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BCPST2 · Maths · semaine 6

Équations différentielles autonomes d'ordre 1

Exemples de résolution d'équations différentielles autonomes du type y'(t) = F(y(t)), toute étude étant entièrement guidée. Applications à la biologie des populations et à la cinétique chimique avec les modèles malthusien, logistique et de Gompertz. Programmation de la méthode d'Euler en lien avec l'enseignement d'informatique.

Sommaire

Le cours

Résumé en cinq points

  1. Une équation autonome s'écrit y′=F(y)y' = F(y). Aucune théorie générale n'est exigible, toute étude est guidée.
  2. Les zéros de FF donnent les solutions constantes, et le signe de FF donne la monotonie de toutes les autres solutions.
  3. Le modèle malthusien donne une exponentielle, le modèle logistique une sigmoïde qui tend vers la capacité KK, le modèle de Gompertz une sigmoïde dissymétrique qui tend aussi vers KK.
  4. La technique de résolution est le changement de fonction indiqué, z=1/yz = 1/y ou u=ln⁡(y/K)u = \ln(y/K), qui ramène à une équation linéaire d'ordre 1.
  5. La méthode d'Euler, yn+1=yn+h F(yn)y_{n+1} = y_n + h\,F(y_n), fournit une solution approchée et fait le lien avec l'informatique.
Pourquoi ce chapitre

Le programme est volontairement modeste : aucune théorie générale ne doit être faite, et toute étude sera entièrement guidée dans les énoncés. Ce chapitre est un chapitre de modélisation.

  • On y apprend à reconnaître une équation autonome et à lire son comportement qualitatif.
  • On la résout quand un changement de fonction bien choisi la ramène à une équation linéaire de première année.
  • Les exemples viennent de la dynamique des populations et de la cinétique chimique.
  • Le lien avec l'informatique est explicite : programmation de la méthode d'Euler, toujours rappelée dans l'énoncé.

1Le cadre

1.1Définition

Définition 1.1Équation autonome d'ordre 1

Soit FF une fonction continue sur un intervalle JJ de R\R, à valeurs réelles. Une équation différentielle autonome d'ordre 1 est une équation de la forme y′(t)=F(y(t))y'(t) = F(y(t)).

Une solution sur un intervalle II est une fonction yy dérivable sur II, à valeurs dans JJ, vérifiant cette égalité pour tout tt de II.

Le mot autonome signifie que le temps n'apparaît pas explicitement dans le second membre. La vitesse de variation ne dépend que de l'état, pas de l'instant.

  • En biologie des populations, cela traduit un environnement constant.
  • En cinétique chimique, cela traduit une température et un volume constants.

1.2Conséquence de l'autonomie

Propriété 1.2Invariance par translation du temps

Hypothèses

  • yy est une solution sur II ;
  • cc est un réel.

Alors la fonction t↦y(t−c)t \mapsto y(t - c) est solution sur l'intervalle translaté.

Décaler l'origine des temps donne encore une solution. C'est la seule propriété générale à retenir, et elle s'explique en une ligne par dérivation d'une composée.

1.3Problème de Cauchy

On associe presque toujours à l'équation une condition initiale y(0)=y0y(0) = y_0, qui représente l'effectif initial d'une population ou la concentration initiale d'un réactif. Les énoncés admettent l'existence et l'unicité de la solution du problème posé, ou construisent cette solution explicitement.

Remarque

Aucun théorème général d'existence et d'unicité n'est au programme.

2Lecture qualitative

Avant tout calcul, on peut souvent décrire le comportement des solutions, et les énoncés guident dans cette direction.

2.1Solutions constantes

Propriété 2.1Équilibres

Si F(a)=0F(a) = 0, alors la fonction constante égale à aa est solution.

Définition 2.2Équilibre

On appelle équilibre, ou état stationnaire, un réel aa tel que F(a)=0F(a) = 0.

Chercher les équilibres revient donc à résoudre l'équation F(y)=0F(y) = 0, en général une simple équation algébrique.

2.2Sens de variation

Soit yy une solution. Le signe de y′(t)y'(t) est celui de F(y(t))F(y(t)).

  • Sur un intervalle où y(t)y(t) reste dans une zone où FF est strictement positive, yy est strictement croissante.
  • Là où FF est strictement négative, yy est strictement décroissante.

Étudier le signe de FF donne la monotonie de toutes les solutions, sans les calculer.

Exemple 2.3Cas logistique

Pour F(y)=ry(1−y/K)F(y) = ry(1 - y/K) avec r>0r > 0 et K>0K > 0, les équilibres sont 00 et KK.

  • Pour yy entre 00 et KK, F(y)>0F(y) > 0 donc la solution croît.
  • Pour y>Ky > K, F(y)<0F(y) < 0 donc la solution décroît.

Dans les deux cas, la population se rapproche de KK. On parle d'équilibre attractif pour KK, et d'équilibre répulsif pour 00. Ce vocabulaire s'utilise de façon descriptive, sans théorie.

2.3Un piège de rédaction

Attention

Écrire que la solution « tend vers KK » demande une justification. Le raisonnement standard est en deux temps : la solution est monotone et bornée par KK, donc elle converge vers une limite ll, puis on montre que ll est nécessairement un équilibre. Ce type d'argument est toujours guidé dans un énoncé : on ne l'improvise pas.

3Les trois modèles au programme

3.1Modèle malthusien

L'équation est y′(t)=r y(t)y'(t) = r\,y(t), avec rr réel. C'est le modèle de croissance exponentielle, où le taux de croissance par individu est constant.

Propriété 3.1Résolution

Les solutions sur R\R sont les fonctions t↦Certt \mapsto C\e^{rt} avec CC réel. Avec la condition y(0)=y0y(0) = y_0 : y(t)=y0 ert.y(t) = y_0\,\e^{rt}.

Cette résolution est déjà connue de première année. Interprétation :

  • Si r>0r > 0, la population explose, et le temps de doublement vaut ln⁡2r\dfrac{\ln 2}{r}.
  • Si r<0r < 0, la population décroît vers 00, et le temps de demi-vie vaut ln⁡2∣r∣\dfrac{\ln 2}{\abs{r}}.

Le second cas décrit aussi la désintégration radioactive et une cinétique chimique d'ordre 1, où la concentration d'un réactif vérifie [A]′(t)=−k[A](t)[A]'(t) = -k[A](t), donc [A](t)=[A]0 e−kt[A](t) = [A]_0\,\e^{-kt}.

Remarque

La croissance exponentielle non bornée n'est pas réaliste sur le long terme, ce qui motive le modèle suivant. Savoir critiquer un modèle est une compétence explicitement visée par le programme.

3.2Modèle logistique

L'équation est y′(t)=r y(t)(1−y(t)K),y'(t) = r\,y(t)\Big(1 - \frac{y(t)}{K}\Big), avec r>0r > 0 et K>0K > 0. Le paramètre KK est la capacité d'accueil du milieu. Le taux de croissance par individu, égal à r(1−y/K)r(1 - y/K), diminue quand la population augmente, ce qui modélise la compétition pour les ressources.

MéthodeRésoudre le modèle logistique

  1. Supposer que la solution reste strictement positive (toujours précisé) et poser z(t)=1/y(t)z(t) = 1/y(t).
  2. Calculer z′(t)=−y′(t)/y(t)2z'(t) = -y'(t)/y(t)^2 et remplacer y′(t)y'(t) par r y(t)−r y(t)2/Kr\,y(t) - r\,y(t)^2/K : z′(t)=−ry(t)+rK.z'(t) = -\frac{r}{y(t)} + \frac{r}{K}.
  3. Reconnaître l'équation linéaire d'ordre 1 à coefficients constants z′(t)+r z(t)=r/Kz'(t) + r\,z(t) = r/K.
  4. La résoudre : z(t)=1K+Ce−rtz(t) = \dfrac{1}{K} + C\e^{-rt}.
  5. Avec z(0)=1/y0z(0) = 1/y_0, trouver C=1y0−1KC = \dfrac{1}{y_0} - \dfrac{1}{K}, puis revenir à yy.

On obtient y(t)=Ky0y0+(K−y0)e−rt.y(t) = \frac{K y_0}{y_0 + (K - y_0)\e^{-rt}}.

Vérifications utiles :

  • En t=0t = 0 on retrouve y0y_0.
  • Quand tt tend vers l'infini, e−rt\e^{-rt} tend vers 00 et y(t)y(t) tend vers KK, ce qui confirme la lecture qualitative.
  • Si y0=Ky_0 = K la solution est constante.

Pour 0<y0<K0 < y_0 < K, la courbe a une allure en S, dite sigmoïde. On le justifie en dérivant une seconde fois : y′′=r y′(1−2yK),y'' = r\,y'\Big(1 - \frac{2y}{K}\Big), donc y′′y'' s'annule en changeant de signe quand yy vaut K/2K/2. Le point d'inflexion correspond à l'instant où la population atteint la moitié de la capacité d'accueil, et c'est là que la croissance est la plus rapide. Ce modèle décrit correctement une culture bactérienne en milieu fermé.

3.3Modèle de Gompertz

L'équation s'écrit y′(t)=r y(t)ln⁡Ky(t),y'(t) = r\,y(t)\ln\frac{K}{y(t)}, avec r>0r > 0, K>0K > 0, et yy à valeurs strictement positives. Elle sert notamment à décrire la croissance d'une tumeur ou d'un organisme, où le ralentissement intervient plus tôt que dans le modèle logistique.

MéthodeRésoudre le modèle de Gompertz

  1. Poser u(t)=ln⁡(y(t)/K)u(t) = \ln\big(y(t)/K\big).
  2. Calculer u′(t)=y′(t)y(t)=rln⁡Ky(t)=−r u(t)u'(t) = \dfrac{y'(t)}{y(t)} = r\ln\dfrac{K}{y(t)} = -r\,u(t).
  3. Conclure u(t)=u(0)e−rtu(t) = u(0)\e^{-rt}, avec u(0)=ln⁡(y0/K)u(0) = \ln(y_0/K).
  4. Revenir à yy.

On obtient y(t)=Kexp⁡ ⁣(ln⁡(y0/K) e−rt).y(t) = K\exp\!\big(\ln(y_0/K)\,\e^{-rt}\big).

Quand tt tend vers l'infini, l'exposant tend vers 00 et y(t)y(t) tend vers KK. La courbe est également sigmoïde quand y0<Ky_0 < K, mais elle n'est pas symétrique par rapport à son point d'inflexion, contrairement à la logistique. Comparer les deux modèles sur un jeu de données est un sujet de concours classique.

ty(t)logistiqueGompertz
Comparaison logistique (symétrique) vs Gompertz (asymétrique) : ralentissement plus précoce pour Gompertz

3.4Une cinétique non linéaire

Pour une réaction d'ordre 2, la concentration vérifie [A]′(t)=−k[A](t)2[A]'(t) = -k[A](t)^2.

MéthodeCinétique d'ordre 2

  1. Poser z=1/[A]z = 1/[A].
  2. Calculer z′=−[A]′/[A]2=kz' = -[A]'/[A]^2 = k.
  3. Conclure z(t)=z(0)+ktz(t) = z(0) + kt, c'est-à-dire 1[A](t)=1[A]0+kt.\frac{1}{[A](t)} = \frac{1}{[A]_0} + kt.

La concentration décroît alors comme l'inverse du temps, bien plus lentement qu'une exponentielle. Le tracé de 1/[A]1/[A] en fonction de tt est une droite, ce qui donne un test graphique de l'ordre de la réaction.

3.5La méthode générale de séparation des variables

Quand FF ne s'annule pas sur la plage considérée, une étude guidée peut faire écrire y′(t)/F(y(t))=1y'(t)/F(y(t)) = 1, puis intégrer entre 00 et tt. Cela revient à chercher une primitive GG de 1/F1/F et à écrire G(y(t))−G(y0)=tG(y(t)) - G(y_0) = t, puis à inverser GG.

Attention

Cette démarche ne doit être menée que si l'énoncé y conduit pas à pas, avec les justifications de non-annulation et d'inversibilité fournies. Le changement de fonction reste la voie privilégiée en BCPST.

4Méthode d'Euler

4.1Principe

On cherche une valeur approchée de la solution de y′=F(y)y' = F(y) avec y(0)=y0y(0) = y_0, sur un intervalle [0,T]\intff{0}{T}. On choisit un pas h>0h > 0 et on pose tn=nht_n = nh. L'approximation de la dérivée par un taux d'accroissement, y′(tn)≈y(tn+1)−y(tn)h,y'(t_n) \approx \frac{y(t_{n+1}) - y(t_n)}{h}, conduit au schéma :

Définition 4.1Schéma d'Euler

Le schéma d'Euler est la suite définie par yn+1=yn+h F(yn).y_{n+1} = y_n + h\,F(y_n).

On relie les points (tn,yn)(t_n, y_n) par des segments. L'énoncé rappellera toujours cette formule.

4.2Mise en oeuvre

En Python, la boucle tient en quelques lignes : on initialise une liste avec y0y_0, puis à chaque étape on ajoute à la dernière valeur le produit de hh par FF de cette valeur. On renvoie les deux listes des temps et des valeurs.

def euler(F, y0, h, N):
    t, y = [0], [y0]
    for n in range(N):
        y.append(y[-1] + h * F(y[-1]))
        t.append((n + 1) * h)
    return t, y

Ce qu'il faut savoir commenter :

  • Plus le pas hh est petit, plus l'approximation est en principe fidèle, mais plus le nombre d'itérations est grand.
  • Sur le modèle malthusien avec r>0r > 0, le schéma donne yn=y0(1+rh)ny_n = y_0(1 + rh)^n, alors que la solution exacte vaut y0ernhy_0\e^{rnh}. Comme 1+rh⩽erh1 + rh \leqslant \e^{rh}, la méthode sous-estime la solution. C'est un exemple simple où l'erreur se quantifie à la main.
  • Le schéma n'utilise que la valeur au point courant, donc il accumule les erreurs. Les méthodes plus précises ne sont pas au programme.

4.3Usage

La méthode d'Euler sert quand l'équation n'a pas de solution explicite, ce qui est la règle dès qu'on sort des trois modèles. Elle sert aussi à valider une résolution exacte, en superposant la courbe approchée et la courbe théorique.

Méthodes

MéthodeRéflexes du chapitre

  1. Reconnaître l'autonomie : le temps ne doit pas figurer explicitement dans le second membre.
  2. Chercher d'abord les équilibres en résolvant F(y)=0F(y) = 0, puis dresser le tableau de signe de FF pour obtenir la monotonie des solutions.
  3. Pour résoudre, suivre le changement de fonction suggéré : z=1/yz = 1/y pour la logistique et pour l'ordre 2 en cinétique, u=ln⁡(y/K)u = \ln(y/K) pour Gompertz. Dans les deux cas, on retombe sur une équation linéaire d'ordre 1.
  4. Vérifier la condition initiale et la limite en +∞+\infty sur la formule obtenue : ces deux vérifications détectent la quasi-totalité des erreurs de calcul.
  5. Pour la partie informatique, écrire la boucle d'Euler et interpréter le rôle du pas.

Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle

  1. Définir une équation autonome et expliquer ce que signifie l'absence du temps dans le second membre.
  2. Trouver les équilibres d'une équation donnée et en déduire le sens de variation des solutions.
  3. Résoudre le modèle malthusien et donner le temps de doublement ou de demi-vie.
  4. Résoudre le modèle logistique par le changement z=1/yz = 1/y, en détaillant le calcul de z′z'.
  5. Vérifier sur la formule logistique la condition initiale, la limite KK et l'inflexion en K/2K/2.
  6. Résoudre le modèle de Gompertz par le changement u=ln⁡(y/K)u = \ln(y/K).
  7. Traiter la cinétique d'ordre 2 et expliquer le test graphique associé.
  8. Écrire la méthode d'Euler, en Python ou en pseudo-code, et commenter l'effet du pas.

Méthodes et exercices

Les résultats à connaître

  • Définition : y' = F(y) avec F continue sur un intervalle J à valeurs réelles, solution sur I dérivable à valeurs dans J : exigible.
  • Invariance par translation du temps : si y est solution sur I, alors t ↦ y(t − c) est solution sur l'intervalle translaté : exigible avec démonstration en une ligne.
  • Solutions constantes : la constante a est solution si et seulement si F(a) = 0 : exigible avec démonstration.
  • Signe de la dérivée : y'(t) a le signe de F(y(t)), donc y est strictement monotone sur tout intervalle où y(t) reste dans une zone de signe constant de F : exigible.
  • Modèle malthusien y' = ry : solutions t ↦ C ert sur R, unique solution avec y(0) = y₀ : exigible avec démonstration, c'est la première année.
  • Modèle logistique y' = ry(1 − y/K), r > 0, K > 0, solution strictement positive : ramené à z' + rz = r/K par z = 1/y, puis y(t) = K y₀/(y₀ + (K − y₀)e−rt) : exigible avec démonstration sous guidage.
  • Modèle de Gompertz y' = ry ln(K/y), y > 0 : ramené à u' = −ru par u = ln(y/K), puis y(t) = K exp(ln(y₀/K) e−rt) : exigible avec démonstration sous guidage.
  • Cinétique d'ordre 1, [A]' = −k[A] : [A](t) = [A]₀ e−kt, demi-vie ln 2/k : exigible.
  • Cinétique d'ordre 2, [A]' = −k[A]² : 1/[A](t) = 1/[A]₀ + kt par z = 1/[A] : exigible sous guidage.
  • Schéma d'Euler yn+1 = yn + hF(yn), tn = nh : à savoir mettre en œuvre, formule rappelée par l'énoncé.
  • Existence et unicité de la solution d'un problème de Cauchy : admises ou construites explicitement par l'énoncé, aucun théorème général n'est au programme.
  • Hors programme signalé : théorème de Cauchy-Lipschitz, notion théorique de stabilité d'un équilibre, séparation des variables non guidée, méthodes numériques autres qu'Euler, équations non autonomes hors cas linéaire de première année.

Clés de démonstration

Translation du temps. On pose g(t) = y(t − c). Par dérivation d'une composée, g'(t) = y'(t − c) = F(y(t − c)) = F(g(t)). L'astuce : c'est l'absence du temps dans F qui rend le calcul possible, une équation y' = F(t, y) ne l'autorise pas.

Solutions constantes. Une constante a une dérivée nulle, donc y = a est solution si et seulement si 0 = F(a). L'astuce : chercher les équilibres, c'est résoudre une équation algébrique, pas différentielle.

Unicité pour Malthus. Si y' = ry, on pose g(t) = y(t)e−rt. Alors g' = (y' − ry)e−rt = 0, donc g est constante et y(t) = y(0)ert. L'astuce : multiplier par l'exponentielle inverse pour faire apparaître une dérivée nulle.

Logistique. Avec z = 1/y et y > 0, z' = −y'/y² = −(ry − ry²/K)/y² = −r/y + r/K = −rz + r/K. L'astuce : l'équation en z est linéaire parce que le second membre ry − ry²/K est un polynôme de degré 2 en y, la division par y² le ramène au degré 1 en 1/y.

Gompertz. Avec u = ln(y/K), u' = y'/y = r ln(K/y) = −r ln(y/K) = −ru. L'astuce : le logarithme apparaît déjà dans F, on le prend comme nouvelle inconnue.

Point d'inflexion. On dérive l'équation elle-même. Pour la logistique, y'' = r y'(1 − y/K) − r y y'/K = r y'(1 − 2y/K). Comme y' > 0 sur ]0, K[, y'' s'annule en changeant de signe quand y = K/2. L'astuce : ne jamais dériver la formule explicite, dériver l'équation.

Convergence vers un équilibre, toujours guidée. Une solution monotone et bornée converge vers une limite ℓ. Par continuité de F, y'(t) tend vers F(ℓ). Si F(ℓ) ≠ 0, la dérivée reste éloignée de 0 pour t grand, donc y n'est pas bornée, contradiction. Donc F(ℓ) = 0. L'astuce : une fonction dont la dérivée tend vers une limite non nulle croît au moins linéairement.

Exemples et contre-exemples à connaître

  1. y' = ty n'est pas autonome, le temps figure dans le second membre. Elle est linéaire et se résout en première année, mais elle n'est pas invariante par translation.
  2. y' = y² avec y(0) = y₀ > 0 a pour solution y(t) = y₀/(1 − y₀t), qui explose au temps 1/y₀. Une solution d'équation autonome peut ne pas être définie sur R entier.
  3. y' = −ky avec k > 0 : la demi-vie ln 2/k ne dépend pas de la valeur initiale. C'est la signature d'un ordre 1 en cinétique.
  4. y' = −ky² : le temps de demi-réaction vaut 1/(k[A]₀), il dépend de la concentration initiale. C'est la signature d'un ordre 2.
  5. Logistique avec y₀ > K : la solution décroît vers K, il n'y a pas de sigmoïde. La courbe en S suppose 0 < y₀ < K/2.
  6. Logistique avec y₀ = K/2 : le point d'inflexion est à t = 0. Avec y₀ = K, la solution est constante.
  7. Gompertz : le point d'inflexion est à y = K/e, environ 0,37K, plus tôt que le K/2 de la logistique. La sigmoïde est dissymétrique.
  8. Euler sur y' = ry, r > 0 : yn = y₀(1 + rh)n, inférieur à y₀ernh car 1 + x ≤ ex. Le schéma sous-estime une croissance exponentielle.
  9. Euler sur y' = −ky avec un pas h > 2/k : yn = y₀(1 − kh)n diverge en oscillant, alors que la solution exacte tend vers 0. Un pas trop grand casse le schéma.
  10. F(y) = y(y − 1)(2 − y) : trois équilibres 0, 1, 2. L'équilibre 1 est un seuil, en dessous la population s'éteint, au-dessus elle tend vers 2.

Techniques du chapitre

Technique 1, reconnaître l'autonomie et le cadre. Mini-exercice : y' = 3y − y² est-elle autonome, sur quel intervalle F est-elle définie ? Le temps n'apparaît pas, F(y) = 3y − y² est continue sur R. C'est une logistique avec r = 3 et K = 3, puisque 3y − y² = 3y(1 − y/3).

Technique 2, équilibres puis tableau de signe. Mini-exercice : y' = y(4 − y). Équilibres 0 et 4. F > 0 sur ]0, 4[, F < 0 ailleurs. Une solution partant de 1 croît, une solution partant de 6 décroît, toutes deux vers 4, une solution partant de −1 décroît sans borne.

Technique 3, calculer z' quand z = 1/y. Mini-exercice : y' = 2y − y², y > 0. z' = −y'/y² = −(2y − y²)/y² = −2/y + 1 = −2z + 1. Solutions z = 1/2 + Ce−2t, donc y = 1/(1/2 + Ce−2t).

Technique 4, calculer u' quand u = ln(y/K). Mini-exercice : y' = 3y ln(10/y). u' = y'/y = 3 ln(10/y) = −3u. Donc u = u₀e−3t et y = 10 exp(ln(y₀/10)e−3t).

Technique 5, vérifier condition initiale et limite. Mini-exercice : on a trouvé y(t) = 200/(2 + 3e−t) pour une logistique avec y₀ = 40 et K = 100. En t = 0 : 200/5 = 40. En +∞ : 200/2 = 100. Les deux tests passent, la formule est plausible.

Technique 6, temps caractéristique. Mini-exercice : pour y' = 0,05y, temps de doublement ? On résout y₀e0,05t = 2y₀, soit t = ln 2/0,05 = 20 ln 2 ≈ 13,9. Ce temps ne dépend pas de y₀.

Technique 7, écrire la boucle d'Euler. Mini-exercice : décrire l'algorithme pour y' = y(1 − y), y₀ = 0,1, h = 0,1, dix pas. On initialise une liste avec 0,1. Pour chaque étape, la nouvelle valeur est l'ancienne plus 0,1 fois l'ancienne fois (1 − l'ancienne). Premier pas : 0,1 + 0,1 × 0,1 × 0,9 = 0,109. On renvoie la liste des temps 0, 0,1, jusqu'à 1 et la liste des valeurs.

Technique 8, interpréter les paramètres. Mini-exercice : dans y' = ry(1 − y/K), que représente r ? C'est le taux de croissance par individu quand la population est très petite devant K, puisque F(y)/y tend vers r quand y tend vers 0. K est l'effectif au-delà duquel la population décroît.

Exercices classiques corrigés

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Exercice 1

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Une population de bactéries vérifie N' = 0,2N, N(0) = 500, temps en heures. Donner N(t), le temps de doublement, et l'instant où N atteint 8000.

Technique Malthus et logarithme.

Voir le corrigé
  1. N(t) = 500e0,2t.
  2. Doublement : e0,2t = 2 donne t = 5 ln 2 ≈ 3,5 h.
  3. 500e0,2t = 8000 donne e0,2t = 16 = 2⁴, donc t = 5 ln 16 = 20 ln 2 ≈ 13,9 h, soit quatre doublements.

piège : Écrire N(t) = 500 + e0,2t ou oublier que la solution générale est Cert et non ert + C.

Exercice 2

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Résoudre y' = y(1 − y/100) avec y(0) = 10, en posant z = 1/y, l'énoncé admettant que y reste strictement positive. Déterminer l'instant où y = 50.

Technique changement z = 1/y et résolution linéaire.

Voir le corrigé
  1. z' = −y'/y² = −1/y + 1/100 = −z + 1/100. Solutions z = 1/100 + Ce−t.
  2. z(0) = 1/10 donne C = 9/100. Donc y(t) = 100/(1 + 9e−t).
  3. Vérifications : y(0) = 10, limite 100.
  4. y = 50 équivaut à 1 + 9e−t = 2, soit e−t = 1/9, soit t = ln 9 ≈ 2,2. C'est l'instant d'inflexion, la croissance y est maximale.

piège : Perdre le signe moins dans z' = −y'/y², ce qui donne z' = z − 1/100 et une solution qui explose.

Exercice 3

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Étudier qualitativement y' = y(y − 1)(2 − y) selon la valeur initiale y₀ > 0, sans résoudre.

Technique équilibres, signe de F, interprétation biologique.

Voir le corrigé
  1. Équilibres : 0, 1, 2.
  2. Signe de F : négatif sur ]0, 1[, positif sur ]1, 2[, négatif sur ]2, +∞[.
  3. Si 0 < y₀ < 1, la solution décroît. Si 1 < y₀ < 2, elle croît. Si y₀ > 2, elle décroît. On admet ici, comme l'énoncé le ferait, qu'une solution ne traverse pas un équilibre, ce qui fait que chaque solution reste dans sa zone.
  4. Interprétation : 1 est un seuil de viabilité. En dessous, extinction. Au-dessus, la population tend vers la capacité 2. Ce type de modèle décrit une population qui a besoin d'un effectif minimal pour se maintenir.

piège : Conclure « tend vers 2 » sans dire que la solution est monotone et bornée, puis que sa limite est un équilibre, argument qui doit être guidé.

Exercice 4

Classiques de khôlle et concours · Khôlle vers écrit

Résoudre y' = ry ln(K/y) avec y(0) = y₀ dans ]0, K[, en posant u = ln(y/K). Montrer que le point d'inflexion correspond à y = K/e.

Technique changement logarithmique, puis dérivation de l'équation.

Voir le corrigé
  1. u' = y'/y = r ln(K/y) = −ru. Donc u(t) = ln(y₀/K)e−rt et y(t) = K exp(ln(y₀/K)e−rt).
  2. Vérifications : y(0) = K exp(ln(y₀/K)) = y₀, limite K car l'exposant tend vers 0.
  3. Dérivation de l'équation : y'' = r y' ln(K/y) + r y × (−y'/y) = r y'(ln(K/y) − 1).
  4. y' > 0 sur ]0, K[, donc y'' s'annule en changeant de signe quand ln(K/y) = 1, soit y = K/e.

piège : Dériver la formule explicite, ce qui est faisable mais long, alors que dériver l'équation prend deux lignes.

Exercice 5

Classiques de khôlle et concours · Écrit, type Agro-Véto

Une réaction d'ordre 2 vérifie [A]' = −k[A]², [A](0) = a₀ > 0. Résoudre en posant z = 1/[A], donner le temps de demi-réaction et proposer un test graphique de l'ordre.

Technique z = 1/y, lecture d'une droite.

Voir le corrigé
  1. z' = −[A]'/[A]² = k. Donc z(t) = 1/a₀ + kt et [A](t) = 1/(1/a₀ + kt) = a₀/(1 + a₀kt).
  2. Demi-réaction : a₀/(1 + a₀kt) = a₀/2 donne t = 1/(ka₀). Elle dépend de a₀, contrairement à l'ordre 1.
  3. Test : tracer 1/[A] en fonction de t. Une droite de pente k confirme l'ordre 2. Pour l'ordre 1, c'est ln[A] qui serait affine.
  4. Comparaison : [A] décroît comme 1/t, bien plus lentement qu'une exponentielle.

piège : Confondre les deux tests graphiques, ou oublier que la demi-réaction change avec la concentration initiale.

Exercice 6

Classiques de khôlle et concours · Écrit

Soit y' = y² avec y(0) = y₀ > 0. On admet que y reste strictement positive sur son intervalle de définition. Résoudre en posant z = 1/y et montrer que la solution n'est pas définie sur [0, +∞[.

Technique z = 1/y et explosion en temps fini.

Voir le corrigé
  1. z' = −y'/y² = −1. Donc z(t) = 1/y₀ − t.
  2. y(t) = 1/(1/y₀ − t) = y₀/(1 − y₀t), définie pour t < 1/y₀ à partir de 0.
  3. Quand t tend vers 1/y₀ par valeurs inférieures, y tend vers +∞. La solution explose en temps fini.
  4. Interprétation : un taux de croissance par individu proportionnel à l'effectif est intenable, il n'y a pas de capacité limite.

piège : Affirmer que la solution est définie sur R parce que F est définie sur R. La régularité de F ne garantit pas la définition globale.

Exercice 7

Classiques de khôlle et concours · Écrit, type G2E

On applique le schéma d'Euler, rappelé par l'énoncé, à y' = ry avec y(0) = y₀ et un pas h. Exprimer yn. Comparer à la solution exacte en tn = nh. Que se passe-t-il quand h tend vers 0 avec nh = T fixé ?

Technique suite géométrique, inégalité 1 + x ≤ ex, limite de (1 + a/n)n.

Voir le corrigé
  1. yn+1 = yn + hry_n = (1 + rh)yn, donc yn = y₀(1 + rh)n.
  2. Solution exacte y(tn) = y₀ernh. Comme 1 + rh ≤ erh pour rh > −1 et que les deux membres sont positifs, yn ≤ y(tn). Le schéma sous-estime.
  3. Avec h = T/n, yn = y₀(1 + rT/n)n. Or n ln(1 + rT/n) tend vers rT, donc yn tend vers y₀erT. Le schéma converge vers la valeur exacte quand le pas tend vers 0.
  4. Commentaire attendu : un pas plus petit rapproche du résultat exact au prix d'un plus grand nombre d'itérations.

piège : Écrire yn = y₀(1 + r)n en oubliant le pas, ou passer à la limite sans passer par le logarithme.

Exercice 8

Classiques de khôlle et concours · Écrit

Schéma d'Euler sur y' = −ky, k > 0, y(0) = y₀ > 0, pas h. Pour quelles valeurs de h la suite (yn) tend-elle vers 0 ? Pour quelles valeurs reste-t-elle positive ?

Technique suite géométrique et discussion sur la raison.

Voir le corrigé
  1. yn = y₀(1 − kh)n.
  2. Convergence vers 0 si et seulement si |1 − kh| < 1, soit 0 < h < 2/k.
  3. Positivité pour tout n si et seulement si 1 − kh > 0, soit h < 1/k. Pour 1/k < h < 2/k, la suite converge vers 0 en alternant de signe, ce qui n'a aucun sens pour une concentration.
  4. Pour h > 2/k, la suite diverge. Le schéma est alors qualitativement faux.

piège : Croire qu'Euler donne toujours une approximation raisonnable. Le pas doit être petit devant le temps caractéristique 1/k.

Exercice 9

Classiques de khôlle et concours · Écrit, plus délicat, guidé

Soit y la solution de y' = ry(1 − y/K) avec 0 < y₀ < K. L'énoncé admet que y est définie sur [0, +∞[ et vérifie 0 < y(t) < K pour tout t. Montrer que y converge et que sa limite est K.

Technique monotonie, bornes, limite d'un équilibre.

Voir le corrigé
  1. Pour tout t, y(t) ∈ ]0, K[, donc F(y(t)) > 0, donc y est strictement croissante.
  2. y est croissante et majorée par K, donc elle converge vers une limite ℓ ≤ K, avec ℓ ≥ y₀ > 0.
  3. Par continuité de F, y'(t) tend vers F(ℓ). Si F(ℓ) > 0, alors il existe t₀ tel que y'(t) ≥ F(ℓ)/2 pour t ≥ t₀, d'où y(t) ≥ y(t₀) + (t − t₀)F(ℓ)/2, qui tend vers +∞, contradiction avec y < K.
  4. Donc F(ℓ) = 0, donc ℓ ∈ {0, K}, et ℓ ≥ y₀ > 0 impose ℓ = K.

piège : Écrire « y' tend vers 0 donc y converge », ce qui est faux en général, l'exemple de ln le montre. C'est la convergence de y qui donne la limite de y', pas l'inverse.

Exercice 10

Approfondissement · Écrit, type Centrale, modélisation

Une population logistique est soumise à un prélèvement constant : y' = ry(1 − y/K) − p, avec p > 0. Déterminer les équilibres selon p, et le prélèvement maximal compatible avec la survie.

Technique équation du second degré et discussion de discriminant.

Voir le corrigé
  1. Équilibres : ry − ry²/K − p = 0, soit (r/K)y² − ry + p = 0. Discriminant Δ = r² − 4rp/K.
  2. Si p > rK/4, pas d'équilibre, F < 0 partout, toute population décroît et s'éteint en temps fini.
  3. Si p < rK/4, deux équilibres y₋ < y₊, tous deux dans ]0, K[, avec F < 0 sous y₋, F > 0 entre, F < 0 au-dessus. Une population partant au-dessus de y₋ tend vers y₊, une population partant en dessous s'éteint.
  4. Le prélèvement maximal est rK/4, valeur de F au sommet de la parabole, atteinte en y = K/2. Au-delà, aucun équilibre ne subsiste.

piège : Prendre K comme équilibre alors que le prélèvement l'a déplacé, ou oublier que l'équilibre bas est un seuil au-dessous duquel la population disparaît.

Erreurs fréquentes

  1. Oublier le signe moins dans z' = −y'/y². C'est l'erreur qui transforme une sigmoïde en explosion.
  2. Écrire que la solution « tend vers K » sans argument. Il faut monotonie, borne, existence de la limite, puis limite égale à un équilibre, dans cet ordre et sous guidage.
  3. Dériver la formule explicite pour trouver l'inflexion. Dériver l'équation est plus court et évite les erreurs.
  4. Oublier de vérifier la condition initiale et la limite sur la formule obtenue. Ces deux tests détectent presque toutes les erreurs.
  5. Utiliser un théorème d'existence et d'unicité qui n'est pas au programme. On dit « l'énoncé admet » ou l'on construit la solution explicitement.

Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de BCPST deuxième année (2021), partie « Analyse 3 – Équations différentielles scalaires autonomes d'ordre 1 ». Elle couvre la résolution guidée d'équations du type y′(t)=F(y(t))y'(t) = F(y(t)) sur les modèles malthusien, logistique et de Gompertz, ainsi que la méthode d'Euler.