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MPSI · Maths · semaine 19

Polynômes

Anneau K[X], degré, divisibilité et division euclidienne, racines et multiplicité, polynômes scindés, factorisation dans C[X] et R[X], relations coefficients-racines.

Sommaire

Le cours

Résumé en cinq points

  1. K[X]\K[X] est un anneau commutatif intègre, deg⁡(PQ)=deg⁡P+deg⁡Q\deg(PQ) = \deg P + \deg Q, et les inversibles sont les constantes non nulles.
  2. aa est racine de PP si et seulement si X−aX - a divise PP. Un polynôme non nul de degré nn a au plus nn racines, donc un polynôme avec une infinité de racines est nul.
  3. La multiplicité mm d'une racine se lit sur les dérivées : celles d'ordre 00 à m−1m - 1 s'annulent en aa, pas celle d'ordre mm. Les racines multiples sont les racines communes à PP et P′P'.
  4. L'arithmétique de K[X]\K[X] reproduit celle de Z\Z : division euclidienne, algorithme d'Euclide, PGCD unitaire, Bézout, Gauss, décomposition en irréductibles.
  5. Sur C\C, les irréductibles sont les polynômes de degré 1 et tout polynôme non constant est scindé. Sur R\R, les irréductibles sont les polynômes de degré 1 et ceux de degré 2 de discriminant strictement négatif.
Pourquoi ce chapitre

Le chapitre sur les polynômes a deux visages.

  • C'est d'abord une copie conforme de l'arithmétique de Z\Z : divisibilité, division euclidienne, algorithme d'Euclide, PGCD, Bézout, lemme de Gauss, décomposition en facteurs irréductibles. Les énoncés se transposent presque mot pour mot, ce qui permet un exposé rapide.
  • C'est ensuite un outil de calcul omniprésent : factoriser, chercher des racines, reconnaître une racine multiple, borner un nombre de racines.

En seconde année, les polynômes servent à l'étude des endomorphismes. En MPSI, ils interviennent déjà dans le calcul des puissances de matrices, dans la décomposition en éléments simples et donc dans le calcul de primitives. Il faut distinguer le polynôme, objet formel, de la fonction polynomiale associée.

1L'anneau K[X]

1.1Polynômes et degré

Définition 1.1Polynôme

Un polynôme à une indéterminée à coefficients dans K\K est une suite (a0,a1,a2,… )(a_0, a_1, a_2, \dots) d'éléments de K\K nuls à partir d'un certain rang. On l'écrit P=a0+a1X+⋯+adXdP = a_0 + a_1X + \dots + a_dX^d.

La construction formelle de K[X]\K[X] n'est pas exigible.

Définition 1.2Degré

Le degré de PP non nul, noté deg⁡P\deg P, est le plus grand indice ii tel que ai≠0a_i \neq 0. Le coefficient adeg⁡Pa_{\deg P} est le coefficient dominant. Le polynôme est unitaire si son coefficient dominant vaut 1.

Par convention, deg⁡0=−∞\deg 0 = -\infty, avec les règles usuelles −∞+n=−∞-\infty + n = -\infty et −∞<n-\infty < n pour tout entier nn.

Définition 1.3Polynômes de degré borné

On note Kn[X]\K_n[X] l'ensemble des polynômes de degré au plus nn. Il contient le polynôme nul.

1.2Opérations et degré

L'addition et la multiplication des polynômes font de K[X]\K[X] un anneau commutatif.

Propriété 1.4Règles sur les degrés

Pour tous polynômes PP et QQ :

  • deg⁡(P+Q)⩽max⁡(deg⁡P,deg⁡Q)\deg(P + Q) \leqslant \max(\deg P, \deg Q), avec égalité dès que deg⁡P≠deg⁡Q\deg P \neq \deg Q ;
  • deg⁡(PQ)=deg⁡P+deg⁡Q\deg(PQ) = \deg P + \deg Q.

L'inégalité peut être stricte : avec P=XP = X et Q=−X+1Q = -X + 1, deg⁡(P+Q)=0<1\deg(P+Q) = 0 < 1.

De la seconde règle, le produit de deux polynômes non nuls est non nul : l'anneau K[X]\K[X] est intègre. On peut donc simplifier une égalité AB=ACAB = AC par AA non nul.

Propriété 1.5Inversibles de K[X]

Les inversibles de K[X]\K[X] sont exactement les polynômes constants non nuls.

Démonstration

Si PQ=1PQ = 1, alors deg⁡P+deg⁡Q=0\deg P + \deg Q = 0, donc les deux degrés sont nuls.

Définition 1.6Composition

Pour deux polynômes PP et QQ, P∘QP \circ Q, aussi noté P(Q)P(Q), est le polynôme obtenu en remplaçant XX par QQ.

Si PP et QQ sont non constants, deg⁡(P∘Q)=deg⁡P×deg⁡Q\deg(P \circ Q) = \deg P \times \deg Q.

2Divisibilité et division euclidienne

2.1Divisibilité

Définition 2.1Divisibilité, polynômes associés

BB divise AA s'il existe un polynôme QQ tel que A=BQA = BQ. Deux polynômes qui se divisent mutuellement sont associés : l'un est le produit de l'autre par une constante non nulle.

Parmi tous les associés d'un polynôme non nul, un seul est unitaire.

2.2Division euclidienne

Théorème 2.2Division euclidienne

Hypothèses

  • AA et BB sont deux polynômes ;
  • B≠0B \neq 0.

Alors il existe un unique couple (Q,R)(Q, R) de polynômes tel que A=BQ+RA = BQ + R et deg⁡R<deg⁡B\deg R < \deg B.

Démonstration

Existence, par récurrence forte sur deg⁡A\deg A. Si deg⁡A<deg⁡B\deg A < \deg B, on prend Q=0Q = 0 et R=AR = A. Sinon on soustrait à AA le produit de BB par le monôme qui tue le terme dominant de AA, ce qui fait baisser le degré, et on applique l'hypothèse de récurrence.

Unicité. Si BQ+R=BQ′+R′BQ + R = BQ' + R', alors B(Q−Q′)=R′−RB(Q - Q') = R' - R. Si Q≠Q′Q \neq Q', le membre de gauche est de degré au moins deg⁡B\deg B, ce que le membre de droite interdit. Donc Q=Q′Q = Q', puis R=R′R = R'.

En pratique, on pose la division comme une division de nombres, en travaillant sur les termes de plus haut degré.

3Racines et multiplicité

3.1Fonction polynomiale et racines

À PP dans K[X]\K[X] on associe la fonction polynomiale x↦P(x)x \mapsto P(x). Il faut distinguer les deux objets, même si sur R\R et sur C\C ils se déterminent l'un l'autre.

Définition 3.1Racine

Un élément aa de K\K est une racine de PP si P(a)=0P(a) = 0.

Propriété 3.2Caractérisation des racines

aa est racine de PP si et seulement si (X−a)(X - a) divise PP.

Démonstration

Le reste de la division euclidienne de PP par X−aX - a est une constante, égale à P(a)P(a).

Propriété 3.3Racines distinctes

Si a1,…,ara_1, \dots, a_r sont des racines deux à deux distinctes de PP, alors le produit des (X−ai)(X - a_i) divise PP.

MéthodeMéthode de Horner

  1. Écrire PP sous forme emboîtée a0+X(a1+X(a2+… ))a_0 + X(a_1 + X(a_2 + \dots)).
  2. Partir du coefficient dominant, multiplier par aa, ajouter le coefficient suivant, et recommencer.

Le procédé coûte nn multiplications et nn additions. Les valeurs intermédiaires sont les coefficients du quotient de PP par X−aX - a.

Exemple 3.4Horner pour 2X3−X+52X^3 - X + 5 en 33

On obtient successivement 22, 66, 1717, puis 5656. Donc P(3)=56P(3) = 56.

Théorème 3.5Nombre de racines

Un polynôme non nul de degré nn a au plus nn racines distinctes dans K\K.

Un polynôme ayant une infinité de racines est nul. Comme R\R et C\C sont infinis, deux polynômes qui définissent la même fonction polynomiale sont égaux. C'est ce qui autorise l'abus de langage entre polynôme et fonction polynomiale sur R\R et sur C\C.

3.2Multiplicité

Définition 3.6Multiplicité

Soit a∈Ka \in \K et PP non nul. La multiplicité de aa comme racine de PP est le plus grand entier mm tel que (X−a)m(X - a)^m divise PP.

  • Si P(a)≠0P(a) \neq 0, la multiplicité est 00.
  • Une racine est simple si m=1m = 1, double si m=2m = 2, multiple si m⩾2m \geqslant 2.

Propriété 3.7Caractérisation

aa est racine de multiplicité mm si et seulement si P=(X−a)mQP = (X - a)^m Q avec Q(a)≠0Q(a) \neq 0.

Si a1,…,ara_1, \dots, a_r sont des racines distinctes de multiplicités m1,…,mrm_1, \dots, m_r, alors m1+⋯+mr⩽deg⁡Pm_1 + \dots + m_r \leqslant \deg P.

3.3Polynômes scindés et relations coefficients-racines

Définition 3.8Polynôme scindé

PP de degré n⩾1n \geqslant 1 est scindé sur K\K s'il s'écrit P=c(X−a1)⋯(X−an)P = c(X - a_1)\cdots(X - a_n), produit de son coefficient dominant et de nn facteurs de degré 1. Les aia_i ne sont pas nécessairement distincts.

Théorème 3.9Formules de Viète

Hypothèses

  • P=anXn+⋯+a0P = a_nX^n + \dots + a_0 est scindé ;
  • ses racines x1,…,xnx_1, \dots, x_n sont comptées avec multiplicité.

Alors x1+⋯+xn=−an−1an,x1⋯xn=(−1)na0an.\begin{aligned} x_1 + \dots + x_n &= -\frac{a_{n-1}}{a_n},\\ x_1 \cdots x_n &= (-1)^n\frac{a_0}{a_n}. \end{aligned}

Ces deux formules doivent être connues. Les relations intermédiaires, qui font intervenir les sommes de produits de kk racines, se retrouvent en développant le produit des (X−xi)(X - x_i).

Exemple 3.10Cas usuels

  • Pour aX2+bX+caX^2 + bX + c scindé : x1+x2=−b/ax_1 + x_2 = -b/a et x1x2=c/ax_1x_2 = c/a.
  • Pour aX3+bX2+cX+daX^3 + bX^2 + cX + d scindé : somme des racines −b/a-b/a, somme des produits deux à deux c/ac/a, produit −d/a-d/a.

4Dérivation

4.1Dérivée formelle

Définition 4.1Dérivée formelle

Si P=∑aiXiP = \sum a_iX^i, on définit P′=∑i⩾1i aiXi−1P' = \sum_{i \geqslant 1} i\,a_iX^{i-1}.

C'est une définition algébrique, valable sans notion de limite. Pour K=R\K = \R, P′P' est bien le polynôme dont la fonction polynomiale est la dérivée de celle de PP.

Si deg⁡P⩾1\deg P \geqslant 1, alors deg⁡P′=deg⁡P−1\deg P' = \deg P - 1. Les polynômes de dérivée nulle sont exactement les constantes.

4.2Règles de calcul

Propriété 4.2Règles de dérivation

La dérivation est linéaire et (PQ)′=P′Q+PQ′(PQ)' = P'Q + PQ'.

Par récurrence, on obtient la formule de Leibniz : (PQ)(n)=∑k=0n(nk)P(k)Q(n−k).(PQ)^{(n)} = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} P^{(k)} Q^{(n-k)}.

4.3Formule de Taylor polynomiale

Théorème 4.3Formule de Taylor

Hypothèses

  • P∈Kn[X]P \in \K_n[X] ;
  • a∈Ka \in \K.

Alors P=∑k=0nP(k)(a)k! (X−a)k.P = \sum_{k=0}^{n} \frac{P^{(k)}(a)}{k!}\,(X - a)^k.

Cette formule est exacte, sans reste. Elle exprime la décomposition de PP dans la base des (X−a)k(X - a)^k.

4.4Caractérisation de la multiplicité

Théorème 4.4Multiplicité et dérivées

Hypothèses

  • m⩾1m \geqslant 1 ;
  • a∈Ka \in \K.

Alors aa est racine de PP de multiplicité mm si et seulement si P(a)=P′(a)=⋯=P(m−1)(a)=0P(a) = P'(a) = \dots = P^{(m-1)}(a) = 0 et P(m)(a)≠0P^{(m)}(a) \neq 0.

Propriété 4.5Racines multiples

aa est racine multiple de PP si et seulement si P(a)=0P(a) = 0 et P′(a)=0P'(a) = 0. Les racines multiples de PP sont les racines communes à PP et P′P'.

La multiplicité exacte se lit sur les dérivées successives.

Exemple 4.6Racine double

P=X3−3X+2P = X^3 - 3X + 2 vérifie P(1)=0P(1) = 0, P′(1)=3−3=0P'(1) = 3 - 3 = 0 et P′′(1)=6≠0P''(1) = 6 \neq 0. Donc 11 est racine double, et P=(X−1)2(X+2)P = (X - 1)^2(X + 2).

5Arithmétique dans K[X]

Tout ce paragraphe est le décalque de l'arithmétique de Z\Z.

Définition 5.1PGCD

Soient AA et BB non tous les deux nuls. Tout diviseur commun à AA et BB de degré maximal est un PGCD. Tous les PGCD sont associés, et un seul est unitaire : on le note A∧BA \wedge B.

L'ensemble des diviseurs communs à AA et BB est exactement l'ensemble des diviseurs de A∧BA \wedge B.

MéthodeAlgorithme d'Euclide

  1. Si A=BQ+RA = BQ + R, alors A∧B=B∧RA \wedge B = B \wedge R.
  2. Itérer : les degrés des restes décroissent strictement, l'algorithme s'arrête.
  3. Le dernier reste non nul, rendu unitaire, est le PGCD.

Théorème 5.2Relation de Bézout

Il existe des polynômes UU et VV tels que AU+BV=A∧BAU + BV = A \wedge B.

L'algorithme d'Euclide étendu fournit UU et VV.

Théorème 5.3Théorème de Bézout

AA et BB sont premiers entre eux, c'est-à-dire A∧B=1A \wedge B = 1, si et seulement s'il existe UU et VV tels que AU+BV=1AU + BV = 1.

Théorème 5.4Lemme de Gauss

Hypothèses

  • AA divise BCBC ;
  • A∧B=1A \wedge B = 1.

Alors AA divise CC.

Définition 5.5PPCM

Le PPCM A∨BA \vee B est le générateur unitaire des multiples communs. Le produit ABAB est associé au produit de A∧BA \wedge B et de A∨BA \vee B.

On définit de même le PGCD d'un nombre fini de polynômes, avec une relation de Bézout. On distingue les polynômes premiers entre eux dans leur ensemble de ceux qui le sont deux à deux.

6Factorisation dans C[X] et dans R[X]

6.1Théorème de d'Alembert-Gauss

Théorème 6.1d'Alembert-Gauss

Tout polynôme non constant de C[X]\C[X] admet au moins une racine dans C\C.

La démonstration est hors programme.

Propriété 6.2Conséquences

Tout polynôme de C[X]\C[X] de degré n⩾1n \geqslant 1 est scindé sur C\C. Il s'écrit c (X−z1)m1⋯(X−zr)mrc\,(X - z_1)^{m_1}\cdots(X - z_r)^{m_r} avec des ziz_i distincts et m1+⋯+mr=nm_1 + \dots + m_r = n. Cette écriture est unique à l'ordre près.

Les polynômes irréductibles de C[X]\C[X] sont exactement les polynômes de degré 1.

Propriété 6.3Divisibilité dans C[X]

  • AA divise BB si et seulement si toute racine de AA est racine de BB avec une multiplicité au moins égale.
  • Deux polynômes de C[X]\C[X] sont premiers entre eux si et seulement s'ils n'ont aucune racine commune dans C\C.

Attention

Il faut raisonner sur les racines complexes, même pour des polynômes réels : X2+1X^2 + 1 et X4+2X2+1X^4 + 2X^2 + 1 n'ont pas de racine réelle commune et ne sont pourtant pas premiers entre eux.

Exemple 6.4Racines de Xn−1X^n - 1

Xn−1=∏k=0n−1(X−ωk)X^n - 1 = \prod_{k=0}^{n-1}(X - \omega^k) où ω=e2iπ/n\omega = \e^{2\ii\pi/n}.

6.2Le cas réel

Propriété 6.5Racines conjuguées

Si P∈R[X]P \in \R[X] et si zz est racine complexe de PP de multiplicité mm, alors z‾\overline{z} est aussi racine de PP avec la même multiplicité mm.

Cela vient de ce que les coefficients sont réels.

Propriété 6.6Irréductibles de R[X]

Les polynômes irréductibles de R[X]\R[X] sont exactement les polynômes de degré 1 et les polynômes de degré 2 de discriminant strictement négatif.

Théorème 6.7Décomposition dans R[X]

Tout polynôme non constant de R[X]\R[X] s'écrit, de façon unique à l'ordre près, comme produit :

  • d'une constante ;
  • de facteurs (X−ai)mi(X - a_i)^{m_i} avec aia_i réel ;
  • de facteurs (X2+bjX+cj)nj(X^2 + b_jX + c_j)^{n_j} avec bj2−4cj<0b_j^2 - 4c_j < 0.

En pratique on factorise sur C\C, puis on regroupe les racines conjuguées : (X−z)(X−z‾)=X2−2Re⁡(z)X+∣z∣2,(X - z)(X - \overline{z}) = X^2 - 2\operatorname{Re}(z)X + \abs{z}^2, réel de discriminant négatif.

Propriété 6.8Degré impair

Tout polynôme réel de degré impair admet au moins une racine réelle, puisque les racines non réelles vont par paires.

7Interpolation de Lagrange

Théorème 7.1Interpolation de Lagrange

Hypothèses

  • x1,…,xnx_1, \dots, x_n sont des éléments distincts de K\K ;
  • y1,…,yny_1, \dots, y_n sont des éléments quelconques de K\K.

Alors il existe un unique polynôme P∈Kn−1[X]P \in \K_{n-1}[X] tel que P(xi)=yiP(x_i) = y_i pour tout ii.

Propriété 7.2Expression

P=∑i=1nyiLiP = \sum_{i=1}^{n} y_i L_i, où Li=∏j≠iX−xjxi−xj.L_i = \prod_{j \neq i}\frac{X - x_j}{x_i - x_j}. Les LiL_i sont de degré n−1n - 1 et vérifient Li(xi)=1L_i(x_i) = 1 et Li(xj)=0L_i(x_j) = 0 pour j≠ij \neq i.

Démonstration

Unicité. Si PP et P~\tilde P conviennent, leur différence est de degré au plus n−1n - 1 avec nn racines distinctes, donc elle est nulle.

Propriété 7.3Toutes les solutions

Les polynômes Q∈K[X]Q \in \K[X] tels que Q(xi)=yiQ(x_i) = y_i pour tout ii sont exactement les polynômes P+S (X−x1)⋯(X−xn),P + S\,(X - x_1)\cdots(X - x_n), avec SS décrivant K[X]\K[X].

Méthodes

MéthodeFactoriser un polynôme

  1. Chercher des racines évidentes : 00, 11, −1-1, 22.
  2. Diviser par le facteur correspondant.
  3. Recommencer sur le quotient.

MéthodeMontrer qu'un polynôme est nul

Lui trouver une infinité de racines, ou plus de racines que son degré.

MéthodeMultiplicité et racines simples

  1. Pour trouver la multiplicité d'une racine, dériver plutôt que factoriser à la main.
  2. Pour montrer qu'un polynôme n'a que des racines simples, montrer que PP et P′P' sont premiers entre eux.

MéthodeProuver une divisibilité dans C[X]

Raisonner sur les racines et les multiplicités plutôt que poser une division.

MéthodeDéterminer un reste de division euclidienne

  1. Écrire A=BQ+RA = BQ + R avec deg⁡R<d\deg R < d, où d=deg⁡Bd = \deg B.
  2. Évaluer en les racines de BB.
  3. Si BB a des racines multiples, dériver la relation avant d'évaluer.

MéthodeExploiter des relations coefficients-racines

Ne pas chercher les racines. Exprimer les quantités demandées en fonction des sommes et produits, par exemple x12+x22=(x1+x2)2−2x1x2.x_1^2 + x_2^2 = (x_1 + x_2)^2 - 2x_1x_2.

Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle

  1. Démontrer l'existence et l'unicité de la division euclidienne dans K[X]\K[X].
  2. Démontrer qu'un polynôme non nul de degré nn a au plus nn racines, et en déduire l'égalité entre polynôme et fonction polynomiale sur R\R.
  3. Énoncer et utiliser la caractérisation de la multiplicité d'une racine par les dérivées successives.
  4. Écrire la formule de Taylor polynomiale et l'utiliser pour changer de variable, par exemple développer un polynôme suivant les puissances de X−1X - 1.
  5. Dérouler l'algorithme d'Euclide sur deux polynômes et obtenir une relation de Bézout.
  6. Factoriser Xn−1X^n - 1 dans C[X]\C[X] puis dans R[X]\R[X].
  7. Factoriser un polynôme réel de degré 4 en irréductibles de R[X]\R[X] en passant par C\C.
  8. Écrire le polynôme interpolateur de Lagrange sur trois points et justifier son unicité.

Méthodes et exercices

Les résultats à connaître

Dans tout le chapitre, K désigne R ou C.

  • deg(P + Q) ≤ max(deg P, deg Q) et deg(PQ) = deg P + deg Q. Exigible avec démonstration.
  • K[X] est intègre et ses inversibles sont les constantes non nulles. Exigible avec démonstration.
  • Si P est non nul et Q non constant, deg(P ∘ Q) = deg P × deg Q. Exigible.
  • A et B non nuls sont associés si et seulement si A = λB avec λ ∈ K non nul. Exigible avec démonstration.
  • Division euclidienne par B non nul : existence et unicité de (Q, R) avec deg R < deg B. Exigible avec démonstration.
  • a est racine de P si et seulement si X − a divise P. Exigible avec démonstration.
  • Si a₁, …, ar sont des racines deux à deux distinctes de P, le produit des X − ai divise P. Exigible, par récurrence sur r.
  • Un polynôme non nul de degré n a au plus n racines, même comptées avec multiplicité. Exigible avec démonstration.
  • Un polynôme ayant une infinité de racines est nul. Un polynôme est donc déterminé par sa fonction polynomiale. Exigible, cela repose sur le fait que K est infini.
  • a est racine de multiplicité m si et seulement si P = (X − a)m Q avec Q(a) ≠ 0. Exigible.
  • Formules de Viète : la somme et le produit des racines sont à connaître par cœur, les autres relations à retrouver rapidement.
  • Dérivée d'un produit et formule de Leibniz. Exigible avec démonstration.
  • Formule de Taylor polynomiale pour deg P ≤ n. Exigible avec démonstration.
  • Caractérisation de la multiplicité par les dérivées successives. Exigible avec démonstration.
  • PGCD, algorithme d'Euclide, Bézout, Gauss, PPCM et décomposition en irréductibles unitaires. Exigibles, avec des preuves calquées sur Z.
  • Théorème de d'Alembert-Gauss. Admis, sa démonstration est hors programme.
  • Irréductibles de C[X], et tout polynôme non constant de C[X] est scindé. Exigible, c'est un corollaire de d'Alembert-Gauss.
  • Si P ∈ R[X], z et z̄ ont la même multiplicité. Exigible avec démonstration.
  • Irréductibles de R[X] et décomposition dans R[X]. Exigible.
  • Interpolation de Lagrange : existence et unicité dans Kn−1[X]. Exigible avec démonstration.
  • Hors programme : la construction formelle de K[X], les polynômes sur un autre corps que R ou C, et la majoration de l'erreur d'interpolation comme résultat de cours (c'est un thème de problème).

Clés de démonstration

Division euclidienne. On raisonne par récurrence forte sur p = deg A. On note q = deg B, et a et b les coefficients dominants de A et de B. Si p ≥ q, le polynôme A − (a/b)Xp−qB est de degré strictement inférieur à p. L'unicité se lit sur les degrés dans l'égalité B(Q − Q') = R' − R. L'astuce est le monôme qui tue le terme dominant.

Au plus n racines. On raisonne par récurrence sur n. Si P, de degré n + 1, a une racine a, on écrit P = (X − a)Q avec deg Q = n. Toute autre racine b vérifie (b − a)Q(b) = 0, donc Q(b) = 0. L'astuce est de factoriser par X − a, puis d'utiliser qu'un produit nul dans K a un facteur nul.

Formule de Taylor. Le binôme appliqué à Xj = ((X − a) + a)j permet d'écrire P = Σ ck (X − a)k. On dérive k fois et on évalue en a : il reste k! ck. L'astuce est que dériver puis évaluer isole un seul coefficient.

Multiplicité par les dérivées. On part du développement de Taylor en a. Si P(a), …, P(m−1)(a) sont nuls, (X − a)m se factorise, et le quotient vaut P(m)(a)/m! en a. Réciproquement, si P = (X − a)m Q, la formule de Leibniz donne P(k)(a) = 0 pour k < m et P(m)(a) = m! Q(a).

Racines conjuguées. Chaque dérivée P(k) est à coefficients réels, donc P(k)(z̄) est le conjugué de P(k)(z). Les conditions d'annulation sont donc les mêmes en z et en z̄. L'astuce est de passer par la caractérisation de la multiplicité par les dérivées.

Lemme de Gauss. De A ∧ B = 1 on tire AU + BV = 1, puis ACU + BCV = C. A divise les deux termes de gauche, donc A divise C. L'astuce est de multiplier la relation de Bézout par C.

Formule de Leibniz. On raisonne par récurrence sur n, comme pour le binôme. L'astuce est la relation de Pascal C(n, k − 1) + C(n, k) = C(n + 1, k).

Exemples et contre-exemples à connaître

  1. X⁴ + 1 = (X² + √2X + 1)(X² − √2X + 1). Ce polynôme n'a pas de racine réelle et il est pourtant réductible sur R. À partir du degré 4, « sans racine » n'implique pas « irréductible ».
  2. X² + 1 est irréductible sur R et vaut (X − i)(X + i) sur C. L'irréductibilité dépend du corps.
  3. Xn − 1 n'a que des racines simples. Sur R, on regroupe les racines e±2ikπ/n en facteurs X² − 2cos(2kπ/n)X + 1.
  4. Pour n ≥ 1, (X + 1)n − Xn est de degré n − 1. Les termes dominants se compensent, et l'inégalité deg(P + Q) ≤ max peut être stricte.
  5. Si deg P = d ≥ 1, alors P(X + 1) − P(X) est de degré d − 1, de terme dominant d ad Xd−1. C'est l'outil de base des sommes Σ P(k).
  6. X(X − 1)/2 prend des valeurs entières en tout entier sans avoir de coefficients entiers.
  7. Les polynômes de Tchebychev (exercice 10) sont définis par une identité entre fonctions. Leur unicité vient d'une infinité de points d'accord.
  8. Sur le corps Z/2Z, hors programme, X² + X s'annule en tout point sans être nul. L'identification entre polynôme et fonction polynomiale exige un corps infini.

Techniques du chapitre

Technique 1 : trouver un reste en évaluant aux racines du diviseur. Pour le reste de Xn par (X − 1)(X − 2), on écrit Xn = (X − 1)(X − 2)Q + aX + b. En 1, on obtient 1 = a + b, et en 2, on obtient 2n = 2a + b. Donc R = (2n − 1)X + 2 − 2n.

Technique 2 : si le diviseur a une racine multiple, dériver avant d'évaluer. Pour le reste de Xn par (X − 1)², on écrit Xn = (X − 1)²Q + aX + b. En 1, on obtient 1 = a + b. On dérive puis on évalue en 1, ce qui donne n = a. Donc R = nX + 1 − n.

Technique 3 : utiliser Viète sans chercher les racines. Pour X³ − 2X + 1, on lit σ₁ = 0 et σ₂ = −2. La somme des carrés des racines vaut σ₁² − 2σ₂ = 4. Contrôle : les racines sont 1 et (−1 ± √5)/2, et 1 + 3 = 4.

Technique 4 : conclure à la nullité grâce à une infinité de racines. Si P(X + 1) = P(X), alors par récurrence P(n) = P(0) pour tout entier n. Le polynôme P − P(0) a une infinité de racines, il est nul, et P est constant.

Technique 5 : changer de variable avec Taylor. Pour P = X³ − 2X + 5 en 2, on calcule P(2) = 9, P'(2) = 10, P''(2)/2 = 6 et P'''/6 = 1. Donc P = 9 + 10(X − 2) + 6(X − 2)² + (X − 2)³. Contrôle en 0 : 9 − 20 + 24 − 8 = 5.

Technique 6 : prouver que les racines sont simples avec P'. Pour Xn − 1 avec n ≥ 1, la dérivée nXn−1 ne s'annule qu'en 0, et P(0) = −1. P et P' n'ont donc aucune racine commune.

Technique 7 : fixer le degré avant d'identifier. On cherche les P tels que P(X²) = (X² + 1)P(X). Si P ≠ 0 est de degré d, alors 2d = d + 2, donc d = 2. On pose P = aX² + bX + c et on identifie : b = 0 et c = −a. Les solutions sont les a(X² − 1), avec a ∈ K, y compris P = 0.

Technique 8 : factoriser dans R[X] en regroupant les conjuguées. Les racines de X⁶ − 1 sont les eikπ/3. Les racines réelles sont ±1, et les paires e±iπ/3 et e±2iπ/3 donnent X² − X + 1 et X² + X + 1. Donc X⁶ − 1 = (X − 1)(X + 1)(X² − X + 1)(X² + X + 1).

Exercices classiques corrigés

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Exercice 1. Poser une division euclidienne

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Diviser A = X⁴ + 2X³ − X + 3 par B = X² + X + 1, puis contrôler le reste en j = e2iπ/3.

Technique algorithme de division sur les termes dominants.

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  1. On retranche X²B = X⁴ + X³ + X². Il reste X³ − X² − X + 3.
  2. On retranche XB = X³ + X² + X. Il reste −2X² − 2X + 3.
  3. On retranche −2B. Il reste 5, de degré 0 < 2, et on s'arrête.
  4. Donc Q = X² + X − 2 et R = 5.
  5. Contrôle : B(j) = 0 et j³ = 1, donc A(j) = j + 2 − j + 3 = 5.

piège : Continuer au-delà du degré de B, ou se tromper de signe en soustrayant.

Exercice 2. Euclide étendu et relation de Bézout

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Montrer que A = X³ + 1 et B = X² + 1 sont premiers entre eux, puis trouver U et V tels que AU + BV = 1.

Technique algorithme d'Euclide, puis remontée des calculs.

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  1. On a A = XB + R₁ avec R₁ = 1 − X.
  2. Comme (1 − X)(−1 − X) = X² − 1, on a B = R₁(−1 − X) + 2.
  3. Le dernier reste non nul est la constante 2, donc A ∧ B = 1.
  4. On remonte : 2 = B + (X + 1)(A − XB) = (X + 1)A + (1 − X − X²)B.
  5. Donc U = (X + 1)/2 et V = (1 − X − X²)/2.

piège : Oublier de diviser par la constante finale, ou ne pas vérifier en développant.

Exercice 3. Relations coefficients-racines

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Soient a, b, c les racines complexes de X³ + X + 1. Calculer a² + b² + c², a³ + b³ + c³ et 1/a + 1/b + 1/c.

Technique fonctions symétriques élémentaires, et équation vérifiée par chaque racine.

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  1. On lit σ₁ = 0, σ₂ = 1 et σ₃ = −1.
  2. On en déduit a² + b² + c² = σ₁² − 2σ₂ = −2. Cette somme est négative, donc une racine au moins n'est pas réelle.
  3. Chaque racine vérifie x³ = −x − 1. En sommant, a³ + b³ + c³ = −σ₁ − 3 = −3.
  4. P(0) = 1, donc les racines sont non nulles, et 1/a + 1/b + 1/c = σ₂/σ₃ = −1.

piège : Oublier le signe (−1)n dans le produit des racines.

Exercice 4. Imposer une racine double

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Soit n ≥ 1. Trouver a et b réels tels que 1 soit racine au moins double de P = aXn+1 + bXn + 1, puis préciser la multiplicité exacte.

Technique caractérisation de la multiplicité par les dérivées.

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  1. On écrit P(1) = a + b + 1 = 0 et P'(1) = (n + 1)a + nb = 0.
  2. On remplace b par −1 − a : a − n = 0, donc a = n et b = −(n + 1).
  3. On calcule P''(1) = n²(n + 1) − (n + 1)n(n − 1) = n(n + 1), qui est non nul.
  4. Donc 1 est racine exactement double.

piège : Annoncer « double » sans calculer P''(1). On n'a alors prouvé qu'une multiplicité au moins égale à 2.

Exercice 5. Une exponentielle tronquée à racines simples

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Soit n ≥ 1 et P = Σ Xk/k! pour k de 0 à n. Montrer que les racines complexes de P sont simples.

Technique racines communes à P et P'.

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  1. En dérivant terme à terme, on obtient P' = P − Xn/n!.
  2. Si a est racine multiple, alors P(a) = P'(a) = 0, donc an/n! = 0 et a = 0.
  3. Or P(0) = 1. C'est une contradiction.

piège : Chercher les racines, ce qui est impossible. La relation entre P et P' suffit.

Exercice 6. Divisibilité par X² + X + 1

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Soit n ≥ 1. Pour quels n le polynôme X² + X + 1 divise-t-il P = X2n + Xn + 1 ?

Technique divisibilité lue sur les racines complexes.

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  1. On a X² + X + 1 = (X − j)(X − j²), avec deux racines simples. La divisibilité équivaut donc à P(j) = P(j²) = 0.
  2. P est réel et j² = j̄. P(j²) est donc le conjugué de P(j), et il suffit d'étudier P(j).
  3. On utilise j³ = 1. Si n = 3k, alors P(j) = 3.
  4. Si n = 3k + 1, alors P(j) = j² + j + 1 = 0. Si n = 3k + 2, alors P(j) = j + j² + 1 = 0.
  5. La divisibilité a lieu si et seulement si n n'est pas multiple de 3.

piège : Oublier que les racines du diviseur sont simples. Avec une racine double, il faudrait aussi annuler P'.

Exercice 7. Reste modulo X² + 1

Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP

Soient θ réel et n ∈ N. Déterminer le reste de la division de (cos θ + X sin θ)n par X² + 1. D'après un écrit CCINP MP.

Technique évaluation en une racine complexe, puis identification justifiée.

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  1. On écrit P = (X² + 1)Q + aX + b. La division dans R[X] est aussi, par unicité, celle dans C[X]. Donc a et b sont réels.
  2. En i, on obtient einθ = b + ai.
  3. Comme a et b sont réels, b = cos(nθ) et a = sin(nθ).
  4. Donc R = sin(nθ)X + cos(nθ).

piège : Identifier parties réelles et imaginaires sans avoir justifié que a et b sont réels.

Exercice 8. Interpolation de Lagrange

Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP

(a) Trouver P de degré au plus 2 tel que P(−1) = 2, P(0) = 1 et P(1) = 4. (b) Soient x₁, …, xn distincts et L₁, …, Ln les polynômes de Lagrange associés. Montrer que Σ xik Li = Xk pour tout k ≤ n − 1.

Technique polynômes élémentaires, et unicité par comptage des racines.

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  1. (a) Les polynômes élémentaires sont X(X − 1)/2, −(X² − 1) et X(X + 1)/2.
  2. Donc P = X(X − 1) − (X² − 1) + 2X(X + 1) = 2X² + X + 1, et on vérifie les trois valeurs.
  3. (b) Les deux membres sont de degré au plus n − 1 et coïncident en chaque xj, car Li(xj) vaut 1 si i = j et 0 sinon.
  4. Leur différence, de degré au plus n − 1, a n racines distinctes, donc elle est nulle. Avec k = 0, on obtient Σ Li = 1.

piège : Appliquer (b) avec k = n. Le membre de gauche reste de degré au plus n − 1, et l'égalité est fausse.

Exercice 9. Dérivée d'un polynôme scindé à racines simples

Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP

Soit P ∈ R[X] de degré n ≥ 2, scindé sur R à racines simples. Montrer que P' est scindé sur R à racines simples. L'exercice utilise le théorème de Rolle.

Technique Rolle entre deux racines consécutives, puis comptage.

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  1. On range les racines de P : x₁ < … < xn.
  2. Pour chaque k de 1 à n − 1, Rolle fournit ck dans ]xk, xk+1[ tel que P'(ck) = 0.
  3. Ces intervalles ouverts sont disjoints, donc les ck sont n − 1 racines distinctes de P'.
  4. Le produit des X − ck divise P', qui est de degré n − 1. P' est donc ce produit à une constante près, scindé à racines simples.

piège : Ne pas justifier que les ck sont distincts. Prolongement : avec des multiplicités, P' reste scindé, car une racine de multiplicité m ≥ 2 de P est de multiplicité m − 1 pour P'.

Exercice 10. Polynômes de Tchebychev

Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP

Montrer que pour tout n ∈ N, il existe un unique Tn ∈ R[X] tel que Tn(cos θ) = cos(nθ) pour tout réel θ. Donner son degré, son coefficient dominant et sa factorisation.

Technique récurrence double, et unicité par une infinité de points.

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  1. Existence. On pose T₀ = 1, T₁ = X et Tn+2 = 2X Tn+1 − Tn. L'identité cos((n + 2)θ) + cos(nθ) = 2 cos θ cos((n + 1)θ) propage la propriété.
  2. Unicité. Deux solutions coïncident sur [−1, 1], ensemble infini, donc elles sont égales.
  3. Pour n ≥ 1, Tn est de degré n et de coefficient dominant 2n−1, par récurrence, car le terme 2X Tn+1 domine.
  4. Pour n ≥ 1, on pose xk = cos((2k + 1)π/(2n)) pour k de 0 à n − 1. On a Tn(xk) = cos((2k + 1)π/2) = 0.
  5. Les angles sont distincts dans ]0, π[, où cos est strictement décroissant. On obtient n racines distinctes, et Tn = 2n−1 Π (X − xk).

piège : Faire aller k jusqu'à 2n − 1. On obtient des racines répétées et une contradiction apparente avec le degré.

Exercice 11. Une équation fonctionnelle polynomiale

Approfondissement · Type oral Mines

Déterminer les P ∈ C[X] tels que P(X²) = P(X)P(X + 1).

Technique ensemble des racines stable par une transformation, et argument de finitude.

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  1. Si P est constant, c = c², donc P = 0 ou P = 1. Sinon, la comparaison des coefficients dominants montre que P est unitaire.
  2. Si z est racine, z² l'est aussi. Si z ≠ 0 et |z| ≠ 1, les |z|2k sont deux à deux distincts, ce qui donne une infinité de racines. Donc z = 0 ou |z| = 1.
  3. En z − 1, on obtient P((z − 1)²) = P(z − 1)P(z) = 0. Par l'étape 2, z = 1 ou |z − 1| = 1.
  4. Donc z ∈ {0, 1} ou z = e±iπ/3. Dans ce dernier cas, z² serait racine avec |z² − 1| = √3, ce que l'étape 3 appliquée à z² exclut.
  5. P est donc de la forme Xa (X − 1)b. L'identité devient X2a(X − 1)b(X + 1)b = Xa+b(X − 1)b(X + 1)a, d'où a = b.
  6. Réciproquement, (X² − X)a convient. Les solutions sont 0 et les (X² − X)a, pour a ∈ N.

piège : Oublier l'étape 3. La seule stabilité par z ↦ z² laisse possibles toutes les racines de l'unité.

Erreurs fréquentes

  1. Écrire deg(P + Q) = max(deg P, deg Q) sans vérifier que les termes dominants ne se compensent pas.
  2. Conclure à une multiplicité m sans vérifier P(m)(a) ≠ 0. On n'a alors prouvé qu'une multiplicité au moins égale à m.
  3. Raisonner sur les seules racines réelles pour une divisibilité ou une coprimalité. Le critère par les racines se lit dans C.
  4. Dans Viète, oublier de diviser par le coefficient dominant, ou oublier le signe (−1)n du produit des racines.
  5. Identifier parties réelles et imaginaires d'un reste sans avoir justifié que ses coefficients sont réels, ou évaluer aux racines d'un diviseur à racine multiple sans dériver la relation.

Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de MPSI (2021), chapitre « Polynômes et fractions rationnelles », paragraphes a) à g). Elle couvre l'anneau K[X]\K[X], le degré, la division euclidienne, les racines et leur multiplicité, la dérivation formelle, l'arithmétique de K[X]\K[X], la factorisation dans C[X]\C[X] et dans R[X]\R[X] et l'interpolation de Lagrange. Les fractions rationnelles font l'objet de la fiche suivante. Le corps K\K est toujours R\R ou C\C.

Au concours

Les questions des sujets corrigés qui travaillent ce chapitre. La première question de chaque sujet est en accès libre.

CCINP 2025, MP, Mathématiques 2

  • Q7 et Q8 Polynômes de Tchebychev : degré et lien avec cos(nθ), récurrence double

Centrale-Supélec 2025, MP, Mathématiques 1

  • Q31 à Q33 Polynômes de Legendre à coefficients entiers et intégrale associée