Aller au contenu

Accueil › BCPST › Géographie

BCPST2 · Géographie · semaine 4

Espaces ruraux et périurbains : définitions et typologies

Définir le rural et le périurbain, zonages de l'INSEE, grille de densité et aires d'attraction des villes. Typologies des espaces ruraux, diversité des campagnes françaises.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. Le rural n'est plus défini comme ce qui n'est pas urbain. Depuis 2020, l'INSEE le définit par la grille communale de densité, les communes peu denses et très peu denses, soit 88 % des communes et un tiers de la population.
  2. Le zonage en aires d'attraction des villes, qui a remplacé en 2020 le zonage en aires urbaines, mesure l'influence des pôles d'emploi par les déplacements domicile-travail, avec un seuil de 15 % pour les couronnes.
  3. Le périurbain, né de la périurbanisation depuis les années 1970, combine paysage en partie rural et fonctionnement urbain.
  4. Les typologies classent les campagnes selon des critères démographiques, économiques et géographiques. La typologie de référence distingue les campagnes des villes et des littoraux, les campagnes agricoles et industrielles, et les campagnes vieillies à très faible densité.
  5. Les zonages sont des constructions statistiques, dont les seuils et les critères traduisent des choix. Il faut toujours préciser la définition utilisée et la confronter au terrain de la carte.
Pourquoi ce chapitre

Tout le programme porte sur les espaces ruraux et périurbains. Encore faut-il savoir ce que ces mots désignent. La question n'est pas scolaire. Selon la définition retenue, la part de la population française qui vit dans le rural passe d'environ un cinquième à un tiers, ce qui change le regard sur les politiques publiques, les services, l'agriculture ou le vote. Définir, c'est déjà choisir des critères, et donc une vision du territoire. Ce chapitre donne les définitions et les zonages officiels, qu'il faut connaître avec précision, et les outils critiques pour les discuter. Il fournit aussi les typologies qui permettent, face à une carte topographique, de situer le territoire étudié dans un type de campagne et de le rattacher à des logiques plus générales, compétence explicitement demandée par le programme.

Le rural, une notion à construire

Rural, campagne, espace rural

Le mot rural vient du latin rus, la campagne. Dans le langage courant, la campagne désigne un paysage, des champs, des bois, des villages, par opposition à la ville. Le géographe distingue plusieurs dimensions.

  • Une dimension paysagère. Un espace où dominent les surfaces agricoles, forestières et naturelles, et où le bâti est discontinu.
  • Une dimension démographique. Des densités de population faibles, un habitat groupé en villages et bourgs ou dispersé en hameaux et fermes.
  • Une dimension fonctionnelle. Longtemps, le rural se confondait avec l'agricole. Ce n'est plus vrai. Les agriculteurs ne représentent plus qu'une petite minorité des habitants des campagnes, qui accueillent aussi des industries, des services, des résidents qui travaillent en ville, des retraités, des touristes.
  • Une dimension relationnelle. Le rural se définit de plus en plus par son rapport à la ville, dépendance, complémentarité, éloignement.
  • Une dimension de représentation. Les campagnes sont chargées d'images, nature, authenticité, calme, mais aussi retard ou abandon, qui guident les choix des habitants et des acteurs.

Le périurbain

Le périurbain désigne les espaces situés autour des villes, qui ont gardé une apparence en partie rurale, avec des champs et des villages, mais dont une grande partie des habitants actifs travaillent dans la ville voisine. Il résulte de la périurbanisation, diffusion de l'habitat et des activités urbaines dans les campagnes proches des villes, forte en France depuis les années 1970, grâce à la généralisation de l'automobile, au désir de maison individuelle et au prix plus faible du foncier. Les sociologues Gérard Bauer et Jean-Michel Roux ont parlé de rurbanisation, dans La Rurbanisation ou la ville éparpillée, en 1976.

Dans le paysage et sur la carte, le périurbain se reconnaît à des lotissements pavillonnaires accolés aux anciens villages, à des zones d'activités et commerciales le long des axes routiers, à des échangeurs et rocades, à un réseau routier dense, à la réduction des terres agricoles. Il pose des questions d'artificialisation des sols, de mitage, de dépendance à l'automobile et de coût des mobilités.

Des critères qui ne coïncident pas

Aucun critère ne suffit. Une commune peu dense peut être entièrement tournée vers la ville voisine. Un bourg dense de montagne peut être isolé de toute grande ville. Une commune littorale peut doubler sa population en été. C'est pourquoi la statistique publique combine plusieurs critères, et pourquoi ses définitions ont changé.

Les définitions et zonages de l'INSEE

L'ancienne définition, le rural comme reste de l'urbain

Jusqu'en 2020, l'INSEE définissait le rural en négatif, à partir de l'unité urbaine. Une unité urbaine est une commune ou un ensemble de communes présentant une zone de bâti continu, sans coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions, et comptant au moins 2 000 habitants. Les communes rurales étaient celles qui n'appartenaient à aucune unité urbaine. Cette définition, fondée sur la seule morphologie du bâti, faisait du rural ce qui n'est pas urbain et ne comptait qu'environ un cinquième de la population.

La grille communale de densité

En 2020, l'INSEE, avec les acteurs publics chargés des territoires ruraux, adopte une définition fondée sur la densité, cohérente avec la méthode européenne d'Eurostat. Le territoire est découpé en carreaux de 1 km de côté, on repère les regroupements de carreaux denses et peuplés, puis chaque commune est classée selon la part de sa population qui vit dans ces regroupements. On obtient d'abord une grille à quatre niveaux, communes densément peuplées, de densité intermédiaire, peu denses et très peu denses.

Les communes rurales sont désormais les communes peu denses ou très peu denses. Avec cette définition, le rural rassemble environ 88 % des communes et un tiers de la population. Le rural est défini positivement, par ses propres caractères, et non plus comme un reste.

La grille a ensuite été affinée en sept niveaux, qui distinguent dans l'urbain les grands centres urbains, les centres urbains intermédiaires, les ceintures urbaines et les petites villes, et dans le rural les bourgs ruraux, le rural à habitat dispersé et le rural à habitat très dispersé.

Le zonage en aires urbaines

La densité ne dit rien des relations entre communes. Pour les saisir, l'INSEE utilise depuis les années 1990 des zonages fondés sur les déplacements entre domicile et travail. Le zonage en aires urbaines, en vigueur jusqu'en 2020, distinguait des pôles urbains, unités urbaines offrant au moins 10 000 emplois pour les grands pôles, et leurs couronnes périurbaines, formées des communes dont au moins 40 % des actifs résidents travaillent dans le pôle ou dans les communes attirées par lui. Pôle et couronne formaient une aire urbaine. Les communes attirées par plusieurs aires étaient dites multipolarisées. Les autres communes, hors de l'influence des pôles, relevaient de l'espace à dominante rurale.

C'est ce zonage qui a donné un contenu statistique au périurbain, défini comme l'ensemble des couronnes et des communes multipolarisées.

Le zonage en aires d'attraction des villes

En 2020, le zonage en aires urbaines est remplacé par le zonage en aires d'attraction des villes. Une aire d'attraction se compose d'un pôle, défini à partir de critères de densité et d'emploi, avec au moins 1 500 emplois, et d'une couronne, formée des communes dont au moins 15 % des actifs occupés travaillent dans le pôle. Les communes qui n'appartiennent à aucune aire sont dites hors attraction des villes. Ce zonage montre qu'une très large majorité de la population française vit dans l'aire d'attraction d'une ville, y compris dans des communes rurales au sens de la densité.

Le seuil de 15 %, plus bas que l'ancien seuil de 40 %, élargit les couronnes. Il faut donc toujours préciser le zonage utilisé quand on compare des chiffres dans le temps.

Croiser densité et attraction

En combinant la grille de densité et le zonage en aires d'attraction, l'INSEE distingue plusieurs catégories de communes rurales, selon l'influence qu'exercent sur elles les pôles. Le rural sous forte influence d'un pôle, le rural sous faible influence d'un pôle, et le rural autonome, c'est-à-dire hors de l'influence des villes, lui-même peu dense ou très peu dense. Ce croisement résume bien la situation actuelle. Le rural n'est plus séparé de la ville, il se différencie par l'intensité de ses liens avec elle.

Lire ces zonages de façon critique

  • Ce sont des outils statistiques, construits pour mesurer, pas des territoires vécus ni des territoires de gestion.
  • Les seuils sont conventionnels. Les changer change les résultats.
  • Les limites sont communales, alors que les réalités, un lotissement, une forêt, une vallée, ne respectent pas ces limites.
  • Les déplacements domicile-travail ne résument pas toutes les relations, loisirs, achats, soins, études.
  • Le choix d'une définition a une portée politique. La définition de 2020 a été adoptée à la suite d'une mobilisation des élus ruraux et de l'Agenda rural, qui réclamaient une meilleure reconnaissance du poids des campagnes.

Typologies des espaces ruraux

Qu'est-ce qu'une typologie

Une typologie classe des espaces en types, à partir de critères explicites, de sorte que les espaces d'un même type se ressemblent davantage entre eux qu'avec ceux des autres types. Pour les campagnes, les critères sont de trois ordres.

  • Démographiques. Densité, évolution de la population, vieillissement, part des résidences secondaires.
  • Économiques et sociaux. Orientation économique dominante, agricole, industrielle ou présentielle, c'est-à-dire tournée vers les besoins des personnes présentes, résidents et touristes, niveau de revenus, dynamique de l'emploi, accès aux services.
  • Géographiques. Distance aux villes, proximité d'un littoral, relief et altitude, contraintes de milieu.

La typologie des campagnes françaises

Une typologie de référence a été établie pour la DATAR au début des années 2010, puis reprise par le Commissariat général à l'égalité des territoires, qui lui a succédé. Elle distingue trois grands types de campagnes, eux-mêmes subdivisés.

  • Les campagnes des villes, du littoral et des vallées urbanisées. Densités relativement fortes, croissance démographique, forte place des résidents qui travaillent en ville, économie résidentielle et présentielle, pressions foncières. On y trouve le périurbain des grandes agglomérations, les littoraux attractifs et les grandes vallées.
  • Les campagnes agricoles et industrielles, sous faible influence urbaine. L'agriculture et l'industrie y conservent un poids important, les densités sont moyennes à faibles, la population stagne ou diminue parfois. Elles se situent notamment dans le Nord et l'Est et dans les grandes plaines de grande culture du Bassin parisien.
  • Les campagnes vieillies à très faible densité. Population âgée, densités très faibles, éloignement des villes et des services. Elles se situent surtout dans une diagonale allant du Nord-Est au Sud-Ouest, dans une partie du Massif central et dans des espaces de montagne. Certaines sont en déclin, d'autres bénéficient du tourisme, des résidences secondaires ou de l'arrivée de nouveaux habitants.

Autres grilles de lecture

  • La notion d'hyper-ruralité, mise en avant par un rapport parlementaire de 2014, désigne des territoires cumulant très faibles densités, vieillissement, éloignement des services et faiblesse des revenus.
  • La renaissance rurale, notion popularisée par le sociologue Bernard Kayser dans La Renaissance rurale, en 1990, désigne le retour à la croissance démographique de nombreuses campagnes, par solde migratoire, après un siècle d'exode rural.
  • La distinction entre économie productive et économie présentielle, ou résidentielle, due notamment aux travaux de Laurent Davezies, permet de comprendre que des campagnes sans industrie ni agriculture dynamique puissent prospérer grâce aux revenus des retraités, des navetteurs et des touristes.

La diversité des campagnes françaises

Exemples de types de campagnes

  • Campagnes périurbaines. Autour de Toulouse, Nantes ou Lyon, fortes croissances démographiques, lotissements, zones d'activités, pression sur les terres agricoles.
  • Campagnes de grande culture. Beauce, Brie, Picardie, grandes exploitations céréalières et betteravières, openfield, très faible part de la forêt, faible densité de population malgré une production très importante.
  • Campagnes d'élevage et de bocage. Normandie, Bretagne intérieure, Limousin, paysages de haies, habitat dispersé.
  • Campagnes de moyenne montagne. Morvan, Massif central, forêt importante, faibles densités, vieillissement, élevage extensif, tourisme vert.
  • Campagnes de haute montagne. Alpes, Pyrénées, stations de sports d'hiver, fortes variations saisonnières de population, contraintes de pente.
  • Campagnes littorales. Fortes densités saisonnières, résidences secondaires, conflits entre agriculture, urbanisation et protection des milieux.
  • Campagnes des DROM. Contraintes insulaires ou équatoriales, agricultures d'exportation et vivrières, croissance démographique parfois forte, étudiées dans un chapitre particulier.

Reconnaître le type de campagne sur une carte topographique

La carte au 1/25 000 permet de reconnaître ces types. Couleur dominante, blanc des terres cultivées, vert des bois et forêts. Forme de l'habitat, groupé ou dispersé, noyaux anciens et extensions récentes. Densité du réseau routier et présence d'axes rapides. Toponymes, lieux-dits, zones d'activités, campings, remontées mécaniques. On peut estimer une densité en additionnant les populations des communes couvertes et en divisant par la surface, un carreau du quadrillage kilométrique représentant 1 km², puis la comparer à la moyenne de la France métropolitaine, de l'ordre de 120 habitants par km². Le programme demande aussi de situer la carte dans des logiques plus larges, le Géoportail permettant de consulter les zonages de l'INSEE.

Auteurs et références

  • Henri Mendras, La Fin des paysans, 1967, sur la disparition de la société paysanne traditionnelle et la modernisation agricole.
  • Gérard Bauer et Jean-Michel Roux, La Rurbanisation ou la ville éparpillée, 1976.
  • Bernard Kayser, La Renaissance rurale, 1990.
  • Martin Vanier, qui propose la notion de tiers espace pour désigner les espaces périurbains, ni ville ni campagne, qui échappent aux catégories classiques.
  • Christophe Guilluy, La France périphérique, 2014, thèse très discutée par les géographes, qui oppose métropoles intégrées à la mondialisation et espaces périurbains et ruraux relégués.

Débats

  • Le rural est-il encore une catégorie pertinente, alors que la quasi-totalité du territoire est sous l'influence des villes ? Certains géographes parlent d'urbanisation généralisée, d'autres défendent la spécificité des modes de vie et des enjeux ruraux.
  • Le périurbain est-il rural ou urbain ? Il est rural par sa densité et ses paysages, urbain par ses modes de vie et ses emplois.
  • Déclin ou renouveau ? Des campagnes gagnent des habitants, d'autres en perdent. Parler d'un rural unique masque ces contrastes.
  • La thèse d'une France périphérique abandonnée est contestée par des travaux qui montrent la diversité des situations rurales et le poids des transferts publics et sociaux.

Ce qu'il faut savoir mobiliser

  1. Définir le rural selon la grille communale de densité de 2020, et rappeler l'ancienne définition par l'unité urbaine.
  2. Définir une aire d'attraction des villes, pôle et couronne, et l'ancien zonage en aires urbaines, avec leurs seuils.
  3. Définir le périurbain et la périurbanisation, et en reconnaître les marques sur une carte.
  4. Présenter une typologie des campagnes françaises et ses critères.
  5. Situer le territoire d'une carte dans un type de campagne et dans les zonages de l'INSEE.
  6. Discuter la portée et les limites des définitions statistiques.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Espace rural : espace de faible densité où dominent les surfaces agricoles, forestières et naturelles. Depuis 2020, l'Insee le définit comme l'ensemble des communes peu denses ou très peu denses.
  • Commune rurale, ancienne définition : commune qui n'appartient à aucune unité urbaine. C'est une définition en négatif.
  • Unité urbaine : bâti continu, sans coupure de plus de 200 m, et au moins 2 000 habitants.
  • Grille communale de densité : classement des communes selon la part de leur population qui vit dans des regroupements de carreaux de 1 km² denses et peuplés.
  • Aire d'attraction des villes : un pôle d'au moins 1 500 emplois et une couronne de communes dont au moins 15 % des actifs occupés travaillent dans le pôle.
  • Aire urbaine, ancien zonage : un pôle d'emplois et une couronne de communes dont au moins 40 % des actifs résidents travaillent dans l'aire. Il n'est plus utilisé depuis 2020.
  • Commune multipolarisée : commune attirée par plusieurs pôles sans qu'aucun ne dépasse seul le seuil. La catégorie appartient à l'ancien zonage.
  • Périurbain : espaces d'apparence en partie rurale dont les actifs travaillent majoritairement dans la ville voisine.
  • Périurbanisation : diffusion de l'habitat et des activités urbaines dans les campagnes proches des villes.
  • Navetteur : actif qui fait chaque jour la navette entre son domicile et un lieu de travail situé dans une autre commune.
  • Économie présentielle : activités qui répondent aux besoins des personnes présentes sur un territoire, résidents et touristes.
  • Exode rural : départ massif des ruraux vers les villes, surtout de la seconde moitié du XIXe siècle aux années 1960.
  • Renaissance rurale : retour de la croissance démographique dans de nombreuses campagnes, surtout par le solde migratoire.
  • Déprise : recul des activités agricoles et de la population, avec enfrichement et fermeture des paysages.
  • Typologie : classement en types à partir de critères explicites, pour faire ressortir des ressemblances et des contrastes.

Chaînes de raisonnement

De la morphologie à la densité, un changement de regard. L'ancienne définition partait du bâti de la ville et faisait du rural un reste. La grille de densité part de la répartition réelle de la population, carreau par carreau. Le rural devient une catégorie positive qui regroupe un tiers des Français, et cela appelle des politiques qui lui sont propres.

De la voiture au lotissement. La généralisation de l'automobile et la construction des voies rapides allongent les distances que l'on peut parcourir en un temps donné. Le foncier moins cher des communes rurales proches permet d'accéder à la maison individuelle. Le résultat est une couronne périurbaine qui s'étend le long des axes, avec lotissements, zones d'activités et navettes quotidiennes.

Du solde migratoire à la renaissance rurale. Pendant plus d'un siècle, l'exode rural a vidé les campagnes. À partir des années 1970, les arrivées de périurbains, de retraités et de néoruraux compensent puis dépassent les départs dans une grande partie du rural. Le solde naturel reste souvent négatif dans les campagnes vieillies, si bien que la croissance dépend des migrations.

Des revenus captés aux campagnes prospères. Un territoire ne vit pas seulement de ce qu'il produit. Il vit aussi des revenus qui y sont dépensés, pensions de retraite, salaires gagnés en ville, dépenses des touristes, transferts sociaux. Une campagne sans industrie peut donc voir croître son emploi dans les commerces, le bâtiment et les services à la personne.

De l'éloignement à l'hyper-ruralité. L'éloignement des pôles réduit l'offre d'emplois et de services. Les jeunes partent, la population vieillit, les services ferment faute de clients, ce qui renforce l'éloignement vécu. Cet enchaînement cumulatif n'est pas une fatalité : tourisme, résidences secondaires ou nouveaux arrivants peuvent l'inverser.

Du seuil au chiffre. Tout chiffre sur le rural ou le périurbain dépend d'une définition et d'un seuil. Passer de 40 % à 15 % d'actifs sortants élargit mécaniquement les couronnes. Comparer deux dates exige donc le même zonage, sinon on mesure un changement de méthode et non un changement du territoire.

Exemples et références à connaître

  1. Seuils de la grille européenne dont s'inspire l'Insee : carreaux d'au moins 1 500 habitants au km² regroupés en ensembles d'au moins 50 000 habitants pour la forte densité. Pour la densité intermédiaire, carreaux d'au moins 300 habitants au km² et ensembles d'au moins 5 000 habitants.
  2. Ordres de grandeur : près de 35 000 communes en France, 88 % rurales selon la densité, un tiers de la population rurale, une densité moyenne métropolitaine d'environ 120 habitants au km².
  3. Les quatre catégories rurales issues du croisement densité et attraction : rural sous forte influence d'un pôle, sous faible influence, autonome peu dense, autonome très peu dense.
  4. La typologie des campagnes établie pour la Datar au début des années 2010 : campagnes des villes et des littoraux, campagnes agricoles et industrielles, campagnes vieillies à très faible densité. C'est la référence à citer en dissertation.
  5. Le rapport sénatorial d'Alain Bertrand sur l'hyper-ruralité, 2014, qui a fait entrer le mot dans le débat public.
  6. L'Agenda rural de 2019, programme gouvernemental issu d'une mission d'élus ruraux, qui a préparé la nouvelle définition du rural.
  7. Laurent Davezies, La République et ses territoires, 2008, sur la circulation invisible des richesses entre territoires.
  8. Bernard Kayser, La Renaissance rurale, 1990, et Henri Mendras, La Fin des paysans, 1967 : deux jalons, la fin du monde paysan puis le renouveau démographique.
  9. Des couronnes périurbaines très étendues et en forte croissance autour de Toulouse, Nantes, Rennes, Montpellier ou Bordeaux, liées au dynamisme de l'emploi de ces métropoles.
  10. La loi Climat et résilience de 2021 et son objectif de zéro artificialisation nette en 2050, qui remet en cause le modèle pavillonnaire périurbain.

Techniques

Définir un terme en introduction, en trois temps

Premier temps, le sens courant. Deuxième temps, la définition statistique précise, avec sa source et son seuil. Troisième temps, la limite de cette définition, qui ouvre la problématique.

Mini-exemple. « Le périurbain désigne couramment les campagnes proches des villes. L'Insee l'a longtemps défini comme les couronnes des aires urbaines, où au moins 40 % des actifs travaillent dans le pôle. Or ce critère ne retient que le travail et ignore les modes de vie, ce qui invite à se demander si le périurbain est encore rural. »

Estimer une densité sur la carte au 1/25 000

On repère les communes entièrement couvertes, on additionne leurs populations indiquées sous le nom, on compte les carreaux kilométriques qu'elles occupent, puis on divise. On compare à 120 habitants au km².

Mini-exemple. Six communes totalisent 4 200 habitants sur environ 140 carreaux. La densité vaut 30 habitants au km², soit quatre fois moins que la moyenne métropolitaine. Hypothèse, un rural peu dense. On la vérifie par la forme de l'habitat et la présence ou non d'un pôle proche.

Situer un territoire avec trois questions

Quelle densité, forte, intermédiaire, faible ou très faible ? Quelle influence d'un pôle, forte, faible ou nulle ? Quelle orientation économique, agricole, industrielle, résidentielle ou touristique ? Les trois réponses placent le territoire dans la typologie.

Mini-exemple. Habitat groupé en villages espacés, rares lotissements, grands silos, ville de 60 000 habitants à 40 km. Densité faible, influence faible, orientation agricole. Il s'agit d'une campagne agricole sous faible influence urbaine, type plaine de grande culture.

Lire une carte des zonages de l'Insee

On lit d'abord le titre, l'année et le zonage exact. On repère ensuite le pôle, l'extension de la couronne et ses directions privilégiées, puis les communes hors attraction. On termine par ce que la carte ne montre pas.

Mini-exemple. Une carte des aires d'attraction montre une couronne étirée le long d'une autoroute et d'une vallée. Lecture, l'accessibilité oriente la périurbanisation. Limite, le seuil de 15 % range dans la couronne des communes où 85 % des actifs peuvent travailler ailleurs.

Comparer deux définitions sur un même espace

On superpose, mentalement ou sur calque, l'ancien et le nouveau classement. On repère les communes qui changent de catégorie et on explique pourquoi.

Mini-exemple. Un bourg de 2 500 habitants à bâti continu était urbain au sens de l'unité urbaine. Si l'essentiel de sa population ne vit pas dans des carreaux assez denses, il est désormais rural au sens de la grille. Le territoire n'a pas changé, la règle de classement si.

Nuancer un chiffre dans une copie

Toute donnée s'écrit avec sa définition : « un tiers de la population vit dans des communes rurales au sens de la grille de densité de l'Insee ». Sans cette précision, le correcteur peut objecter l'ancien chiffre d'un cinquième.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 3. Une commune de couronne périurbaine d'une métropole de l'Ouest

Classiques de khôlle et concours · Commentaire de carte au 1/25 000 avec documents, type écrit Agro-Véto

Voir le corrigé

Documents : carte, extrait de la carte des aires d'attraction, tableau des populations communales sur cinquante ans, photographie aérienne récente.

Problématique : comment une campagne proche d'une métropole se transforme-t-elle sous l'effet de la périurbanisation ?

I. Une campagne héritée encore lisible. Noyaux villageois anciens, bocage résiduel, exploitations d'élevage en écarts, chemins ruraux.

II. Une intégration fonctionnelle à la métropole. Lotissements accolés aux bourgs, échangeur et zone d'activités, forte croissance lue dans le tableau. Le zonage place la commune dans la couronne. Estimer la densité et la comparer à celle d'une commune plus éloignée.

III. Une consommation de terres à maîtriser. Parcelles agricoles enclavées, mitage, conflits de voisinage. Réponses intercommunales, densification des bourgs, protection des terres agricoles.

Argument attendu : la carte montre la forme, le zonage montre la relation, il faut les deux pour qualifier la commune de périurbaine.

Sujet 5. Une campagne de moyenne montagne hors attraction des villes

Classiques de khôlle et concours · Commentaire de carte avec documents, type khôlle

Voir le corrigé

Documents : carte, extrait de la grille de densité, pyramide des âges d'une commune, dépliant d'un office de tourisme.

Problématique : un territoire éloigné des villes peut-il fonder son avenir sur ses ressources propres ?

I. Un rural autonome très peu dense. Villages espacés et hameaux, forêt dominante, prairies d'élevage extensif, réseau routier sinueux, absence d'axe rapide. Densité estimée très inférieure à la moyenne.

II. Des fragilités cumulées. Pyramide des âges au sommet élargi, services rares, bâtiments agricoles abandonnés, parcelles enfrichées visibles sur la carte.

III. Des ressources à valoriser. Tourisme vert signalé par gîtes, sentiers et campings, résidences secondaires, bois, circuits courts. Critiquer le dépliant, qui vend un calme que la pyramide des âges traduit aussi en isolement.

Argument attendu : identifier les acteurs, communes, office de tourisme, éleveurs, nouveaux habitants, et leurs logiques parfois contradictoires.

Sujet 6. Mesurer le rural : ce que changent les définitions de l'Insee

Classiques de khôlle et concours · Analyse de documents, type khôlle

Voir le corrigé

Documents : deux cartes d'une même région, communes rurales selon l'unité urbaine puis selon la grille de densité, et un texte d'élus ruraux.

Problématique : pourquoi la façon de compter le rural est-elle un enjeu géographique et politique ?

I. Deux méthodes, deux cartes. Critère morphologique contre critère de densité. Les bourgs et petites villes qui changent de catégorie. Le rural passe d'un cinquième à un tiers de la population.

II. Des conséquences pour l'action publique. Visibilité des campagnes, calibrage des dotations et des politiques de services, reconnaissance réclamée par les élus dans le texte.

III. Les limites de toute mesure. Seuils conventionnels, maille communale, oubli des mobilités autres que le travail, écart entre catégories statistiques et territoires vécus.

piège : Présenter la nouvelle définition comme vraie et l'ancienne comme fausse. Elles répondent à des questions différentes.

Sujet 7. Une plaine de grande culture sous faible influence urbaine

Classiques de khôlle et concours · Commentaire de carte avec documents, type écrit Agro-Véto

Voir le corrigé

Documents : carte, extrait de la carte des aires d'attraction, données sur l'emploi par secteur, photographie d'un silo.

Problématique : une campagne très productive mais peu peuplée est-elle à l'écart des dynamiques rurales actuelles ?

I. Une campagne agricole type. Openfield, grandes parcelles, villages groupés et espacés, silos le long des voies ferrées, très peu de forêt.

II. Une faible densité malgré une forte production. Mécanisation et agrandissement des exploitations, peu d'emplois agricoles, industrie agroalimentaire ponctuelle. La commune est en couronne lointaine ou hors attraction selon les documents.

III. Des marges de transformation. Petits lotissements autour des bourgs les mieux desservis, éoliennes, enjeux de l'eau et des sols. Place dans la typologie, campagne agricole et industrielle.

Argument attendu : la faible densité ne signifie pas le déclin, elle résulte d'un modèle productif.

Sujet 1. Qu'est-ce que le rural aujourd'hui en France ?

Autres exercices · Dissertation

Voir le corrigé

Problématique : peut-on encore définir le rural alors que la quasi-totalité du territoire est reliée aux villes ?

I. Une catégorie longtemps définie en creux. Le rural comme reste de l'unité urbaine, l'assimilation ancienne au monde agricole, l'héritage de l'exode rural. Citer Mendras et la fin de la société paysanne.

II. Une catégorie redéfinie positivement. La grille de densité et son chiffre d'un tiers de la population. Le rôle de l'Agenda rural et des élus. Le croisement avec les aires d'attraction, qui fait ressortir un rural autonome distinct du rural sous influence.

III. Des campagnes au pluriel. Typologie de la Datar, contrastes entre une couronne de Toulouse et un plateau du Limousin. Débat entre urbanisation généralisée et spécificités rurales, distances aux services, dépendance automobile, place de l'agriculture dans l'usage du sol.

Argument attendu : la définition est un choix de mesure et un choix politique, pas une donnée naturelle.

Sujet 2. Le périurbain, ni ville ni campagne ?

Autres exercices · Dissertation

Voir le corrigé

Problématique : le périurbain est-il un entre-deux provisoire ou un espace à part entière ?

I. Un espace rural par ses formes. Densités faibles, paysage de champs et de villages, communes classées rurales par la grille.

II. Un espace urbain par ses fonctions. Navettes quotidiennes, couronnes des aires d'attraction, zones commerciales, modes de vie proches de ceux des citadins. Rappeler la rurbanisation de Bauer et Roux.

III. Un tiers espace aux enjeux propres. La notion de Martin Vanier. Artificialisation et zéro artificialisation nette, coût des mobilités, vulnérabilité aux prix des carburants, affirmation d'une vie locale et d'intercommunalités périurbaines.

piège : Réduire le périurbain à un espace relégué. La thèse de Guilluy se cite comme une thèse discutée, pas comme un constat.

Sujet 4. Les campagnes françaises : déclin ou renouveau ?

Autres exercices · Dissertation

Voir le corrigé

Problématique : l'opposition entre campagnes qui meurent et campagnes qui renaissent rend-elle compte de la diversité rurale ?

I. Des signes de déclin réels. Vieillissement, fermetures de services, recul des exploitations, déprise dans une partie du Massif central ou de la diagonale des faibles densités. Notion d'hyper-ruralité.

II. Un renouveau démographique et économique. Renaissance rurale au sens de Kayser, solde migratoire positif, économie présentielle au sens de Davezies, attractivité des littoraux et des campagnes proches des villes.

III. Une géographie des contrastes. Croiser densité et attraction. Les campagnes gagnent ou perdent selon l'accessibilité, les aménités et les revenus captés, non selon leur caractère rural.

piège : Traiter le rural comme un bloc homogène.

Erreurs fréquentes

  1. Donner un chiffre du rural ou du périurbain sans préciser la définition ni le zonage utilisé. Un cinquième et un tiers sont justes tous les deux, chacun selon sa définition.
  2. Confondre les seuils : 40 % pour les anciennes aires urbaines, 15 % pour les aires d'attraction, 2 000 habitants et 200 m pour l'unité urbaine, 1 500 emplois pour un pôle d'aire d'attraction.
  3. Assimiler le rural à l'agricole. Les agriculteurs sont une petite minorité des ruraux, et l'économie présentielle domine dans beaucoup de campagnes.
  4. Réciter la typologie sans l'appliquer. En commentaire de carte, il faut justifier le classement du territoire par des éléments nommés et localisés.
  5. Traiter les zonages comme des territoires réels. Ce sont des outils de mesure, à critiquer et à confronter à la carte et aux autres documents.

Fiche rédigée à partir du programme officiel de géographie de la voie BCPST (2021), deuxième année, « Environnement et aménagement durable des territoires ruraux et périurbains en France métropolitaine et d'outre-mer ». Elle couvre la partie III.1 « Les espaces du programme », qui ancre la réflexion dans la diversité des territoires de la France métropolitaine et des DROM, demande d'étudier les espaces ruraux et périurbains dans leurs diverses composantes et relations, et précise que les espaces urbains présents sur la carte ne sont à considérer qu'en fonction de leurs relations avec eux. La fiche définit le rural et le périurbain, présente les zonages statistiques de l'INSEE, la grille communale de densité et le zonage en aires d'attraction des villes, puis les typologies des espaces ruraux et la diversité des campagnes françaises. Les DROM font l'objet d'un chapitre particulier, les axes thématiques du programme des chapitres suivants.