La fiche de cours
Résumé en cinq points
- Un écosystème associe un biotope et une biocénose délimités par l'observateur, sa diversité se mesure par la richesse spécifique, des indices d'abondance et d'équitabilité, et la diversité des groupes fonctionnels.
- Les relations interspécifiques modifient la valeur sélective des partenaires, réduisent la niche potentielle en niche réalisée et structurent l'écosystème.
- Le fonctionnement trophique repose sur des niveaux trophiques et des rendements de transfert faibles, de l'ordre de dix pour cent, d'où des pyramides d'énergie à base large.
- La matière y est recyclée par les minéralisateurs alors que l'énergie traverse le système et se dissipe en chaleur, ce qui impose un apport permanent.
- Les perturbations font évoluer les écosystèmes, dont la stabilité se décrit par la résistance et la résilience, et les successions combinent facilitation puis compétition jusqu'à un climax qui reste un équilibre dynamique.
Pourquoi ce chapitre
Le chapitre précédent traitait d'une population isolée. Celui-ci la replace dans son milieu et parmi les autres espèces. Il change donc d'objet, l'écosystème, ensemble formé par une biocénose et son biotope, ainsi que par toutes les interactions qui les lient.
Il réinvestit les types trophiques, le métabolisme, la nutrition des Angiospermes, l'organisation d'un Bovidé et d'une Fabacée, et prépare les cycles biogéochimiques, les sols et le changement climatique en deuxième année.
Deux traits sont à signaler d'emblée. L'écosystème est un ensemble circonscrit par un observateur, ses limites résultant d'un choix d'étude et non de la nature. Et beaucoup de ses notions sont liées aux activités de terrain, avec une exigence de méthode sur l'échantillonnage.
Notions et mécanismes
Biotope, biocénose et diversité
Le biotope est l'ensemble des composantes non vivantes du milieu, climat, sol, roche, eau, lumière. La biocénose est l'ensemble des populations de toutes les espèces présentes, y compris microbiennes, point souvent oublié alors que la biomasse microbienne est considérable.
La biocénose comporte trois niveaux de diversité. Une diversité intraspécifique, qui est la diversité génétique au sein de chaque population. Une diversité interspécifique, qui est la diversité des espèces. Une diversité de groupes fonctionnels.
Un groupe fonctionnel rassemble des espèces au rôle comparable dans l'écosystème, indépendamment de leur parenté. C'est une catégorie écologique et non phylogénétique, souvent polyphylétique. Dans une prairie, on distingue les graminées, les légumineuses fixatrices de diazote grâce à leurs symbiotes, et les autres plantes à fleurs. Cette diversité fonctionnelle conditionne le fonctionnement global.
La richesse spécifique est le nombre d'espèces recensées dans un espace donné. C'est la mesure la plus simple de la biodiversité, mais elle traite toutes les espèces de la même façon, qu'elles soient représentées par un individu ou par des milliers.
On complète par des indices de biodiversité tenant compte de l'abondance relative des espèces et de l'équitabilité, c'est-à-dire du caractère plus ou moins équilibré de la répartition des effectifs. Deux relevés de même richesse spécifique peuvent donner des indices très différents, l'un dominé par une espèce, l'autre équilibré. Aucune formule n'est exigible, les indices sont fournis, mais leur interprétation est attendue.
Structure de l'écosystème et organismes ingénieurs
La distribution spatiale des composants détermine la structure de l'écosystème. Cette structure a une composante horizontale, en mosaïque de milieux, et une composante verticale.
La structuration verticale d'une forêt est l'exemple de référence, avec ses strates arborescente, arbustive, herbacée et muscinale, plus la strate souterraine des racines et de la vie du sol. Elle crée un gradient vertical de lumière, d'humidité et de température, donc une diversité d'habitats en un même lieu.
Les organismes ingénieurs sont des espèces qui construisent le milieu ou modifient l'habitat pour d'autres espèces. Un arbre crée de l'ombre, un support pour les épiphytes, une litière. Un ver de terre modifie la porosité du sol. Leur effet dépasse largement leurs interactions directes.
Les relations interspécifiques
Les espèces d'un écosystème entretiennent des relations variées, qui affectent la valeur sélective des organismes et la structure de leurs populations. Le programme retient la typologie suivante.
Le mutualisme est une relation à bénéfice réciproque, la symbiose étant définie ici comme un mutualisme où les partenaires vivent ensemble de façon étroite et durable. Le parasitisme, la prédation et la phytophagie regroupent les relations où un organisme prélève de la matière sur un autre, au bénéfice du premier et au détriment du second. La compétition a un effet négatif pour les deux partenaires, qui exploitent une même ressource limitante. Le commensalisme est bénéfique pour l'un et sans effet notable pour l'autre, l'amensalisme est défavorable pour l'un et sans effet notable pour l'autre.
Cette typologie a des limites, que le programme demande de discuter. Les catégories reposent sur le bilan en valeur sélective, or ce bilan est difficile à mesurer. Il dépend du contexte écologique, une relation mutualiste pouvant devenir parasitaire si les conditions changent. Il dépend du stade de développement, une larve et un adulte n'ayant pas le même régime. Enfin, dans une définition fondée sur la valeur sélective, prédation au sens large et parasitisme sont, selon les auteurs, des cas particuliers l'un de l'autre.
Niche écologique potentielle et niche réalisée
La niche écologique d'une espèce est l'ensemble des conditions du milieu et des ressources qui lui permettent de vivre et de se reproduire.
La niche potentielle, ou fondamentale, est celle que l'espèce pourrait occuper en l'absence de toute interaction défavorable, compte tenu de ses seules exigences physiologiques.
La niche réalisée est celle qu'elle occupe effectivement, une fois prises en compte les relations interspécifiques, en particulier la compétition et la prédation. Elle est en général plus restreinte que la niche potentielle.
Deux espèces peuvent ainsi tolérer la même gamme de conditions et occuper pourtant des zones disjointes, chacune étant exclue là où l'autre est meilleure compétitrice.
L'effet Janzen-Connell est l'exemple retenu pour la végétation. Sous un arbre adulte se concentrent les graines tombées, mais aussi les parasites, agents pathogènes et consommateurs spécialisés de cette espèce, la compétition entre congénères et l'ombre du parent. La survie des jeunes plants y est faible et augmente avec la distance au pied de l'arbre. Ces interactions limitent les peuplements monospécifiques et favorisent la diversité, notamment en forêt tropicale.
Une espèce clé de voûte est une espèce dont la disparition entraîne des modifications importantes de la structure de l'écosystème, sans rapport avec sa biomasse ou son abondance.
Niveaux trophiques, productions et rendements
Les interactions trophiques organisent les espèces en chaînes trophiques, dont les maillons sont les niveaux trophiques.
Les producteurs primaires réalisent la production de matière organique à partir de matière minérale. Ce sont les organismes photolithotrophes, qui utilisent l'énergie lumineuse, et les organismes chimiolithotrophes, qui utilisent l'énergie libérée par l'oxydation de composés minéraux.
Les consommateurs, primaires, secondaires et ainsi de suite, se nourrissent de matière organique déjà formée. Tous, y compris microbiens, effectuent une décomposition et une minéralisation, donc restituent des éléments minéraux au milieu. Le recyclage n'est pas l'affaire d'un groupe séparé.
Le vocabulaire de production doit être manié avec rigueur. La production brute d'un niveau est la matière organique produite par unité de temps et de surface, la production nette est ce qui en reste après les pertes par respiration. La biomasse est une quantité présente à un instant donné, en masse par unité de surface, alors qu'une production s'exprime en masse par unité de surface et de temps. Confondre les deux est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
La productivité est la production divisée par la biomasse du producteur, donc un taux de renouvellement homogène à l'inverse d'un temps. Elle est élevée quand les producteurs sont petits et se renouvellent vite, comme le phytoplancton, et faible quand la biomasse est pérenne, comme en forêt.
Le rendement de transfert entre deux niveaux trophiques est le rapport entre la production du niveau supérieur et celle du niveau inférieur. Il est faible, typiquement de l'ordre de dix pour cent. Les pertes viennent de la fraction non consommée, de la fraction consommée mais non assimilée, rejetée dans les déjections, et de l'énergie dissipée par la respiration.
Ces rendements faibles expliquent la forme des pyramides. Une pyramide d'énergie ou de production est toujours à base large. Une pyramide de biomasse est le plus souvent de même forme, mais elle peut être inversée en milieu pélagique, la biomasse de phytoplancton présente à un instant donné étant inférieure à celle de ses consommateurs parce qu'elle se renouvelle bien plus vite.
Les chaînes trophiques se croisent et forment des réseaux. Il s'y exerce des régulations descendantes, dites top-down, où les prédateurs contrôlent les niveaux inférieurs, et ascendantes, dites bottom-up, où la ressource de base contrôle les niveaux supérieurs.
L'écosystème comme système ouvert
Le fonctionnement de l'écosystème repose sur un flux de matière et d'énergie. L'énergie provient du Soleil, ou de réactions chimiques dans le cas des chimiolithotrophes.
La distinction essentielle est la suivante. La matière circule en boucle, recyclée par les minéralisateurs et redevenue disponible pour les producteurs primaires. L'énergie traverse le système, entre sous forme lumineuse ou chimique et ressort en chaleur dissipée. Elle n'est pas recyclée, ce qui impose un apport permanent.
L'écosystème échange par ailleurs de la matière avec l'extérieur. Un écosystème exploité est fortement déséquilibré à cet égard, avec des exportations par récolte et des importations d'engrais et d'aliments.
Dynamique, perturbations, résistance et résilience
Les écosystèmes sont des systèmes dynamiques dans leur structure et leur fonctionnement.
Une perturbation est un événement qui modifie cette structure ou ce fonctionnement. Elle peut être abiotique, incendie, tempête, inondation, ou biotique, épidémie, pullulation, arrivée d'une espèce, les perturbations anthropiques formant un cas particulier. Elle se caractérise par son intensité, sa fréquence et son étendue.
La stabilité d'un écosystème se décrit par deux propriétés distinctes qu'il ne faut pas confondre. La résistance est la capacité à maintenir son état initial malgré une perturbation. La résilience est la capacité à revenir à son état initial après avoir été modifié par une perturbation. Un écosystème peut être peu résistant et très résilient, ou l'inverse.
Une succession écologique est la suite ordonnée de communautés qui se remplacent en un lieu après une perturbation. Le moteur de cette dynamique combine deux processus.
La facilitation écologique désigne le fait que les premières espèces installées modifient le milieu et le rendent favorable à d'autres. Les pionnières, tolérantes aux conditions difficiles, fixent le substrat et amorcent un sol.
La compétition interspécifique désigne ensuite le remplacement des espèces pionnières par des espèces plus compétitives dans les nouvelles conditions. L'exemple demandé est celui de l'éclairement au cours de la transition vers la forêt. Les espèces héliophiles s'installent en terrain ouvert et créent de l'ombre. Cette ombre empêche le renouvellement de leurs propres semis mais permet l'installation d'espèces tolérantes à l'ombre, qui finissent par les remplacer.
Le climax est l'état d'équilibre dynamique vers lequel un écosystème tend spontanément. Il n'est pas un état figé ni une fin, et il peut varier à long terme avec le climat.
Les écosystèmes délivrent des services écosystémiques, c'est-à-dire des bénéfices que les sociétés humaines en retirent. Leur gestion suppose d'intégrer leur dynamique après perturbation, et non de viser un état fixé une fois pour toutes.
Exemples et objets de référence
La prairie pâturée est l'objet de référence du programme. Elle sert à présenter la richesse spécifique, en comparant des relevés de parcelles diversement pâturées, et les groupes fonctionnels végétaux, graminées, légumineuses et autres plantes à fleurs.
Le bovin y joue le rôle d'espèce clé de voûte. Il consomme préférentiellement les herbacées, ce qui maintient une végétation rase, limite l'installation des ligneux et bloque la succession vers la forêt. Son piétinement crée des espaces de colonisation et ses déjections restituent des éléments minéraux. Sa suppression entraîne un embroussaillement puis la reprise de la succession forestière, avec perte des espèces héliophiles.
Le système herbe vache illustre le rôle des symbioses. Le bovin n'hydrolyse pas la cellulose, ce sont les micro-organismes de son rumen qui le font. En retour il leur fournit un milieu stable, chaud, anaérobie, et un apport régulier de substrat. Il utilise les acides gras issus de la fermentation microbienne et digère les micro-organismes plus loin dans le tube digestif. Cette utilisation croisée des déchets des partenaires augmente le rendement du transfert entre échelons trophiques.
La comparaison entre pâture et forêt est explicitement demandée. La forêt a une biomasse bien plus élevée, dominée par les troncs, une production primaire nette par unité de surface du même ordre, mais une productivité plus faible puisque la biomasse au dénominateur est grande. La pâture a une biomasse faible mais très rapidement renouvelée, donc une forte productivité, et de fortes exportations.
La nitrification illustre le rôle des chimiolithotrophes. Des bactéries oxydent l'ammonium en nitrite puis en nitrate, et tirent de ces oxydations l'énergie de leur propre production de matière organique. Les nitrates formés sont assimilables par les végétaux, ce qui boucle la circulation de l'azote.
Ordres de grandeur. Le rendement de transfert entre niveaux trophiques est de l'ordre de dix pour cent, ce qui limite les chaînes à quatre ou cinq niveaux. La conversion de l'énergie lumineuse incidente en production primaire nette est de l'ordre du pour cent ou moins. La production primaire nette d'une forêt tempérée atteint plusieurs centaines de grammes de carbone par mètre carré et par an, celle d'un désert quelques dizaines.
Schémas à savoir décrire en mots. La coupe verticale d'un écosystème forestier avec ses strates. Le diagramme de flux, avec entrée d'énergie solaire, transferts entre niveaux trophiques, dissipation thermique à chaque niveau et boucle de matière par les décomposeurs. Les pyramides de biomasse et d'énergie, dont un cas inversé en milieu pélagique. La courbe de réponse à une perturbation, où se lisent résistance et résilience.
Méthodes et savoir-faire
Mettre en œuvre un protocole d'étude de la diversité spécifique sur le terrain, adapté au groupe biologique, quadrats pour la végétation herbacée, transects pour les gradients, pièges pour la faune. Le point central est la réflexion sur l'échantillonnage.
La notion d'aire minimale se construit ainsi. On relève sur des surfaces croissantes, on compte le nombre cumulé d'espèces et on le trace en fonction de la surface. Cette courbe de saturation croît vite puis s'infléchit vers un palier. L'aire minimale est la surface au delà de laquelle l'agrandissement n'apporte plus d'espèces nouvelles, donc la surface d'un relevé représentatif.
La représentativité est une autre exigence. Les relevés doivent être placés sans biais et répétés pour évaluer la variabilité.
Caractériser une structuration spatiale. On mesure sur un même site, à différentes hauteurs, un facteur abiotique comme l'éclairement, et on relève en parallèle la composition spécifique, puis on met en relation gradient abiotique et répartition des espèces.
Analyser un réseau de relations interspécifiques centré sur un organisme. L'arbre est le support proposé. On recense les épiphytes de l'écorce, dont les lichens, eux-mêmes symbioses entre un champignon et un organisme photosynthétique, les parasites et phytophages, les mutualistes dont les mycorhizes racinaires, et les compétiteurs. On caractérise chaque relation par le bénéfice ou le coût pour chaque partenaire.
Établir un bilan quantitatif de matière et d'énergie. La démarche est comptable. On délimite le système, ici la pâture, on inventorie les entrées, engrais, aliments complémentaires, dépôts atmosphériques, et les sorties, lait, viande, foin exporté, pertes par lessivage. On vérifie l'homogénéité des unités avant toute somme, puis on conclut sur le caractère excédentaire ou déficitaire du bilan.
Estimer un flux d'énergie. On part de l'énergie lumineuse incidente, on applique le rendement de production primaire puis les rendements de transfert successifs, ce qui justifie par le calcul la limitation du nombre de niveaux trophiques.
Montrer l'influence des paramètres abiotiques sur la production primaire, en se limitant aux paramètres climatiques et aux fertilisants du sol. On croise température, précipitations ou apport d'azote avec la production mesurée, et on identifie le facteur limitant.
Ce qu'il faut savoir mobiliser en colle et à l'écrit
- Définir écosystème, biocénose, biotope, richesse spécifique et groupe fonctionnel, avec un exemple de groupe fonctionnel polyphylétique.
- Construire une courbe de saturation et en déduire une aire minimale de relevé.
- Classer des relations interspécifiques d'après le bilan en valeur sélective et discuter les limites de cette typologie.
- Passer de la niche potentielle à la niche réalisée, en mobilisant l'effet Janzen-Connell ou une exclusion compétitive.
- Refaire le diagramme de flux et justifier que la matière est recyclée alors que l'énergie ne l'est pas.
- Expliquer la forme des pyramides d'énergie et le cas d'une pyramide de biomasse inversée.
- Distinguer résistance et résilience, et décrire une succession par facilitation puis compétition.
- Piège fréquent, confondre biomasse, production et productivité, ou réserver le recyclage à un groupe de décomposeurs séparé alors que tous les consommateurs y participent.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Limites de l'écosystème : toute analyse commence par dire où passent ces limites, car les entrées et les sorties en dépendent.
- Richesse spécifique : elle dépend de la surface échantillonnée et de l'effort de relevé. On ne compare donc deux richesses qu'à effort égal.
- Abondance relative : proportion des individus, ou du recouvrement, d'une espèce dans un relevé.
- Équitabilité : rapport entre la diversité mesurée et la diversité maximale possible pour la même richesse. Elle vaut presque 1 si les espèces sont également représentées et tend vers 0 si une espèce domine.
- Indices de Shannon et de Simpson : les formules sont fournies et jamais exigibles. L'indice de Shannon croît avec la richesse et avec l'équitabilité. L'indice de Simpson existe sous plusieurs formes, il faut lire la définition fournie pour savoir si une grande valeur signifie diversité ou dominance.
- Courbe de saturation : nombre cumulé d'espèces en fonction de la surface ou du nombre de relevés. Son palier donne l'aire minimale.
- Exclusion compétitive : deux espèces limitées par la même ressource, dans les mêmes conditions, ne coexistent pas durablement en un lieu. La coexistence suppose une différenciation des niches.
- Espèce clé de voûte et espèce dominante : la première se définit par l'effet de sa disparition, la seconde par son abondance. Les deux notions sont indépendantes.
- Production secondaire : matière organique produite par les consommateurs à partir de matière organique ingérée.
- Rendements partiels : le rendement de consommation est le rapport de l'ingéré par le niveau supérieur à la production du niveau inférieur. Le rendement d'assimilation est le rapport de l'assimilé à l'ingéré. Le rendement de production nette est le rapport de la production à l'assimilé. Le rendement de transfert est le produit des trois.
- Cascade trophique : effet d'un prédateur qui se propage sur deux niveaux ou plus en alternant les signes. Moins de prédateurs, plus de phytophages, moins de végétaux.
- Facteur limitant : le facteur le plus éloigné des besoins fixe la production. En augmenter un autre ne change rien.
- Succession primaire et succession secondaire : la primaire démarre sur un substrat sans sol, coulée de lave ou moraine. La secondaire démarre sur un sol déjà formé, friche, coupe ou incendie.
- Résistance et résilience : elles se mesurent toujours sur une variable précisée, biomasse, production ou richesse, et sur une échelle de temps précisée.
- Services écosystémiques : services d'approvisionnement (fourrage, bois), de régulation (épuration de l'eau, pollinisation, stockage de carbone) et culturels (paysage).
Chaînes de raisonnement
Pourquoi la matière boucle et pas l'énergie. Chaque transformation métabolique dissipe une partie de l'énergie sous forme de chaleur, qu'aucun organisme ne sait reconvertir en énergie chimique. Les atomes, eux, se conservent. La minéralisation les rend à nouveau disponibles pour les producteurs. L'énergie doit donc être apportée en permanence, alors que la matière peut, en principe, circuler indéfiniment.
Des rendements faibles aux chaînes courtes. À chaque transfert, environ neuf dixièmes de l'énergie sont perdus en fraction non consommée, en déjections et en respiration. Après quatre transferts, il reste de l'ordre d'un dix-millième de la production primaire. Cette énergie ne suffit plus à entretenir une population viable d'un niveau supplémentaire, d'où quatre à cinq niveaux au plus.
Pourquoi une pyramide de biomasse peut s'inverser. La biomasse est un stock à un instant, la production est un flux. Le phytoplancton se divise en un jour environ et il est consommé presque aussitôt, donc son stock reste faible même si son flux est grand. Le zooplancton vit plus longtemps et accumule un stock plus grand. La pyramide de production, elle, ne s'inverse jamais.
Du pâturage au milieu ouvert. Le bovin consomme la végétation herbacée et abroutit les jeunes ligneux. Les semis d'arbres ne dépassent pas la strate herbacée, donc aucune ombre ne s'installe. Les espèces héliophiles de prairie se maintiennent et la succession est bloquée tant que le pâturage continue.
De l'effet Janzen-Connell à la diversité. Les ennemis spécialisés d'une espèce se concentrent près des adultes de cette espèce. Un jeune plant survit donc mieux loin de ses congénères, et un plant d'une autre espèce a plus de chances de s'installer sous un adulte donné. Aucune espèce ne peut former un peuplement continu, ce qui maintient une forte richesse.
Fertilisation et perte de richesse. Un apport d'azote lève un facteur limitant et avantage les espèces à croissance rapide, souvent des graminées hautes. Leur ombre exclut les espèces basses, et les légumineuses perdent l'avantage que leur donnait la fixation du diazote. La production augmente alors que la richesse diminue.
Facilitation puis compétition vers la forêt. Les pionnières tolèrent un sol pauvre et une forte insolation. Elles enrichissent le sol en matière organique et créent de l'ombre. Leurs propres semis, héliophiles, ne se développent plus à cette ombre, alors que ceux des espèces sciaphiles y prospèrent et finissent par les dominer.
Exemples et références à connaître
- Les balanes de Connell sur l'estran écossais, années 1960. L'espèce du haut de l'estran survit plus bas si l'on retire sa concurrente. C'est l'illustration expérimentale de la différence entre niche potentielle et niche réalisée par compétition.
- Les paramécies de Gause. En culture commune sur une même ressource, une espèce élimine l'autre. C'est la référence de l'exclusion compétitive.
- L'étoile de mer de Paine sur la côte pacifique. Son retrait expérimental laisse une moule envahir l'estran et la richesse chute fortement. C'est l'exemple fondateur de l'espèce clé de voûte.
- Loutres de mer, oursins et forêts de laminaires. Le déclin des loutres laisse proliférer les oursins, qui détruisent les laminaires. C'est l'exemple classique de cascade trophique descendante.
- L'expérience de fertilisation de longue durée de Rothamsted, dite Park Grass. Les parcelles les plus fertilisées sont les plus productives et les moins riches en espèces. Elle sert à relier fertilisants, production et diversité.
- Lindeman et le lac de Cedar Bog. C'est le premier bilan énergétique complet d'un écosystème par niveau trophique, à l'origine de l'ordre de grandeur de dix pour cent.
- La pyramide inversée du plancton de la Manche. Elle est citée pour illustrer une biomasse de producteurs inférieure à celle des consommateurs.
- Les relations du programme, chacune vue dans un autre chapitre. Mutualisme par les nodosités d'une Fabacée et les mycorhizes, symbiose du rumen, pollinisation et dissémination, lichen sur l'écorce. Le programme demande un seul exemple par relation, pris dans ce réservoir.
- Ordres de grandeur, discutés mais non exigibles. Production primaire nette de l'ordre de 1 000 à 1 500 g de matière sèche par m² et par an pour une forêt tempérée ou une prairie fertile, moins de 100 pour un désert chaud. Environ 18 kJ par gramme de matière sèche végétale.
Techniques
Lire une courbe de saturation
Réflexe : repérer le doublement de surface à partir duquel le gain d'espèces devient négligeable, par exemple inférieur à cinq pour cent de la richesse déjà atteinte. Mini-exemple. 20 espèces sur 8 m², 23 sur 16 m², 24 sur 32 m². Le passage de 16 à 32 m² n'ajoute que 4 % d'espèces, donc l'aire minimale est de l'ordre de 16 m². Il faut toujours préciser le critère retenu, car l'aire minimale dépend de ce choix.
Mener un calcul de flux d'énergie
Réflexe en trois temps. Écrire la chaîne des niveaux, placer le rendement de chaque transfert, et vérifier les unités, flux par unité de surface et de temps. Mini-exemple. La production primaire nette vaut 20 000 kJ par m² et par an et le rendement est de 10 % par transfert. Les consommateurs primaires produisent donc 2 000 kJ, les secondaires 200 et les tertiaires 20 kJ par m² et par an.
Construire le schéma bilan de flux
Des cases pour les niveaux trophiques, reliées par des flèches dont l'épaisseur décroît. Une flèche « chaleur » sort de chaque case. Une flèche « matière organique morte et déjections » part de chaque case vers les décomposeurs. Une boucle « éléments minéraux » revient des décomposeurs vers les producteurs. L'énergie entre à gauche et ressort en chaleur, la matière tourne en boucle. Le correcteur vérifie qu'aucune flèche d'énergie ne revient vers les producteurs.
Bâtir un plan de synthèse
Le sujet se traite presque toujours de l'échelle de l'organisme vers celle de l'écosystème, ou de la structure vers le fonctionnement puis vers la dynamique. Chaque partie s'appuie sur un exemple précis, prairie pâturée ou forêt. Mini-exemple : « Le bovin dans l'écosystème prairial ». Première partie, un consommateur primaire rendu efficace par ses symbiotes. Deuxième partie, une espèce clé de voûte qui maintient le milieu ouvert. Troisième partie, un élément central des flux d'exportation et d'importation de la pâture.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 1. Déterminer l'aire minimale d'une prairie
Classiques de khôlle et concours · Analyse de données, oral de travaux pratiques
Des relevés emboîtés donnent le nombre cumulé d'espèces : 9 sur 1 m², 14 sur 2 m², 19 sur 4 m², 23 sur 8 m², 25 sur 16 m², 26 sur 32 m², 26 sur 64 m². Déterminer l'aire minimale et discuter l'échantillonnage.
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Étape 1, tracer la courbe. Elle monte vite puis s'aplatit. Étape 2, calculer les gains par doublement : 5, 5, 4, 2, 1, 0. Le passage de 16 à 32 m² apporte 1 espèce, soit 4 %. L'aire minimale est donc d'environ 16 m², avec le critère d'un gain inférieur à 5 %. Étape 3, discuter. Le palier ne prouve pas l'exhaustivité, car les espèces rares ou saisonnières peuvent manquer. Un seul relevé ne dit rien de la variabilité, il faut plusieurs relevés placés sans biais. Point où l'on se trompe : donner l'aire minimale sans dire le critère, ou croire qu'elle est la même pour une forêt, alors qu'elle y est bien plus grande.
Sujet 2. Comparer la diversité de deux parcelles pâturées
Classiques de khôlle et concours · Analyse de documents, type écrit Agro-Véto
Deux parcelles comptent chacune 10 espèces. Dans la parcelle A, une graminée représente 80 % du recouvrement. Dans la parcelle B, les espèces sont presque également représentées. On fournit l'indice de Shannon : environ 0,94 pour A et 2,2 pour B, la valeur maximale étant le logarithme népérien de 10, soit 2,3. A est surpâturée, B est modérément pâturée.
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Étape 1, constater que la richesse ne distingue pas les parcelles. Étape 2, calculer l'équitabilité : 0,94 divisé par 2,3 donne environ 0,4 pour A, et 2,2 divisé par 2,3 donne environ 0,96 pour B. A est dominée par une espèce, B est équilibrée. Étape 3, interpréter. Un pâturage intense favorise une espèce tolérante à la défoliation et au piétinement, qui domine. Un pâturage modéré empêche toute espèce de s'imposer. Étape 4, conclure que la richesse seule est une mesure insuffisante. Point où l'on se trompe : conclure que les deux parcelles sont « aussi diverses » parce qu'elles ont le même nombre d'espèces.
Sujet 3. Le réseau de relations interspécifiques autour d'un arbre
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, les relations où l'arbre gagne : mycorhizes, et pollinisateurs ou disperseurs selon l'espèce. Deux, celles où il perd : phytophages des feuilles, parasites et agents pathogènes, compétiteurs pour la lumière et l'eau. Trois, celles où il sert de support : épiphytes et lichens, en principe commensaux. Quatre, les limites. Un lierre très développé peut devenir défavorable en alourdissant ou en ombrageant l'arbre, ce qui montre que la catégorie dépend du contexte. Une chenille phytophage et le papillon adulte pollinisateur montrent qu'elle dépend du stade. Argument attendu : caractériser chaque relation par le signe de l'effet sur la valeur sélective de chacun des deux partenaires, et reconnaître que ce signe est rarement mesuré.
Sujet 4. Estimer un flux d'énergie et justifier la rareté des grands prédateurs
Classiques de khôlle et concours · Exercice quantitatif, type écrit
Une forêt reçoit 4 millions de kJ par m² et par an d'énergie lumineuse. Le rendement de la production primaire nette vaut 0,5 %, et chaque transfert a un rendement de 10 %. Un consommateur tertiaire, carnivore qui se nourrit de consommateurs secondaires, doit ingérer un million de kJ par an. Quelle surface faut-il au minimum par individu ?
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Étape 1, la production primaire nette vaut 4 000 000 × 0,005 = 20 000 kJ par m² et par an. Étape 2, la production des consommateurs primaires vaut 2 000 kJ et celle des consommateurs secondaires 200 kJ par m² et par an. Étape 3, la nourriture disponible pour ce consommateur tertiaire est au plus la production des consommateurs secondaires, soit 200 kJ par m² et par an, en supposant qu'elle soit entièrement consommée. Étape 4, la surface minimale vaut 1 000 000 divisé par 200, soit 5 000 m² par individu. En réalité, il faut bien davantage, car le rendement de consommation est loin de 100 %. Point où l'on se trompe : prendre la biomasse des proies comme ressource annuelle, décaler d'un cran les niveaux trophiques, ou appliquer le rendement de 10 % à l'énergie incidente au lieu de la production primaire.
Sujet 5. Discuter la place de la vache dans les pyramides de production
Classiques de khôlle et concours · Khôlle avec calcul
Sur 100 unités d'énergie ingérées, une vache laitière en rejette 35 dans les fèces, 10 sous forme de méthane et d'urine, en dissipe 40 en chaleur et en fixe 15 dans le lait et la croissance. Le troupeau consomme 60 % de la production primaire nette de la pâture.
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Étape 1, le rendement d'assimilation apparent vaut 65 %, car 100 moins 35 donne 65. Étape 2, la production rapportée à l'ingéré vaut 15 %. Étape 3, le rendement de transfert herbe vers vache vaut 0,60 × 0,15 = 9 %, conforme à l'ordre de grandeur habituel. Étape 4, discuter. Sans microbiote, la cellulose passerait presque entière dans les fèces et le rendement d'assimilation s'effondrerait. De plus, la vache digère ses microorganismes, eux-mêmes consommateurs primaires. Elle se comporte donc en partie comme un consommateur secondaire, et l'holobionte, vache et microbiote du rumen, est l'unité pertinente pour le niveau des consommateurs primaires. Étape 5, la pyramide de biomasse de la pâture est peu évasée, car l'herbe, pâturée en continu, se renouvelle vite alors que la biomasse bovine est pérenne. Point où l'on se trompe : oublier le méthane parmi les pertes, ou affirmer que la symbiose rend le rendement supérieur à 100 %.
Sujet 6. Bilan d'azote d'une pâture
Classiques de khôlle et concours · Analyse de documents, type écrit Agro-Véto
Pour un hectare et par an, on donne en kg d'azote : engrais 60, fixation symbiotique par les légumineuses 50, dépôts atmosphériques 15, concentrés achetés 30, lait vendu 40, viande vendue 10, nitrates lessivés 30, ammoniac volatilisé 20, dénitrification 15, déjections déposées au pâturage 110.
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Étape 1, délimiter le système : sol, végétation et troupeau de la parcelle. Étape 2, écarter les déjections, qui sont un flux interne de recyclage et non une entrée. Étape 3, sommer les entrées : 60 + 50 + 15 + 30 = 155. La fixation symbiotique compte comme une entrée, car le diazote vient de l'atmosphère. Étape 4, sommer les sorties : 40 + 10 + 30 + 20 + 15 = 115. Étape 5, le bilan vaut plus 40 kg d'azote par hectare et par an. Cet excédent est stocké dans la matière organique du sol ou traduit des sorties non mesurées. Seuls 50 des 155 kg entrés sont exportés en produits, et les pertes vers l'eau et l'air posent un problème environnemental. Point où l'on se trompe : compter les déjections comme une entrée, ce qui fausse tout le bilan.
Sujet 7. De la prairie abandonnée à la forêt
Classiques de khôlle et concours · Synthèse, type écrit Agro-Véto
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Problématique : comment une prairie, laissée sans pâturage, évolue-t-elle spontanément, et pourquoi ?
I. La perturbation initiale. L'arrêt du pâturage supprime une espèce clé de voûte. Il s'agit d'une succession secondaire, car le sol existe déjà.
II. La facilitation. Des arbustes pionniers héliophiles s'installent, souvent épineux, ce qui protège les semis d'autres espèces. La litière enrichit le sol et l'ombre adoucit le microclimat.
III. La compétition pour la lumière. Les espèces tolérantes à l'ombre germent sous les pionnières, que leurs propres semis ne peuvent plus renouveler. Une stratification verticale apparaît.
IV. Le climax. La forêt tend vers un équilibre dynamique entretenu par des chablis ponctuels, et qui peut changer avec le climat.
Conclusion : la biomasse augmente, la productivité diminue, et les espèces de milieu ouvert disparaissent, ce qui justifie le maintien d'un pâturage pour gérer ces milieux. Point où l'on se trompe : présenter la succession comme orientée vers un but, ou le climax comme figé.
Sujet 8. Résistance et résilience comparées d'une prairie et d'une forêt
Classiques de khôlle et concours · Khôlle sur graphe
Une courbe donne la biomasse aérienne d'une prairie et d'une forêt avant et après une sécheresse sévère, puis après un incendie.
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Plan attendu. Un, définir les deux propriétés sur la courbe. La résistance se lit à l'amplitude de la chute, la résilience à la durée du retour. Deux, la prairie perd l'essentiel de sa biomasse aérienne, elle est peu résistante, mais elle se rétablit en une à deux saisons grâce à ses organes souterrains, elle est très résiliente. Trois, la forêt amortit la sécheresse grâce à ses réserves et à ses racines profondes, sa biomasse aérienne chute peu, elle est résistante à cette perturbation, mais après un incendie la reconstitution demande des décennies, elle est peu résiliente. Quatre, les deux propriétés dépendent de l'intensité et de la fréquence de la perturbation. Argument attendu : un écosystème n'est pas « stable » dans l'absolu, il faut dire pour quelle variable, quelle perturbation et quelle durée.
Erreurs fréquentes
- Confondre biomasse, production et productivité, ou exprimer une production sans unité de temps. Un stock n'est pas un flux.
- Réserver la minéralisation à un groupe de décomposeurs isolé. Tous les consommateurs, y compris les microorganismes et les animaux, restituent des éléments minéraux.
- Écrire que l'énergie est recyclée, ou dessiner une flèche d'énergie qui revient des décomposeurs vers les producteurs. Seule la matière boucle.
- Confondre résistance et résilience, ou confondre espèce clé de voûte et espèce dominante.
- Comparer des richesses spécifiques obtenues avec des efforts d'échantillonnage différents, ou conclure sur la diversité sans tenir compte de l'équitabilité.
- Réciter une formule d'indice de biodiversité au lieu d'interpréter la valeur fournie. Aucune formule n'est exigible, seule l'interprétation est notée.
Fiche rédigée à partir du programme officiel BCPST 2021, partie SV-J « Les organismes dans leur milieu », paragraphe SV-J-2. Elle couvre l'organisation des écosystèmes, la diversité des relations interspécifiques, le fonctionnement trophique et énergétique, et la dynamique des écosystèmes après perturbation.