La fiche de cours
Résumé en cinq points
- La comptabilité nationale classe les unités résidentes en cinq secteurs institutionnels définis par leur fonction et leur ressource principales, plus un compte du reste du monde.
- Le PIB est la somme des valeurs ajoutées des unités résidentes augmentée des impôts nets de subventions sur les produits. Il se calcule par la production, par la demande ou par les revenus.
- L'équilibre ressources-emplois écrit que production plus importations égale consommation finale, investissement, variation de stocks et exportations. C'est une identité, pas une théorie.
- Le tableau entrées-sorties et ses coefficients techniques décrivent les relations entre branches et permettent de chiffrer des effets d'entraînement à court terme.
- Le circuit boucle sur les revenus, du partage primaire de la valeur ajoutée jusqu'aux capacités et besoins de financement, dont la somme est nulle.
Pourquoi ce chapitre
C'est le chapitre d'entrée dans la discipline. Il installe le vocabulaire que toutes les autres parties du programme réutilisent sans le redéfinir. Quand on parlera en deuxième année de politique budgétaire, de déficit public ou de solde courant, on manipulera des grandeurs de comptabilité nationale dont le sens aura été fixé ici.
Il apporte trois choses. D'abord une grille de lecture de l'économie nationale sous forme de circuit, c'est-à-dire de flux entre agents. Ensuite une batterie d'agrégats que le correcteur attend dans une copie sérieuse, à commencer par le PIB et la valeur ajoutée. Enfin une capacité de raisonnement comptable, celle qui permet de dire qu'une dépense de l'un est toujours le revenu de l'autre.
En dissertation, il sert surtout de boîte à outils. Il alimente directement les sujets sur le partage de la valeur ajoutée, sur la mesure de la richesse et ses limites, sur le rôle de l'État dans l'économie, sur l'épargne et l'investissement. En colle, on attend une définition exacte du PIB, la capacité à écrire l'équilibre ressources-emplois de mémoire et à commenter un taux de marge ou un taux d'épargne.
Notions et mécanismes
L'agent économique et le secteur institutionnel
Un agent économique est une unité de décision autonome. La comptabilité nationale ne raisonne pas agent par agent mais regroupe les unités résidentes en secteurs institutionnels, définis par leur fonction principale et par leur ressource principale.
On en distingue cinq pour l'économie nationale, plus un compte pour l'extérieur.
Les sociétés non financières produisent des biens et des services marchands non financiers. Leur ressource principale est le produit des ventes.
Les sociétés financières, banques, assurances et fonds, ont pour fonction le financement, l'assurance et l'intermédiation financière.
Les administrations publiques produisent des services non marchands et opèrent des redistributions de revenu. Leur ressource principale est constituée de prélèvements obligatoires. Elles se subdivisent en administrations centrales, administrations locales et administrations de sécurité sociale.
Les ménages ont pour fonction principale la consommation. Ils sont aussi producteurs quand il s'agit d'entrepreneurs individuels. Leur ressource principale est le revenu du travail et du capital.
Les institutions sans but lucratif au service des ménages, associations et syndicats, produisent des services non marchands financés surtout par des contributions volontaires.
Le reste du monde n'est pas un secteur au sens strict. C'est un compte qui retrace les opérations entre unités résidentes et unités non résidentes. La résidence est un critère de territoire économique, pas de nationalité. Une filiale française d'un groupe américain implantée en France est une unité résidente.
Les trois familles d'opérations
Les opérations sur biens et services décrivent la production, la consommation, l'investissement et les échanges extérieurs.
Les opérations de répartition décrivent la distribution puis la redistribution des revenus. Salaires, cotisations, impôts, prestations sociales, dividendes et intérêts appartiennent à cette famille.
Les opérations financières décrivent la variation des créances et des dettes. Elles enregistrent la contrepartie financière des deux premières familles.
Production, valeur ajoutée, PIB
La production marchande est évaluée par les ventes. La production non marchande, celle des administrations, est évaluée par convention à son coût de production, faute de prix de marché. C'est un point important et souvent mal compris.
La valeur ajoutée d'une unité est la différence entre sa production et ses consommations intermédiaires, c'est-à-dire les biens et services détruits ou transformés dans le processus de production. La valeur ajoutée mesure la richesse réellement créée, alors que la production compte plusieurs fois les mêmes éléments le long de la chaîne.
Le produit intérieur brut est la somme des valeurs ajoutées des unités résidentes, augmentée des impôts sur les produits et diminuée des subventions sur les produits. Trois approches donnent le même résultat. L'approche production somme les valeurs ajoutées. L'approche demande somme les emplois finals intérieurs et le solde extérieur. L'approche revenu somme les rémunérations des salariés, l'excédent brut d'exploitation et les impôts nets de subventions sur la production.
Le PIB est intérieur, donc territorial. Le revenu national brut est national, donc lié à la résidence des agents. Il s'obtient en ajoutant au PIB les revenus primaires reçus du reste du monde et en retranchant ceux versés au reste du monde. L'écart est faible pour la France, il est très important pour l'Irlande, où le PIB dépasse largement le revenu national à cause des profits rapatriés par les multinationales.
L'adjectif brut signifie avant déduction de la consommation de capital fixe, c'est-à-dire de l'usure et de l'obsolescence du capital. Le PIB net serait plus juste économiquement mais moins facile à mesurer.
L'équilibre ressources-emplois
Pour un produit ou pour l'économie entière, tout ce qui est disponible est utilisé. Les ressources sont la production et les importations. Les emplois sont les consommations intermédiaires, la consommation finale, la formation brute de capital fixe, la variation des stocks et les exportations.
Au niveau global, on écrit l'égalité suivante, qui est une identité comptable et non une théorie : PIB + importations = consommation finale + formation brute de capital fixe + variation de stocks + exportations.
La formation brute de capital fixe est l'investissement en actifs fixes, y compris les logements des ménages et, depuis les révisions de méthode, les dépenses de recherche et développement et les logiciels. La variation de stocks sert de variable d'ajustement, ce qui explique qu'elle soit parfois négative.
Le tableau entrées-sorties et les coefficients techniques
Le tableau entrées-sorties croise les branches en lignes et en colonnes. En ligne, on lit comment la production d'une branche se répartit entre consommations intermédiaires des autres branches et emplois finals. En colonne, on lit la structure des coûts d'une branche, c'est-à-dire ce qu'elle achète aux autres et la valeur ajoutée qu'elle dégage.
Le coefficient technique a(i, j) est la quantité de produit i nécessaire pour produire une unité de produit j. Il mesure l'intensité d'une relation interindustrielle. Ces coefficients sont supposés stables à court terme, ce qui permet de calculer l'effet en chaîne d'une hausse de demande finale. Une commande supplémentaire adressée à l'automobile provoque des commandes à la métallurgie, à la chimie, aux services, et ainsi de suite. Le TES est l'outil qui chiffre ces effets d'entraînement.
La limite est claire. Les coefficients techniques sont fixes par hypothèse, donc le modèle ignore la substitution entre facteurs et les changements de technique. Il vaut à court terme.
Le circuit et la répartition des revenus
Le circuit économique représente l'économie comme un ensemble de flux fermés. La valeur ajoutée se partage d'abord entre rémunération des salariés et excédent brut d'exploitation, c'est le partage primaire. L'excédent brut d'exploitation se répartit ensuite entre intérêts, dividendes, impôts et autofinancement.
Les ménages reçoivent des revenus primaires, salaires et revenus du patrimoine. La redistribution ajoute les prestations sociales et retranche les impôts directs et les cotisations, ce qui donne le revenu disponible brut. Le revenu disponible brut se partage entre consommation finale et épargne. Le taux d'épargne est le rapport de l'épargne au revenu disponible brut.
Chaque secteur dégage ensuite une capacité ou un besoin de financement, selon que son épargne couvre ou non son investissement. En France, les ménages ont structurellement une capacité de financement, les sociétés non financières et les administrations publiques un besoin de financement. La somme des soldes de tous les secteurs, reste du monde compris, est nulle par construction. C'est ce qui fait du circuit un outil rigoureux.
Auteurs et théories de référence
François Quesnay publie le Tableau économique en 1758. Il y représente la circulation de la richesse entre trois classes, les propriétaires, la classe productive agricole et la classe stérile. L'idée forte, ancêtre directe du circuit, est que la dépense des uns est le revenu des autres et que le blocage d'un flux déséquilibre l'ensemble. Sa théorie de la seule productivité de l'agriculture est datée, sa méthode ne l'est pas.
Karl Marx, dans le livre II du Capital publié après sa mort en 1885, construit des schémas de reproduction qui divisent l'économie en deux sections, biens de production et biens de consommation, et cherchent les conditions d'équilibre entre elles. C'est une autre matrice de la pensée en termes de circuit.
John Maynard Keynes, dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie de 1936, raisonne en termes d'agrégats et de causalité circulaire entre demande effective, production et emploi. Le circuit y devient un outil de macroéconomie et non seulement de description.
Wassily Leontief formalise dans les années trente et quarante l'analyse entrées-sorties, notamment dans son ouvrage sur la structure de l'économie américaine publié en 1941. Il reçoit le prix de la Banque de Suède en 1973. Le TES des comptabilités nationales est l'héritier de ses matrices.
Simon Kuznets construit les premières estimations systématiques du revenu national des États-Unis dans les années trente. Il reçoit le prix en 1971. Il a lui-même averti que le revenu national ne mesure pas le bien-être d'une nation.
Richard Stone met au point le cadre comptable normalisé qui deviendra le système de comptabilité nationale des Nations unies. Il reçoit le prix en 1984.
Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi remettent en 2009 un rapport commandé par la présidence française sur la mesure des performances économiques et du progrès social. Ils proposent de compléter le PIB par des indicateurs de soutenabilité, d'inégalité et de qualité de vie.
Faits, chiffres et repères historiques
La comptabilité nationale française naît après la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de la planification indicative et de la reconstruction. L'INSEE est créé en 1946. Le cadre européen actuel est le SEC 2010, entré en application en 2014, qui a notamment fait entrer la recherche et développement dans l'investissement.
Ordres de grandeur pour la France, tous à vérifier dans la dernière publication de l'INSEE car ils bougent chaque année. Le PIB en valeur est de l'ordre de 2 900 milliards d'euros en 2024. La consommation finale représente un peu plus de la moitié du PIB pour les seuls ménages. La formation brute de capital fixe de l'ensemble de l'économie se situe autour de 23 à 24 % du PIB.
La part des services dans la valeur ajoutée française dépasse 75 %, celle de l'industrie manufacturière est tombée autour de 10 %, contre environ un quart au début des années 1970. C'est un chiffre très utilisé dans les sujets sur la désindustrialisation.
Le taux de marge des sociétés non financières, c'est-à-dire l'excédent brut d'exploitation rapporté à la valeur ajoutée, oscille en France autour de 30 à 33 % depuis les années 1990, après un point bas historique au début des années 1980 et une remontée rapide entre 1982 et 1989. La part des rémunérations dans la valeur ajoutée suit le mouvement inverse.
Le taux d'épargne des ménages français est de l'ordre de 18 % du revenu disponible brut en 2024, contre environ 15 % avant la crise sanitaire, avec un pic exceptionnel proche de 21 % en 2020. Il est nettement plus élevé qu'aux États-Unis, où il évolue plutôt entre 4 et 8 %.
La dépense publique française représente autour de 57 % du PIB, l'un des niveaux les plus élevés de l'OCDE. Le taux de prélèvements obligatoires est de l'ordre de 43 à 45 % du PIB. Ces deux chiffres sont à donner avec leur année et leur source.
Débats et controverses
Le premier débat porte sur ce que mesure le PIB. Il ignore le travail domestique et le bénévolat, il compte positivement des dépenses de réparation de dommages, il ne retranche pas la dégradation du capital naturel, et il évalue la production non marchande à son coût, ce qui interdit de mesurer un gain de productivité dans l'éducation ou la santé. Les partisans du PIB répondent qu'il n'a jamais prétendu mesurer le bien-être, qu'il est comparable dans le temps et dans l'espace et qu'aucun indicateur alternatif n'a atteint ce degré de normalisation. Les alternatives existent, indice de développement humain du PNUD depuis 1990, empreinte écologique, indicateurs de la loi française de 2015 dite loi Sas.
Le deuxième débat porte sur le partage de la valeur ajoutée. Certains lisent la baisse de la part salariale depuis les années 1980 comme le signe d'un rapport de force défavorable au travail. D'autres rappellent que la part salariale française est restée relativement stable depuis 1990 une fois corrigée du poids des non-salariés et de l'immobilier, et que la comparaison internationale doit tenir compte des cotisations.
Le troisième débat porte sur la frontière de la production. Faut-il intégrer les activités illégales, comme le veut le SEC 2010 pour les transactions consenties, ou le travail domestique, qui représenterait selon plusieurs estimations l'équivalent de 15 à 30 % du PIB selon la méthode de valorisation retenue. Le choix n'est pas neutre, il déplace mécaniquement le niveau de richesse mesuré.
Le quatrième débat porte sur l'usage du circuit. Les approches en termes de circuit, souvent post-keynésiennes, insistent sur le fait que les décisions de dépense précèdent les revenus. Les approches d'équilibre général insistent au contraire sur la détermination simultanée des prix et des quantités. Les deux lectures sont compatibles avec la même comptabilité, ce qui montre bien qu'une identité comptable ne démontre aucune causalité.
Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation
- Écrire l'équilibre ressources-emplois sans hésitation et s'en servir pour discuter un sujet sur la demande ou sur le commerce extérieur.
- Distinguer rigoureusement production, valeur ajoutée, PIB, revenu national brut et revenu disponible brut. Une confusion sur ces termes coûte cher.
- Traiter un sujet sur la mesure de la richesse en opposant l'argument de comparabilité du PIB et les critiques de Kuznets puis du rapport Stiglitz Sen Fitoussi de 2009.
- Traiter un sujet sur le partage de la valeur ajoutée avec la chronologie française, point bas du taux de marge en 1982, redressement jusqu'en 1989, relative stabilité ensuite.
- Mobiliser Quesnay 1758 et Leontief 1941 comme deux moments de la formalisation du circuit, l'un descriptif, l'autre matriciel.
- Utiliser les coefficients techniques pour parler d'effets d'entraînement, de filière industrielle ou d'insertion dans les chaînes de valeur.
- Piège fréquent : croire qu'une identité comptable prouve un mécanisme. L'égalité entre épargne et investissement ex post ne dit rien sur la manière dont l'ajustement se fait.
- Piège fréquent : oublier que la production non marchande est valorisée à son coût, ce qui biaise toute comparaison de croissance entre pays où le poids du secteur public diffère.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Secteur institutionnel : regroupement d'unités résidentes selon leur fonction principale et leur ressource principale, cinq secteurs plus le compte du reste du monde.
- Résidence : critère de territoire économique, pas de nationalité, une filiale étrangère implantée en France est résidente.
- Production marchande : vendue à un prix couvrant plus de la moitié du coût. Production non marchande : évaluée par convention à son coût de production.
- Consommations intermédiaires : biens et services détruits ou transformés au cours de la production.
- Valeur ajoutée : production moins consommations intermédiaires, seule mesure de la richesse créée par une unité.
- PIB : somme des valeurs ajoutées des unités résidentes, plus impôts sur les produits, moins subventions sur les produits.
- Trois approches du PIB : production (somme des VA), demande (consommation finale plus FBCF plus variation de stocks plus exportations moins importations), revenu (rémunérations plus EBE plus impôts nets sur la production).
- Brut : avant déduction de la consommation de capital fixe. Net : après.
- Revenu national brut : PIB plus revenus primaires reçus du reste du monde, moins revenus primaires versés.
- Équilibre ressources-emplois : PIB plus importations égale consommation finale plus FBCF plus variation de stocks plus exportations. Identité comptable, jamais une théorie.
- FBCF : acquisitions d'actifs fixes, y compris logements des ménages, logiciels et recherche-développement depuis le SEC 2010.
- Tableau entrées-sorties : croisement des branches, en ligne la destination de la production, en colonne la structure des coûts.
- Coefficient technique a(i, j) : quantité de produit i nécessaire pour produire une unité de produit j, supposé stable à court terme.
- Partage primaire de la valeur ajoutée : rémunération des salariés, excédent brut d'exploitation, impôts sur la production nets de subventions.
- Taux de marge : EBE rapporté à la valeur ajoutée. Taux d'investissement : FBCF rapportée à la valeur ajoutée.
- Revenu disponible brut : revenus primaires plus prestations sociales, moins impôts directs et cotisations.
- Taux d'épargne : épargne brute rapportée au revenu disponible brut. Épargne brute : RDB moins consommation finale.
- Capacité ou besoin de financement : épargne brute moins FBCF, à transferts en capital près. La somme sur tous les secteurs, reste du monde compris, est nulle.
Chaînes de raisonnement
De la production au PIB. Chaque unité crée une valeur ajoutée égale à sa production moins ses achats intermédiaires. Sommer les productions compterait plusieurs fois le même blé, dans la farine puis dans le pain. Sommer les valeurs ajoutées élimine ce double compte et donne le PIB, à correction près des impôts nets sur les produits.
Pourquoi les trois approches se valent. Tout ce qui est produit est vendu, stocké ou exporté, donc la valeur ajoutée totale égale la dépense finale. Toute valeur ajoutée est distribuée en salaires, en profits bruts ou en impôts, donc elle égale aussi les revenus. Les trois approches sont trois lectures du même flux, pas trois grandeurs.
Une dépense est toujours un revenu. Dans le circuit, la consommation des ménages est la vente des entreprises, le salaire versé par l'entreprise est le revenu du ménage. Un secteur ne peut donc pas épargner davantage sans qu'un autre voie sa recette baisser ou s'endette. C'est ce qui fait que la somme des capacités et besoins de financement est nulle.
Effet d'entraînement par les coefficients techniques. Une hausse de la demande finale adressée à une branche exige des consommations intermédiaires supplémentaires. Ces achats sont à leur tour des productions supplémentaires pour les branches fournisseuses, qui achètent elles-mêmes. La production totale augmente donc de plus que la demande initiale, et le TES permet de chiffrer ce multiple.
Du partage primaire aux soldes financiers. La valeur ajoutée se partage entre travail, capital et État. La redistribution transforme les revenus primaires en revenu disponible. La confrontation de l'épargne ainsi dégagée et de l'investissement donne le solde de chaque secteur, capacité chez les ménages en France, besoin chez les entreprises et les administrations.
Pourquoi l'identité épargne égale investissement ne dit rien de la causalité. Ex post, l'épargne nationale égale l'investissement plus le solde extérieur, toujours. Mais l'égalité peut être obtenue par une hausse de l'investissement qui crée les revenus d'où sort l'épargne, lecture keynésienne, ou par une épargne préalable qui finance l'investissement, lecture classique. La comptabilité constate, elle ne tranche pas.
Exemples et références à connaître
- François Quesnay, Tableau économique de 1758, première représentation de la circulation de la richesse entre classes. Il faut le citer comme ancêtre du circuit, pas pour sa théorie de la seule productivité agricole.
- Wassily Leontief, analyse entrées-sorties formalisée dans les années 1930 et 1940, prix de la Banque de Suède en 1973. Référence obligatoire pour le TES.
- Simon Kuznets, premières estimations du revenu national américain dans les années 1930, avertissement célèbre que le revenu national ne mesure pas le bien-être.
- Richard Stone, normalisation du système de comptabilité nationale des Nations unies, prix en 1984.
- Rapport Stiglitz Sen Fitoussi de 2009, référence centrale sur les limites du PIB et les indicateurs complémentaires.
- Ordre de grandeur : PIB français autour de 2 900 milliards d'euros en 2024, part des services dans la valeur ajoutée supérieure à 75 %, industrie manufacturière autour de 10 %.
- Taux de marge des sociétés non financières : point bas en 1982, remontée jusqu'en 1989, oscillation entre 30 et 33 % depuis les années 1990. Chronologie à connaître pour tout sujet sur le partage de la valeur ajoutée.
- Taux d'épargne des ménages français : environ 15 % avant 2020, pic proche de 21 % en 2020, autour de 18 % en 2024. Contraste avec les États-Unis, entre 4 et 8 %.
- Dépense publique française autour de 57 % du PIB, prélèvements obligatoires entre 43 et 45 %, à citer avec l'année et la source.
- Exemple de la production non marchande : un hôpital public est compté à son coût, donc un gain de productivité hospitalier ne se voit pas dans le PIB.
Techniques
Analyse d'un tableau de comptabilité nationale
Réflexe en trois temps. Identifier l'unité et la convention, valeur ou volume, niveau ou taux de croissance, part du PIB ou part de la valeur ajoutée. Repérer les identités que le tableau doit vérifier, par exemple l'équilibre ressources-emplois ou le partage de la valeur ajoutée. Commenter ensuite les écarts et les évolutions, jamais les chiffres isolés.
Mini-exemple. Un tableau donne pour une année PIB 2 000, importations 600, consommation finale 1 500, FBCF 450, exportations 550. La variation de stocks n'est pas donnée. On l'obtient par l'identité : 2 000 plus 600 égale 1 500 plus 450 plus VS plus 550, donc VS égale 100. On commente ensuite le taux d'investissement, 450 sur 2 000 soit 22,5 %, et le solde extérieur des biens et services, 550 moins 600 soit moins 50, c'est-à-dire un déficit de 2,5 points de PIB.
Le schéma bilan du circuit
Trois pôles, entreprises, ménages, administrations, plus une flèche vers le reste du monde et un pôle financier. Les flèches sont des flux monétaires. On place les salaires des entreprises vers les ménages, la consommation en retour, les prélèvements vers les administrations, les prestations et les salaires publics en retour, l'épargne vers le pôle financier, les crédits du pôle financier vers les investisseurs. Le schéma doit permettre de lire à haute voix que chaque flux sortant d'un pôle est un flux entrant pour un autre.
Le plan de dissertation sur ce chapitre
Le chapitre fournit des outils, il est rarement le sujet à lui seul. Deux gabarits reviennent. Sur une question de mesure, on distingue ce que l'indicateur mesure bien, ce qu'il mesure mal, et ce qu'on peut lui ajouter. Sur une question de partage ou de répartition, on décrit le mécanisme comptable, puis les faits, puis les interprétations concurrentes.
Mini-exemple. « Le PIB mesure-t-il la richesse ? » Première partie, le PIB mesure la production marchande et non marchande de façon normalisée et comparable. Deuxième partie, il ignore ou compte mal des pans entiers de la richesse, travail domestique, capital naturel, qualité de vie. Troisième partie, on ne le remplace pas, on le complète par un tableau de bord.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 2. Que nous apprend le circuit économique ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, le circuit décrit l'interdépendance des agents par des flux fermés, de Quesnay à la comptabilité nationale. Deux, il impose des contraintes comptables, chaque dépense est un revenu, la somme des soldes de financement est nulle, ce qui interdit certains raisonnements de bon sens apparent, par exemple que tous les secteurs épargnent davantage en même temps. Trois, il ne dit rien des causalités, l'identité épargne investissement se lit dans les deux sens, ce qui laisse ouvert le débat entre lectures keynésienne et classique.
Sujet 3. Le partage de la valeur ajoutée en France depuis les années 1970
Classiques de khôlle et concours · Khôlle ou dissertation
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Plan attendu. Un, définitions et mesure, rémunération des salariés, EBE, taux de marge, avec les difficultés de mesure liées aux non-salariés et aux loyers imputés. Deux, chronologie, hausse de la part salariale dans les années 1970, point bas du taux de marge en 1982, redressement jusqu'en 1989, stabilité relative depuis. Trois, interprétations, rapport de force et désindexation des salaires en 1983 d'un côté, correction des effets de structure de l'autre, et enfin comparaison internationale prudente.
Sujet 4. Épargne et investissement sont-ils toujours égaux ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, l'égalité ex post est une identité de la comptabilité nationale en économie fermée, et en économie ouverte l'épargne nationale égale l'investissement plus la capacité de financement de la nation. Deux, ex ante, les décisions d'épargne et d'investissement sont prises par des agents différents pour des motifs différents, rien ne garantit leur égalité. Trois, ce qui assure l'égalité ex post est un mécanisme d'ajustement, par le taux d'intérêt chez les classiques, par le revenu chez Keynes, et la comptabilité ne permet pas de choisir.
Sujet 5. Effets d'entraînement dans un tableau entrées-sorties
Classiques de khôlle et concours · Exercice chiffré de khôlle
Une économie a deux branches, agriculture A et industrie I. Il faut 0,5 unité de A pour produire une unité de I et 0,4 unité de I pour produire une unité de A. Les branches n'utilisent pas leur propre produit. La demande finale est de 60 pour A et de 200 pour I. Calculer les productions, le PIB, puis l'effet d'une hausse de 8 de la demande finale d'industrie.
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Étape 1, écrire les équilibres par produit. Production de A égale 0,5 fois production de I plus 60. Production de I égale 0,4 fois production de A plus 200. Étape 2, résoudre. En remplaçant, production de A égale 0,5 fois (0,4 fois production de A plus 200) plus 60, soit 0,2 fois production de A plus 160, donc production de A égale 200. Production de I égale 0,4 fois 200 plus 200, soit 280. Étape 3, vérifier. A produit 200, dont 140 vont en consommations intermédiaires de I et 60 en demande finale. I produit 280, dont 80 en consommations intermédiaires de A et 200 en demande finale. Étape 4, le PIB. Valeur ajoutée de A égale 200 moins 80, soit 120. Valeur ajoutée de I égale 280 moins 140, soit 140. PIB égale 260, ce qui est bien la demande finale totale 60 plus 200. Étape 5, la variation. Avec une hausse de 8 de la demande finale d'industrie, on obtient une hausse de 10 de la production d'industrie et de 5 de celle de l'agriculture. La production totale augmente de 15 pour une impulsion de 8, le PIB augmente de 8 exactement. Point où l'on se trompe : confondre la hausse de la production totale, qui inclut des consommations intermédiaires, et la hausse du PIB.
Sujet 6. Les administrations publiques dans l'économie française
Classiques de khôlle et concours · Analyse de document ou khôlle
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Plan attendu. Un, ce qu'elles produisent, des services non marchands évalués à leur coût, et ce qu'elles redistribuent, prestations contre prélèvements. Deux, leur poids, dépense publique autour de 57 % du PIB, ce qui ne signifie pas que l'État produit 57 % du PIB puisque les transferts ne sont pas de la production. Trois, leur solde, besoin de financement structurel depuis 1975, qui doit être couvert par la capacité de financement des ménages ou par le reste du monde.
Sujet 7. Faut-il intégrer le travail domestique dans le PIB ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, pourquoi il est hors frontière de production, absence de transaction et difficulté de valorisation. Deux, ce que change son intégration, une hausse du niveau de 15 à 30 % selon la méthode, et une lecture différente de la croissance quand le travail domestique se marchandise. Trois, les enjeux, comparabilité, visibilité du travail des femmes, mais risque de rendre l'indicateur dépendant de conventions encore plus fragiles.
Sujet 1. Le PIB est-il un bon indicateur de la richesse d'une nation ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP
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Accroche possible : l'avertissement de Kuznets dans les années 1930. Problématique : le PIB est un indicateur de production, la question est de savoir jusqu'où on peut lui faire dire autre chose.
I. Un indicateur de production rigoureux et comparable. Définition exacte, trois approches, normalisation internationale par le SEC et le SCN. Il permet de comparer dans le temps et l'espace, il est corrélé à l'espérance de vie et à l'alphabétisation dans les phases de rattrapage.
II. Un indicateur qui manque une partie de la richesse. Le travail domestique et le bénévolat sont hors frontière de production. La production non marchande est évaluée à son coût. Les dépenses défensives, réparation de dommages, comptent positivement. La dégradation du capital naturel n'est pas retranchée. Le PIB agrégé ignore la distribution.
III. Compléter plutôt que remplacer. Indice de développement humain depuis 1990, rapport Stiglitz Sen Fitoussi de 2009, loi française de 2015 sur les nouveaux indicateurs de richesse. Limite : aucun indicateur composite n'atteint la normalisation du PIB, et le choix des pondérations est un choix politique.
Erreurs fréquentes
- Écrire que le PIB est la somme des productions. C'est la somme des valeurs ajoutées, la production comptabilise plusieurs fois les mêmes biens.
- Oublier les importations dans l'équilibre ressources-emplois, ou les mettre du côté des emplois. Elles sont une ressource.
- Confondre intérieur et national. Le PIB est intérieur, il compte les unités résidentes quelle que soit leur nationalité. Le revenu national brut corrige par les revenus reçus et versés au reste du monde.
- Lire une identité comptable comme une causalité. L'égalité entre épargne et investissement ne dit pas qui s'ajuste à qui.
- Comparer la dépense publique au PIB en concluant que l'État produit plus de la moitié de la richesse. Les transferts sont des opérations de répartition, pas de production.
Fiche rédigée à partir du programme officiel d'ESH (2021), module 1 « Les fondements de l'économie et de la sociologie », partie 1.1 « Les fondements de l'économie », point 1.1.1. Elle couvre les secteurs institutionnels, les opérations qui les relient, le circuit économique, les agrégats, l'équilibre ressources-emplois et le tableau entrées-sorties. La construction du tableau économique d'ensemble n'est pas exigée.