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MPSI · Maths · semaine 31

Intégration sur un segment

Intégrale des fonctions continues par morceaux, propriétés, sommes de Riemann, primitives et théorème fondamental, intégration par parties, changement de variable, formules de Taylor.

Sommaire

Le cours

Résumé en cinq points

  1. L'intégrale est définie pour les fonctions continues par morceaux sur un segment, elle est linéaire, croissante, vérifie ∣∫f∣⩽∫∣f∣\left|\int f\right| \leqslant \int |f| et la relation de Chasles.
  2. Une fonction continue, positive et d'intégrale nulle sur un segment est identiquement nulle. La continuité est indispensable.
  3. Les sommes de Riemann à pas constant convergent vers l'intégrale, avec une erreur en 1/n1/n si ff est lipschitzienne.
  4. Toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives, et x↦∫axfx \mapsto \int_a^x f en est une. IPP et changement de variable exigent la classe C1\mathcal{C}^1.
  5. Taylor avec reste intégral est une égalité globale pour ff de classe Cn+1\mathcal{C}^{n+1}, l'inégalité de Taylor-Lagrange en est la version majorée, Taylor-Young reste local.
Pourquoi ce chapitre

Au premier semestre, on a calculé des intégrales en admettant leurs propriétés. Ce chapitre paie la dette théorique.

  • On définit l'intégrale d'une fonction continue par morceaux sur un segment.
  • On démontre la linéarité, la croissance et la relation de Chasles.
  • On établit le théorème fondamental : toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives.
  • Viennent ensuite les formules de Taylor globales, qui majorent l'erreur sur tout un intervalle et non seulement au voisinage d'un point.
  • Les sommes de Riemann servent à calculer des limites de sommes.

Presque tout exercice d'analyse d'écrit y fait appel.

1Continuité uniforme et théorème de Heine

1.1Définition

Définition 1.1Continuité uniforme

Soit ff définie sur une partie II de R\R à valeurs dans K\K. Elle est uniformément continue sur II si pour tout ε>0\varepsilon > 0 il existe δ>0\delta > 0 tel que, pour tous xx et yy de II : ∣x−y∣⩽δ  ⟹  ∣f(x)−f(y)∣⩽ε.|x - y| \leqslant \delta \implies |f(x) - f(y)| \leqslant \varepsilon.

La différence avec la continuité tient à la place des quantificateurs : dans la continuité en chaque point, δ\delta dépend de ε\varepsilon et du point, alors qu'ici un même δ\delta convient pour tout le domaine.

Attention

L'uniforme continuité entraîne la continuité, la réciproque est fausse : x↦x2x \mapsto x^2 est continue sur R\R sans y être uniformément continue.

1.2Théorème de Heine

Théorème 1.2Théorème de Heine

Toute fonction continue sur un segment y est uniformément continue.

La démonstration n'est pas exigible. Ce théorème sert uniquement à construire l'intégrale, en permettant d'encadrer une fonction continue sur [a,b][a, b] entre deux fonctions en escalier arbitrairement proches. L'étude systématique de l'uniforme continuité est hors programme.

2Fonctions continues par morceaux

2.1Subdivisions et fonctions en escalier

Définition 2.1Subdivision

Une subdivision du segment [a,b][a, b] est une famille finie de réels a=x0<x1<⋯<xn=ba = x_0 < x_1 < \dots < x_n = b. Son pas est le maximum des longueurs xk+1−xkx_{k+1} - x_k.

Définition 2.2Fonction en escalier

Une fonction φ\varphi sur [a,b][a, b] est en escalier s'il existe une subdivision, dite adaptée, telle que φ\varphi soit constante sur chaque ]xk,xk+1[]x_k, x_{k+1}[. Les valeurs aux points xkx_k ne comptent pas.

2.2Fonctions continues par morceaux

Définition 2.3Fonction continue par morceaux

Une fonction ff sur [a,b][a, b] est continue par morceaux s'il existe une subdivision a=x0<⋯<xn=ba = x_0 < \dots < x_n = b telle que, sur chaque ]xk,xk+1[]x_k, x_{k+1}[, ff soit continue et admette une limite finie à droite en xkx_k et à gauche en xk+1x_{k+1}.

Autrement dit, ff n'a qu'un nombre fini de discontinuités, toutes de première espèce.

Sur un intervalle II quelconque, ff est dite continue par morceaux si sa restriction à tout segment inclus dans II l'est.

Exemple 2.4Exemples et contre-exemples

  • La partie entière est continue par morceaux sur tout segment.
  • La fonction qui vaut 1/x1/x sur ]0,1]]0, 1] et 00 en 00 ne l'est pas, car la limite en 00 n'est pas finie.
  • L'indicatrice de Q\Q sur [0,1][0, 1] non plus : elle a une infinité de discontinuités.

Propriété 2.5Structure

Les fonctions continues par morceaux sur un segment à valeurs dans K\K forment un sous-espace vectoriel et un sous-anneau de l'ensemble des fonctions, et elles sont bornées.

3L'intégrale sur un segment

3.1Construction et interprétation

Le programme n'impose aucune construction particulière. L'intégrale d'une fonction en escalier est la somme des ck(xk+1−xk)c_k(x_{k+1} - x_k), où ckc_k est la valeur constante sur ]xk,xk+1[]x_k, x_{k+1}[, et elle ne dépend pas de la subdivision adaptée choisie. On étend aux fonctions continues par morceaux par encadrement entre fonctions en escalier, l'uniforme continuité rendant l'écart aussi petit qu'on veut.

Pour ff réelle positive, l'intégrale est l'aire sous la courbe. Pour ff complexe, on intègre séparément partie réelle et partie imaginaire. La variable d'intégration est muette.

Définition 3.1Valeur moyenne

La valeur moyenne de ff sur [a,b][a, b], avec a<ba < b, est 1b−a∫abf(t) dt.\frac{1}{b - a}\int_a^b f(t)\,\dd t.

3.2Propriétés fondamentales

Propriété 3.2Propriétés de l'intégrale

Hypothèses

  • ff et gg sont continues par morceaux sur [a,b][a, b] ;
  • a⩽ba \leqslant b et λ∈K\lambda \in \K.

Alors :

  • linéarité : ∫(f+λg)=∫f+λ∫g\int (f + \lambda g) = \int f + \lambda \int g ;
  • positivité : si ff est à valeurs réelles positives, ∫f⩾0\int f \geqslant 0 ;
  • croissance : si ff et gg sont réelles avec f⩽gf \leqslant g sur [a,b][a, b], ∫f⩽∫g\int f \leqslant \int g ;
  • inégalité triangulaire, aussi pour ff à valeurs complexes : ∣∫[a,b]f∣⩽∫[a,b]∣f∣;\left|\int_{[a,b]} f\right| \leqslant \int_{[a,b]} |f| ;
  • majoration : si ∣f∣⩽M|f| \leqslant M sur [a,b][a, b], alors ∣∫abf∣⩽M(b−a)\left|\int_a^b f\right| \leqslant M(b - a).

Propriété 3.3Relation de Chasles

Pour c∈[a,b]c \in [a, b] : ∫abf=∫acf+∫cbf.\int_a^b f = \int_a^c f + \int_c^b f.

On étend la notation au cas b<ab < a en posant ∫abf=−∫baf\int_a^b f = -\int_b^a f. La relation de Chasles et la linéarité restent alors vraies pour aa, bb, cc quelconques.

Attention

La croissance et l'inégalité triangulaire supposent a⩽ba \leqslant b. C'est une source d'erreurs fréquente.

3.3Le cas d'annulation

Théorème 3.4Cas d'annulation

Hypothèses

  • ff est continue sur [a,b][a, b] avec a<ba < b ;
  • ff est à valeurs réelles de signe constant ;
  • ∫abf=0\int_a^b f = 0.

Alors ff est identiquement nulle sur [a,b][a, b].

Démonstration

Idée de la preuve : s'il existe cc avec f(c)>0f(c) > 0, la continuité donne f⩾f(c)/2f \geqslant f(c)/2 sur un petit segment autour de cc, ce qui force l'intégrale à être strictement positive.

Attention

L'hypothèse de continuité est indispensable : la fonction nulle partout sauf en un point, où elle vaut 1, est continue par morceaux, positive, d'intégrale nulle et non nulle.

Conséquence : si ff est continue et si ∫ab∣f∣=0\int_a^b |f| = 0, alors ff est nulle. C'est ce résultat qui fait de (f,g)↦∫fg(f, g) \mapsto \int fg un produit scalaire sur les fonctions continues sur [a,b][a, b].

4Sommes de Riemann

4.1Énoncé

Théorème 4.1Sommes de Riemann

Hypothèses

  • ff est continue par morceaux sur [a,b][a, b] ;
  • ff est à valeurs dans K\K.

Alors b−an∑k=0n−1f ⁣(a+kb−an)→n→+∞∫abf(t) dt.\frac{b - a}{n}\sum_{k=0}^{n-1} f\!\left(a + k\frac{b - a}{n}\right) \xrightarrow[n\to+\infty]{} \int_a^b f(t)\,\dd t.

C'est la méthode des rectangles à gauche. La variante avec kk de 11 à nn converge vers la même limite. On approche l'aire sous la courbe par nn rectangles de même largeur.

Quatre rectangles à gauche pour f(x)=1/(1+x²) sur [0,1].
Quatre rectangles à gauche pour f(x)=1/(1+x²) sur [0,1].

Dans cet exemple, chaque rectangle a pour largeur 1/41/4 et pour hauteur f(k/4)f(k/4), pour k=0,1,2,3k=0,1,2,3. Leur aire totale est 14∑k=03f(k/4)\frac14\sum_{k=0}^3 f(k/4); quand le nombre de rectangles augmente, les sommes convergent vers ∫01dx1+x2=π4\int_0^1\frac{dx}{1+x^2}=\frac{\pi}{4}.

4.2Idée de la démonstration dans le cas lipschitzien

La démonstration est exigible lorsque ff est lipschitzienne, c'est-à-dire lorsqu'il existe M⩾0M \geqslant 0 tel que ∣f(x)−f(y)∣⩽M∣x−y∣|f(x) - f(y)| \leqslant M|x - y| pour tous xx, yy de [a,b][a, b].

Démonstration

Sur le kk-ième petit intervalle, de longueur (b−a)/n(b-a)/n, on a ∣f(t)−f(xk)∣⩽M(b−a)/n|f(t) - f(x_k)| \leqslant M(b-a)/n. En intégrant et en sommant, l'écart entre la somme de Riemann et l'intégrale est majoré par M(b−a)2n,\frac{M(b - a)^2}{n}, qui tend vers 00.

On obtient au passage la vitesse de convergence, en 1/n1/n. Une fonction de classe C1\mathcal{C}^1 sur un segment est lipschitzienne de rapport sup⁡∣f′∣\sup|f'|, par l'inégalité des accroissements finis : ce cas se traite donc de la même façon.

4.3Usage pratique

MéthodeLimite d'une somme

  1. Factoriser 1/n1/n.
  2. Faire apparaître k/nk/n.
  3. Reconnaître une somme de Riemann.

Exemple 4.2Limite de ∑k=1nnn2+k2\sum_{k=1}^n \frac{n}{n^2 + k^2}

Le terme général s'écrit 1n⋅11+(k/n)2\frac{1}{n}\cdot\frac{1}{1 + (k/n)^2}, somme de Riemann de x↦11+x2x \mapsto \frac{1}{1 + x^2} sur [0,1][0, 1]. La limite vaut arctan⁡1=π4\arctan 1 = \frac{\pi}{4}.

Attention

Le théorème suppose ff continue par morceaux sur le segment fermé. Une somme faisant intervenir ln⁡(k/n)\ln(k/n) sort de ce cadre, la fonction n'étant pas bornée en 00.

Numériquement, on compare la méthode des rectangles et celle des trapèzes.

5Intégrale et primitives

5.1Théorème fondamental

Théorème 5.1Théorème fondamental

Hypothèses

  • ff est continue sur un intervalle II ;
  • a∈Ia \in I.

Alors la fonction FF définie sur II par F(x)=∫axf(t) dtF(x) = \int_a^x f(t)\,\dd t est de classe C1\mathcal{C}^1 sur II et F′=fF' = f. Autrement dit, FF est la primitive de ff qui s'annule en aa.

Conséquences :

  • toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives ;
  • deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante ;
  • si GG est une primitive quelconque de ff sur II, alors ∫abf=G(b)−G(a)\int_a^b f = G(b) - G(a).

Attention

  • L'hypothèse « sur un intervalle » est essentielle : sur R∗\R^*, les primitives de x↦1/xx \mapsto 1/x valent ln⁡∣x∣\ln|x| plus une constante par intervalle, et ces constantes peuvent différer.
  • Si ff est seulement continue par morceaux, FF reste continue mais n'est dérivable qu'aux points de continuité de ff.

5.2Dérivation d'une intégrale à bornes variables

Propriété 5.2Bornes variables

Hypothèses

  • uu et vv sont dérivables à valeurs dans II ;
  • ff est continue sur II.

Alors x↦∫u(x)v(x)f(t) dtx \mapsto \int_{u(x)}^{v(x)} f(t)\,\dd t est dérivable, de dérivée f(v(x)) v′(x)−f(u(x)) u′(x).f(v(x))\,v'(x) - f(u(x))\,u'(x).

On l'écrit F(v(x))−F(u(x))F(v(x)) - F(u(x)) et on compose.

5.3Primitives usuelles

Sont exigibles :

  • les primitives des fonctions puissances, exponentielle, logarithme, trigonométriques et hyperboliques ;
  • celle de x↦11+x2x \mapsto \frac{1}{1 + x^2}, qui donne arctan⁡\arctan ;
  • celle de x↦11−x2x \mapsto \frac{1}{\sqrt{1 - x^2}}, qui donne arcsin⁡\arcsin ;
  • celle de x↦1ax2+bx+cx \mapsto \frac{1}{ax^2 + bx + c}, selon le signe du discriminant ;
  • la reconnaissance d'une dérivée composée u′/uu'/u, qui donne ln⁡∣u∣\ln|u|, ou u′uαu'u^\alpha.

Les primitives de x↦eaxcos⁡(bx)x \mapsto \e^{ax}\cos(bx) et x↦eaxsin⁡(bx)x \mapsto \e^{ax}\sin(bx) se calculent en passant par x↦eλxx \mapsto \e^{\lambda x} avec λ=a+ib\lambda = a + \ii b, puis en prenant partie réelle ou imaginaire.

6Les deux techniques de calcul

6.1Intégration par parties

Théorème 6.1Intégration par parties

Hypothèses

  • uu et vv sont de classe C1\mathcal{C}^1 sur un intervalle contenant aa et bb.

Alors ∫abu′(t)v(t) dt=[u(t)v(t)]ab−∫abu(t)v′(t) dt.\int_a^b u'(t)v(t)\,\dd t = \big[u(t)v(t)\big]_a^b - \int_a^b u(t)v'(t)\,\dd t.

Cas d'usage typiques :

  • un polynôme fois une exponentielle ou une fonction trigonométrique, où l'on dérive le polynôme ;
  • un logarithme ou un arctan seuls, où l'on prend u′=1u' = 1 ;
  • une intégrale de Wallis, où l'IPP produit une relation de récurrence.

Exemple 6.2Calcul de ∫1eln⁡t dt\int_1^{\e} \ln t\,\dd t

Avec u′(t)=1u'(t) = 1 et v(t)=ln⁡tv(t) = \ln t : ∫1eln⁡t dt=[tln⁡t]1e−∫1edt=e−(e−1)=1.\begin{aligned} \int_1^{\e} \ln t\,\dd t &= \big[t\ln t\big]_1^{\e} - \int_1^{\e} \dd t\\ &= \e - (\e - 1) = 1. \end{aligned}

6.2Changement de variable

Théorème 6.3Changement de variable

Hypothèses

  • φ\varphi est de classe C1\mathcal{C}^1 sur un intervalle II ;
  • ff est continue sur φ(I)\varphi(I) ;
  • aa et bb sont dans II.

Alors ∫φ(a)φ(b)f(x) dx=∫abf(φ(t)) φ′(t) dt.\int_{\varphi(a)}^{\varphi(b)} f(x)\,\dd x = \int_a^b f(\varphi(t))\,\varphi'(t)\,\dd t.

φ\varphi n'a besoin d'être ni bijective ni monotone.

  • Sens direct : on reconnaît la forme f(φ(t))φ′(t)f(\varphi(t))\varphi'(t) et on pose x=φ(t)x = \varphi(t).
  • Sens inverse : on choisit une substitution, et φ\varphi doit alors être bijective de l'intervalle des nouvelles variables sur celui des anciennes pour traduire les bornes.

Attention

Oublier de changer les bornes est l'erreur la plus fréquente.

Exemple 6.4Calcul de ∫011−x2 dx\int_0^1 \sqrt{1 - x^2}\,\dd x

On pose x=sin⁡tx = \sin t avec t∈[0,π/2]t \in [0, \pi/2], fonction de classe C1\mathcal{C}^1 et bijective sur cet intervalle. L'intégrale devient ∫0π/2cos⁡2t dt\int_0^{\pi/2} \cos^2 t\,\dd t, qui vaut π4\frac{\pi}{4} par linéarisation.

Deux conséquences à savoir redémontrer ainsi :

  • l'intégrale sur [−a,a][-a, a] d'une fonction impaire est nulle, celle d'une fonction paire vaut deux fois celle sur [0,a][0, a] ;
  • pour ff continue TT-périodique, l'intégrale sur tout segment de longueur TT est la même.

6.3Fractions rationnelles

Pour primitiver une fraction rationnelle, on la décompose en éléments simples puis on intègre terme à terme. Les briques sont :

  • 1(x−a)k\frac{1}{(x - a)^k}, qui donne un logarithme ou une puissance ;
  • les éléments de seconde espèce sur R\R, ramenés après mise sous forme canonique à u′/uu'/u plus un multiple de 11+w2\frac{1}{1 + w^2}.

7Formules de Taylor globales

7.1Formule de Taylor avec reste intégral

Théorème 7.1Taylor avec reste intégral

Hypothèses

  • ff est de classe Cn+1\mathcal{C}^{n+1} sur un intervalle II ;
  • aa et xx sont dans II.

Alors f(x)=∑k=0nf(k)(a)k!(x−a)k+∫ax(x−t)nn!f(n+1)(t) dt.\begin{aligned} f(x) &= \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x - a)^k\\ &\quad + \int_a^x \frac{(x - t)^n}{n!}f^{(n+1)}(t)\,\dd t. \end{aligned}

Démonstration

Récurrence sur nn. Le cas n=0n = 0 est f(x)=f(a)+∫axf′f(x) = f(a) + \int_a^x f'. L'hérédité est une intégration par parties.

C'est une égalité exacte, valable sur tout l'intervalle et non seulement au voisinage de aa. Le prix à payer est l'hypothèse de classe Cn+1\mathcal{C}^{n+1}.

7.2Inégalité de Taylor-Lagrange

Théorème 7.2Inégalité de Taylor-Lagrange

Sous les mêmes hypothèses, si MM est un majorant de ∣f(n+1)∣|f^{(n+1)}| sur le segment d'extrémités aa et xx, alors ∣f(x)−∑k=0nf(k)(a)k!(x−a)k∣⩽M∣x−a∣n+1(n+1)!.\left|f(x) - \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k\right| \leqslant M\frac{|x - a|^{n+1}}{(n+1)!}.

On l'obtient en majorant le reste intégral. L'égalité de Taylor-Lagrange est hors programme en MPSI.

7.3Comparaison avec Taylor-Young

La formule de Taylor-Young dit que f(x)f(x) est la somme des mêmes termes plus o((x−a)n)o((x - a)^n) quand xx tend vers aa. Elle est locale et ne donne aucune information chiffrée à distance finie de aa. Les formules globales donnent au contraire une majoration explicite de l'erreur, valable partout, au prix d'une dérivée de plus.

À retenir

Pour un développement limité, Taylor-Young. Pour une majoration ou une convergence, les formules globales.

Exemple 7.3Série exponentielle

∣ex−∑k=0nxkk!∣⩽e∣x∣∣x∣n+1(n+1)!.\left|\e^x - \sum_{k=0}^{n} \frac{x^k}{k!}\right| \leqslant \e^{|x|}\frac{|x|^{n+1}}{(n+1)!}. Le majorant tend vers 00, d'où la convergence de la série exponentielle vers ex\e^x.

Méthodes

MéthodeMajorer une intégrale

  1. Majorer la fonction.
  2. Multiplier par la longueur du segment.
  3. Vérifier l'ordre des bornes avant toute inégalité.

MéthodeMontrer qu'une fonction continue positive est nulle

  1. Montrer que son intégrale est nulle.
  2. Invoquer le cas d'annulation.

MéthodeLimite d'une somme indexée par k de 1 à n

  1. Factoriser 1/n1/n.
  2. Faire apparaître k/nk/n.
  3. Reconnaître une somme de Riemann.

MéthodeSuite d'intégrales

  1. Établir une relation de récurrence par intégration par parties, ou
  2. majorer l'intégrande pour la limite.

MéthodeFonction définie par une intégrale à borne variable

  1. Identifier une primitive.
  2. Dériver.
  3. Vérifier la continuité de l'intégrande.

MéthodeMajoration d'erreur d'approximation polynomiale

  1. Appliquer l'inégalité de Taylor-Lagrange.
  2. Prendre un majorant explicite de la dérivée d'ordre n+1n + 1.

MéthodeChangement de variable

  1. Écrire dx\dd x en fonction de dt\dd t.
  2. Changer les bornes.
  3. Vérifier la classe C1\mathcal{C}^1, et la bijectivité si l'on substitue.

Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle

  1. Définir une fonction continue par morceaux sur un segment et donner un contre-exemple pour chaque hypothèse.
  2. Énoncer le théorème de Heine et dire à quoi il sert dans la construction de l'intégrale.
  3. Démontrer que si ff est continue positive sur [a,b][a, b] d'intégrale nulle, alors ff est nulle.
  4. Démontrer la convergence des sommes de Riemann pour ff lipschitzienne, avec la majoration en 1/n1/n.
  5. Calculer par somme de Riemann la limite de ∑k=1nnn2+k2\sum_{k=1}^{n} \frac{n}{n^2 + k^2}.
  6. Démontrer le théorème fondamental : la dérivée de x↦∫axfx \mapsto \int_a^x f est ff, pour ff continue.
  7. Démontrer la formule de Taylor avec reste intégral par récurrence, puis en déduire l'inégalité de Taylor-Lagrange.
  8. Calculer les intégrales de Wallis par intégration par parties et en déduire une relation de récurrence.

Méthodes et exercices

Les résultats à connaître

  • Une fonction lipschitzienne sur une partie de R y est uniformément continue. Exigible avec démonstration, c'est l'exemple cité par le programme.
  • Théorème de Heine : une fonction continue sur un segment y est uniformément continue. La démonstration n'est pas exigible.
  • Les fonctions continues par morceaux sur un segment, à valeurs dans K, forment un sous-espace vectoriel et un sous-anneau de l'ensemble des fonctions. Elles sont bornées. Exigible.
  • Linéarité, positivité, croissance, inégalité triangulaire et relation de Chasles pour f, g continues par morceaux sur [a, b]. Exigibles à l'usage. Leur preuve dépend de la construction, que le programme n'impose pas.
  • Cas b < a : Chasles et linéarité restent vraies, croissance et inégalité triangulaire exigent a ≤ b. Exigible.
  • Si f est continue sur [a, b] avec a < b, à valeurs réelles positives, d'intégrale nulle, alors f est nulle sur [a, b]. Exigible avec démonstration.
  • Intégrale d'une fonction paire ou impaire sur [−a, a], d'une fonction T-périodique sur un segment de longueur T. Exigibles avec démonstration.
  • Sommes de Riemann pour f continue par morceaux sur [a, b]. Démonstration exigible pour f lipschitzienne, admise sinon.
  • Pour f continue sur un intervalle I et a ∈ I, x ↦ ∫ de a à x de f est de classe C¹, de dérivée f. Exigible avec démonstration. Corollaire : toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives.
  • Intégration par parties pour u, v de classe C¹, changement de variable pour φ de classe C¹ et f continue sur φ(I). Exigibles avec démonstration.
  • Formule de Taylor avec reste intégral pour f de classe Cn+1 sur I. Exigible avec démonstration.
  • Inégalité de Taylor-Lagrange. Exigible avec démonstration. L'égalité de Taylor-Lagrange est hors programme.
  • Hors programme : l'étude systématique de la continuité uniforme.

Clés de démonstration

Lipschitzienne implique uniformément continue. Soit k un rapport de Lipschitz. Si k = 0, f est constante et tout δ convient. Sinon δ = ε/k convient, car |f(x) − f(y)| ≤ k|x − y| ≤ ε. Astuce : δ ne dépend que de ε, c'est l'uniformité.

Continue, positive, d'intégrale nulle. Soit a < b. On pose F(x) = ∫ de a à x de f. F est C¹ sur [a, b] de dérivée f ≥ 0, donc croissante, et F(a) = 0 = F(b). Donc F est nulle sur [a, b], et f = F' aussi. Astuce : la primitive évite l'argument local avec un ε. Pour f négative, on passe à −f. Si a = b, l'énoncé est faux : toute fonction a une intégrale nulle sur [a, a].

Sommes de Riemann, cas lipschitzien. On note h = (b − a)/n et xk = a + kh. Par Chasles, l'intégrale est la somme des ∫ de xk à x_(k+1) de f, et h f(xk) est l'intégrale de la constante f(xk) sur le même segment. Chaque écart est au plus ∫ de xk à x_(k+1) de M(t − xk) dt = Mh²/2, d'où un total M(b − a)²/(2n). Astuce : écrire chaque terme de la somme comme une intégrale de constante.

Théorème fondamental. On fixe x dans I et ε > 0, la continuité de f en x fournit δ. Pour 0 < |h| ≤ δ avec x + h ∈ I, (F(x + h) − F(x))/h − f(x) = (1/h) ∫ de x à x + h de (f(t) − f(x)) dt, de module au plus ε. Donc F'(x) = f(x), continue. Astuce : f(x) = (1/h) ∫ de x à x + h de f(x) dt, et majorer avec |h| pour couvrir h < 0.

Intégration par parties et changement de variable. Pour l'IPP, on intègre (uv)' = u'v + uv', qui est continue. Pour le changement de variable, φ(I) est un intervalle, f y a une primitive F, et (F∘φ)' = (f∘φ)φ'. Les deux membres valent F(φ(b)) − F(φ(a)). Astuce : on compare des primitives, on ne manipule jamais « dx ».

Parité et périodicité. Pour la parité, on substitue t = −x. Pour f continue T-périodique, g(x) = ∫ de x à x + T de f a pour dérivée f(x + T) − f(x) = 0, donc g est constante sur R. Si f est seulement continue par morceaux, on coupe en T par Chasles et on translate.

Taylor avec reste intégral. Récurrence sur n, le cas n = 0 étant le théorème fondamental. Pour l'hérédité, avec f de classe Cn+2, on intègre par parties le reste d'ordre n avec u(t) = −(x − t)n+1/(n+1)!, de dérivée (x − t)n/n!, et v = fn+1. Le crochet donne le terme fn+1(a)(x − a)n+1/(n+1)!, l'intégrale restante est le reste suivant. Astuce : choisir la primitive qui s'annule en t = x.

Inégalité de Taylor-Lagrange. On majore le module du reste par l'intégrale du module, bornes remises dans l'ordre croissant. On obtient M × ∫ |x − t|n/n! dt = M|x − a|n+1/(n+1)!. Astuce : si x < a, écrire d'abord ∫ de a à x = −∫ de x à a.

Exemples et contre-exemples à connaître

  1. x ↦ x² est lipschitzienne sur tout segment mais pas uniformément continue sur R, car (x + δ)² − x² = 2xδ + δ² n'est pas borné. Tout dépend du domaine.
  2. √ sur [0, 1] est uniformément continue par Heine mais pas lipschitzienne, car √x/x n'est pas bornée près de 0. Le cas lipschitzien des sommes de Riemann ne couvre pas tout.
  3. La fonction nulle sauf en un point où elle vaut 1 : positive, continue par morceaux, d'intégrale nulle, non nulle. La continuité est indispensable.
  4. sin(1/x), prolongée par 0 en 0, est bornée sur [0, 1] mais pas continue par morceaux, faute de limite en 0. Borné ne suffit pas.
  5. F(x) = ∫ de 0 à x de E(t) dt est continue, affine par morceaux, non dérivable en chaque entier, où la pente passe de n − 1 à n. Sans continuité de l'intégrande, le théorème fondamental tombe.
  6. Pour f(x) = x sur [0, 1], la somme de Riemann à gauche vaut 1/2 − 1/(2n). L'erreur en 1/n est atteinte.
  7. « ∫ de −1 à 1 de dx/x² = [−1/x] = −2 » est faux : négatif pour une fonction positive. L'intégrande n'est pas continue par morceaux sur le segment.
  8. ∫ de 1 à 0 de x dx = −1/2 < 0 pour une fonction positive. La positivité suppose des bornes croissantes.

Techniques du chapitre

Technique 1 : majorer l'intégrande pour une limite. Limite de Jn = ∫ de 0 à 1 de xn/(1 + x²) dx. Sur [0, 1], 0 ≤ xn/(1 + x²) ≤ xn. Par croissance, 0 ≤ Jn ≤ 1/(n + 1), donc Jn tend vers 0.

Technique 2 : reconnaître une somme de Riemann. Limite de Σ pour k de 1 à n de k/(n² + k²). Le terme vaut (1/n) × (k/n)/(1 + (k/n)²), somme de Riemann de x ↦ x/(1 + x²), continue sur [0, 1]. Limite : (1/2) ln 2.

Technique 3 : dériver une intégrale à bornes variables. g(x) = ∫ de x à 2x de e−t² dt. Avec F primitive de t ↦ e−t², g(x) = F(2x) − F(x), donc g'(x) = 2e−4x² − e−x².

Technique 4 : récurrence par intégration par parties. In = ∫ de 0 à 1 de xn ex dx. En dérivant xn, In = e − n I_(n−1) pour n ≥ 1. Avec I0 = e − 1, on obtient I1 = 1.

Technique 5 : symétrie par changement de variable. I = ∫ de 0 à π/2 de sin x/(sin x + cos x) dx. Le changement x = π/2 − t échange sin et cos, donc I égale l'intégrale J avec cos au numérateur. Or I + J = π/2, donc I = π/4.

Technique 6 : passer par les complexes. ∫ de 0 à π de ex cos x dx est la partie réelle de ∫ de 0 à π de e(1+i)x dx = (e(1+i)π − 1)/(1 + i) = −(eπ + 1)(1 − i)/2. Résultat : −(eπ + 1)/2.

Technique 7 : majorer une erreur par Taylor-Lagrange. Pour x ≥ 0, comparer ln(1 + x) et x − x²/2. La dérivée troisième 2/(1 + t)³ est au plus 2 sur [0, x]. Donc |ln(1 + x) − x + x²/2| ≤ 2x³/3! = x³/3.

Exercices classiques corrigés

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Exercice 1. Une limite de produit

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Déterminer la limite de un = ((2n)!/(n! nn))1/n.

Technique le logarithme transforme un produit en somme de Riemann.

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  1. (2n)!/n! = (n + 1)(n + 2)…(2n), donc (2n)!/(n! nn) = Π pour k de 1 à n de (1 + k/n), strictement positif.
  2. ln un = (1/n) Σ pour k de 1 à n de ln(1 + k/n), somme de Riemann à droite de x ↦ ln(1 + x), continue sur [0, 1].
  3. Donc ln un tend vers ∫ de 0 à 1 de ln(1 + x) dx = [(1 + x) ln(1 + x) − x] de 0 à 1 = 2 ln 2 − 1.
  4. Par continuité de exp, un tend vers 4/e.

piège : Oublier le facteur nn, ce qui laisse une somme de ln(n + k) qui n'est pas une somme de Riemann.

Exercice 2. Une fonction à valeurs dans {0, 1}

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Trouver les f continues de [0, 1] dans R telles que ∫ f² = ∫ f³ = ∫ f⁴, sur [0, 1].

Technique fabriquer une intégrande positive d'intégrale nulle.

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  1. Par linéarité, ∫ (f² − 2f³ + f⁴) = 0, soit ∫ f²(1 − f)² = 0.
  2. f²(1 − f)² est continue et positive, donc nulle. Ainsi f(x) vaut 0 ou 1 pour tout x.
  3. f est continue sur l'intervalle [0, 1], son image est un intervalle inclus dans {0, 1}, donc un point. f est constante égale à 0 ou 1.
  4. Réciproquement, ces deux constantes conviennent.

piège : S'arrêter à « f(x) ∈ {0, 1} » sans invoquer le théorème des valeurs intermédiaires.

Exercice 3. Une intégrale fonction de ses bornes

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Pour x > 1, F(x) = ∫ de x à x² de dt/ln t. Justifier que F est dérivable, calculer F', puis la limite de F en 1 à droite.

Technique dérivation via une primitive, encadrement de l'intégrande.

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  1. t ↦ 1/ln t est continue sur l'intervalle ]1, +∞[, qui contient x et x². Elle y a une primitive G, et F(x) = G(x²) − G(x).
  2. F'(x) = 2x/ln(x²) − 1/ln x = (x − 1)/ln x.
  3. On écrit 1/ln t = t × 1/(t ln t), avec x ≤ t ≤ x² et 1/(t ln t) > 0. Les bornes étant croissantes, x K ≤ F(x) ≤ x² K, où K = ∫ de x à x² de dt/(t ln t).
  4. K = [ln(ln t)] de x à x² = ln(2 ln x) − ln(ln x) = ln 2.
  5. Par encadrement, F(x) tend vers ln 2.

piège : Remplacer 1/ln t par un équivalent sous l'intégrale sans justification. Il faut un encadrement.

Exercice 4. Une symétrie qui calcule

Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP

Calculer I = ∫ de 0 à π de x sin x/(1 + cos²x) dx.

Technique changement de variable t = π − x, puis dérivée composée.

Voir le corrigé
  1. φ(t) = π − t est C¹ et échange 0 et π. On obtient I = ∫ de 0 à π de (π − t) sin t/(1 + cos²t) dt.
  2. Par linéarité, I = π ∫ de 0 à π de sin t/(1 + cos²t) dt − I.
  3. Une primitive de sin t/(1 + cos²t) est −arctan(cos t). L'intégrale vaut arctan(1) − arctan(−1) = π/2.
  4. Donc 2I = π²/2 et I = π²/4.

piège : Chercher une primitive de l'intégrande initiale. Le facteur x s'élimine par symétrie.

Exercice 5. Intégrales de Wallis

Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP

Wn = ∫ de 0 à π/2 de sinn t dt. Relier W_(n+2) et Wn, montrer que (n + 1)Wn W_(n+1) = π/2, puis donner un équivalent de Wn.

Technique IPP, suite constante, encadrement par monotonie.

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  1. On écrit sinn+2 = sinn+1 × sin, on intègre sin en −cos et on dérive sinn+1. Le crochet est nul. Il reste W_(n+2) = (n + 1) ∫ cos² sinn = (n + 1)(Wn − W_(n+2)), d'où (n + 2)W_(n+2) = (n + 1)Wn.
  2. vn = (n + 1)Wn W_(n+1) vérifie v_(n+1) = (n + 2)W_(n+2) W_(n+1) = vn. Elle est constante, égale à W0 W1 = π/2.
  3. sinn est continue, positive, non nulle sur [0, π/2], donc Wn > 0. Comme 0 ≤ sin ≤ 1, (Wn) décroît.
  4. W_(n+2) ≤ W_(n+1) ≤ Wn et W_(n+2)/Wn = (n + 1)/(n + 2) tend vers 1, donc W_(n+1)/Wn aussi.
  5. Alors (n + 1)W_n² ∼ π/2, et comme Wn > 0, Wn ∼ √(π/(2n)).

piège : Oublier de prouver Wn > 0 avant de diviser ou de prendre une racine.

Exercice 6. Une suite d'intégrales et ln 2

Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP

In = ∫ de 0 à 1 de xn/(1 + x) dx. Calculer In + I_(n+1), en déduire un équivalent de In, puis que Σ pour k de 0 à n de (−1)k/(k + 1) tend vers ln 2.

Technique relation entre termes consécutifs, encadrement par monotonie.

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  1. In + I_(n+1) = ∫ de 0 à 1 de xn dx = 1/(n + 1).
  2. Sur [0, 1], xn+1 ≤ xn, donc (In) décroît et reste positive.
  3. Pour n ≥ 1, 2I_n ≤ I_(n−1) + In = 1/n, et 2I_n ≥ In + I_(n+1) = 1/(n + 1).
  4. Donc 1/(2(n + 1)) ≤ In ≤ 1/(2n), et In ∼ 1/(2n).
  5. Par récurrence, I0 = Σ pour k de 0 à n de (−1)k/(k + 1) + (−1)n+1 I_(n+1). Comme I0 = ln 2 et I_(n+1) tend vers 0, la somme tend vers ln 2.

piège : Écrire 2I_n ≤ 1/n dès n = 0, où I_(−1) n'existe pas.

Exercice 7. Oscillations rapides

Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP

Soit f de classe C¹ sur [a, b] à valeurs dans K. Montrer que ∫ de a à b de f(t) sin(λt) dt tend vers 0 quand λ tend vers +∞.

Technique IPP pour faire apparaître un facteur 1/λ.

Voir le corrigé
  1. Pour λ > 0, on intègre sin(λt) en −cos(λt)/λ et on dérive f.
  2. L'intégrale vaut [−f(t) cos(λt)/λ] de a à b + (1/λ) ∫ de a à b de f'(t) cos(λt) dt.
  3. f' est continue sur un segment, donc bornée par un M. Le module est au plus (|f(a)| + |f(b)| + M(b − a))/λ, qui tend vers 0.

piège : Appliquer l'IPP à une fonction seulement continue par morceaux. Le résultat reste vrai, mais sa preuve passe par les fonctions en escalier.

Exercice 8. Irrationalité de e

Approfondissement · Type oral Mines

Montrer que e est irrationnel grâce à la formule de Taylor avec reste intégral.

Technique reste strictement positif et petit, argument d'entier.

Voir le corrigé
  1. Taylor pour exp entre 0 et 1 : e = Sn + Rn, avec Sn = Σ pour k de 0 à n de 1/k! et Rn = ∫ de 0 à 1 de (1 − t)n et/n! dt.
  2. L'intégrande est continue, positive, et vaut 1/n! en 0, donc Rn > 0.
  3. et ≤ e sur [0, 1], donc Rn ≤ e ∫ de 0 à 1 de (1 − t)n/n! dt = e/(n + 1)!.
  4. Supposons e = p/q avec p, q entiers, q ≥ 1. Pour n ≥ q et n ≥ 2, n! e et n! Sn sont entiers, donc n! Rn aussi.
  5. Or 0 < n! Rn ≤ e/(n + 1) < 1. Contradiction.

piège : Oublier la stricte positivité de Rn, qui repose sur la continuité de l'intégrande.

Exercice 9. Vitesse exacte des rectangles

Approfondissement · Type oral Centrale

Soit f de classe C¹ sur [a, b], h = (b − a)/n, xk = a + kh et Rn = h Σ pour k de 0 à n − 1 de f(xk). Montrer que n(∫ de a à b de f − Rn) tend vers ((b − a)/2)(f(b) − f(a)).

Technique Heine appliqué à f', puis somme de Riemann de f'.

Voir le corrigé
  1. Soit ε > 0. Par Heine, il existe δ > 0 tel que |s − s'| ≤ δ entraîne |f'(s) − f'(s')| ≤ ε. On prend n tel que h ≤ δ.
  2. Pour t dans [xk, x_(k+1)], f(t) − f(xk) − (t − xk)f'(xk) = ∫ de xk à t de (f'(s) − f'(xk)) ds, de module au plus ε(t − xk).
  3. En intégrant sur [xk, x_(k+1)], ∫ de xk à x_(k+1) de (f(t) − f(xk)) dt diffère de f'(xk)h²/2 d'au plus εh²/2.
  4. On somme et on multiplie par n, avec nh = b − a : |n(∫f − Rn) − ((b − a)/2) Tn| ≤ ε(b − a)²/2, où Tn = h Σ f'(xk).
  5. Tn, somme de Riemann de f' continue, tend vers f(b) − f(a). Comme ε est arbitraire, on conclut.

piège : Utiliser les accroissements finis avec un point intermédiaire, qui n'existe pas pour f complexe. Le reste intégral d'ordre 0 évite ce piège. La méthode des trapèzes ajoute h(f(b) − f(a))/2 à Rn et supprime ce terme en 1/n.

Erreurs fréquentes

  1. Écrire une inégalité entre intégrales à bornes décroissantes. Vérifier a ≤ b ou remettre les bornes dans l'ordre.
  2. Appliquer « ∫ = G(b) − G(a) » à une fonction non continue sur tout le segment, comme 1/x² sur [−1, 1].
  3. Changer de variable sans changer les bornes, ou avec une fonction qui n'est pas C¹ sur tout l'intervalle, par exemple non dérivable en une borne.
  4. Reconnaître une somme de Riemann hors cadre : fonction non bornée sur le segment, comme ln x en 0, ou mauvais segment quand k va jusqu'à 2n et que l'intervalle est [0, 2].
  5. Conclure « f = 0 » d'une intégrale nulle sans vérifier que f est continue, de signe constant, et que a < b. Ou, dans Taylor-Lagrange, majorer la dérivée sur un intervalle qui ne contient pas le segment d'extrémités a et x.

Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de MPSI (2021), chapitre « Intégration » du second semestre. Elle couvre la continuité uniforme, les fonctions continues par morceaux, l'intégrale sur un segment et ses propriétés, les sommes de Riemann, le lien entre intégrale et primitive et les formules de Taylor globales. L'intégration par parties et le changement de variable relèvent des techniques fondamentales de calcul du premier semestre, elles sont reprises ici avec leurs hypothèses exactes. Dans tout ce qui suit, K\K désigne R\R ou C\C, et un segment est un intervalle fermé borné [a,b][a, b] avec a⩽ba \leqslant b.

Au concours

Les questions des sujets corrigés qui travaillent ce chapitre. La première question de chaque sujet est en accès libre.

CCINP 2025, MP, Mathématiques 2

  • Q11 Intégrales de produits de cosinus, linéarisation

Centrale-Supélec 2025, MP, Mathématiques 1

  • Q34 et Q35 Intégrations par parties répétées et formule de l'intégrale double