Le cours
Résumé en cinq points
- Un idéal absorbe la multiplication par tout l'anneau. Dans comme dans , tous les idéaux sont principaux, et c'est la division euclidienne qui le démontre.
- Le PGCD se définit par l'égalité d'idéaux , ce qui donne immédiatement la relation de Bézout.
- L'ordre d'un élément est le cardinal du sous-groupe qu'il engendre, et si et seulement si cet ordre divise . Dans un groupe fini, l'ordre divise le cardinal.
- est un corps si et seulement si est premier. Ses inversibles sont les classes premières avec , au nombre de , d'où le théorème d'Euler.
- Le théorème chinois casse en dès que , et c'est lui qui rend multiplicative.
Pourquoi ce chapitre
Ce chapitre reprend des objets déjà croisés en MPSI, les entiers, les polynômes, les matrices, et les range sous un petit nombre de structures communes. Un seul théorème, démontré une fois au niveau des idéaux, redonne d'un coup le théorème de Bézout dans et dans .
Le chapitre fournit deux outils de calcul pour les concours :
- l'arithmétique modulo , avec le théorème chinois, l'indicatrice d'Euler et le théorème d'Euler ;
- la notion d'ordre d'un élément, qui sert dès qu'on manipule des puissances dans un groupe fini.
La notion d'algèbre prépare le chapitre sur les polynômes d'endomorphismes. Aux concours, ce chapitre apparaît surtout dans les exercices d'oral et dans les premières parties de problèmes d'algèbre.
1Compléments sur les groupes
1.1Sous-groupe engendré par une partie
Soit un groupe de neutre . Une intersection quelconque de sous-groupes de est un sous-groupe de . En revanche une réunion de deux sous-groupes n'en est presque jamais un.
Définition 1.1Sous-groupe engendré
Soit une partie de . Le sous-groupe engendré par , noté , est l'intersection de tous les sous-groupes de contenant . C'est le plus petit sous-groupe de contenant , au sens de l'inclusion.
est l'ensemble des produits finis d'éléments de et d'inverses d'éléments de . Une partie est génératrice de lorsque .
Exemple 1.2
Dans le groupe symétrique , l'ensemble des transpositions est une partie génératrice.
1.2Sous-groupes de
Théorème 1.3Sous-groupes de
Les sous-groupes de sont exactement les pour , et cette écriture est unique.
Démonstration
Si est un sous-groupe non réduit à , il contient un élément strictement positif. On note le plus petit d'entre eux. La division euclidienne d'un élément quelconque de par donne un reste dans strictement inférieur à , donc nul.
Ce résultat est le modèle de tous les arguments du chapitre. On le retrouve pour les idéaux de et pour ceux de .
1.3Groupes monogènes et cycliques
Définition 1.4Groupe monogène, cyclique
Un groupe est monogène s'il est engendré par un seul élément, c'est-à-dire s'il existe tel que . Un groupe cyclique est un groupe monogène fini.
Tout groupe monogène est commutatif.
Théorème 1.5Classification
- Tout groupe monogène infini est isomorphe à .
- Tout groupe monogène fini de cardinal est isomorphe à .
Exemple 1.6
Le groupe des racines -ièmes de l'unité dans , muni de la multiplication, est cyclique de cardinal , engendré par .
Les générateurs de sont les classes des entiers premiers avec . Il y en a donc , où est l'indicatrice d'Euler définie plus bas.
1.4Ordre d'un élément
Définition 1.7Ordre
Soit . L'ordre de est le cardinal du sous-groupe , lorsque ce cardinal est fini.
Propriété 1.8Caractérisation de l'ordre
Hypothèses
- est d'ordre fini .
Alors est le plus petit entier strictement positif tel que , et pour tout :
Démonstration
L'application de dans qui à associe est un morphisme de groupes. Son noyau est un sous-groupe de , donc de la forme , et son image est qui a éléments.
Cette équivalence sert à chaque fois qu'on veut conclure d'une égalité .
Théorème 1.9Ordre et cardinal
Hypothèses
- est un groupe fini de cardinal ;
- .
Alors l'ordre de divise . La démonstration n'est exigible que dans le cas commutatif.
Démonstration
Cas commutatif. L'application qui à associe est une bijection de sur . En multipliant tous les éléments de entre eux de deux façons, et en utilisant la commutativité, on obtient , donc l'ordre de divise .
Conséquence immédiate : dans un groupe fini de cardinal , on a pour tout .
Attention
La réciproque est fausse. Un groupe de cardinal n'a pas forcément un élément d'ordre pour chaque diviseur de . Le groupe a quatre éléments mais aucun élément d'ordre 4, donc il n'est pas cyclique.
2Compléments sur les anneaux
Dans toute cette partie les anneaux sont unitaires. Le produit d'une famille finie d'anneaux est l'ensemble produit muni des lois composante par composante. C'est un anneau, d'unité .
Attention
Un produit de deux anneaux non nuls n'est jamais intègre, puisque .
2.1Idéaux
Définition 2.1Idéal
Soit un anneau commutatif. Une partie de est un idéal de si :
- est un sous-groupe de ;
- pour tout et tout , .
La deuxième condition est plus forte qu'une stabilité par produit interne : absorbe toute multiplication par un élément de .
Attention
Un idéal n'est pas un sous-anneau. L'idéal de ne contient pas 1. Réciproquement est un sous-anneau de mais pas un idéal de .
Le noyau d'un morphisme d'anneaux commutatifs est un idéal de l'anneau de départ. C'est la source principale d'exemples.
Définition 2.2Idéal principal
L'idéal engendré par est . C'est le plus petit idéal contenant . Un idéal de cette forme est dit principal.
Propriété 2.3Divisibilité et idéaux
Hypothèses
- est commutatif intègre.
Alors divise si et seulement si . Et si et seulement si et sont associés, c'est-à-dire égaux à un inversible près.
2.2Idéaux de
Théorème 2.4Idéaux de
Les idéaux de sont exactement les , , avec unicité de .
La preuve est celle des sous-groupes de , car un idéal de est en particulier un sous-groupe.
Définition 2.5PGCD
Soient des entiers relatifs. L'ensemble est un idéal de , donc de la forme avec . Cet entier est le PGCD de .
On obtient la relation de Bézout : il existe des entiers tels que
En particulier les sont premiers entre eux dans leur ensemble si et seulement s'il existe une combinaison à coefficients entiers de ces égale à 1.
3Les anneaux KXF142FXK
Soit . La relation de congruence modulo est compatible avec l'addition et la multiplication, ce qui munit l'ensemble quotient d'une structure d'anneau commutatif à éléments.
3.1Inversibles
Propriété 3.1Inversibles de
La classe d'un entier est inversible dans si et seulement si et sont premiers entre eux.
Démonstration
Si , Bézout donne , donc la classe de est un inverse de celle de . Réciproquement, si modulo , alors est multiple de , donc tout diviseur commun de et divise 1.
Propriété 3.2Corps
est un corps si et seulement si est premier. On note alors ce corps. Si n'est pas premier, n'est même pas intègre : une factorisation avec donne deux diviseurs de zéro.
3.2Théorème chinois
Théorème 3.3Théorème chinois
Hypothèses
- et sont premiers entre eux.
Alors l'application de dans , qui à la classe de modulo associe le couple des classes de modulo et modulo , est bien définie et c'est un isomorphisme d'anneaux. Le résultat s'étend à un produit de plus de deux facteurs deux à deux premiers entre eux.
Démonstration
L'application est un morphisme d'anneaux bien défini. Son noyau est réduit à zéro car un entier divisible par et par est divisible par quand . On conclut par égalité des cardinaux.
Exemple 3.4Système de congruences
Le système et admet une unique solution modulo 15, à savoir . On la trouve avec une relation de Bézout entre 3 et 5, ici .
Attention
L'hypothèse est indispensable. n'est pas isomorphe à : le premier possède un élément d'ordre 4, le second non.
3.3Indicatrice d'Euler
Définition 3.5Indicatrice d'Euler
est le nombre d'entiers entre 1 et premiers avec . C'est aussi le cardinal du groupe des inversibles de .
Propriété 3.6Multiplicativité
Hypothèses
- .
Alors .
Le théorème chinois donne ce résultat, car les inversibles d'un produit d'anneaux sont les couples d'inversibles.
Propriété 3.7Puissances d'un premier
Pour premier et :
Démonstration
Parmi les entiers de 1 à , les seuls non premiers avec sont les multiples de , au nombre de .
En décomposant en facteurs premiers, on obtient le produit portant sur les nombres premiers divisant .
Attention
n'est pas multiplicative sans hypothèse : alors que .
3.4Théorème d'Euler
Théorème 3.8Théorème d'Euler
Hypothèses
- et sont premiers entre eux.
Alors .
C'est le théorème sur l'ordre et le cardinal, appliqué au groupe multiplicatif des inversibles de , qui a éléments et qui est commutatif.
Propriété 3.9Petit théorème de Fermat
Hypothèses
- est premier.
Alors, si ne divise pas , . Et pour tout entier , .
Exemple 3.10Reste d'une puissance
Pour modulo 7, on a et , donc
4Les anneaux KXF227FXK
Ici est un sous-corps de , en pratique , ou .
4.1Idéaux
Théorème 4.1Idéaux de
Les idéaux de sont exactement les , .
La preuve suit le même schéma que pour , avec la division euclidienne des polynômes et le degré à la place de la valeur absolue : dans un idéal non nul on prend un polynôme non nul de degré minimal.
Définition 4.2PGCD de polynômes
Pour non tous nuls, leur PGCD est le polynôme défini par Il est unique si on le choisit unitaire, ce qui est la convention.
La relation de Bézout suit : s'écrit comme combinaison des à coefficients polynomiaux. Les sont premiers entre eux dans leur ensemble si et seulement si une telle combinaison vaut 1.
4.2Irréductibles
Définition 4.3Polynôme irréductible
Un polynôme de est irréductible si n'est pas constant et si ses seuls diviseurs sont les constantes non nulles et les avec non nul.
Tout polynôme non constant s'écrit comme produit d'une constante, son coefficient dominant, et d'un produit de polynômes irréductibles unitaires. Cette écriture est unique à l'ordre des facteurs près.
Attention
L'irréductibilité dépend du corps. est irréductible dans , réductible dans . est irréductible dans , réductible dans .
Propriété 4.4Irréductibles de et
- Les irréductibles de sont les polynômes de degré 1, conséquence du théorème de d'Alembert-Gauss, dont la démonstration est hors programme.
- Les irréductibles de sont les polynômes de degré 1 et les polynômes de degré 2 de discriminant strictement négatif.
On l'obtient en regroupant, dans la factorisation complexe d'un polynôme réel, les racines complexes conjuguées deux à deux.
Attention
Un polynôme de degré 3 ou plus sans racine dans n'est pas forcément irréductible dans . Dans , n'a pas de racine rationnelle et se factorise pourtant en . L'argument « pas de racine donc irréductible » n'est valable qu'en degré 2 ou 3.
5Algèbres
Définition 5.1Algèbre
Une -algèbre est un ensemble muni d'une addition, d'une multiplication et d'une multiplication externe par les scalaires, tel que :
- soit un -espace vectoriel ;
- soit un anneau ;
- pour tout et tous , .
Dans ce programme les algèbres sont unitaires.
Exemples à connaître :
- ;
- l'ensemble des endomorphismes d'un -espace vectoriel ;
- l'ensemble ;
- l'ensemble des fonctions d'un ensemble dans .
Définition 5.2Sous-algèbre, morphisme d'algèbres
Une sous-algèbre de est une partie qui est à la fois un sous-espace vectoriel et un sous-anneau de , donc qui contient l'unité et est stable par produit. Un morphisme d'algèbres est une application linéaire qui est aussi un morphisme d'anneaux, donc qui envoie l'unité sur l'unité.
Propriété 5.3Évaluation en un endomorphisme
Hypothèses
- .
Alors l'application qui à un polynôme associe est un morphisme d'algèbres de dans . Son noyau est un idéal, son image est la sous-algèbre commutative .
Tout le chapitre sur la réduction en découle.
Méthodes
MéthodeMontrer qu'une partie est un sous-groupe engendré
- Montrer que la partie contient la partie génératrice et que c'est un sous-groupe, donc qu'elle contient l'engendré.
- Montrer l'inclusion réciproque par stabilité.
MéthodeMontrer qu'un élément est d'ordre
- Vérifier .
- Éliminer les diviseurs stricts de , ou utiliser directement l'équivalence .
MéthodeDémontrer un résultat d'arithmétique dans ou
- Traduire en termes d'idéaux.
- Montrer que l'ensemble considéré est un idéal : il est alors de la forme ou .
- En déduire l'existence d'un PGCD et une relation de Bézout.
MéthodeInverser un élément de
- Dérouler l'algorithme d'Euclide entre et .
- Remonter les divisions pour obtenir .
MéthodeCalculer modulo
- Vérifier .
- Réduire modulo .
MéthodeRésoudre un système de congruences
- Vérifier que les modules sont premiers entre eux.
- Appliquer le théorème chinois et une relation de Bézout.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Déterminer les sous-groupes de et en déduire les idéaux de .
- Montrer que équivaut à « l'ordre de divise », et l'appliquer.
- Démontrer, dans un groupe fini commutatif, que l'ordre d'un élément divise le cardinal du groupe.
- Caractériser les inversibles de et en déduire que est un corps si et seulement si est premier.
- Énoncer et utiliser le théorème chinois pour résoudre un système de congruences.
- Calculer à partir de la décomposition en facteurs premiers, et appliquer le théorème d'Euler à un calcul de reste.
- Montrer que les idéaux de sont principaux et en déduire Bézout polynomial.
- Donner la liste des irréductibles de et de , et factoriser un polynôme concret dans les deux.
Classiques et HP
Méthodes et approfondissements du chapitre · le statut est précisé pour MP.
HP · HORS PROGRAMME Sous-groupes additifs de ℝ
La classification des sous-groupes additifs de ℝ n’est pas énoncée comme un résultat dans les programmes MPSI ou MP consultés. La fiche la démontre à partir de la définition d’un sous-groupe, de la propriété de la borne inférieure et de la caractérisation de la densité dans ℝ. La conclusion « discret ou dense » est formulée précisément : tout sous-groupe est soit {0}, soit de la forme aℤ avec a > 0, soit dense.
Classique d’approfondissement
Prérequis
- Définition d’un sous-groupe additif de ℝ
- Propriété de la borne inférieure dans ℝ
- Partie entière et division euclidienne à reste réel
- Caractérisation de la densité dans ℝ par les intervalles ouverts
Classification
ThéorèmeClassification des sous-groupes additifs de ℝ
Soit un sous-groupe additif de . Alors l’une et une seule des situations suivantes se produit : ; il existe tel que ; ou bien est dense dans .
Démonstration
Posons . Si est vide, aucun élément de n’est strictement positif. Si contenait un élément strictement négatif, son opposé serait dans ; donc .
Supposons non vide et posons . Si , montrons que appartient à . Choisissons tel que . Si , la définition de la borne inférieure fournit tel que . Alors et , ce qui contredit la définition de . Donc et .
Soit . La division euclidienne réelle donne et avec . Comme , on a . Si , alors , ce qui contredit . Donc et . Réciproquement, puisque et que est un sous-groupe. Ainsi .
Il reste le cas . Soit . Par définition de l’infimum, il existe tel que . Pour tout , prenons . Alors et . Pour rencontrer un intervalle ouvert , appliquer cette approximation à son milieu avec . Ainsi est dense dans .
Ces cas sont disjoints : si avec , l’intervalle ouvert ne rencontre pas , donc n’est pas dense.
Exemple
ExempleUn sous-groupe dense
Le sous-groupe est dense dans .
Démonstration
En effet, il contient et . S’il était de la forme avec , il existerait tels que et , d’où , contradiction. Il n’est pas réduit à ; la classification impose donc sa densité.
Sources
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Une intersection de sous-groupes est un sous-groupe. Le sous-groupe engendré par une partie A est le plus petit sous-groupe contenant A, formé des produits finis d'éléments de A et de leurs inverses. Exigible avec démonstration.
- Les sous-groupes de (Z, +) sont les nZ, n ∈ N, avec unicité de n. Exigible avec démonstration.
- Les générateurs de (Z/nZ, +) sont les classes des entiers premiers avec n. Exigible.
- Tout groupe monogène infini est isomorphe à (Z, +), tout groupe monogène fini de cardinal n est isomorphe à (Z/nZ, +). Exigible avec démonstration.
- Ordre d'un élément x d'ordre fini d : pour n ∈ Z, xn = e si et seulement si d divise n. Exigible avec démonstration.
- Dans un groupe fini, l'ordre de tout élément divise le cardinal du groupe. Démonstration exigible seulement dans le cas commutatif, résultat admis en général.
- Le noyau d'un morphisme d'anneaux commutatifs est un idéal. L'idéal engendré par x est xA. Dans un anneau intègre, a divise b si et seulement si bA ⊂ aA. Exigibles.
- Les idéaux de Z sont les nZ, PGCD défini par a₁Z + … + akZ = dZ, relation de Bézout. Exigibles avec démonstration.
- La classe de k est inversible dans Z/nZ si et seulement si k ∧ n = 1. Z/nZ est un corps si et seulement si n est premier. Exigibles avec démonstration.
- Théorème chinois : si m ∧ n = 1, Z/mnZ est isomorphe comme anneau à Z/mZ × Z/nZ. Exigible avec démonstration, extension à plusieurs facteurs.
- φ(mn) = φ(m)φ(n) si m ∧ n = 1, φ(pk) = pk − pk−1, formule produit. Exigibles avec démonstration.
- Théorème d'Euler : aφ(n) ≡ 1 [n] si a ∧ n = 1. Petit théorème de Fermat. Exigibles avec démonstration.
- Les idéaux de K[X] sont les PK[X], PGCD unitaire par les idéaux, Bézout polynomial. Exigibles avec démonstration.
- Existence et unicité de la décomposition en irréductibles unitaires. Exigible. Irréductibles de C[X] et de R[X]. Exigibles, d'Alembert-Gauss admis.
- P ↦ P(u) est un morphisme d'algèbres de K[X] dans L(E). Exigible.
- Hors programme : théorème de Lagrange non commutatif avec démonstration, sous-groupes distingués et groupes quotients, théorème de Cauchy, structure des groupes abéliens finis, corps finis autres que Fp.
Clés de démonstration
Sous-groupes de Z. Si H ≠ {0}, H contient un entier strictement positif, on prend le plus petit, n. Pour h ∈ H, la division euclidienne h = qn + r donne r = h − qn ∈ H avec 0 ≤ r < n, donc r = 0. Astuce : plus petit élément puis division euclidienne, c'est le schéma que l'on reproduit pour les idéaux de Z et de K[X] avec le degré à la place de la valeur absolue.
Ordre et divisibilité. L'application n ↦ xn est un morphisme de (Z, +) dans G. Son noyau est un sous-groupe de Z, donc de la forme dZ, et son image est ⟨x⟩. Alors xn = e équivaut à n ∈ dZ. Astuce : ne jamais raisonner à la main sur les puissances, passer par le noyau d'un morphisme.
Groupe monogène fini isomorphe à Z/nZ. Le morphisme k ↦ xk est surjectif sur G = ⟨x⟩, de noyau nZ où n est l'ordre de x. L'application de Z/nZ dans G qui à la classe de k associe xk est bien définie, car k ≡ k' [n] donne xk = xk', c'est un morphisme injectif et surjectif. Astuce : la bonne définition vient exactement de la caractérisation du noyau.
Ordre divise cardinal, cas commutatif. Soit G commutatif de cardinal n et x ∈ G. La translation g ↦ xg est une bijection de G. Le produit de tous les éléments de G est donc égal au produit des xg, qui vaut xn fois le produit des g par commutativité. En simplifiant, xn = e, donc l'ordre de x divise n. Astuce : le produit de tous les éléments est un invariant, et la commutativité sert à regrouper les x.
Inversibles de Z/nZ. Si k ∧ n = 1, Bézout donne uk + vn = 1, donc la classe de u inverse celle de k. Si uk ≡ 1 [n], alors uk − 1 est multiple de n et tout diviseur commun de k et n divise 1. Astuce : Bézout dans un sens, divisibilité brute dans l'autre.
Théorème chinois. L'application qui à la classe de x modulo mn associe ses classes modulo m et n est un morphisme d'anneaux bien défini. Son noyau est nul, car un entier divisible par m et n premiers entre eux est divisible par mn, par le lemme de Gauss. Les deux anneaux ont mn éléments, donc l'injection est une bijection. Astuce : injectivité par le noyau, surjectivité par les cardinaux.
Théorème d'Euler. Le groupe des inversibles de Z/nZ est commutatif de cardinal φ(n). Pour a ∧ n = 1, la classe de a y appartient, et son ordre divise φ(n), donc aφ(n) ≡ 1. Astuce : c'est le théorème d'ordre appliqué au bon groupe.
Unicité de la décomposition en irréductibles. Si un irréductible P divise AB et ne divise pas A, alors P ∧ A = 1 car les seuls diviseurs unitaires de P sont 1 et P normalisé, et le lemme de Gauss donne P divise B. Deux décompositions se comparent alors facteur par facteur. Astuce : l'irréductibilité donne « premier avec » et Gauss fait le reste.
Exemples et contre-exemples à connaître
- 2Z ∪ 3Z n'est pas un sous-groupe de Z, puisque 2 + 3 = 5 n'y est pas. Une réunion de deux sous-groupes n'est un sous-groupe que si l'un contient l'autre.
- Z/2Z × Z/2Z a quatre éléments, tous d'ordre 1 ou 2. Il n'est pas cyclique, et il montre que la réciproque du théorème d'ordre est fausse : le cardinal 4 n'est l'ordre d'aucun élément.
- Un est cyclique, engendré par e2iπ/n, et ses générateurs sont les e2ikπ/n avec k ∧ n = 1, appelés racines primitives. Il y en a φ(n).
- 2Z est un idéal de Z mais pas un sous-anneau, il ne contient pas 1. Z est un sous-anneau de Q mais pas un idéal, puisque (1/2) × 1 ∉ Z.
- Z/4Z et Z/2Z × Z/2Z ont même cardinal et ne sont pas isomorphes. L'hypothèse m ∧ n = 1 du théorème chinois n'est pas décorative.
- Dans Z/6Z, 2 × 3 = 0. Un anneau Z/nZ avec n composé possède des diviseurs de zéro, il n'est même pas intègre.
- X⁴ + 4 n'a pas de racine rationnelle et vaut (X² − 2X + 2)(X² + 2X + 2) dans Q[X]. L'absence de racine ne prouve l'irréductibilité qu'en degré 2 ou 3.
- φ(4) = 2 alors que φ(2)φ(2) = 1. La multiplicativité de φ exige des facteurs premiers entre eux.
- Dans S5, le produit de la transposition (1 2) et du cycle (3 4 5), qui commutent, est d'ordre 6, le PPCM. Dans S3, aucun élément n'est d'ordre 6, donc S3 n'est pas cyclique.
- (Q, +) n'est pas monogène : si Q était engendré par a/b, alors a/(2b) serait un multiple entier de a/b, ce qui est faux pour a ≠ 0.
Techniques du chapitre
Technique 1 : identifier un sous-groupe engendré. Mini-exercice : dans (Z, +), le sous-groupe engendré par 4 et 6 est 4Z + 6Z, un sous-groupe de Z, donc de la forme dZ. Il contient 2 = 6 − 4 et est contenu dans 2Z, donc c'est 2Z. En général ⟨a, b⟩ = (a ∧ b)Z.
Technique 2 : calculer un ordre. Mini-exercice : ordre de la classe de 2 dans le groupe des inversibles de Z/7Z. On calcule 2¹ = 2, 2² = 4, 2³ = 8 ≡ 1. L'ordre est 3, et il divise bien φ(7) = 6.
Technique 3 : inverser par l'algorithme d'Euclide. Mini-exercice : inverse de 7 dans Z/30Z. On écrit 30 = 4 × 7 + 2 et 7 = 3 × 2 + 1, puis on remonte : 1 = 7 − 3 × 2 = 7 − 3(30 − 4 × 7) = 13 × 7 − 3 × 30. L'inverse de 7 est 13. Contrôle : 91 = 3 × 30 + 1.
Technique 4 : réduire un exposant par Euler. Mini-exercice : reste de 7100 modulo 12. On a 7 ∧ 12 = 1 et φ(12) = 4. Comme 100 = 4 × 25, 7100 ≡ 1 [12]. On remarque que 7² = 49 ≡ 1 déjà, l'ordre de 7 est 2 et non 4.
Technique 5 : résoudre un système de congruences. Mini-exercice : x ≡ 1 [4] et x ≡ 2 [7]. Bézout : 2 × 4 − 1 × 7 = 1. On pose x = 1 × (−7) + 2 × 8 = 9. Contrôle : 9 = 2 × 4 + 1 et 9 = 7 + 2. Les solutions sont les x ≡ 9 [28].
Technique 6 : reconnaître un idéal pour obtenir un générateur. Mini-exercice : I = {P ∈ K[X] : P(1) = P(2) = 0}. C'est le noyau du morphisme d'anneaux P ↦ (P(1), P(2)) de K[X] dans K², donc un idéal, donc de la forme DK[X]. Comme D divise (X − 1)(X − 2) et admet 1 et 2 pour racines, D = (X − 1)(X − 2).
Technique 7 : factoriser en irréductibles sur R via C. Mini-exercice : X⁴ + 1. Ses racines complexes sont les ei(π/4 + kπ/2). On regroupe les conjuguées : (X² − √2 X + 1)(X² + √2 X + 1), et on vérifie en développant (X² + 1)² − 2X².
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Tout élément est son propre inverse
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soit G un groupe dans lequel x² = e pour tout x. Montrer que G est commutatif.
Technique écrire l'inverse d'un produit.
Voir le corrigé
- Pour tout x, x = x⁻¹.
- Pour x, y dans G, xy = (xy)⁻¹ = y⁻¹ x⁻¹ = yx.
piège : Écrire (xy)⁻¹ = x⁻¹ y⁻¹. L'inverse d'un produit renverse l'ordre.
Exercice 2. Élément d'ordre 2 dans un groupe de cardinal pair
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soit G un groupe fini de cardinal pair. Montrer que G possède un élément d'ordre 2.
Technique apparier chaque élément avec son inverse.
Voir le corrigé
- On sépare G en deux parties : A, formée des x tels que x = x⁻¹, et B, son complémentaire.
- Dans B, l'application x ↦ x⁻¹ est une involution sans point fixe, elle regroupe les éléments de B par paires {x, x⁻¹}. Donc le cardinal de B est pair.
- Le cardinal de A est donc pair aussi, et A contient e. Donc A contient un élément x ≠ e, qui vérifie x² = e, donc est d'ordre 2.
piège : Invoquer le théorème de Lagrange, qui donne que l'ordre divise le cardinal mais ne fournit aucun élément d'ordre donné.
Exercice 3. Ordre d'un produit d'éléments qui commutent
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soient x et y deux éléments d'un groupe, qui commutent, d'ordres respectifs m et n premiers entre eux. Montrer que xy est d'ordre mn.
Technique caractérisation de l'ordre par divisibilité, lemme de Gauss.
Voir le corrigé
- (xy)mn = xmn ymn = e, grâce à la commutativité. Donc l'ordre d de xy divise mn.
- Soit k tel que (xy)k = e, c'est-à-dire xk = y−k. En élevant à la puissance m : e = xkm = y−km, donc n divise km, donc n divise k par Gauss puisque m ∧ n = 1.
- Symétriquement m divise k. Comme m et n sont premiers entre eux, mn divise k. Appliqué à k = d, cela donne d = mn.
piège : Croire que l'ordre de xy est toujours le PPCM. Sans commutativité c'est faux, deux éléments d'ordre 2 de S3 ont un produit d'ordre 3.
Exercice 4. Sous-groupes finis de C
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Montrer que les sous-groupes finis de (C*, ×) sont exactement les Un.
Technique théorème d'ordre dans un groupe commutatif, puis comparaison de cardinaux.
Voir le corrigé
- Chaque Un est un sous-groupe fini de C*.
- Soit G un sous-groupe fini de C*, de cardinal n. Comme C* est commutatif, tout z ∈ G vérifie zn = 1, donc G ⊂ Un.
- G et Un ont tous deux n éléments, donc G = Un.
piège : Oublier l'inclusion par cardinaux et essayer de montrer directement que G contient e2iπ/n.
Exercice 5. Carrés et inverses dans Fp, théorème de Wilson
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soit p un nombre premier impair. Montrer que dans Fp, x² = 1 équivaut à x = ±1. En déduire que (p − 1)! ≡ −1 [p].
Technique intégrité d'un corps, appariement de chaque élément avec son inverse.
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- x² − 1 = (x − 1)(x + 1), et Fp est intègre, donc x = 1 ou x = −1. Ces deux valeurs sont distinctes car p ≠ 2.
- Dans le groupe des inversibles Fp*, chaque élément x a un inverse x⁻¹, et x = x⁻¹ équivaut à x² = 1, donc à x ∈ {1, −1}.
- Les p − 3 autres éléments se regroupent par paires {x, x⁻¹} de produit 1. Le produit de tous les éléments de Fp* vaut donc 1 × (−1) × 1 = −1.
- Ce produit est la classe de (p − 1)!, d'où (p − 1)! ≡ −1 [p].
piège : Utiliser l'intégrité dans Z/nZ pour n composé. Dans Z/8Z, l'équation x² = 1 a quatre solutions : 1, 3, 5, 7.
Exercice 6. Système de trois congruences
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Résoudre dans Z le système x ≡ 1 [3], x ≡ 4 [5], x ≡ 6 [7].
Technique théorème chinois, résolution de proche en proche.
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- Les modules 3, 5, 7 sont deux à deux premiers entre eux, donc il existe une unique solution modulo 105.
- Les deux premières congruences : x = 4 + 5k et 4 + 5k ≡ 1 [3] donne 2k ≡ 0 [3], donc k ≡ 0 [3], donc x ≡ 4 [15].
- Avec la troisième : x = 4 + 15m et 4 + 15m ≡ 6 [7] donne m ≡ 2 [7], donc x = 34.
- Contrôle : 34 = 11 × 3 + 1, 34 = 6 × 5 + 4, 34 = 4 × 7 + 6. Les solutions sont les x ≡ 34 [105].
piège : Réduire 15m modulo 7 en oubliant que 15 ≡ 1 [7], ou conclure « x = 34 » sans le modulo.
Exercice 7. Indicatrice d'Euler et restes de puissances
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Calculer φ(360). Déterminer les deux derniers chiffres de 72026.
Technique formule produit de φ, théorème d'Euler, puis recherche de l'ordre exact.
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- 360 = 2³ × 3² × 5, donc φ(360) = 360 × (1/2)(2/3)(4/5) = 96.
- On cherche 72026 modulo 100. On a 7 ∧ 100 = 1 et φ(100) = 100 × (1/2)(4/5) = 40. Comme 2026 = 40 × 50 + 26, Euler donne 72026 ≡ 726 [100].
- Mieux : 7² = 49 et 7⁴ = 2401 ≡ 1 [100], donc l'ordre de 7 est 4. Comme 26 = 4 × 6 + 2, 726 ≡ 7² = 49.
- Les deux derniers chiffres sont 49.
piège : Croire que l'ordre de a modulo n vaut φ(n). Il le divise seulement, et ici il vaut 4.
Exercice 8. Un idéal de R[X] et son générateur
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Soit I l'ensemble des polynômes P de R[X] tels que P(i) = 0. Montrer que I est un idéal de R[X] et déterminer son générateur unitaire.
Technique noyau d'un morphisme d'anneaux, puis irréductibilité.
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- L'application P ↦ P(i) est un morphisme d'anneaux de R[X] dans C. Son noyau I est un idéal de R[X].
- Les idéaux de R[X] sont principaux : I = DR[X] avec D unitaire. Comme X² + 1 ∈ I, D divise X² + 1.
- X² + 1 est irréductible dans R[X], ses diviseurs unitaires sont 1 et lui-même. D ≠ 1 car 1 ∉ I. Donc D = X² + 1.
- Conclusion : un polynôme réel s'annule en i si et seulement s'il est multiple de X² + 1.
piège : Travailler dans C[X], où I serait engendré par X − i. Le corps de base fait partie de l'énoncé.
Exercice 9. Morphismes de Z/nZ dans Z/mZ
Approfondissement · Type oral Mines
Soient m et n deux entiers strictement positifs. Déterminer le nombre de morphismes de groupes de (Z/nZ, +) dans (Z/mZ, +).
Technique un morphisme est déterminé par l'image du générateur, sous une contrainte d'ordre.
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- Soit f un morphisme et a un entier tel que f(1̄) = ā. Alors f(k̄) = k ā pour tout k, donc f est déterminé par ā. De plus n 1̄ = 0̄ impose n ā = 0̄ dans Z/mZ, soit m divise na.
- Réciproquement, si m divise na, l'application k̄ ↦ k ā est bien définie, car k ≡ k' [n] donne (k − k') a multiple de na donc de m, et c'est un morphisme.
- On pose d = m ∧ n, m = dm', n = dn' avec m' ∧ n' = 1. La condition m divise na équivaut à m' divise n'a, donc à m' divise a par Gauss.
- Les classes ā modulo m qui sont multiples de m' sont au nombre de m/m' = d. Il y a donc exactement m ∧ n morphismes.
piège : Oublier la vérification de bonne définition à l'étape 2. Sans la condition m divise na, la formule k̄ ↦ k ā dépend du représentant k.
Exercice HP. Un sous-groupe dense engendré par deux réels
Approfondissement hors programme
Approfondissement facultatif · hors programme en MP
Soit .
- Vérifier que est un sous-groupe additif de .
- Montrer que n’est ni réduit à ni de la forme avec .
- En déduire que est dense dans .
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L’ensemble contient . Si et appartiennent à , alors , puisque les coefficients restent entiers. Le critère de sous-groupe montre que est un sous-groupe additif de .
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On a , donc . Supposons avec . Comme , il existe tels que et . Ces égalités et la positivité de et de imposent . Alors , contradiction à l’irrationalité de .
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D’après la classification démontrée dans la fiche, tout sous-groupe additif de est réduit à , de la forme pour un , ou dense. Les deux premiers cas ayant été exclus, est dense dans .
Erreurs fréquentes
- Conclure « x est d'ordre n » de xn = e. On sait seulement que l'ordre divise n, il faut éliminer les diviseurs stricts.
- Utiliser la réciproque de Lagrange, qui est fausse : un diviseur du cardinal n'est pas forcément l'ordre d'un élément.
- Appliquer Euler ou Fermat sans vérifier a ∧ n = 1. Pour a multiple de p, ap−1 ≡ 0 et non 1.
- Confondre idéal et sous-anneau, ou vérifier la stabilité par produit interne au lieu de l'absorption par tout l'anneau.
- Déduire l'irréductibilité de l'absence de racine en degré 4 ou plus, ou oublier de préciser le corps sur lequel on factorise.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de mathématiques de MP (section « Structures algébriques usuelles »). Elle couvre les compléments sur les groupes, les anneaux, les idéaux de et de , les anneaux et la notion d'algèbre. Le groupe symétrique et les bases de l'arithmétique sont supposés connus de première année.