Le cours
Résumé en cinq points
- Le lemme d'Abel donne l'existence du rayon . Il y a convergence absolue strictement à l'intérieur, divergence grossière strictement à l'extérieur, et rien de général sur le bord.
- On calcule par d'Alembert, par comparaison des coefficients, ou par le caractère borné de .
- La convergence est normale sur tout segment de , mais rarement sur l'intervalle entier. Cela suffit pour la continuité et la dérivabilité.
- Sur la somme est , on dérive et on primitive terme à terme sans changer le rayon, et les coefficients valent .
- Le développement en série entière, quand il existe, est unique et coïncide avec la série de Taylor. Les développements usuels doivent être connus par cœur, et la méthode par équation différentielle sert pour les autres.
Pourquoi ce chapitre
Une série entière est une série de fonctions d'une forme très particulière, . Cette forme rigide a une contrepartie agréable : le domaine de convergence est presque entièrement déterminé par un seul nombre, le rayon de convergence.
Sur l'intervalle ouvert de convergence, la somme est indéfiniment dérivable : on peut dériver et primitiver terme à terme sans précaution.
Les séries entières servent à :
- résoudre des équations différentielles ;
- calculer des sommes ;
- obtenir des développements asymptotiques ;
- fournir le cadre des fonctions génératrices en probabilités.
L'étude du comportement au bord de l'intervalle de convergence n'est pas un objectif du programme de PC.
1Rayon de convergence
1.1Lemme d'Abel
Lemme 1.1Lemme d'Abel
Hypothèses
- est un nombre complexe ;
- la suite est bornée.
Alors pour tout nombre complexe tel que , la série converge absolument.
Démonstration
Soit un majorant de . Posons , qui est strictement inférieur à 1. Alors On conclut par comparaison avec une série géométrique convergente.
Ce lemme explique pourquoi le domaine de convergence est un disque.
1.2Définition du rayon
Définition 1.2Rayon de convergence
Le rayon de convergence de la série entière est la borne supérieure, dans , de l'ensemble des réels positifs tels que la suite soit bornée.
Théorème 1.3Convergence selon la position de
Hypothèse : est le rayon de convergence de .
Alors :
- si , la série converge absolument ;
- si , la série diverge grossièrement, car n'est même pas bornée ;
- si , on ne peut rien dire en général.
Définition 1.4Intervalle et disque de convergence
Dans le cas réel, est l'intervalle ouvert de convergence. Dans le cas complexe, le disque ouvert de centre 0 et de rayon est le disque ouvert de convergence.
Exemple 1.5Trois rayons
- a pour rayon .
- a pour rayon .
- a pour rayon .
Attention
Le rayon ne dit rien du bord. Sur le cercle de rayon , tous les comportements sont possibles :
- diverge en tout point du cercle unité ;
- converge absolument en tout point ;
- converge en certains points et pas en .
1.3Comparaison des coefficients
Notons et les rayons de et .
Propriété 1.6Comparaison des rayons
- Si , alors . C'est vrai en particulier si .
- Si , alors .
Démonstration
Idée pour le premier point : si , la suite est bornée, et la domination des coefficients entraîne que l'est aussi.
Propriété 1.7Résultat de référence
Pour tout réel , la série a pour rayon .
C'est immédiat par comparaison avec dans les deux sens.
1.4Règle de d'Alembert
Propriété 1.8Règle de d'Alembert
Hypothèses
- les sont non nuls à partir d'un certain rang ;
- tend vers .
Alors , avec les conventions si et si .
Démonstration
À fixé non nul, le rapport des modules des termes consécutifs de la série numérique vaut , qui tend vers . La règle de d'Alembert pour les séries numériques donne la convergence absolue si et la divergence si .
Attention
Cette règle ne s'applique pas quand une infinité de coefficients sont nuls, par exemple pour . Dans ce cas on pose et on se ramène à une série entière en , ou on applique directement la règle de d'Alembert à la série numérique.
1.5Somme et produit
Propriété 1.9Somme et produit de Cauchy
- Le rayon de la série somme est au moins , avec égalité si .
- Le rayon du produit de Cauchy est également au moins .
- Sur le disque commun, la somme du produit est le produit des sommes.
Attention
Quand , le rayon de la somme peut être strictement plus grand. Les séries de coefficients et ont chacune un rayon égal à , et leur somme est la série nulle, de rayon infini.
2Régularité de la somme d'une série entière de la variable réelle
2.1Convergence normale sur tout segment
Théorème 2.1Convergence normale sur tout segment
Hypothèse : est une série entière de rayon .
Alors elle converge normalement sur tout segment inclus dans .
Démonstration
Soit avec . Pour tout de ce segment, , et converge puisque . La majoration est uniforme, la convergence est normale.
Attention
La convergence n'est en général pas normale sur tout entier. Pour sur , le sup de vaut et la série diverge. On travaille donc systématiquement sur les segments.
2.2Continuité
Propriété 2.2Continuité de la somme
La somme d'une série entière de rayon est continue sur .
Cela découle du théorème de continuité des séries de fonctions, appliqué sur tout segment, la continuité étant une propriété locale.
2.3Primitivation et dérivation terme à terme
Propriété 2.3Même rayon
Les séries , et ont toutes le même rayon de convergence .
Cela se déduit de la comparaison des coefficients et du fait que le rayon de vaut .
Théorème 2.4Dérivation terme à terme
Hypothèses
- est la somme d'une série entière de rayon .
Alors est de classe sur , et toutes ses dérivées s'obtiennent par dérivation terme à terme. En particulier
De même, la primitive de qui s'annule en est .
Propriété 2.5Coefficients par les dérivées
Avec les mêmes hypothèses, en évaluant en la dérivée d'ordre , on obtient
Attention
Ces résultats valent sur l'intervalle ouvert de convergence, jamais au bord.
3Développement en série entière au voisinage de 0
3.1Définitions
Définition 3.1Fonction développable en série entière
Une fonction définie sur un intervalle contenant est développable en série entière sur s'il existe une série entière de rayon au moins dont la somme coïncide avec sur .
Définition 3.2Série de Taylor
Si est de classe au voisinage de , sa série de Taylor en est la série entière de coefficients .
Propriété 3.3Unicité du développement
Si est développable en série entière sur , le développement est unique et c'est nécessairement la série de Taylor de en .
En effet les coefficients sont imposés par .
La formule de Taylor avec reste intégral permet de majorer la différence entre et la somme partielle d'ordre de sa série de Taylor, et de montrer que ce reste tend vers .
Attention
Pour la culture : une fonction de classe n'est pas forcément développable en série entière. La série de Taylor peut converger vers autre chose que la fonction. L'exemple standard est la fonction qui vaut pour et en , dont toutes les dérivées en sont nulles. Cet exemple est hors programme en PC : l'existence du développement est une vraie propriété, pas une conséquence de la régularité.
3.2Développements usuels à connaître
Propriété 3.4Rayon infini
Pour tout réel : Tous ces développements ont un rayon infini.
Propriété 3.5Rayon 1
Pour : Ces trois développements ont un rayon .
Propriété 3.6Développement de
Pour et réel : Le rayon vaut si n'est pas un entier naturel, et sinon, puisque le développement est alors polynomial.
Les développements de et de s'obtiennent commodément par primitivation terme à terme, à partir de et de .
3.3Développement par équation différentielle
C'est une capacité explicitement attendue.
MéthodeDévelopper par une équation différentielle
- Analyse : on suppose que est somme d'une série entière de rayon , on injecte le développement dans l'équation différentielle linéaire vérifiée par , et on identifie les coefficients. On obtient une relation de récurrence sur les .
- Résolution : on résout la récurrence et on calcule le rayon de convergence de la série obtenue.
- Synthèse : on vérifie que la somme obtenue est bien solution de l'équation différentielle avec les mêmes conditions initiales que , et on conclut par unicité de la solution du problème de Cauchy. Cette unicité est explicitement admise.
Exemple 3.7Développement de
On part de l'équation avec . En posant , l'identification donne soit Avec , on retrouve le développement annoncé.
4Séries géométrique et exponentielle de la variable complexe
Théorème 4.1Continuité dans le cas complexe
La somme d'une série entière de la variable complexe est continue sur le disque ouvert de convergence.
La démonstration est hors programme. Dans le cas complexe, le programme se limite à cette propriété de régularité.
Deux développements sont au programme.
Propriété 4.2Série géométrique complexe
Pour :
Cela résulte directement de la formule de la somme d'une suite géométrique et du fait que tend vers .
Définition 4.3Exponentielle complexe
Pour tout de , on note .
Le rayon est infini par la règle de d'Alembert. Le produit de Cauchy, applicable car il y a convergence absolue, donne En particulier, pour réel, , ce qui se lit en séparant les termes de rang pair et impair.
Méthodes
MéthodeCalculer un rayon de convergence
- Utiliser la règle de d'Alembert si le rapport des coefficients est simple.
- Sinon, comparer à .
- Sinon, revenir à la définition en cherchant pour quels la suite est bornée.
- Si les coefficients sont nuls un terme sur deux, poser ou traiter la série numérique directement.
MéthodeCalculer la somme d'une série entière
- Partir des développements usuels.
- Utiliser dérivation, primitivation, décomposition en éléments simples ou changement d'indice.
MéthodeDévelopper une fonction en série entière
- Chercher d'abord à la ramener aux développements usuels par opérations.
- Si cela échoue, passer par une équation différentielle.
MéthodeJustifier une interversion
Pour une interversion somme-dérivée ou somme-intégrale à l'intérieur de l'intervalle de convergence, il suffit de citer la convergence normale sur tout segment.
MéthodeCalculer la somme d'une série numérique
- Reconnaître la série comme valeur en un point d'une série entière.
- Calculer la somme de cette série entière.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Démontrer le lemme d'Abel et en déduire la définition du rayon de convergence.
- Calculer les rayons de , , et .
- Démontrer qu'une série entière converge normalement sur tout segment de l'intervalle ouvert de convergence, et expliquer pourquoi pas sur l'intervalle entier.
- Justifier que la somme est de classe et exprimer à l'aide des dérivées en .
- Écrire de mémoire les développements de , , , , , , et , avec leurs rayons.
- Retrouver le développement de par primitivation de .
- Développer une fonction en série entière par la méthode de l'équation différentielle, en distinguant analyse et synthèse.
- Calculer la somme des et des pour .
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Lemme d'Abel : si (an z₀ⁿ) est bornée, Σ an zⁿ converge absolument pour |z| < |z₀|. Démonstration exigible.
- Définition de R comme borne supérieure dans [0, +∞] des r ≥ 0 tels que (an rⁿ) soit bornée. Convergence absolue si |z| < R, divergence grossière si |z| > R. Démonstration exigible.
- Comparaison : an = O(bn) entraîne Ra ≥ Rb. an équivalent à bn entraîne Ra = Rb. Démonstration exigible.
- Pour tout réel α, Σ nα xⁿ a pour rayon 1. Démonstration exigible.
- Règle de d'Alembert : si an ≠ 0 à partir d'un certain rang et |an+1/an| tend vers L dans [0, +∞], alors R = 1/L. Démonstration exigible, par la règle des séries numériques.
- Rayon de la somme au moins min(Ra, Rb), avec égalité si Ra ≠ Rb. Rayon du produit de Cauchy au moins min(Ra, Rb), et la somme du produit est le produit des sommes. Exigible, via le produit de Cauchy de séries absolument convergentes.
- Convergence normale sur tout segment de ]−R, R[. Démonstration exigible.
- Continuité de la somme sur ]−R, R[ (variable réelle). Exigible, conséquence du précédent.
- Σ an xⁿ et Σ n an xⁿ ont le même rayon. Primitivation terme à terme sur ]−R, R[. Démonstration exigible.
- La somme est C∞ sur ]−R, R[, dérivées obtenues terme à terme, et an = f(n)(0)/n!. Démonstration exigible.
- Unicité du développement en série entière sur ]−r, r[, avec r > 0. Démonstration exigible.
- Formule de Taylor avec reste intégral, outil pour prouver un développement. Exigible.
- Développements de exp, cos, sin, ch, sh, arctan, ln(1 + x), (1 + x)α avec leurs rayons. À connaître par cœur.
- Développement par équation différentielle linéaire. Savoir-faire exigible. L'unicité de la solution du problème de Cauchy est admise.
- Continuité de la somme d'une série entière complexe sur le disque ouvert de convergence. Démonstration hors programme.
- Σ zⁿ = 1/(1 − z) pour |z| < 1 et exp(z) = Σ zⁿ/n! sur C. Exigible.
- Hors programme en PC : formule d'Hadamard avec limite supérieure, théorème d'Abel radial, comportement au bord, dérivation par rapport à la variable complexe.
Clés de démonstration
Lemme d'Abel. On majore |an z₀ⁿ| par M et on écrit |an zⁿ| = |an z₀ⁿ| qⁿ avec q = |z|/|z₀| < 1. La série est dominée par M Σ qⁿ, qui converge. Astuce : faire apparaître le terme borné en facteur d'une géométrique.
Existence du rayon. Si |z| < R, par définition de la borne supérieure, il existe r avec |z| < r ≤ R et (an rⁿ) bornée. Le lemme d'Abel appliqué avec z₀ = r conclut. Si |z| > R, alors |z| n'est pas dans l'ensemble, donc (an zⁿ) n'est pas bornée, et ne tend pas vers 0. Astuce : caractérisation de la borne supérieure.
Comparaison des coefficients. Si r < Rb, (bn rⁿ) est bornée, et |an| rⁿ ≤ C |bn| rⁿ l'est aussi. Donc tout r < Rb vérifie r ≤ Ra. Pour l'équivalence, on a domination dans les deux sens. Astuce : ne travailler qu'avec des suites bornées.
Rayon de Σ nα xⁿ. Pour r < 1, nα rⁿ tend vers 0 par croissances comparées, donc R ≥ 1. Pour r > 1, nα rⁿ tend vers +∞, donc R ≤ 1. Astuce : croissances comparées, pas de d'Alembert nécessaire.
Même rayon pour la dérivée. Comme |an| ≤ n|an| pour n ≥ 1, le rayon de Σ n an xⁿ est au plus R. Pour r < R, on choisit ρ entre r et R, et n|an| rⁿ = |an| ρⁿ × n (r/ρ)ⁿ est borné. Astuce : intercaler un ρ.
Convergence normale et régularité. Sur [−r, r] avec r < R, sup |an xⁿ| = |an| rⁿ, terme d'une série convergente. La série dérivée a le même rayon, donc converge normalement sur ce segment aussi. Le théorème de dérivation des séries de fonctions donne C¹, puis une récurrence donne C∞. Astuce : tout se fait sur les segments, puis la régularité étant locale, s'étend à ]−R, R[.
Unicité du développement. La dérivée k-ième en 0 de Σ an xⁿ vaut k! ak. Deux séries de même somme au voisinage de 0 ont donc mêmes coefficients. Astuce : évaluer en 0 après dérivation terme à terme.
Exponentielle complexe. Les séries Σ zⁿ/n! et Σ wⁿ/n! convergent absolument. Le terme général de leur produit de Cauchy est Σk zk wn−k/(k!(n−k)!) = (z + w)ⁿ/n!. Astuce : formule du binôme.
Exemples et contre-exemples à connaître
- Σ zⁿ, Σ zⁿ/n et Σ zⁿ/n² ont toutes un rayon égal à 1, avec trois comportements différents au bord. Le rayon ne voit pas les puissances de n.
- Σ n! zⁿ a un rayon nul : la somme n'existe qu'en 0. Σ zⁿ/n! a un rayon infini.
- Σ z2n/n a pour rayon 1. D'Alembert sur les coefficients est inapplicable, il faut poser u = z².
- Coefficients an = 2ⁿ pour n pair et 3ⁿ pour n impair : le rapport an+1/an n'a pas de limite, pourtant R = 1/3 par encadrement 2ⁿ ≤ an ≤ 3ⁿ et étude de la suite bornée. D'Alembert n'est pas une condition nécessaire.
- Σ sin(n) xⁿ a pour rayon 1 : les coefficients sont bornés, d'où R ≥ 1, et sin n ne tend pas vers 0, d'où divergence grossière en x = 1.
- Σ xⁿ converge normalement sur [−r, r] pour tout r < 1, mais pas sur ]−1, 1[. C'est l'exemple qui justifie de travailler sur les segments.
- an = 1 et bn = −1 : chaque rayon vaut 1, la somme est de rayon infini. L'égalité R = min(Ra, Rb) exige Ra ≠ Rb.
- x ↦ 1/(1 + x²) est C∞ sur R, mais son développement en 0 a un rayon 1. La régularité réelle ne fixe pas le rayon.
- Σ (1 + 1/n)ⁿ xⁿ : les coefficients tendent vers e, équivalents à la constante e, donc R = 1.
Techniques du chapitre
Technique 1 : d'Alembert sur la série numérique quand des coefficients sont nuls. Mini-exercice : Σ 2ⁿ x3n. À x ≠ 0 fixé, le rapport des termes consécutifs vaut 2|x|³. Convergence si 2|x|³ < 1, divergence si 2|x|³ > 1, donc R = 2−1/3.
Technique 2 : encadrer les coefficients. Mini-exercice : an est le nombre de diviseurs de n ≥ 1. On a 1 ≤ an ≤ n. Les séries Σ xⁿ et Σ n xⁿ ont pour rayon 1, donc R = 1.
Technique 3 : remplacer les coefficients par un équivalent. Mini-exercice : an = ln(1 + 1/n). Comme an est équivalent à 1/n et que Σ xⁿ/n a pour rayon 1, R = 1.
Technique 4 : dériver une série géométrique. Mini-exercice : pour |x| < 1, Σ n xn−1 = 1/(1 − x)² par dérivation terme à terme. En multipliant par x, Σ n xⁿ = x/(1 − x)².
Technique 5 : décomposer en éléments simples. Mini-exercice : 1/((1 − x)(2 − x)) = 1/(1 − x) − 1/(2 − x). Or 1/(2 − x) = Σ xⁿ/2n+1 pour |x| < 2. Donc an = 1 − 2−(n+1) et R = 1, car les rayons 1 et 2 sont distincts.
Technique 6 : sommer une série numérique par une série entière. Mini-exercice : Σ n/2ⁿ est la valeur en x = 1/2 de Σ n xⁿ. Comme 1/2 < 1, elle vaut (1/2)/(1/4) = 2.
Technique 7 : produit de Cauchy. Mini-exercice : pour |x| < 1, −ln(1 − x) = Σk≥1 xk/k. Le produit avec Σ xⁿ donne −ln(1 − x)/(1 − x) = Σ Hn xⁿ, avec Hn = 1 + 1/2 + … + 1/n. Comme Hn est équivalent à ln n, le rayon vaut 1.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Quatre rayons
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Déterminer le rayon de Σ (nⁿ/n!) xⁿ, Σ C(2n, n) xⁿ, Σ (ln n) xⁿ et Σ xn².
Technique choisir entre d'Alembert, comparaison et étude directe.
Voir le corrigé
- Pour nⁿ/n!, le rapport vaut (n + 1)ⁿ⁺¹ n!/((n + 1)! nⁿ) = (1 + 1/n)ⁿ, qui tend vers e. Donc R = 1/e.
- Pour C(2n, n), le rapport vaut (2n + 2)(2n + 1)/(n + 1)², qui tend vers 4. Donc R = 1/4.
- Pour ln n, on a 1 ≤ ln n ≤ n pour n ≥ 3, d'où R = 1 par encadrement.
- Pour Σ xn², les coefficients valent 0 ou 1, donc sont bornés et R ≥ 1. En x = 1, le terme d'indice n² vaut 1, la série diverge grossièrement. Donc R = 1.
piège : Appliquer d'Alembert aux coefficients de Σ xn², dont une infinité sont nuls.
Exercice 2. Somme de Σ n² xⁿ
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Calculer Σ n² xⁿ pour |x| < 1, puis Σ n²/2ⁿ.
Technique appliquer deux fois l'opérateur x d/dx.
Voir le corrigé
- Le rayon vaut 1 par l'exemple de référence Σ nα xⁿ.
- On part de Σ n xⁿ = x/(1 − x)², obtenu en technique 4.
- La dérivée de x(1 − x)−2 vaut (1 − x)−2 + 2x(1 − x)−3 = (1 + x)/(1 − x)³.
- En multipliant par x, Σ n² xⁿ = x(1 + x)/(1 − x)³.
- En x = 1/2, on obtient (3/4) × 8 = 6.
piège : Dériver Σ n xⁿ sans remultiplier par x, ce qui donne Σ n² xn−1.
Exercice 3. Développement de arcsin
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Développer (1 − x²)−1/2 en série entière, puis arcsin.
Technique binôme généralisé, substitution, primitivation.
Voir le corrigé
- Pour α = −1/2, le coefficient α(α − 1)…(α − n + 1)/n! vaut (−1)ⁿ × 1 × 3 × … × (2n − 1)/(2ⁿ n!), c'est-à-dire (−1)ⁿ C(2n, n)/4ⁿ.
- Pour |u| < 1, (1 + u)−1/2 = Σ (−1)ⁿ C(2n, n) uⁿ/4ⁿ. On pose u = −x², valable pour |x| < 1.
- Donc (1 − x²)−1/2 = Σ C(2n, n) x2n/4ⁿ, rayon 1.
- arcsin est la primitive nulle en 0 de cette fonction sur ]−1, 1[. Par primitivation terme à terme, arcsin x = Σ C(2n, n) x2n+1/(4ⁿ(2n + 1)).
piège : Écrire le produit 1 × 3 × … × (2n − 1) sans le convertir, ou oublier que le rayon reste 1 après primitivation.
Exercice 4. Série cosinus
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soit θ réel. Pour |x| < 1, calculer C(x) = Σn≥0 cos(nθ) xⁿ, puis Σn≥1 cos(nθ) xⁿ/n.
Technique partie réelle d'une série géométrique complexe.
Voir le corrigé
- Comme |cos(nθ) xⁿ| ≤ |x|ⁿ, le rayon est au moins 1.
- Pour |x| < 1, |x eiθ| < 1, donc Σ (x eiθ)ⁿ = 1/(1 − x eiθ).
- On multiplie par le conjugué : C(x) = (1 − x cos θ)/D(x), avec D(x) = 1 − 2x cos θ + x² = |1 − x eiθ|², strictement positif.
- C(x) − 1 = (x cos θ − x²)/D(x). Donc Σn≥1 cos(nθ) xn−1 = (cos θ − x)/D(x).
- Une primitive est −(1/2) ln D(x), nulle en 0. Par primitivation terme à terme, Σ cos(nθ) xⁿ/n = −(1/2) ln(1 − 2x cos θ + x²).
piège : Prendre la partie réelle du dénominateur au lieu de multiplier par le conjugué.
Exercice 5. Un logarithme déguisé
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Développer f(x) = ln(1 + x + x²) en série entière et donner le rayon.
Technique factorisation, puis développements usuels.
Voir le corrigé
- Pour x ≠ 1, 1 + x + x² = (1 − x³)/(1 − x). Pour |x| < 1, les deux facteurs sont strictement positifs.
- Donc f(x) = ln(1 − x³) − ln(1 − x) = −Σk≥1 x3k/k + Σn≥1 xⁿ/n.
- Le coefficient an vaut 1/n si 3 ne divise pas n, et 1/n − 3/n = −2/n sinon.
- Comme 1/n ≤ |an| ≤ 2/n, le rayon vaut 1.
piège : Croire que le rayon est infini parce que f est définie sur R. Les racines complexes de 1 + x + x² sont de module 1.
Exercice 6. Sommer par décomposition
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Calculer S(x) = Σn≥1 xⁿ/(n(n + 1)) pour |x| < 1.
Technique éléments simples, puis reconnaissance de ln.
Voir le corrigé
- Le coefficient est équivalent à 1/n², donc R = 1.
- S(0) = 0. Pour x non nul, 1/(n(n + 1)) = 1/n − 1/(n + 1), et les deux séries obtenues convergent.
- Σn≥1 xⁿ/n = −ln(1 − x).
- Σn≥1 xⁿ/(n + 1) = (1/x) Σm≥2 xm/m = (1/x)(−ln(1 − x) − x).
- Donc S(x) = 1 + (1 − x) ln(1 − x)/x pour x ≠ 0.
piège : Diviser par x sans traiter x = 0 à part, ou séparer deux séries sans vérifier que chacune converge.
Exercice 7. Développement par équation différentielle
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP PC
Soit f(x) = arcsin(x)/√(1 − x²) sur ]−1, 1[. Montrer que (1 − x²) f'(x) − x f(x) = 1, puis en déduire le développement de f.
Technique analyse, résolution de la récurrence, rayon, synthèse.
Voir le corrigé
- En dérivant, f'(x) = 1/(1 − x²) + x arcsin(x)(1 − x²)−3/2. En multipliant par 1 − x², on obtient 1 + x f(x). De plus f(0) = 0.
- Analyse. Si f = Σ an xⁿ avec un rayon non nul, l'équation donne a1 = 1 pour la constante, puis, pour n ≥ 1, (n + 1) an+1 − (n − 1) an−1 − an−1 = 0, soit (n + 1) an+1 = n an−1.
- Résolution. a0 = 0 annule tous les coefficients pairs. Pour les impairs, a2p+1 = (2p/(2p + 1)) a2p−1, d'où a2p+1 = 4ᵖ (p!)²/(2p + 1)!.
- Rayon. À x ≠ 0 fixé, le rapport des termes consécutifs non nuls vaut (2p/(2p + 1)) x², qui tend vers x². Donc R = 1.
- Synthèse. La somme g vérifie la même équation sur ]−1, 1[, avec g(0) = 0. Sur cet intervalle, 1 − x² ne s'annule pas. L'unicité, admise, de la solution du problème de Cauchy donne f = g.
piège : Omettre la synthèse. L'analyse ne prouve rien tant qu'on n'a pas montré que f est développable.
Exercice 8. Suite de Fibonacci
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP PC
u0 = 0, u1 = 1, un+2 = un+1 + un. Montrer que Σ un xⁿ a un rayon au moins 1/2, calculer sa somme et en déduire un.
Technique fonction génératrice, puis unicité des coefficients.
Voir le corrigé
- Par récurrence forte, 0 ≤ un ≤ 2ⁿ. Donc R ≥ 1/2.
- Pour |x| < 1/2, on multiplie la relation par xn+2 et on somme : F(x) − x = x F(x) + x² F(x). Donc F(x) = x/(1 − x − x²).
- Avec φ = (1 + √5)/2 et ψ = (1 − √5)/2, on a φ + ψ = 1 et φψ = −1, donc 1 − x − x² = (1 − φx)(1 − ψx).
- Par éléments simples, F(x) = (1/√5)(1/(1 − φx) − 1/(1 − ψx)), développable pour |x| < 1/φ.
- Par unicité des coefficients au voisinage de 0, un = (φⁿ − ψⁿ)/√5. Le rayon vaut exactement 1/φ.
piège : Manipuler F sans avoir d'abord établi un rayon strictement positif.
Exercice 9. Rayon de Σ a_n² zⁿ
Approfondissement · Type oral Mines
Σ an zⁿ a pour rayon R. Montrer que Σ a_n² zⁿ a pour rayon R², avec les conventions 0² = 0 et (+∞)² = +∞.
Technique revenir à la définition par les suites bornées.
Voir le corrigé
- Soit R' le rayon cherché. On note que |a_n²| = |an|².
- Si 0 ≤ r < R, (an rⁿ) est bornée, donc (a_n² (r²)ⁿ) aussi. Donc r² ≤ R' pour tout r < R, d'où R² ≤ R'.
- Si 0 ≤ s < R', (a_n² sⁿ) est bornée par M. Alors |an| (√s)ⁿ ≤ √M, donc √s ≤ R, soit s ≤ R². D'où R' ≤ R².
- Les cas R = 0 et R = +∞ sont couverts par ces inégalités.
piège : Supposer que |an+1/an| a une limite. C'est inutile, et faux en général.
Exercice 10. Dérangements
Approfondissement · Type oral Centrale
On admet que le nombre Dn de permutations de {1, …, n} sans point fixe vérifie Σk=0n C(n, k) Dk = n!, avec D0 = 1. On pose D(x) = Σ Dn xⁿ/n!. Calculer D et en déduire Dn.
Technique série génératrice exponentielle et produit de Cauchy.
Voir le corrigé
- 0 ≤ Dn ≤ n!, donc les coefficients sont dans [0, 1] et R ≥ 1.
- Pour |x| < 1, le produit de Cauchy de ex et D(x) a pour coefficient Σk Dk/(k!(n − k)!) = n!/n! = 1.
- Donc ex D(x) = 1/(1 − x), soit D(x) = e−x/(1 − x).
- Le produit de Cauchy de e−x et de Σ xⁿ donne le coefficient Σk=0n (−1)k/k!.
- Par unicité, Dn = n! Σk=0n (−1)k/k!. En particulier Dn/n! tend vers 1/e.
piège : Oublier la factorielle : le coefficient de xⁿ est Dn/n!, pas Dn.
Erreurs fréquentes
- Appliquer d'Alembert aux coefficients alors qu'une infinité d'entre eux sont nuls, ou croire que R n'existe pas quand le rapport n'a pas de limite.
- Déduire une convergence au bord à partir du rayon, ou dériver et primitiver terme à terme en x = ±R.
- Invoquer la convergence normale sur ]−R, R[ tout entier au lieu de travailler sur un segment [−r, r] avec r < R.
- Conclure un développement par équation différentielle sans synthèse, ou sans citer l'unicité de la solution du problème de Cauchy.
- Écrire que le rayon d'une somme est le minimum des rayons sans vérifier que ces rayons sont distincts, ou décaler les indices d'une somme sans ajuster les premiers termes.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de PC (2021), partie « Suites et séries de fonctions », section C « Séries entières ». Les coefficients sont réels ou complexes, la variable est notée quand elle est réelle et quand elle est complexe.