La fiche de cours
Résumé en cinq points
- La démarche géopolitique, fil directeur du programme, étudie les rivalités de pouvoirs et d'influences sur des territoires, à toutes les échelles, à travers les acteurs, leurs représentations et leurs stratégies.
- Les relations internationales, discipline née en 1919, étudient les interactions entre États et acteurs transnationaux dans un système sans autorité supérieure.
- La puissance est une capacité d'imposer ou d'obtenir, qui combine hard power et soft power et se mesure toujours dans un domaine.
- La géopolitique classique de Ratzel, Mahan, Mackinder et Spykman, discréditée par son usage nazi, revient en France avec Lacoste et la revue Hérodote en 1976, recentrée sur les représentations.
- Réalisme, libéralisme et constructivisme offrent trois lectures du système international, qu'une bonne copie mobilise selon le sujet, sans déterminisme géographique.
Pourquoi ce chapitre
Ce chapitre ne raconte pas d'événement. Il donne les outils qui servent à tous les autres, pendant deux ans. Chaque dissertation d'HGGMC mobilise la puissance, le territoire, la frontière, les acteurs et les représentations, et chaque copie est jugée sur sa capacité à les définir et à les articuler. Il apprend aussi à situer une analyse dans une tradition, réaliste, libérale ou constructiviste, et à connaître l'histoire du mot géopolitique, longtemps suspect en France. Un étudiant qui maîtrise ce vocabulaire écrit des introductions précises dès les premiers devoirs et évite les deux défauts classiques du début d'année, le récit sans problématique et le déterminisme géographique.
Notions et mécanismes
La géopolitique, définition et objet
Le programme définit la démarche géopolitique comme l'étude des rivalités de pouvoirs et d'influences qui s'exercent sur des territoires, à toutes les échelles, du quartier au monde. Trois éléments sont indispensables pour qu'il y ait géopolitique. Des acteurs qui ont des intérêts, un territoire, qui est l'enjeu ou le théâtre de leurs rivalités, et des représentations, c'est-à-dire la manière dont chaque acteur perçoit ce territoire et justifie ses prétentions. Une rivalité pour l'eau d'un fleuve, pour une île, pour une ville disputée ou pour le contrôle d'un réseau de câbles sous-marins relève de la géopolitique. Une simple description physique d'un territoire, non.
Le programme parle de géopolitique comme d'un champ disciplinaire, c'est-à-dire un domaine d'étude au croisement de plusieurs disciplines, histoire, géographie, science politique, économie, plutôt que comme une science autonome dotée de lois.
Les relations internationales, une discipline voisine
Les relations internationales étudient les rapports entre les acteurs qui agissent au-delà des frontières, d'abord les États, puis les organisations internationales, les entreprises, les organisations non gouvernementales, les individus. Discipline issue de la science politique, elle s'institutionnalise après la Première Guerre mondiale, avec la création de la première chaire consacrée aux relations internationales à Aberystwyth, au pays de Galles, en 1919. La différence avec la géopolitique tient à l'accent. Les relations internationales privilégient les interactions et les systèmes, la géopolitique insiste sur le territoire et les représentations. En pratique, les deux se complètent, et le programme les associe dans le titre du chapitre.
L'État, la souveraineté et le système international
L'État moderne se définit par un territoire délimité, une population et un pouvoir souverain, qui ne reconnaît aucune autorité supérieure. Le sociologue Max Weber le caractérise, dans une conférence de 1919, par la revendication du monopole de la violence physique légitime sur un territoire. Les traités de Westphalie de 1648, qui mettent fin à la guerre de Trente Ans, sont traditionnellement présentés comme l'acte de naissance d'un ordre international fondé sur des États souverains et égaux en droit. Les historiens nuancent cette lecture, largement construite après coup, mais l'expression « ordre westphalien » reste d'usage courant.
Le système international est l'ensemble des États et de leurs relations. Il est anarchique au sens technique du mot, il n'existe pas de gouvernement mondial au-dessus des États, ce qui ne veut pas dire qu'il soit chaotique. Sa structure change selon la répartition de la puissance, multipolaire avant 1914, bipolaire pendant la guerre froide, dominé par les États-Unis après 1991, plus éclaté aujourd'hui.
Le droit international encadre ce système sans le gouverner. La charte des Nations unies de 1945 pose l'égalité souveraine des États, l'interdiction du recours à la menace ou à l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale d'un autre État, sauf légitime défense, et confie au Conseil de sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix, avec le pouvoir d'autoriser des mesures coercitives au titre du chapitre VII. L'écart entre ces règles et la pratique des puissances est l'un des objets constants de l'analyse géopolitique.
La puissance, hard power et soft power
La puissance est la capacité d'un acteur à imposer sa volonté aux autres ou à obtenir d'eux ce qu'il veut. Raymond Aron, dans Paix et guerre entre les nations en 1962, la définit en substance comme la capacité d'une unité politique à imposer sa volonté aux autres unités. Elle repose sur des ressources, population, territoire, économie, armée, technologie, mais aussi sur la volonté de les utiliser.
Joseph Nye, politiste américain, distingue en 1990 le hard power, puissance de contrainte militaire et économique, et le soft power, capacité d'attraction et d'influence par la culture, les valeurs, les institutions et le modèle de société. Il ajoute plus tard l'idée de smart power, combinaison des deux. Susan Strange insiste à la fin des années 1980 sur le pouvoir structurel, celui de fixer les règles du jeu, en matière de sécurité, de production, de finance et de savoir. Pour un sujet de concours, la puissance se mesure toujours dans une relation et dans un domaine. Un État peut être une grande puissance commerciale sans être une puissance militaire.
Territoire, frontière et échelles
Le territoire est un espace approprié par un groupe, délimité, contrôlé et investi de sens. La frontière est la limite du territoire d'un État. Elle est à la fois ligne juridique, interface d'échanges et marqueur identitaire. On distingue les frontières contestées, les frontières fermées ou militarisées, et les frontières ouvertes, comme les frontières intérieures de l'espace Schengen. Le géographe Michel Foucher a consacré plusieurs ouvrages à leur étude, de Fronts et frontières en 1988 au Retour des frontières en 2016, dont le titre répond à l'idée d'un monde sans frontières.
La démarche géopolitique est multiscalaire. Un même conflit se lit à l'échelle locale, contrôle d'une vallée ou d'une ville, régionale, rivalité entre voisins, et mondiale, jeu des grandes puissances. Changer d'échelle change les acteurs et parfois le sens de la rivalité.
Les acteurs, étatiques et non étatiques
Les États restent les acteurs principaux, mais ils ne sont pas seuls. Les organisations internationales, intergouvernementales comme l'Organisation des Nations unies ou l'Union européenne, les firmes transnationales, les organisations non gouvernementales, les groupes armés, les diasporas, les villes et les opinions publiques pèsent aussi. Les relations internationales parlent de transnationalisation pour désigner les flux qui échappent au contrôle des États. Le programme insiste sur les jeux d'acteurs, c'est-à-dire sur leurs stratégies, leurs alliances et leurs conflits.
Les représentations géopolitiques
Une représentation est une image, une idée collective qu'un groupe se fait d'un territoire, d'une frontière ou d'un adversaire. Elle peut être fausse et agir quand même, car les acteurs agissent en fonction de ce qu'ils croient. Yves Lacoste a fait de l'analyse des représentations le cœur de la géopolitique, en montrant que les rivalités de territoires opposent souvent des représentations contradictoires, chacune jugée légitime par ses partisans. Les cartes elles-mêmes sont des représentations. Le choix de la projection, du centre, des couleurs et des symboles oriente le message. Une carte n'est jamais neutre.
La démarche géopolitique, outils et méthode
Face à une situation, la démarche consiste à identifier le territoire en jeu et son échelle, les acteurs et leurs intérêts, leurs représentations et discours, les rapports de force et leurs évolutions dans le temps long. La carte et le croquis sont les outils de base, avec la chronologie. Le programme demande de combiner les approches historique, géographique, géoéconomique et géopolitique sans les confondre, et invite à s'initier à la prospective et à ses limites.
Un exemple montre la méthode, la mer de Chine méridionale. Le territoire, ce sont des archipels minuscules, les Paracels et les Spratleys, et les espaces maritimes qu'ils permettent de revendiquer. Les acteurs sont la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei et Taïwan, et, à une autre échelle, les États-Unis, qui y défendent la liberté de navigation. Les représentations s'opposent, la Chine invoque des droits historiques figurés par une ligne en pointillés qui englobe l'essentiel de cette mer, ses voisins invoquent le droit de la mer. Les enjeux sont des routes maritimes parmi les plus fréquentées du monde, des ressources halieutiques et des gisements d'hydrocarbures. En 2016, un tribunal arbitral constitué sous l'égide de la Cour permanente d'arbitrage a donné raison aux Philippines contre les revendications chinoises fondées sur des droits historiques, décision que la Chine rejette. On y voit toutes les notions du chapitre, territoire, acteurs, représentations, droit, puissance et échelles.
Auteurs et théories de référence
Les fondateurs de la géopolitique classique, à la charnière des XIXe et XXe siècles, ont en commun de lier la puissance des États à leur espace. Friedrich Ratzel, géographe allemand, publie en 1897 une Géographie politique qui compare l'État à un organisme lié à son sol et parle d'espace vital. Le mot géopolitique est forgé peu après par le Suédois Rudolf Kjellén, au tournant du siècle. Alfred Mahan, officier de marine américain, publie en 1890 L'influence de la puissance maritime sur l'histoire, qui fait de la maîtrise des mers la clé de la puissance. Halford Mackinder, géographe britannique, présente en 1904 le pivot géographique de l'histoire, le cœur continental de l'Eurasie ou Heartland, puis résume en 1919 sa thèse, qui tient l'Europe orientale commande le Heartland, qui tient le Heartland commande l'île mondiale, qui tient l'île mondiale commande le monde. Nicholas Spykman, pendant la Seconde Guerre mondiale, déplace l'attention vers le Rimland, les bordures littorales de l'Eurasie.
En Allemagne, Karl Haushofer fonde en 1924 une revue de géopolitique dont les thèmes sont repris par la propagande nazie. Ce lien discrédite durablement le mot en Europe après 1945. En France, il revient avec Yves Lacoste, qui fonde en 1976 la revue Hérodote et publie la même année La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre, titre qui dit que le savoir géographique est un savoir stratégique.
Trois grandes écoles de relations internationales structurent les débats. Le réalisme, avec Hans Morgenthau en 1948 puis le néoréalisme de Kenneth Waltz en 1979, voit dans le système international une anarchie où chaque État cherche d'abord sa sécurité et sa puissance. Le libéralisme, dont les racines remontent au Projet de paix perpétuelle de Kant en 1795, insiste sur la coopération, le commerce, le droit et les institutions. Robert Keohane et Joseph Nye y ajoutent en 1977 la notion d'interdépendance complexe. Le constructivisme, avec Alexander Wendt dans les années 1990, soutient que les intérêts et les identités des États ne sont pas donnés mais construits par les interactions et les idées. Raymond Aron, en France, propose une sociologie historique des relations internationales attentive à la fois à la puissance et aux valeurs.
Après la guerre froide, deux thèses opposées ont marqué le débat public. Francis Fukuyama annonce en 1989 la fin de l'histoire, au sens d'un triomphe de la démocratie libérale comme horizon sans rival idéologique. Samuel Huntington répond en 1993 par la thèse du choc des civilisations, selon laquelle les conflits futurs opposeraient de grandes aires culturelles.
Faits, chiffres et repères historiques
- 1648, traités de Westphalie, référence symbolique de l'ordre des États souverains.
- 1815, congrès de Vienne, premier grand système de concert entre puissances européennes.
- 1919, conférence de la paix à Paris, naissance de la Société des Nations et de la discipline des relations internationales.
- 1945, conférence de San Francisco et charte des Nations unies.
- 1991, fin de l'Union soviétique et du monde bipolaire.
- L'Organisation des Nations unies compte 193 États membres depuis l'admission du Soudan du Sud en 2011, contre 51 membres fondateurs en 1945. La multiplication des États, surtout liée aux décolonisations puis à l'éclatement de l'Union soviétique et de la Yougoslavie, est un fait majeur du XXe siècle.
- Le Conseil de sécurité compte cinq membres permanents disposant d'un droit de veto, les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France.
Débats et controverses
Premier débat, la géopolitique est-elle une science ? Pour ses critiques, elle a longtemps servi à justifier des conquêtes et des revendications sous couvert d'objectivité géographique. Lacoste répond qu'elle est une méthode d'analyse des rivalités et des représentations, qui refuse précisément de se donner pour une loi naturelle.
Deuxième débat, le déterminisme géographique. La géopolitique classique a souvent laissé croire que la géographie fixe le destin des États. Les géographes français, dans la tradition de Paul Vidal de La Blache, ont opposé à cette idée le possibilisme, le milieu offre des possibilités que les sociétés choisissent d'exploiter. Aujourd'hui, on considère que la géographie contraint sans déterminer.
Troisième débat, la fin des territoires. Dans les années 1990, avec la mondialisation et Internet, Bertrand Badie parle en 1995 de la fin des territoires, et d'autres d'un monde sans frontières. Depuis, les murs frontaliers, les conflits territoriaux, la souveraineté numérique et les tensions commerciales ont nourri l'idée inverse d'un retour des frontières et de la géopolitique classique.
Quatrième débat, la place des États. Le réalisme les tient pour les seuls acteurs décisifs, alors que les approches transnationales soulignent le poids des firmes, des réseaux et des sociétés civiles. La plupart des analyses actuelles combinent les deux, les États restant centraux mais concurrencés.
Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation
- Définir en introduction puissance, territoire, frontière, acteurs et représentations, et les relier au sujet plutôt que de les réciter.
- Changer d'échelle au moins une fois dans chaque devoir, local, régional, mondial.
- Situer une analyse dans une école, réaliste, libérale ou constructiviste, sans en faire un catalogue.
- Utiliser Mackinder, Mahan et Spykman pour opposer puissances continentales et maritimes, et Lacoste pour la place des représentations.
- Distinguer hard power, soft power et pouvoir structurel, et mesurer la puissance dans un domaine précis.
- Piège fréquent, le déterminisme géographique, « la Russie est condamnée par sa géographie à… ». La géographie pèse, les choix politiques décident.
- Piège fréquent, confondre géopolitique et récit d'événements. Une copie de géopolitique part d'un territoire et d'une rivalité, pas d'une chronologie.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Géostratégie : l'espace vu comme théâtre d'opérations militaires. On y étudie les bases, les détroits, les points d'appui et les lignes de communication.
- Géoéconomie : la rivalité de puissance menée par des moyens économiques (commerce, sanctions, normes, investissements). Notion popularisée par Edward Luttwak en 1990.
- Souveraineté interne : l'autorité suprême de l'État sur son territoire. Souveraineté externe : son indépendance et son égalité juridique face aux autres États.
- Reconnaissance : un État n'existe pleinement dans le système international que si d'autres États le reconnaissent. Taïwan et le Kosovo en sont les cas limites.
- Dilemme de sécurité : ce qu'un État fait pour sa sécurité diminue celle de ses voisins, qui répliquent. Formulé par John Herz en 1950.
- Équilibre des puissances : situation où aucune puissance ne peut dominer seule, car les autres se coalisent contre celle qui monte.
- Polarité : le nombre de pôles de puissance du système, multipolaire, bipolaire ou unipolaire.
- Hégémonie : domination qui ne repose pas seulement sur la force, mais aussi sur des règles et un consentement au moins partiel des dominés.
- Influence : capacité d'orienter les choix d'autrui sans contrainte. On ne la confond pas avec la puissance, qui peut imposer.
- Puissance relative : une puissance se mesure toujours par comparaison. Un « déclin » peut être seulement relatif, si les autres croissent plus vite.
- Territorialisation : processus par lequel un groupe s'approprie un espace, le délimite, le nomme et l'aménage.
- Frontière, front, marche : la frontière est une ligne stabilisée et reconnue, le front une ligne mouvante de contact armé, la marche une zone de confins disputée.
- Espaces maritimes : mer territoriale jusqu'à 12 milles marins, zone économique exclusive (ZEE) jusqu'à 200 milles, puis haute mer. Ces règles sont fixées par la convention de Montego Bay de 1982.
- Niveaux d'acteurs : infra-étatiques (régions, villes, groupes armés), étatiques, supra-étatiques (organisations internationales), transnationaux (firmes, ONG, diasporas, réseaux).
- Multilatéralisme : règlement des questions communes à plusieurs, dans des institutions. Il s'oppose à l'unilatéralisme, où un État agit seul.
- Thalassocratie et tellurocratie : puissance fondée sur la maîtrise des mers, puissance fondée sur la masse continentale.
- Prospective : exploration méthodique de plusieurs futurs possibles, sous forme de scénarios. Ce n'est pas une prédiction.
Chaînes de raisonnement
De l'anarchie à la course aux armements. Sans autorité supérieure, chaque État doit assurer seul sa sécurité. Il s'arme, et son voisin interprète cet armement comme une menace, puis s'arme à son tour. La course navale anglo-allemande autour du Dreadnought, lancé en 1906, montre comment deux États qui se disent défensifs produisent ensemble l'insécurité.
Des ressources à la puissance. Une population nombreuse, un territoire vaste ou des matières premières ne sont que des potentiels. Ils ne deviennent puissance que s'ils sont convertis par une organisation politique, une économie et une volonté. La Chine de 1913 a la population la plus nombreuse du monde et reste pourtant une proie des impérialismes, faute d'État capable de mobiliser ce potentiel.
De la représentation au conflit. Un groupe se forge une image d'un territoire, berceau national, terre sacrée ou province perdue. Cette image rend un compromis coûteux politiquement, parce qu'un dirigeant qui céderait paraîtrait trahir. Le conflit dure alors au-delà de tout intérêt matériel, comme le montre la place du Kosovo, lieu de la bataille de 1389, dans le récit national serbe.
Pourquoi un rocher peut valoir une crise. Le droit de la mer attache des espaces maritimes aux terres émergées. Une île ouvre droit à une ZEE. Un rocher qui ne se prête ni à l'habitation humaine ni à une vie économique propre n'a qu'une mer territoriale de 12 milles, sans ZEE ni plateau continental. D'où l'enjeu de minuscules îlots, que certains États occupent ou remblaient pour appuyer leurs revendications. Pourtant, une île artificielle ne crée aucun espace maritime, et la sentence arbitrale de 2016 a jugé qu'un aménagement humain ne change pas le statut juridique d'une formation.
Changer d'échelle change le conflit. À l'échelle locale, une rivalité oppose des communautés pour une ville ou une ressource. À l'échelle régionale, des États voisins s'en emparent. À l'échelle mondiale, des grandes puissances y projettent leur propre rivalité. Chaque échelle fait apparaître d'autres acteurs, et le conflit peut changer de sens d'une échelle à l'autre.
L'interdépendance pacifie et arme à la fois. La lecture libérale veut que les échanges rendent la guerre trop coûteuse. Mais l'interdépendance est souvent asymétrique, et celui qui contrôle un point de passage, une monnaie ou une technologie peut la retourner en moyen de pression. Henry Farrell et Abraham Newman parlent pour cela d'interdépendance militarisée, dans un article de 2019.
Pourquoi le droit international dépend de la puissance. La charte des Nations unies confie la sécurité collective au Conseil de sécurité. Les cinq membres permanents disposent d'un veto. Le système fonctionne donc quand leurs intérêts convergent et se bloque dès qu'un conflit touche l'un d'eux ou un de ses alliés.
Exemples et références à connaître
- Crise de Suez, 1956. La France et le Royaume-Uni doivent se retirer d'Égypte sous la pression conjointe des États-Unis et de l'URSS. C'est l'exemple type de la puissance relative et du passage à un monde bipolaire.
- Le Japon et l'Allemagne après 1945. Puissances économiques de premier rang sans puissance militaire à la mesure, le Japon étant la deuxième économie mondiale de 1968 à 2010. Ils prouvent que la puissance se mesure par domaine.
- La résolution de l'Organisation de l'unité africaine, au Caire en 1964. Elle pose le principe de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Une frontière arbitraire peut donc devenir une norme stabilisatrice.
- Le Conseil de sécurité face aux crises. Il autorise la guerre de Corée en 1950 pendant l'absence du délégué soviétique. Il n'autorise ni les frappes de l'OTAN contre la Serbie en 1999 ni l'invasion de l'Irak en 2003. Ce sont trois cas pour discuter l'écart entre droit et pratique.
- Cour internationale de justice, Nicaragua contre États-Unis, 1986. La Cour condamne les États-Unis, qui refusent d'appliquer l'arrêt. C'est une référence pour montrer qu'une règle de droit sans contrainte dépend du bon vouloir des puissances.
- La projection de Mercator, publiée en 1569. Elle conserve les angles et agrandit fortement les hautes latitudes, ce qui grossit l'Europe et l'Amérique du Nord. À opposer à l'emblème de l'ONU, centré sur le pôle Nord.
- Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier, 1997. Héritier de Mackinder, il fait de l'Eurasie l'enjeu central de la primauté américaine et de l'Ukraine un pivot. Il sert à montrer la persistance de la géopolitique classique après la guerre froide.
- Robert Kagan, La Puissance et la Faiblesse, 2003. Il oppose une Amérique qui mise sur la force à une Europe qui mise sur le droit. C'est une illustration commode du contraste entre lectures réaliste et libérale.
- Graham Allison et le « piège de Thucydide », 2017. Sur seize cas historiques de puissance montante face à une puissance établie, il en compte douze qui ont abouti à la guerre. C'est un exemple de prospective à discuter, pas une loi.
- Ordres de grandeur. La France dispose d'une ZEE de l'ordre de 10 millions de km², au deuxième rang mondial, grâce à ses outre-mer. Les États-Unis réalisent plus d'un tiers des dépenses militaires mondiales selon l'institut suédois SIPRI.
Techniques
Analyser les termes du sujet
Réflexe en trois temps. Définir chaque mot du sujet avec le vocabulaire du chapitre. Délimiter l'espace et la période. Repérer la tension qui fait problème, souvent un couple de notions.
Mini-exemple. Sujet : « Puissances maritimes et puissances continentales au XXe siècle. » On définit thalassocratie et tellurocratie, on cite Mahan et Mackinder pour dire d'où vient l'opposition, puis on formule la tension. Cette opposition classique explique-t-elle encore les rivalités, alors que les grandes puissances du siècle, États-Unis et URSS, cherchent à être les deux à la fois ?
La grille d'analyse d'une situation
On passe toute situation au crible de cinq questions : quel territoire et à quelle échelle, quels acteurs et quels intérêts, quelles représentations et quels discours, quel rapport de force, quelle évolution dans le temps. On rédige ensuite en croisant les rubriques, jamais en les juxtaposant.
Mini-exemple. L'Arctique. Territoire : un océan dont la banquise recule, avec des routes et des ressources nouvelles. Acteurs : les États riverains, la Chine qui se dit « proche de l'Arctique », les peuples autochtones. Représentations : une frontière nationale pour la Russie, un bien commun pour d'autres. Rapport de force : la Russie dispose de la plus longue façade. On conclut sur une rivalité encore largement encadrée par le droit de la mer.
Lire une carte de manière critique
Toujours poser quatre questions : qui l'a faite, pour qui, avec quelle projection et quel centre, qu'est-ce qu'elle montre et qu'est-ce qu'elle tait. Une légende en couleurs vives, des flèches épaisses ou des frontières en pointillés sont des choix d'auteur.
Mini-exemple. Une carte officielle chinoise inclut la ligne en pointillés de la mer de Chine méridionale, héritée d'une carte de la République de Chine de 1947. Commentaire attendu : la carte sert ici d'acte de revendication, et sa reproduction répétée vise à rendre la prétention familière.
Le plan de dissertation
Trois gabarits utiles. Le plan dialectique convient aux sujets en question fermée : oui, mais, dépassement. Le plan thématique convient aux sujets notionnels : ressources, acteurs, limites. Le plan chronologique, avec des césures justifiées (1945, 1991), convient aux sujets bornés dans le temps. Chaque partie doit changer au moins une fois d'échelle.
Mini-exemple. « Les frontières au XXe siècle » se prête à un plan chronologique : fixer les frontières en Europe (1919 à 1945), les figer et les multiplier (guerre froide et décolonisations), les ouvrir et les refermer (depuis 1989).
Initier une prospective
On isole deux ou trois variables décisives, on en croise les évolutions possibles pour obtenir des scénarios, et on termine par les limites de l'exercice. Mini-exemple : l'avenir de la rivalité sino-américaine selon deux variables, l'intensité de l'interdépendance et la question de Taïwan. On en tire quatre scénarios, puis on rappelle que la chute de l'URSS n'avait été anticipée par presque aucun expert.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 1. Qu'est-ce qu'une puissance ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle ou dissertation
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Problématique : la puissance est-elle une quantité de ressources ou une relation qui ne se révèle que dans l'action ?
I. Une accumulation de ressources. Population, territoire, économie, armée, arme nucléaire. Le Royaume-Uni de 1913 cumule flotte, empire et place financière de Londres.
II. Une relation, qui dépend du domaine et de l'adversaire. Suez en 1956 montre l'écart entre statut et capacité réelle. Le Japon et l'Allemagne montrent une puissance économique sans projection militaire. La défaite américaine au Viêt Nam montre que la supériorité matérielle ne garantit pas le résultat.
III. Une capacité d'attraction et de fixation des règles. Soft power américain, pouvoir structurel du dollar, normes européennes.
Argument attendu : conclure que la puissance est multidimensionnelle et que sa hiérarchie change selon le domaine considéré.
Sujet 2. La géographie fait-elle le destin des États ?
Classiques de khôlle et concours · Dissertation, type concours BCE
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Problématique : dans quelle mesure l'espace contraint-il les choix de puissance sans les dicter ?
I. Des contraintes réelles. L'insularité protège le Royaume-Uni et le pousse vers la mer. L'absence de frontière naturelle à l'ouest nourrit l'obsession russe de profondeur stratégique. Le contrôle des détroits commande les routes, comme Ormuz, par où transite environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde.
II. Des contraintes que la technique et la politique transforment. Canaux de Suez (1869) et de Panama (1914), aviation, missiles, cyberespace. Singapour, sans ressources ni profondeur, devient une plateforme mondiale.
III. Une géographie surtout mobilisée comme représentation. Espace vital nazi, « frontières naturelles » invoquées dans le discours national français. La géographie sert à justifier autant qu'elle explique.
piège : Conclure sur un possibilisme vague. Il faut dire précisément ce qui contraint et ce qui relève du choix.
Sujet 6. Le droit international, frein ou instrument de la puissance ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, le droit comme frein. Pacte Briand-Kellogg de 1928, charte de 1945, arrêt de la Cour internationale de justice de 1986. Deux, le droit impuissant. La Société des Nations ne peut rien contre le Japon en Mandchourie en 1931, et le Japon la quitte en 1933. Le veto paralyse le Conseil. Trois, le droit comme arme. Chaque puissance invoque des règles à son profit, liberté de navigation pour les États-Unis, droits historiques pour la Chine, et l'OTAN invoque une justification humanitaire au Kosovo en 1999. Le colleur attend qu'on distingue le droit comme norme et le droit comme discours de légitimation.
Sujet 7. Une carte peut-elle être une arme ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle, avec document
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Plan attendu. Un, la carte revendique : cartes nationales montrant l'Alsace-Moselle comme province perdue entre 1871 et 1918, ligne en pointillés chinoise. Deux, la carte mobilise : cartes de propagande de la guerre froide qui grossissent la menace adverse par le choix de la projection et des couleurs. Trois, la carte sert à négocier et à prouver, puisque les tribunaux arbitraux et les commissions de délimitation travaillent sur des cartes. Conclusion avec Lacoste : le savoir géographique est un savoir de pouvoir. Le colleur attend une analyse du document fourni, pas une récitation.
Sujet 3. Les frontières au XXe siècle
Autres exercices · Dissertation
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Problématique : pourquoi la frontière, qu'on annonçait dépassée, reste-t-elle un enjeu central ?
I. Tracer. Les traités de 1919 redessinent l'Europe centrale au nom des nationalités, mais laissent des minorités, d'où le corridor de Dantzig et les Sudètes. Les frontières coloniales sont reprises à l'indépendance, puis rendues intangibles en 1964.
II. Fermer et militariser. Rideau de fer, mur de Berlin de 1961 à 1989, zones démilitarisées de Corée. La frontière sépare alors deux systèmes.
III. Ouvrir, puis refermer. Espace Schengen, signé en 1985 et appliqué à partir de 1995, frontières commerciales abaissées. Puis retour des murs, de la frontière entre États-Unis et Mexique à l'annexion de la Crimée en 2014, première modification de frontière par la force en Europe depuis longtemps.
Sujet 4. Mers et océans, espaces de puissance
Autres exercices · Dissertation
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Problématique : la maîtrise des mers reste-t-elle la clé de la puissance mondiale ?
I. La thèse de Mahan vérifiée. Domination britannique appuyée sur la Royal Navy et les points d'appui, de Gibraltar à Singapour. Relais américain après 1945, flottes et bases réparties sur tous les océans.
II. Une mer de plus en plus territorialisée. Convention de Montego Bay, ZEE, contentieux de mer de Chine méridionale. La mer devient un espace approprié et non plus seulement une route.
III. De nouveaux prétendants. Marine chinoise en forte croissance et première base à l'étranger à Djibouti en 2017. La France s'appuie sur une ZEE de l'ordre de 10 millions de km². Câbles sous-marins, enjeu discret mais décisif.
Sujet 5. Les acteurs non étatiques menacent-ils la souveraineté des États ?
Autres exercices · Dissertation
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Problématique : ces acteurs concurrencent-ils l'État ou agissent-ils dans des cadres que les États continuent de fixer ?
I. Une concurrence réelle. Des firmes pèsent sur des gouvernements, comme la United Fruit lors du renversement du président guatémaltèque Arbenz en 1954, soutenu par la CIA. Des groupes armés contrôlent des territoires, comme l'État islamique, qui proclame un califat en 2014. Les grandes plateformes numériques fixent leurs propres règles.
II. Une influence normative. La campagne internationale des ONG aboutit au traité d'Ottawa contre les mines antipersonnel en 1997, puis au prix Nobel de la paix.
III. L'État reste l'arbitre. Il fiscalise, sanctionne, régule, et il se sert aussi de ces acteurs comme relais de puissance, qu'il s'agisse de firmes nationales ou de sociétés militaires privées.
Argument attendu : la souveraineté est concurrencée et partagée, elle n'est pas abolie.
Erreurs fréquentes
- Confondre géopolitique et récit. Raconter la guerre froide année par année ne constitue pas une analyse. Il faut partir d'un territoire, d'acteurs et d'une rivalité.
- Utiliser « anarchie » au sens de chaos. En relations internationales, le mot désigne seulement l'absence d'autorité supérieure aux États.
- Plaquer un auteur sans le discuter. Citer Mackinder ou Huntington comme une vérité, au lieu de montrer ce que la thèse éclaire et ce qu'elle manque.
- Réduire la puissance au militaire ou à un classement unique. Une copie doit préciser dans quel domaine et face à quel acteur une puissance s'exerce.
- Oublier de changer d'échelle ou de définir les termes. Une introduction sans définitions et un développement à une seule échelle sont les deux défauts les plus sanctionnés en première année.
Fiche rédigée à partir du programme officiel d'histoire, géographie et géopolitique du monde contemporain (2021), module I « Les grandes mutations du monde de 1913 à nos jours », partie I.1 « Panorama géopolitique du monde de 1913 à la fin de la guerre froide », point I.1.1 « Géopolitique et relations internationales : une introduction ». Le commentaire du programme en fixe le but, doter les étudiants d'un cadre conceptuel et épistémologique pour aborder l'ensemble du programme, dont la démarche géopolitique est le fil directeur. Celle-ci combine les dimensions historiques, géographiques et géoéconomiques pour étudier les rivalités de pouvoirs et d'influences qui s'exercent sur les territoires à toutes les échelles, en insistant sur les jeux d'acteurs, leurs systèmes de représentation et leurs stratégies.