar Nurkse formalise en 1953 le cercle vicieux de la pauvreté. Revenu faible, donc épargne faible, donc investissement faible, donc productivité faible, donc revenu faible. En sortir suppose un choc extérieur.
Paul Rosenstein-Rodan avait proposé dès 1943 la thèse du grand coup de pouce. Des investissements simultanés dans plusieurs secteurs créent des débouchés les uns pour les autres, alors qu'un investissement isolé échoue faute de marché. Albert Hirschman, en 1958, défend au contraire la croissance déséquilibrée. Les ressources étant rares, il faut concentrer l'effort sur quelques secteurs à forts effets d'entraînement et laisser les tensions ainsi créées appeler les investissements suivants.
Gunnar Myrdal ajoute l'idée de causalité circulaire cumulative. Les avantages initiaux s'auto-renforcent, si bien que le marché laissé à lui-même creuse les écarts régionaux plutôt qu'il ne les réduit.
Arthur Lewis, en 1954, modélise l'économie dualiste. Un secteur traditionnel à productivité marginale quasi nulle fournit une offre de travail illimitée au secteur moderne, à un salaire proche de la subsistance. Le profit du secteur moderne est réinvesti et absorbe peu à peu le surplus de main-d'œuvre. Le développement est ici un transfert de facteurs.
Le sous-développement comme relation
Raúl Prebisch et Hans Singer avancent, vers 1950, la thèse de la détérioration tendancielle des termes de l'échange. Le prix relatif des exportations primaires baisserait face aux produits manufacturés, du fait d'une élasticité revenu de la demande plus faible pour l'alimentaire et d'un partage des gains de productivité différent selon les marchés du travail. La conclusion politique est l'industrialisation protégée.
Immanuel Wallerstein, à partir de 1974, propose l'analyse du système-monde. Une économie-monde capitaliste unique se structure en centre, semi-périphérie et périphérie, la division internationale du travail reproduisant la hiérarchie. Samir Amin parle au même moment d'accumulation à l'échelle mondiale et de développement extraverti. Fernando Henrique Cardoso nuance avec l'idée d'un développement dépendant mais réel.
Leur mérite est de rappeler que le sous-développement n'est pas un retard chronologique mais une position dans un ensemble. Leur faiblesse est empirique, la réussite des économies d'Asie de l'Est, insérées dans le commerce mondial, contredit la thèse du blocage systématique.
Le développement comme liberté
Amartya Sen déplace la question. En 1985 puis en 1999, il définit les capabilités comme l'ensemble des modes de vie qu'une personne a réellement la possibilité de choisir. Un revenu n'a de valeur que par ce qu'il permet de faire, et le taux de conversion du revenu en accomplissements varie selon l'état de santé, le handicap, le genre ou l'environnement. Son travail de 1981 sur les famines montre qu'elles résultent souvent d'un effondrement des droits d'accès et non d'une pénurie physique, et qu'aucune famine de grande ampleur n'est survenue dans une démocratie dotée d'une presse libre. Ce cadre fonde l'IDH.
Douglass North insiste de son côté sur le rôle des institutions, définies comme les règles du jeu, dans la performance de long terme. Daron Acemoglu et James Robinson prolongent cette ligne en 2012 en opposant institutions inclusives et institutions extractives.
Faits, chiffres et repères historiques
Divergence de long terme. Les travaux d'histoire quantitative de Paul Bairoch et d'Angus Maddison convergent. Vers 1800, l'écart de niveau de vie moyen entre les régions les plus riches et les plus pauvres du monde était de l'ordre de un à deux. Deux siècles plus tard, il se compte en dizaines. Lant Pritchett a résumé ce processus en 1997 sous le nom de divergence à grande échelle.
Périodisation utile. Industrialisation européenne et nord-américaine au XIXe siècle. Rattrapage japonais à partir de l'ère Meiji, 1868. Décolonisation et stratégies volontaristes de 1945 à 1975. Choc de la dette et ajustement structurel dans les années 1980. Émergence chinoise et indienne depuis 1980 et 1990.
Pauvreté absolue. La Banque mondiale mesure l'extrême pauvreté par un seuil en parité de pouvoir d'achat, longtemps fixé à 1,90 dollar par jour puis relevé à 2,15 dollars en PPA de 2017, et réévalué depuis avec la mise à jour des prix internationaux. Ordre de grandeur robuste, la population en extrême pauvreté est passée d'environ 1,9 milliard de personnes au début des années 1990, soit plus du tiers de l'humanité, à un chiffre de l'ordre de 700 millions aujourd'hui, soit moins de 10 %. Cette baisse est très largement portée par l'Asie de l'Est. La Chine a fait sortir de l'extrême pauvreté un ordre de grandeur de 800 millions de personnes depuis la fin des années 1970. La pauvreté extrême se concentre désormais en Afrique subsaharienne, qui en rassemble environ 60 %.
Inégalités mondiales entre individus. Selon le rapport sur les inégalités mondiales de 2022, coordonné notamment par Lucas Chancel et Thomas Piketty, les 10 % les mieux dotés captent de l'ordre de la moitié du revenu mondial et les 50 % les moins dotés de l'ordre de 8 %. Les inégalités de patrimoine sont bien plus fortes que celles de revenu.
Courbe de l'éléphant. Branko Milanovic a montré en 2016, à partir d'enquêtes de ménages, que de 1988 à 2008 les gains de revenu réel ont été forts pour les classes moyennes des pays émergents et pour le sommet mondial, faibles pour les classes populaires et moyennes des pays riches. Deux mouvements coexistent donc, réduction des écarts entre pays et hausse des écarts au sein de nombreux pays.
Inégalités internes. Simon Kuznets propose en 1955 l'hypothèse d'une courbe en U inversé, les inégalités augmentant puis diminuant au cours du développement. Les séries longues rassemblées par Thomas Piketty en 2013 montrent une baisse des inégalités de revenu dans les pays développés entre 1914 et 1945, liée aux guerres, aux destructions de patrimoine et à la fiscalité, puis une remontée nette depuis 1980. La courbe de Kuznets n'a donc rien d'une loi.
Stratégies. Substitution d'importations en Amérique latine, du Brésil au Mexique, des années 1930 aux années 1970, avec protection tarifaire et industries lourdes. Résultat contrasté, une base industrielle réelle mais des marchés intérieurs étroits et des déséquilibres extérieurs. Promotion des exportations en Asie de l'Est, Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour, à partir des années 1960, avec sélection de secteurs, aides conditionnées à la performance à l'export et investissement massif dans l'éducation. La Corée du Sud, partie d'un revenu par habitant comparable à celui de pays africains, entre à l'OCDE en 1996. Ajustement structurel, à partir de 1980, autour des recommandations désignées en 1989 par John Williamson sous le nom de consensus de Washington, libéralisation, privatisation, discipline budgétaire. Joseph Stiglitz en a fait en 2002 une critique frontale, visant la standardisation des remèdes et leur séquençage.
Débats et controverses
Premier débat, convergence ou divergence. Le modèle de Solow, avec rendements décroissants du capital, prédit une convergence conditionnelle, les pays pauvres croissent plus vite à condition de partager les mêmes paramètres structurels. William Baumol montre en 1986 que la convergence s'observe à l'intérieur d'un club de pays avancés, pas au niveau mondial. Les modèles de croissance endogène de Paul Romer en 1986 et Robert Lucas en 1988, fondés sur les externalités de connaissance et le capital humain, admettent au contraire une divergence durable.
Deuxième débat, retard ou dépendance. Pour les uns, le sous-développement est un décalage temporel que de bonnes politiques comblent. Pour les autres, il est produit par l'insertion asymétrique dans l'économie mondiale. Les trajectoires asiatiques affaiblissent la thèse dure du blocage, mais la spécialisation primaire durable de nombreux pays africains et la volatilité des cours des matières premières lui donnent une part de raison.
Troisième débat, marché ou État. Ha-Joon Chang objecte en 2002 au consensus de Washington que les pays aujourd'hui riches se sont développés derrière des protections, et qu'ils retirent l'échelle après l'avoir gravie. Dani Rodrik défend une position intermédiaire, l'ouverture doit être dosée, séquencée et accompagnée d'institutions nationales.
Quatrième débat, croissance ou redistribution. Des travaux de l'OCDE et du FMI suggèrent que des inégalités trop fortes freinent la croissance, en limitant l'accès à l'éducation et en fragilisant la demande. La thèse inverse, ancienne, voit dans l'inégalité un aiguillon de l'épargne et de l'effort.
Cinquième débat, l'aide au développement. Jeffrey Sachs plaide pour un choc d'aide massif destiné à franchir les seuils. William Easterly conteste l'efficacité des grands plans. Esther Duflo et Abhijit Banerjee, distingués en 2019, déplacent la question vers l'évaluation expérimentale de dispositifs précis, ce qui leur vaut le reproche de traiter les symptômes plutôt que les structures.
Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation
-
Un plan type pour « croissance et développement ». La croissance est le moteur historique du développement, avec Rostow et les faits du XIXe siècle. Elle ne suffit pas, avec Sen et le décrochage de l'IDH par rapport au PIB dans les économies de rente. La qualité de la croissance et les institutions décident, avec North et Acemoglu.
-
Un plan type pour « les inégalités de développement se réduisent-elles ». Convergence entre pays depuis 1990, portée par l'Asie. Divergence persistante pour un groupe de pays et hausse des inégalités internes. Dépendance du diagnostic à l'indicateur retenu, Gini entre pays, Gini mondial entre individus, IDH.
-
Trois stratégies à opposer avec dates et pays. Substitution d'importations en Amérique latine, promotion des exportations en Asie de l'Est, ajustement structurel des années 1980.
-
Un quatuor d'auteurs minimal. Rostow pour l'étapisme, Gerschenkron pour les avantages du retard, Prebisch et Wallerstein pour la dépendance, Sen pour les capabilités.
-
Trois chiffres sûrs. Extrême pauvreté d'environ 1,9 milliard au début des années 1990 à de l'ordre de 700 millions aujourd'hui, Banque mondiale. Les 10 % les mieux dotés captent environ la moitié du revenu mondial, rapport sur les inégalités mondiales 2022. Écart de niveau de vie d'environ un à deux vers 1800 contre plusieurs dizaines aujourd'hui, Bairoch et Maddison.
-
Un exemple graphique, la courbe de l'éléphant de Milanovic, qui tient en une image les deux mouvements contradictoires.
-
Pièges à éviter. Confondre inégalités entre pays et inégalités mondiales entre individus. Traiter l'IDH comme un indicateur neutre. Utiliser des PIB par habitant non convertis en parité de pouvoir d'achat. Présenter la courbe de Kuznets comme une loi vérifiée.
-
Réflexe de copie. Toute affirmation quantitative est datée et rattachée à une source.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Parité de pouvoir d'achat : taux de conversion qui égalise le prix d'un même panier dans deux pays. Il diffère du taux de change de marché, surtout pour les pays pauvres.
- Effet Balassa-Samuelson : dans les pays pauvres, les services non échangeables sont bon marché. Le taux de change de marché sous-estime donc leur niveau de vie.
- Indice de dimension de l'IDH : (valeur observée moins minimum) divisé par (maximum moins minimum), ce qui donne un nombre entre 0 et 1.
- Agrégation de l'IDH : moyenne géométrique des trois indices depuis la réforme de 2010. Avant, c'était une moyenne arithmétique. Le passage au géométrique limite la compensation entre dimensions.
- Convergence absolue : les pays pauvres croissent plus vite quelles que soient leurs caractéristiques. Convergence conditionnelle : ils croissent plus vite à structures comparables.
- Bêta-convergence : relation négative entre niveau initial et croissance ultérieure. Sigma-convergence : baisse de la dispersion des niveaux dans le temps.
- Termes de l'échange : indice des prix à l'exportation divisé par indice des prix à l'importation, fois 100. Termes de l'échange revenu : même indice multiplié par l'indice du volume exporté.
- Syndrome hollandais : un boom d'exportation de ressources apprécie le change réel et évince l'industrie exportatrice.
- Malédiction des ressources : corrélation négative, observée sur certaines périodes, entre abondance en ressources naturelles et croissance de long terme.
- Rente : revenu tiré d'une position ou d'une ressource, sans lien avec un effort productif. Elle nourrit les institutions extractives.
- Point de Lewis : moment où le surplus de main-d'œuvre rurale est épuisé. Les salaires du secteur moderne commencent alors à monter.
- Piège à revenu intermédiaire : ralentissement de pays qui ont épuisé l'avantage des bas salaires sans atteindre la frontière technologique.
- Remontée des filières : passage d'activités d'assemblage à des activités plus intensives en capital, en technologie et en qualification.
- Capital humain : stock de compétences incorporées aux individus, facteur central de la croissance endogène et du miracle est-asiatique.
- Conditionnalité : contreparties de politique économique exigées par le FMI ou la Banque mondiale en échange d'un prêt.
Chaînes de raisonnement
Pourquoi la PPA change le classement. Un coiffeur ou un repas coûtent beaucoup moins cher en Inde qu'en France, car les salaires y sont plus bas. Convertir le PIB au taux de change de marché valorise ces services aux prix indiens, mais sans corriger le fait qu'on en achète davantage avec un dollar. La PPA corrige ce biais et rapproche les niveaux de vie mesurés, sans les égaliser.
Du boom des ressources à la désindustrialisation. Les recettes d'exportation affluent et apprécient la monnaie. Les exportations industrielles perdent leur compétitivité et les importations deviennent bon marché. Le secteur manufacturier recule, alors qu'il était le lieu des gains de productivité et des effets d'apprentissage.
Pourquoi la substitution d'importations s'essouffle. La protection permet de produire localement des biens de consommation simples. Mais elle impose d'importer des machines, ce qui creuse le déficit extérieur. Les marchés intérieurs étroits empêchent les économies d'échelle, et l'absence de concurrence ne pousse pas à innover.
Pourquoi la promotion des exportations a réussi en Asie de l'Est. Le marché mondial offre des débouchés que le marché intérieur n'offre pas. La concurrence internationale sert de test de performance et discipline les entreprises aidées. L'éducation de masse fournit une main-d'œuvre capable d'absorber des technologies importées et de remonter les filières.
De la baisse de la pauvreté à la hausse possible des inégalités. Une croissance rapide élève tous les revenus, y compris les plus bas. Mais si les revenus du haut croissent plus vite, le Gini monte. Pauvreté absolue et inégalité relative peuvent donc évoluer en sens opposés, comme en Chine depuis les années 1980.
De l'ajustement structurel au coût social. La dévaluation renchérit les importations, les coupes budgétaires réduisent les dépenses de santé et d'éducation, la libéralisation fait disparaître des entreprises protégées. La stabilisation macroéconomique est parfois obtenue. Mais l'investissement public et le capital humain reculent, ce qui peut compromettre la croissance future.
Exemples et références à connaître
- Corée du Sud et Ghana vers 1960. Revenus par habitant d'un ordre de grandeur comparable, trajectoires radicalement divergentes ensuite. C'est l'exemple le plus rapide pour montrer que le sous-développement n'est pas une fatalité géographique.
- Kerala. Cet État indien a une espérance de vie et une alphabétisation élevées pour un revenu modeste. Jean Drèze et Amartya Sen l'utilisent pour montrer que l'action publique peut produire du développement humain sans attendre la croissance.
- Guinée équatoriale. Revenu par habitant élevé grâce au pétrole, IDH nettement en retrait de ce que ce revenu laisserait attendre. C'est le cas type de croissance sans développement.
- Botswana. Pays riche en diamants, parmi les croissances les plus rapides au monde pendant plusieurs décennies après l'indépendance de 1966. Acemoglu, Johnson et Robinson l'expliquent par des institutions relativement inclusives. C'est le contre-exemple de la malédiction des ressources.
- Pays-Bas après la découverte du gisement gazier de Groningue en 1959. Le syndrome hollandais tire son nom de ce cas.
- Chine à partir de 1978. Réformes graduelles sous Deng Xiaoping, zones économiques spéciales dont Shenzhen en 1980, ouverture ciblée et contrôlée. C'est une stratégie hybride qui n'entre dans aucune case pure.
- Inde en 1991. Crise de balance des paiements, puis libéralisation. Croissance tirée par les services plus que par l'industrie, ce qui interroge le schéma classique de Lewis.
- Rapport de la Banque mondiale de 1993 sur le miracle est-asiatique, face à Alice Amsden en 1989 et Robert Wade en 1990. Le rapport minimise le rôle de l'État, Amsden et Wade le placent au centre. Ce débat est parfait pour une troisième partie.
- Paul Krugman en 1994, s'appuyant sur Alwyn Young. La croissance asiatique serait surtout extensive, par accumulation de capital et de travail, avec peu de gains de productivité globale. C'est l'argument critique à connaître.
- Paul Collier en 2007, avec le « milliard d'en bas ». Il repère quatre pièges : conflits, ressources naturelles, enclavement, mauvaise gouvernance. C'est utile pour nuancer l'idée d'une convergence générale.
Techniques
Calculer un coefficient de Gini à partir d'une courbe de Lorenz simplifiée
On calcule l'aire sous la courbe par des trapèzes. Le Gini vaut 1 moins deux fois cette aire.
Mini-exemple. La moitié la plus pauvre de la population reçoit 20 % du revenu. La courbe passe par trois points : l'origine, le point d'abscisse 0,5 et d'ordonnée 0,2, et le point d'abscisse 1 et d'ordonnée 1. Premier trapèze : 0,5 fois (0 plus 0,2) divisé par 2, soit 0,05. Second trapèze : 0,5 fois (0,2 plus 1) divisé par 2, soit 0,30. L'aire vaut 0,35, donc le Gini vaut 1 moins 0,70, soit 0,30. Avec seulement deux groupes, ce Gini sous-estime l'inégalité réelle, car on ignore les écarts à l'intérieur de chaque groupe.
Calculer et lire un indice de dimension de l'IDH
On applique la normalisation entre bornes, puis on commente ce que la convention implique.
Mini-exemple. Avec des bornes de 20 et 85 ans pour l'espérance de vie, un pays à 72 ans obtient (72 moins 20) divisé par 65, soit 0,80. Pour le revenu, on applique la même formule aux logarithmes. Un gain de 1 000 dollars pèse donc beaucoup plus dans un pays pauvre que dans un pays riche. La moyenne géométrique pénalise ensuite un pays très déséquilibré entre dimensions.
Convertir en PPA et mesurer le temps de rattrapage
On convertit d'abord, puis on raisonne en taux de croissance différentiel. Le temps de doublement se calcule par la règle de 70 : 70 divisé par le taux de croissance en pourcentage.
Mini-exemple. Un revenu de 200 000 roupies par habitant vaut 2 500 dollars à 80 roupies par dollar, mais 8 000 dollars à un taux PPA de 25. Un pays A à 2 000 dollars qui croît de 6 % par an face à un pays B à 40 000 dollars qui croît de 1,5 % réduit l'écart relatif d'environ 4,4 % par an. Il faut donc environ 70 ans pour passer d'un rapport de 20 à l'égalité. La première année, A gagne 120 dollars et B en gagne 600. L'écart absolu se creuse alors que l'écart relatif se réduit.
Calculer des termes de l'échange
On divise l'indice des prix à l'exportation par l'indice des prix à l'importation, puis on distingue termes de l'échange nets et termes de l'échange revenu.
Mini-exemple. Les prix à l'exportation montent de 10 % et ceux à l'importation de 21 %. L'indice vaut 110 divisé par 121, fois 100, soit environ 90,9 : les termes de l'échange se sont dégradés d'environ 9 %. Si le volume exporté a augmenté de 20 %, les termes de l'échange revenu valent 0,909 fois 120, soit environ 109. Le pouvoir d'achat des exportations a donc progressé. C'est une nuance décisive face à la thèse de Prebisch.
Le schéma bilan des stratégies
Construire un tableau à quatre colonnes : stratégie, période et pays, instruments, bilan. Ajouter une ligne pour la voie chinoise hybride. Le schéma doit faire apparaître une idée : ce qui distingue les réussites n'est pas le degré d'ouverture seul, mais la capacité de l'État à discipliner les entreprises qu'il aide.
Le plan de dissertation sur ce chapitre
Deux gabarits reviennent. Sur une question de mesure, on montre ce que l'indicateur révèle, ce qu'il cache et le jugement de valeur qu'il porte. Sur une question de stratégie, on oppose les modèles, puis les faits, puis on dépasse l'opposition par les institutions et le séquençage.
Mini-exemple. « Faut-il s'ouvrir pour se développer ? » Première partie, l'ouverture a porté les réussites asiatiques. Deuxième partie, elle a souvent été précédée de protections et conditionnée, et une ouverture brutale a pu détruire des capacités productives. Troisième partie, la question pertinente est le dosage et le moment, avec Rodrik.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 2. Peut-on mesurer le développement ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Voir le corrigé
Plan attendu. Un, on mesure des dimensions : PIB par habitant en PPA, IDH, indice de pauvreté multidimensionnelle, avec la technique de normalisation. Deux, chaque mesure repose sur des conventions discutables : choix des dimensions, bornes, pondérations, logarithme du revenu, passage à la moyenne géométrique. L'exemple de la Guinée équatoriale montre que le classement change avec l'indicateur. Trois, mesurer, c'est choisir une conception du développement. Le PIB renvoie à l'utilité, l'IDH aux capabilités de Sen. Ces indicateurs laissent de côté les libertés politiques et la soutenabilité, ce qui ouvre sur le chapitre suivant. Conclusion : on mesure bien des accomplissements, pas le développement lui-même.
Sujet 4. Mesurer l'inégalité et le rattrapage
Classiques de khôlle et concours · Exercice chiffré de khôlle
Dans un pays, les 40 % les plus pauvres reçoivent 10 % du revenu, les 40 % suivants 30 %, les 20 % les plus riches 60 %. Calculer le Gini approché. Puis dire en combien de temps un pays croissant de 7 % par an double son revenu.
Voir le corrigé
Étape 1, placer les points cumulés : l'origine, puis le point d'abscisse 0,4 et d'ordonnée 0,1, le point d'abscisse 0,8 et d'ordonnée 0,4, enfin le point d'abscisse 1 et d'ordonnée 1. Étape 2, calculer les trapèzes. 0,4 fois 0,1 divisé par 2 donne 0,02. 0,4 fois 0,5 divisé par 2 donne 0,10. 0,2 fois 1,4 divisé par 2 donne 0,14. L'aire totale vaut 0,26. Étape 3, en déduire le Gini : 1 moins 0,52, soit 0,48. C'est un niveau élevé, proche de pays latino-américains. Étape 4, appliquer la règle de 70 : 70 divisé par 7, soit environ 10 ans pour doubler. Point où l'on se trompe : utiliser les parts non cumulées. Autre erreur fréquente : oublier le facteur 2 et annoncer 0,24.
Sujet 6. Les inégalités freinent-elles le développement ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Voir le corrigé
Plan attendu. Un, la thèse de l'inégalité féconde : épargne concentrée chez les plus riches, incitation à l'effort, courbe de Kuznets qui fait des inégalités une étape transitoire. Deux, la thèse inverse : sous-investissement éducatif des ménages pauvres faute d'accès au crédit, demande intérieure étroite, instabilité politique. Les travaux de l'OCDE et du FMI vont dans ce sens. Trois, le lien dépend de la nature des inégalités. Les inégalités de chances pèsent plus que les inégalités de résultats. Le contraste entre l'Amérique latine et l'Asie de l'Est, où des réformes agraires en Corée et à Taïwan ont précédé la croissance, l'illustre.
Sujet 7. Analyse de document : la courbe de l'éléphant
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Voir le corrigé
Méthode. Présenter d'abord la source, Milanovic, les enquêtes de ménages et la période 1988 à 2008. Préciser ensuite que l'abscisse est le rang dans la distribution mondiale et l'ordonnée le gain de revenu réel. Commenter enfin trois zones.
Lecture attendue. Le dos de l'éléphant correspond aux classes moyennes asiatiques, surtout chinoises, avec des gains forts. Le creux avant la trompe correspond aux classes populaires et moyennes des pays riches, avec des gains faibles. La trompe relevée correspond au sommet mondial. Conclusion : les écarts entre pays se réduisent, mais les inégalités au sein des pays riches progressent. Limites à signaler : il ne s'agit pas des mêmes individus d'une date à l'autre, et le résultat est sensible au poids de la Chine et à la période retenue.
Sujet 1. Le sous-développement est-il un retard ?
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
Accroche possible : l'écart de un à deux vers 1800 devenu un écart de plusieurs dizaines. Problématique : le mot « retard » suppose une trajectoire unique et un temps commun à tous les pays. Le sujet demande si l'on peut garder cette image.
I. La lecture du retard a une base réelle. Rostow et l'étapisme, le rattrapage japonais depuis Meiji, puis la Corée du Sud entrée à l'OCDE en 1996. Gerschenkron montre que le retard peut même être un avantage, grâce aux technologies importées.
II. Mais le retard peut être produit et entretenu. Cercle vicieux de Nurkse, causalité cumulative de Myrdal, spécialisation primaire et termes de l'échange avec Prebisch, position périphérique chez Wallerstein. Le piège de Collier montre des pays qui décrochent au lieu de suivre.
III. Le retard est surtout institutionnel et politique. North, Acemoglu et Robinson, contraste entre Botswana et d'autres pays riches en ressources. La notion de retard devient acceptable si l'on précise sur quoi porte le retard, et à l'aune de quel modèle, comme le demande le programme.
Sujet 3. L'ouverture commerciale est-elle une stratégie de développement ?
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
I. Oui, et les faits le suggèrent. Débouchés, économies d'échelle, transferts de technologie. Promotion des exportations en Corée et à Taïwan, ouverture chinoise par les zones économiques spéciales.
II. Mais les pays qui ont réussi ne sont pas des pays libre-échangistes. Protection éducatrice chez List, argument historique de Chang, État sélectif chez Amsden et Wade. L'ouverture brutale de l'ajustement structurel a pu désindustrialiser certains pays.
III. Tout est affaire de séquence et d'institutions. Rodrik et l'ouverture graduelle, l'importance du capital humain préalable, la discipline par la performance à l'export. Le bon critère n'est pas le taux d'ouverture, c'est la capacité à remonter les filières.
Sujet 5. L'État est-il indispensable au développement ?
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
I. Historiquement, l'État a joué un rôle central. Gerschenkron et les substituts institutionnels, le MITI japonais, les plans quinquennaux coréens à partir de 1962 et l'appui aux chaebols, le grand coup de pouce de Rosenstein-Rodan.
II. Mais l'État peut aussi bloquer le développement. Recherche de rente et inefficacités de la substitution d'importations, capture par des élites, institutions extractives. Le consensus de Washington naît de ces échecs et de la crise de la dette.
III. La question n'est pas plus ou moins d'État, mais quel État. Il doit être capable, ce qui passe par une administration compétente et une discipline imposée aux entreprises aidées. Il doit aussi être inclusif au sens d'Acemoglu et Robinson. L'État développeur est-asiatique n'est pas un modèle exportable tel quel.
Sujet 8. Les ressources naturelles sont-elles une chance pour le développement ?
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
I. Une chance a priori. Recettes d'exportation, financement de l'investissement sans endettement, exemples de la Norvège et du Botswana.
II. Une malédiction fréquente. Syndrome hollandais, volatilité des cours qui déstabilise les budgets publics, dégradation des termes de l'échange selon Prebisch, rente qui nourrit la corruption et les conflits selon Collier.
III. Tout dépend des institutions. Fonds souverains, transparence, diversification. La ressource amplifie la qualité des institutions plus qu'elle ne la détermine.
Erreurs fréquentes
- Conclure à une convergence parce que l'écart relatif se réduit, sans voir que l'écart absolu peut continuer de croître pendant des décennies. Il faut toujours préciser de quel écart on parle.
- Présenter l'Asie de l'Est comme la preuve des vertus du libre-échange. Les réussites coréenne et taïwanaise reposent sur un État sélectif, des protections temporaires et des réformes agraires.
- Confondre baisse de la pauvreté et baisse des inégalités. La Chine a réduit massivement l'extrême pauvreté tout en voyant son Gini augmenter.
- Calculer un Gini sur des parts non cumulées, ou oublier le facteur 2. Il faut aussi dire si l'on parle du revenu avant ou après redistribution, car l'écart est considérable en France.
- Utiliser la dégradation des termes de l'échange comme un fait établi. Elle dépend de la période et des produits : le boom des matières premières des années 2000 a même amélioré les termes de l'échange des exportateurs primaires. Par ailleurs, les termes de l'échange revenu peuvent progresser malgré une baisse des prix relatifs si le volume exporté augmente assez, comme dans le mini-exemple de la section 4.
Fiche rédigée à partir du programme officiel d'ESH (2021), module 2 « Croissance et développement », partie 2.1 « La croissance et le développement depuis le XIXe siècle », point 2.1.2 « Inégalités et stratégies de développement ». Elle suppose connu le chapitre sur la croissance économique et prépare celui sur la soutenabilité.