Le cours
Résumé en cinq points
- L'entropie est une fonction d'état extensive, en . Sa variation ne dépend que des états initial et final.
- Une entropie plus grande signifie davantage d'états microscopiques compatibles avec l'état macroscopique, donc moins d'information sur le détail microscopique.
- Expressions fournies : pour un gaz parfait, et pour une phase condensée indilatable et incompressible.
- Second principe : , avec et .
- caractérise la réversibilité. Pour un système isolé, : l'entropie ne peut qu'augmenter.
Pourquoi ce chapitre
Le premier principe, vu en première année, compte l'énergie. Il ne dit rien du sens des transformations. Il autorise aussi bien un café qui refroidit dans une pièce qu'un café qui se réchauffe spontanément en refroidissant la pièce. Le second principe tranche. Il introduit une nouvelle fonction d'état, l'entropie, et impose que la somme des entropies de l'univers ne peut qu'augmenter.
On dispose alors :
- d'un critère d'évolution ;
- d'une mesure de l'irréversibilité ;
- de l'outil qui servira dans tout le reste de l'année : enthalpie libre, potentiel chimique, constante d'équilibre, effet chélate, tout en découle.
En sciences du vivant, le second principe explique pourquoi un organisme ne viole aucune loi en se structurant : il exporte de l'entropie vers son environnement. Aux concours, ce chapitre est court mais il est la clé de la chimie thermodynamique du programme.
1La fonction d'état entropie
1.1Définition et statut
Définition 1.1Entropie
L'entropie est une fonction d'état extensive d'un système à l'équilibre thermodynamique. Elle s'exprime en .
Le programme précise que la fonction entropie est systématiquement donnée : sa construction n'est pas exigible. Ce qu'il faut savoir, c'est l'utiliser.
Définition 1.2Fonction d'état
Une grandeur est une fonction d'état si sa variation entre un état initial et un état final ne dépend que de ces deux états, pas du chemin suivi.
C'est le point qui permet, pour calculer d'une transformation irréversible compliquée, d'imaginer un chemin réversible commode entre les deux mêmes états.
Définition 1.3Grandeur extensive
Une grandeur est extensive si, pour un système composé de deux parties, elle est la somme des grandeurs des deux parties. On définit donc :
- l'entropie massique , en ;
- l'entropie molaire , en .
Exemple 1.4Ordres de grandeur de l'entropie molaire standard
- Argon, gaz monoatomique : environ .
- Dioxygène : environ .
- Eau liquide : environ .
- Carbone graphite, solide simple : environ .
À retenir
Hiérarchie des entropies molaires : gaz liquide solide.
1.2Interprétation microscopique qualitative
Le programme demande une interprétation qualitative, sans aucun développement quantitatif. Un même état macroscopique (même température, même pression, même volume) peut être réalisé par un très grand nombre d'états microscopiques différents, c'est-à-dire de répartitions possibles des positions et des vitesses des entités. L'entropie mesure ce nombre de possibilités.
Une entropie élevée signifie que connaître l'état macroscopique renseigne très peu sur l'état microscopique. Augmenter l'entropie d'un système isolé, c'est donc perdre de l'information sur son état à l'échelle microscopique.
Conséquences qualitatives utiles :
- une détente d'un gaz augmente l'entropie, car chaque molécule dispose de plus de place ;
- une élévation de température augmente l'entropie, car l'éventail des vitesses accessibles s'élargit ;
- une fusion ou une vaporisation augmente l'entropie, car l'ordre du cristal disparaît ;
- un mélange de deux gaz initialement séparés augmente l'entropie.
AttentionLe mot « désordre »
Le mot « désordre » est commode mais trompeur si on l'emploie seul. Il vaut mieux parler de nombre de configurations accessibles ou de perte d'information.
2Expressions fournies de la variation d'entropie
Le programme n'exige pas d'établir ces expressions. Il exige de les exploiter entre deux états d'équilibre. Elles sont fournies en énoncé, mais les reconnaître et les manipuler sans hésiter fait gagner du temps.
2.1Gaz parfait
Propriété 2.1Variation d'entropie d'un gaz parfait
Hypothèses
- moles de gaz parfait ;
- capacités thermiques molaires indépendantes de la température sur l'intervalle ;
- états initial et final d'équilibre.
Alors ou, de façon strictement équivalente,
Entre les deux états, la transformation peut être aussi brutale qu'on veut. Les deux formes se déduisent l'une de l'autre par la loi des gaz parfaits et la relation de Mayer . On choisit la forme adaptée aux données : si l'énoncé donne pressions et températures, on prend la seconde.
Exemple 2.2Cas particuliers à repérer
- Transformation isotherme :
- Transformation isochore :
- Transformation isobare :
- Transformation à la fois adiabatique et réversible : , ce qu'on appelle isentropique.
2.2Phase condensée indilatable et incompressible
Le modèle : un liquide ou un solide dont le volume ne dépend ni de la température ni de la pression. Il n'a alors qu'une seule capacité thermique, notée , sans distinction entre et .
Propriété 2.3Variation d'entropie d'une phase condensée
Hypothèses
- phase condensée, modèle indilatable et incompressible ;
- masse , capacité thermique massique constante sur l'intervalle.
Alors La pression n'intervient pas.
Exemple 2.4Capacités thermiques massiques
- Eau liquide : .
- Aluminium : environ .
- Fer : environ .
2.3Changement d'état
Un changement d'état d'un corps pur se fait à température et pression fixées. S'il est mené de façon réversible, la création d'entropie est nulle et l'entropie échangée vaut avec à pression constante.
Propriété 2.5Entropie de changement d'état
On obtient Elle est positive pour une fusion, une vaporisation ou une sublimation, négative pour les transformations inverses.
Exemple 2.6Eau
- Fusion à avec : environ .
- Vaporisation à avec : environ .
Le saut est bien plus grand à la vaporisation : c'est le passage à l'état gazeux qui coûte le plus en entropie.
3Le second principe pour un système fermé
3.1Énoncé
Théorème 3.1Second principe
Hypothèses
- système fermé ;
- transformation entre deux états d'équilibre.
Alors la variation d'entropie se décompose en deux termes :
- est l'entropie reçue par le système du fait des transferts thermiques avec l'extérieur. Pour une source unique de température supposée constante, . Si la température de la frontière varie, on écrit la forme infinitésimale et on intègre.
- est l'entropie créée à l'intérieur du système. Elle est nulle si et seulement si la transformation est réversible. Elle est strictement positive si la transformation est irréversible. Elle n'est jamais négative.
Forme infinitésimale du bilan : Forme intégrale :
AttentionTempérature au dénominateur
Dans , la température au dénominateur est celle de la source ou de la frontière où s'effectue l'échange, pas celle du système, sauf si la transformation est réversible, auquel cas les deux coïncident à chaque instant.
3.2Inégalité de Clausius
Comme , on déduit immédiatement C'est l'inégalité de Clausius, admise en première année, avec égalité exactement dans le cas réversible. Le bilan d'entropie en donne l'assise : la différence entre les deux membres est précisément l'entropie créée.
Propriété 3.2Système isolé ou adiabatique
Pour un système isolé, ou simplement adiabatique, , donc . L'entropie d'un système isolé ne peut qu'augmenter. À l'équilibre, elle est maximale.
3.3Origines de l'irréversibilité
Savoir nommer les causes d'irréversibilité est une attente constante. Les principales :
- un transfert thermique sous une différence de température finie ;
- un frottement solide ou une viscosité ;
- une détente brutale dans le vide, sans travail récupéré ;
- un mélange de deux fluides initialement séparés ;
- une réaction chimique spontanée ;
- le passage d'un courant dans une résistance, appelé effet Joule.
Une transformation réversible est une idéalisation : elle suppose une suite continue d'états d'équilibre, donc des écarts infinitésimaux de température et de pression avec l'extérieur, et une durée infinie. Aucune transformation réelle n'est réversible.
3.4Un exemple complet de bilan
Exemple 3.3Bloc de fer dans un lac
Un bloc de fer de masse , de capacité thermique massique , initialement à , est plongé dans un très grand lac à . On attend l'équilibre. Le lac est un thermostat : sa température ne change pas. État final : le bloc est à .
Variation d'entropie du bloc, modèle indilatable et incompressible : Elle est négative, ce qui est normal : le bloc se refroidit.
Entropie échangée : le transfert thermique reçu vaut La frontière est à la température du lac, donc
Entropie créée : Elle est bien positive. La transformation est irréversible, parce que le contact thermique se fait sous une différence finie de température.
Vérification par l'univers : le lac reçoit à , donc . L'ensemble bloc plus lac est isolé, et Les deux calculs coïncident, ce qui est toujours le cas : l'entropie créée dans un système est l'augmentation d'entropie de l'univers.
4Capacités expérimentales et numériques
Le programme n'impose pas de capacité numérique spécifique dans cette partie, mais le calorimètre figure au matériel exigible. Une mesure classique : déterminer la capacité thermique d'un solide par la méthode des mélanges, puis calculer l'entropie créée lors de la mise en contact.
Points de méthode :
- tenir compte de la capacité thermique du calorimètre lui-même (la valeur en eau) ;
- attendre un régime établi ;
- estimer l'incertitude sur la température finale, qui domine généralement le résultat.
Lorsqu'on programme un bilan d'entropie, la structure est toujours la même :
- calculer l'état final par le premier principe ;
- calculer par une expression fournie ;
- calculer par les transferts thermiques et les températures de frontière ;
- calculer par différence.
AttentionEntropie créée négative
Une entropie créée négative signale une erreur de signe, jamais une découverte physique.
Méthodes
MéthodeFaire un bilan d'entropie
- Identifier le système, ses frontières, et ce qu'il échange. Un bilan d'entropie mal posé vient presque toujours d'un système mal défini.
- Déterminer l'état final. Le second principe ne sert pas à cela : c'est le premier principe, ou l'équilibre thermique, ou l'équilibre mécanique.
- Calculer avec l'expression fournie adaptée, en oubliant complètement le chemin réel. ne dépend que des deux états.
- Calculer avec la ou les températures de frontière. S'il y a plusieurs sources, additionner les .
- En déduire par différence et vérifier qu'elle est positive ou nulle.
- Interpréter : si est nulle, la transformation est réversible. Si elle est positive, nommer la cause d'irréversibilité.
AttentionDeux pièges fréquents
- Écrire avec la température du système alors que celui-ci change de température. C'est faux dès que la transformation est irréversible.
- Croire qu'une transformation adiabatique a une entropie constante. Elle n'a une entropie constante que si elle est en plus réversible.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Énoncer le second principe pour un système fermé sous forme infinitésimale et sous forme intégrale, en définissant chaque terme.
- Expliquer en quelques phrases pourquoi une augmentation d'entropie d'un système isolé correspond à une perte d'information sur l'état microscopique.
- Exploiter les deux formes de la variation d'entropie d'un gaz parfait et passer de l'une à l'autre.
- Traiter le contact d'un solide avec un thermostat : , , , conclusion sur l'irréversibilité.
- Traiter une détente de Joule et Gay-Lussac d'un gaz parfait dans le vide : , , , donc .
- Calculer l'entropie de fusion ou de vaporisation de l'eau et commenter les valeurs.
- Citer quatre causes d'irréversibilité et dire dans chaque cas où l'entropie est créée.
- Justifier qu'un système isolé évolue vers un maximum d'entropie.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Entropie S : fonction d'état extensive d'un système à l'équilibre, en J·K⁻¹. Entropie massique s et molaire Sm. Fonction donnée, sa construction est hors programme.
- Interprétation microscopique : une augmentation de l'entropie d'un système isolé traduit une perte d'information sur l'état microscopique, c'est-à-dire un plus grand nombre de configurations compatibles avec l'état macroscopique. Qualitatif, exigible.
- Variation d'entropie d'un gaz parfait, capacités constantes, entre deux états d'équilibre : ΔS = n·CV,m·ln(Tf/Ti) + n·R·ln(Vf/Vi) = n·CP,m·ln(Tf/Ti) − n·R·ln(Pf/Pi). Fournie, à exploiter. Le passage d'une forme à l'autre utilise P·V = n·R·T et CP,m − CV,m = R.
- Variation d'entropie d'une phase condensée indilatable et incompressible : ΔS = m·c·ln(Tf/Ti). Fournie, à exploiter.
- Entropie de changement d'état à T et P fixées : Δch S = Δch H/Tch. À savoir justifier par un bilan réversible.
- Second principe pour un système fermé : ΔS = S_éch + S_créée avec S_créée ≥ 0, S_éch = ∫ δQ/T_frontière. Forme infinitésimale dS = δQ/T_frontière + δS_créée. Énoncé exigible.
- S_créée = 0 si et seulement si la transformation est réversible. Exigible.
- Inégalité de Clausius ΔS ≥ ∫ δQ/T_frontière, conséquence immédiate. Admise en première année, justifiée ici.
- Système isolé ou adiabatique : ΔS = S_créée ≥ 0. Un système isolé évolue vers le maximum d'entropie.
- Adiabatique et réversible équivaut à isentropique. Une adiabatique irréversible augmente l'entropie.
- Hors programme : diagrammes (T, s), identité thermodynamique dU = T·dS − P·dV, formule de l'entropie de mélange, règle de Trouton, machines thermiques qui relèvent de la partie E.3 de première année. On les utilise seulement si l'énoncé les fournit.
Clés de démonstration
Entropie de changement d'état. Le changement d'état à Tch et P fixées, mené lentement, est réversible, donc S_créée = 0. La transformation est monobare avec équilibre mécanique aux deux bouts, donc Q = ΔH = m·Δh. La frontière est à Tch, donc S_éch = Q/Tch. L'astuce est d'invoquer le caractère de fonction d'état : le résultat vaut ensuite pour toute fusion entre ces mêmes états, même brutale.
Passage entre les deux formes. On remplace Vf/Vi par (Tf/Ti)·(Pi/Pf) dans la première forme. Le logarithme éclate en deux termes, on regroupe les ln(Tf/Ti), et CV,m + R = CP,m fait apparaître la seconde forme.
Inégalité de Clausius. On écrit le bilan, on remarque que S_créée ≥ 0, on l'efface, et il reste l'inégalité. L'égalité caractérise la réversibilité.
Détente de Joule et Gay-Lussac. Parois rigides et calorifugées, donc Q = 0 et S_éch = 0. Gaz parfait, donc T constante par le premier principe. ΔS = n·R·ln(Vf/Vi) > 0 et cette valeur est entièrement créée. L'astuce : le chemin réel est brutal, mais ΔS se calcule avec la formule fournie parce que seuls comptent les états extrêmes.
Contact de deux solides identiques. Masses égales, températures T₁ et T₂, système isolé : Tf = (T₁ + T₂)/2 par le premier principe. S_créée = m·c·ln(T_f²/(T₁·T₂)). Comme la moyenne arithmétique dépasse la moyenne géométrique, T_f² ≥ T₁·T₂ et S_créée ≥ 0, nulle seulement si T₁ = T₂. L'astuce est cette inégalité entre moyennes.
Isentropique du gaz parfait. Poser ΔS = 0 dans la première forme donne CV,m·ln(Tf/Ti) = −R·ln(Vf/Vi), soit T·VR/CV,m constant. C'est la loi de Laplace, hors programme, mais la retrouver en une ligne à partir de l'expression fournie est une question classique.
Exemples et contre-exemples à connaître
- Détente dans le vide : adiabatique, mais ΔS > 0. Contre-exemple à « adiabatique implique isentropique ».
- Compression isotherme réversible d'un gaz parfait : ΔS = −n·R·ln(Pf/Pi) < 0 pour le système, S_créée = 0. L'entropie d'un système peut diminuer, c'est l'univers qui ne peut pas.
- Solide refroidi dans un lac : exemple détaillé de la fiche, ΔS < 0 pour le bloc, S_créée > 0 par écart fini de température.
- Fusion de glace dans un thermostat à 0 °C exactement : réversible, S_créée = 0. Dans un thermostat à 20 °C : même ΔS de la glace, mais S_créée > 0.
- Chauffage par paliers : chauffer un corps par N thermostats de plus en plus chauds crée d'autant moins d'entropie que N est grand, la limite réversible correspond à une infinité de paliers.
- Effet Joule : une résistance parcourue par un courant reçoit un travail électrique et le rend en chaleur au milieu ambiant. Sur un cycle, ΔS = 0 pour la résistance et S_créée = R·I²·t/T₀.
- Hiérarchie des entropies molaires : gaz environ 200, liquide environ 70, solide environ 6 J·K⁻¹·mol⁻¹ pour l'eau et le graphite. La vaporisation crée le plus gros saut, environ 109 J·K⁻¹·mol⁻¹ pour l'eau.
- Mélange de deux gaz différents : ΔS > 0 sans aucun échange, entropie entièrement créée. Si les deux gaz sont identiques, rien ne se passe et ΔS = 0.
- Le vivant : un organisme maintient une entropie basse en rejetant chaleur et déchets, donc en exportant plus d'entropie qu'il n'en crée. Aucune violation du second principe.
Techniques du chapitre
-
Choisir la forme adaptée aux données. Une mole de gaz parfait diatomique, CP,m = 7R/2, passe de (300 K, 1 bar) à (600 K, 4 bar). Forme en (T, P) : ΔS = 29,1·ln 2 − 8,314·ln 4 = 20,2 − 11,5 = 8,6 J·K⁻¹. On vérifie avec la forme en (T, V) : Vf/Vi = 2 × 1/4 = 0,5, ΔS = 20,8·ln 2 + 8,314·ln 0,5 = 14,4 − 5,8 = 8,6 J·K⁻¹.
-
État final d'abord, par le premier principe. Deux blocs de fer de 1,0 kg, c = 450 J·kg⁻¹·K⁻¹, à 300 K et 400 K, mis en contact dans une enceinte isolée. Tf = 350 K. S_créée = 450·ln(350²/(300 × 400)) = 450 × 0,0206 = 9,3 J·K⁻¹.
-
S_éch avec la température de frontière. Un kilogramme d'eau passe de 20 à 80 °C dans un bain à 80 °C. ΔS = 4180·ln(353/293) = 779 J·K⁻¹. Q = 4180 × 60 = 251 kJ, reçu à 353 K, S_éch = 711 J·K⁻¹. S_créée = 68 J·K⁻¹. Diviser Q par la température de l'eau serait faux, elle varie.
-
Détente dans le vide. Une mole passe de 10 L à 20 L : ΔS = 8,314·ln 2 = 5,8 J·K⁻¹, S_éch = 0, S_créée = 5,8 J·K⁻¹.
-
Isentropique et compression adiabatique réversible. Gaz diatomique, R/CV,m = 0,4, de 300 K et 10 L à 5 L. ΔS = 0 donne ln(Tf/300) = 0,4·ln 2 = 0,277, Tf = 396 K. Aucune loi de Laplace à connaître, tout sort de l'expression fournie.
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Entropie de changement d'état. Vaporiser 1,0 g d'eau à 100 °C sous 1 bar, Δh_vap = 2260 kJ·kg⁻¹ : ΔS = 2260/373 = 6,1 J·K⁻¹. Sens positif, le gaz a plus de configurations.
-
Bilan sur l'univers. ΔS_univers = ΔS_système + ΔS_extérieur = S_créée. Si l'extérieur est un thermostat à T₀ recevant −Q, ΔS_extérieur = −Q/T₀. Ce double calcul est le meilleur contrôle d'un bilan.
-
Signe final. Une entropie créée négative est une erreur de signe sur Q, de température dans le dénominateur, ou de sens du logarithme. On ne conclut jamais à une transformation « très réversible ».
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Mélange de deux masses d'eau
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Un calorimètre parfait reçoit 1,0 kg d'eau à 20 °C et 1,0 kg d'eau à 80 °C. Température finale, variation d'entropie de chaque masse, entropie créée, cause de l'irréversibilité.
Technique premier principe pour Tf, phase condensée pour ΔS, système isolé pour S_créée.
Voir le corrigé
- Masses et capacités égales : Tf = 50 °C = 323 K.
- ΔS₁ = 4180·ln(323/293) = 408 J·K⁻¹. ΔS₂ = 4180·ln(323/353) = −371 J·K⁻¹.
- Le système total est isolé, S_éch = 0, donc S_créée = ΔS_total = 37 J·K⁻¹ > 0.
- Cause : transfert thermique entre deux corps de températures différentes.
piège : Calculer ΔS avec la différence de températures au lieu du logarithme du rapport.
Exercice 2. Compression isotherme lente ou brutale
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une mole de gaz parfait à 300 K passe de 1,0 bar à 2,0 bar au contact d'un thermostat à 300 K. Cas 1 : compression lente. Cas 2 : la pression extérieure est portée brutalement à 2,0 bar. Bilan d'entropie dans chaque cas.
Technique ΔS commune, S_éch par Q/T₀, S_créée par différence.
Voir le corrigé
- ΔS = −R·ln 2 = −5,76 J·K⁻¹ dans les deux cas, même état initial et même état final.
- Cas 1 : W = n·R·T·ln 2 = 1729 J, ΔU = 0, Q = −1729 J, S_éch = −1729/300 = −5,76 J·K⁻¹. S_créée = 0, transformation réversible.
- Cas 2 : W = −Pext·(Vf − Vi) = 2·10⁵ × 12,5·10⁻³ = 2494 J, Q = −2494 J, S_éch = −8,31 J·K⁻¹, S_créée = 2,55 J·K⁻¹.
- Le supplément de travail dépensé dans le cas brutal est dissipé dans le gaz puis évacué vers le thermostat, ce qui crée de l'entropie.
piège : Croire que ΔS diffère entre les deux cas. Seule la répartition entre échangé et créé change.
Exercice 3. Détente de Joule et Gay-Lussac et lecture microscopique
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une mole de gaz parfait à 300 K occupe 10 L dans un récipient calorifugé, et se détend dans un compartiment vide de 10 L. Bilan d'énergie et d'entropie, interprétation microscopique, cas du gaz réel.
Technique premier principe puis bilan avec S_éch = 0.
Voir le corrigé
- W = 0, Q = 0, ΔU = 0, donc Tf = 300 K pour un gaz parfait. Pf = 0,5 bar.
- ΔS = R·ln 2 = 5,8 J·K⁻¹, S_éch = 0, S_créée = 5,8 J·K⁻¹.
- Chaque molécule dispose du double de positions, l'information sur sa localisation diminue, ce qui est le sens de l'augmentation d'entropie. La transformation inverse, retour spontané dans la moitié gauche, est possible en principe mais de probabilité nulle en pratique.
- Gaz réel : Tf baisse légèrement car les molécules s'éloignent contre leur attraction mutuelle, mais S_créée reste positive.
piège : Écrire S_éch = Q/T avec Q = 0 puis conclure ΔS = 0. Le bilan comporte un terme créé.
Exercice 4. Chauffage par un ou plusieurs thermostats
Classiques de khôlle et concours · Écrit Agro-Véto
Un bloc de cuivre de 500 g, c = 385 J·kg⁻¹·K⁻¹, est porté de 20 à 100 °C. Cas 1 : contact direct avec un thermostat à 100 °C. Cas 2 : contact successif avec un thermostat à 60 °C puis un thermostat à 100 °C. Entropie créée dans chaque cas, et limite d'un grand nombre de paliers.
Technique ΔS ne dépend pas du chemin, S_éch se somme palier par palier.
Voir le corrigé
- C = 192,5 J·K⁻¹. ΔS = 192,5·ln(373/293) = 46,5 J·K⁻¹ dans les deux cas.
- Cas 1 : Q = 192,5 × 80 = 15,4 kJ reçu à 373 K, S_éch = 41,3 J·K⁻¹, S_créée = 5,2 J·K⁻¹.
- Cas 2 : Q₁ = 7,7 kJ à 333 K donne 23,1 J·K⁻¹, Q₂ = 7,7 kJ à 373 K donne 20,6 J·K⁻¹, S_éch = 43,8 J·K⁻¹, S_créée = 2,7 J·K⁻¹.
- Avec N paliers, l'écart de température à chaque échange tend vers zéro et S_créée tend vers zéro. Le chauffage réversible est cette limite idéale, infiniment lente.
piège : Sommer des Q/T avec la température du bloc, qui change, au lieu de celle de chaque thermostat.
Exercice 5. Glaçon dans un grand bain
Classiques de khôlle et concours · Écrit Agro-Véto
Un glaçon de 20 g à 0 °C est plongé dans un grand volume d'eau à 20 °C, assimilé à un thermostat. Δh_fus = 334 kJ·kg⁻¹, c = 4180 J·kg⁻¹·K⁻¹. Variation d'entropie du glaçon devenu eau à 20 °C, entropie échangée, entropie créée, et reprise avec un bain à 0 °C.
Technique découper en fusion puis chauffage, la frontière est le bain.
Voir le corrigé
- ΔS = m·Δh_fus/273 + m·c·ln(293/273) = 24,5 + 5,9 = 30,4 J·K⁻¹.
- Q reçu = 6,68 + 1,67 = 8,35 kJ, à la température de frontière 293 K, S_éch = 28,5 J·K⁻¹.
- S_créée = 1,9 J·K⁻¹ > 0, irréversible par transfert thermique sous 20 K d'écart.
- Bain à 0 °C : seule la fusion a lieu, ΔS = 24,5 J·K⁻¹, Q = 6,68 kJ à 273 K, S_éch = 24,5 J·K⁻¹, S_créée = 0. Fusion réversible, mais infiniment lente.
piège : Diviser la chaleur de fusion par 293 K parce que le bain est à 20 °C. Le terme ΔS du glaçon utilise 273 K, le terme échangé utilise 293 K, et c'est précisément leur différence qui crée l'entropie.
Exercice 6. Détente adiabatique d'un gaz sous pression
Classiques de khôlle et concours · Écrit G2E
Du CO₂ gazeux, gaz parfait de CP,m = 37 J·K⁻¹·mol⁻¹, initialement à 6,0 bar et 293 K, se détend jusqu'à 1,0 bar sans échange thermique. Cas 1 : détente réversible. Cas 2 : détente brutale contre une pression extérieure constante de 1,0 bar. Température finale et entropie créée par mole dans chaque cas. Inspiré d'un écrit G2E.
Technique isentropique dans le cas 1, premier principe en monobare dans le cas 2, formule fournie pour ΔS.
Voir le corrigé
- Cas 1 : ΔS = 0 donne CP,m·ln(Tf/Ti) = R·ln(Pf/Pi), soit ln(Tf/293) = (8,314/37)·ln(1/6) = −0,403, Tf = 196 K. S_créée = 0.
- Cas 2 : Q = 0 et ΔU = W = −Pf·(Vf − Vi). Avec CV,m = CP,m − R = 28,7 J·K⁻¹·mol⁻¹ et V = R·T/P, on obtient CP,m·Tf = CV,m·Ti + R·Ti·Pf/Pi.
- Tf = 293 × (28,7 + 1,39)/37 = 238 K. Le refroidissement est moindre, moins de travail a été fourni.
- ΔS = 37·ln(238/293) − 8,314·ln(1/6) = −7,7 + 14,9 = 7,2 J·K⁻¹·mol⁻¹, entièrement créée puisque S_éch = 0.
piège : Appliquer la relation isentropique au cas brutal. Elle suppose S_créée = 0, ce qui est justement faux ici.
Exercice 7. Résistance chauffante dans un calorimètre
Classiques de khôlle et concours · Écrit Agro-Véto
Une résistance de 50 Ω parcourue par 2,0 A pendant 10 min chauffe 1,0 kg d'eau à 20,0 °C dans un calorimètre parfait, la résistance ayant une capacité thermique négligeable. Température finale, variation d'entropie de l'eau, entropie échangée, entropie créée.
Technique le travail électrique est un travail, il n'échange pas d'entropie.
Voir le corrigé
- Énergie électrique reçue : W = R·I²·t = 50 × 4 × 600 = 120 kJ. Q = 0, parois calorifugées.
- ΔH = W pour le système eau plus résistance en monobare, ΔT = 120 000/4180 = 28,7 K, Tf = 48,7 °C = 321,9 K.
- ΔS = 4180·ln(321,9/293,2) = 390 J·K⁻¹.
- S_éch = 0 car aucun transfert thermique ne traverse la frontière. S_créée = 390 J·K⁻¹, dissipation par effet Joule.
piège : Écrire S_éch = W/T. Le travail, quelle que soit sa nature, ne transporte pas d'entropie. Seul le transfert thermique en transporte.
Exercice 9. Chauffage isochore ou isobare
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une mole d'air, CV,m = 20,8 J·K⁻¹·mol⁻¹, passe de 300 K à 600 K au contact d'un thermostat à 600 K, soit à volume constant, soit à pression constante. ΔS, S_éch et S_créée dans chaque cas.
Technique cas particuliers de la formule fournie, Q par U ou H.
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- Isochore : ΔS = 20,8·ln 2 = 14,4 J·K⁻¹. Q = ΔU = 6,24 kJ, S_éch = 6240/600 = 10,4 J·K⁻¹, S_créée = 4,0 J·K⁻¹.
- Isobare : ΔS = 29,1·ln 2 = 20,2 J·K⁻¹. Q = ΔH = 8,73 kJ, S_éch = 14,6 J·K⁻¹, S_créée = 5,6 J·K⁻¹.
- L'isobare crée plus d'entropie parce que le gaz se dilate en plus de s'échauffer et reçoit plus de chaleur sous le même écart de température.
piège : Utiliser CV pour Q dans le cas isobare.
Exercice 8. Mélange de deux gaz parfaits
Approfondissement · Écrit ENS, plus exigeant
Deux compartiments de volume V, à la même température T et la même pression P, contiennent respectivement 1 mol de diazote et 1 mol de dioxygène. On retire la cloison, l'enceinte est rigide et calorifugée. Bilan d'entropie, puis discussion du cas où les deux compartiments contiennent le même gaz.
Technique chaque gaz parfait ignore l'autre et subit une détente isotherme de V à 2V.
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- Premier principe : W = 0, Q = 0, ΔU = 0, donc T inchangée. La pression totale reste P, chaque pression partielle vaut P/2.
- Pour chaque gaz, l'état final est (T, 2V) : ΔS = R·ln 2 par gaz, soit ΔS_total = 2R·ln 2 = 11,5 J·K⁻¹. L'extensivité justifie la somme.
- S_éch = 0, donc S_créée = 11,5 J·K⁻¹. Le mélange est irréversible : on ne sépare pas spontanément deux gaz.
- Même gaz des deux côtés : l'état final est macroscopiquement identique à l'état initial, ΔS = 0. La formule par gaz ne s'applique pas car il n'y a pas deux constituants distincts. Ce paradoxe apparent montre que l'entropie compte des configurations distinguables.
piège : Appliquer la formule du gaz parfait au mélange entier avec Vf/Vi = 1 et conclure ΔS = 0. Le mélange n'est pas un gaz parfait unique subissant une transformation, ce sont deux gaz qui se détendent chacun.
Erreurs fréquentes
- Diviser Q par la température du système au lieu de celle de la frontière ou du thermostat. C'est faux dès que le système change de température.
- Conclure ΔS = 0 pour toute adiabatique. Il faut en plus la réversibilité.
- Écrire ΔS avec une différence de températures, ou avec des degrés Celsius dans le logarithme.
- Oublier de calculer l'état final par le premier principe avant tout bilan d'entropie.
- Faire porter une entropie échangée à un travail, électrique ou mécanique. Seul le transfert thermique apporte de l'entropie.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de BCPST deuxième année (2021), thème E « énergie », paragraphe E.5. Elle couvre la fonction d'état entropie, les expressions fournies de sa variation pour un gaz parfait et pour une phase condensée, et le bilan d'entropie d'un système fermé. Les diagrammes température-entropie sont explicitement hors programme.