Le cours
Résumé en cinq points
- Une implication n'est fausse que si l'hypothèse est vraie et la conclusion fausse. Sa négation est « et non », sa contraposée lui est équivalente, sa réciproque ne l'est pas.
- On nie une phrase quantifiée en échangeant et dans l'ordre, puis en niant la fin. On ne permute jamais un et un .
- Une récurrence comporte trois étapes nommées : initialisation, hérédité, conclusion. Il existe des versions double et forte.
- Les deux sommes de référence sont et pour .
- Les coefficients binomiaux obéissent à la symétrie, à la formule du pion et à la formule de Pascal, et culminent dans la formule du binôme de Newton.
Pourquoi ce chapitre
Ce chapitre apprend à écrire des mathématiques. En ECG, les correcteurs sanctionnent d'abord les fautes de logique :
- une équivalence écrite à la place d'une implication ;
- une récurrence sans initialisation ;
- une somme dont l'indice change en cours de route.
Le chapitre met aussi en place la machinerie de calcul qui sert toute l'année : notations somme et produit, sommes géométriques, coefficients binomiaux. Ces objets réapparaissent en probabilités avec la loi binomiale, et en algèbre avec les puissances de matrices. Les notions ne sont pas difficiles, mais la maîtrise exigée est sans hésitation.
1Éléments de logique
1.1Proposition et connecteurs
Définition 1.1Proposition
Une proposition est un énoncé qui est soit vrai, soit faux.
« 5 est un nombre premier » est une proposition vraie. « » n'en est pas une tant que n'est pas fixé ou quantifié.
À partir de deux propositions et on construit :
- « non », vraie exactement quand est fausse ;
- « et », vraie quand les deux sont vraies ;
- « ou », vraie dès que l'une au moins est vraie. Le « ou » des mathématiques est inclusif.
Loi 1.2Lois de De Morgan
- La négation de « et » est « non ou non ».
- La négation de « ou » est « non et non ».
Exemple 1.3
Dire qu'un réel n'appartient pas à l'intervalle revient à dire que ou .
1.2Implication, réciproque, contraposée
Définition 1.4Implication
L'implication « implique », notée , est fausse dans un seul cas, celui où est vraie et fausse. Elle est vraie dans tous les autres, en particulier dès que est fausse.
Trois conséquences :
- La négation de est « et non ». Pour réfuter une implication, on exhibe un contre-exemple, c'est-à-dire un cas où l'hypothèse est vérifiée et la conclusion fausse.
- La réciproque de est . Elle n'a aucune raison d'être vraie.
- La contraposée de est « non non ». Une implication et sa contraposée sont vraies ou fausses en même temps.
Exemple 1.5Réciproque fausse
« est multiple de 6 est pair » est vraie. Sa réciproque est fausse avec .
Définition 1.6Condition nécessaire, suffisante
Dans , est une condition suffisante pour , et est une condition nécessaire pour . L'équivalence signifie que les deux implications sont vraies, et se dit « condition nécessaire et suffisante ».
Attention
On enchaîne les en résolvant une équation alors qu'une étape n'est qu'une implication. Élever au carré, multiplier par une quantité qui peut être nulle, appliquer une fonction non injective : ces opérations ne conservent qu'une implication. Il faut alors conclure par une vérification.
1.3Quantificateurs
Définition 1.7Quantificateurs
- « » affirme que est vraie pour tout élément de . Pour la démontrer, on écrit « soit un élément de » et on raisonne sans rien supposer de particulier sur .
- « » affirme qu'au moins un élément convient. Pour la démontrer, on exhibe un candidat explicite, ou on invoque un théorème d'existence.
MéthodeNier une phrase quantifiée
- Échanger chaque avec un , dans l'ordre où ils apparaissent.
- Nier la proposition finale.
La négation de « » est « ».
Exemple 1.8Convergence d'une suite (exigible)
Une suite converge vers un réel signifie : Sa négation s'écrit :
Attention
On ne permute jamais un et un . « » est vraie, il suffit de prendre . « » est fausse, aucun réel ne majore tous les réels. Dans le premier cas dépend de , dans le second il est le même pour tous.
Les quantificateurs ne sont pas des abréviations de français. On écrit soit une phrase entièrement en français, soit une formule entièrement symbolique.
1.4Les modes de raisonnement
- Raisonnement direct. On suppose et on déduit par une chaîne d'implications.
- Par contraposée. Pour établir , on établit « non non ».
- Par l'absurde. Pour établir , on suppose « non » et on aboutit à une contradiction.
- Par disjonction de cas. On découpe la situation en cas exhaustifs.
- Par analyse-synthèse. L'analyse suppose l'objet trouvé et en déduit sa forme, ce qui donne des candidats. La synthèse vérifie lesquels conviennent. C'est le raisonnement type pour les problèmes d'existence et d'unicité.
- Par contre-exemple. Un seul contre-exemple réfute une propriété universelle.
Exemple 1.9Contraposée
Si est pair, alors est pair. On prouve la contraposée : si , alors est impair.
Exemple 1.10Absurde et disjonction de cas
- Exemple classique par l'absurde : n'est pas rationnel.
- Exemple par disjonction de cas : pour tout entier , est pair, selon que est pair ou impair.
À retenir
Un exemple ne prouve jamais une propriété universelle ; un seul contre-exemple la réfute.
2Raisonnement par récurrence
2.1Récurrence simple
MéthodeRécurrence simple
Pour prouver qu'une propriété est vraie pour tout entier , rédiger trois étapes nommées :
- Initialisation : vérifier .
- Hérédité : fixer un entier , supposer vraie, et démontrer .
- Conclusion : par récurrence, est vraie pour tout .
Le programme exclut tout exposé théorique sur le principe de récurrence. On l'utilise comme un outil admis.
Exemple 2.1
Pour tout , .
- Initialisation au rang 1 : .
- Hérédité : si la formule vaut au rang , la somme jusqu'à vaut
2.2Variantes
MéthodeRécurrence double
- Initialiser aux rangs et .
- Montrer que et entraînent .
C'est l'outil des suites définies par .
MéthodeRécurrence forte
- Supposer vraie pour tout entre et .
- En déduire .
Utile quand le rang dépend de plusieurs rangs antérieurs.
Attention
Erreurs classiques :
- oublier l'initialisation : la propriété « » est héréditaire et pourtant toujours fausse ;
- écrire « supposons vraie pour tout », ce qui est la conclusion et non l'hypothèse ;
- ne pas préciser le rang de départ.
3Notations somme et produit
3.1Définitions et manipulations
Définition 3.1Somme et produit
Pour des réels , la somme est notée et le produit . On sait aussi utiliser , où est une partie finie de ou de .
Conventions :
- une somme vide vaut 0, un produit vide vaut 1 ;
- l'indice est muet : et désignent le même nombre ;
- un indice muet ne doit jamais apparaître dans le résultat.
Propriété 3.2Linéarité
Pour tous réels , :
Attention
n'est pas le produit des sommes. Une somme de 1 à comporte termes, une somme de 0 à en comporte : compter les termes est une source d'erreur constante.
Changement d'indice : en posant ou , on décale ou on retourne une somme. Il faut à chaque fois recalculer les bornes.
Propriété 3.3Télescopage
À repérer dès qu'un terme général s'écrit comme une différence de deux valeurs consécutives d'une même suite.
Exemple 3.4
Comme ,
Sommes doubles : se manipule en échangeant l'ordre des sommations, ce qui est licite pour des sommes finies. Attention quand les bornes de la seconde dépendent de l'indice de la première.
3.2Sommes de référence
Propriété 3.5Somme des premiers entiers
Propriété 3.6Somme géométrique
Pour réel différent de 1 : Si , la somme vaut .
Attention
Ne jamais oublier de traiter le cas .
Les formules donnant et se voient en exercice. Le programme précise qu'elles ne sont pas exigibles. On sait les retrouver par récurrence si l'énoncé les fournit.
4Factorielle et coefficients binomiaux
4.1Factorielle
Définition 4.1Factorielle
Pour entier naturel non nul, est le produit des entiers de 1 à , et par convention . On a .
4.2Coefficients binomiaux
Définition 4.2Coefficient binomial
Pour des entiers et avec , le coefficient binomial « parmi » vaut Il compte le nombre de parties à éléments d'un ensemble à éléments.
Formules exigibles :
- Symétrie : .
- Formule du pion, valable pour : .
- Formule de Pascal : .
La formule de Pascal fait fonctionner le triangle de Pascal, où chaque coefficient est la somme des deux qui sont au-dessus de lui.
Valeurs à connaître : et .
Lien avec l'arbre binaire de terminale : est le nombre de chemins réalisant succès en répétitions. C'est exactement ce qui donnera la loi binomiale.
4.3Formule du binôme de Newton
Théorème 4.3Formule du binôme
Hypothèses
- et sont des réels ;
- est un entier naturel.
Alors
La démonstration se fait par récurrence sur , en utilisant la formule de Pascal lors du regroupement des termes.
Deux cas particuliers utiles :
- avec : , ce qui redonne le nombre de parties d'un ensemble à éléments ;
- avec et : la somme alternée des coefficients binomiaux est nulle dès que .
Attention
La formule du binôme suppose que et commutent. Elle s'appliquera plus tard à deux matrices et seulement si .
Méthodes
MéthodeRéflexes du chapitre
- Devant une équation, se demander à chaque ligne si l'étape est réversible. Si elle ne l'est pas, écrire puis vérifier les solutions à la fin.
- Devant une phrase quantifiée à nier, procéder mécaniquement de gauche à droite, sans réfléchir au sens avant d'avoir fini.
- Avant de se lancer dans une récurrence, écrire explicitement la propriété . Beaucoup d'échecs viennent d'une propriété mal choisie.
- Devant une somme, regarder d'abord si elle est géométrique, télescopique, ou si elle se ramène au binôme.
- Pour une somme dont le terme général est une fraction, tenter la décomposition en différence de deux termes consécutifs.
- Pour une identité de coefficients binomiaux, essayer la formule du pion, la symétrie, ou une valeur particulière dans le binôme.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Écrire la négation de la définition quantifiée de la convergence d'une suite.
- Donner un contre-exemple à une réciproque proposée par l'examinateur.
- Démontrer par contraposée que si est pair alors est pair.
- Rédiger une récurrence simple et une récurrence double en nommant les trois étapes.
- Calculer en distinguant les cas et .
- Calculer une somme télescopique, par exemple .
- Démontrer la formule de Pascal à partir de l'expression factorielle.
- Démontrer la formule du binôme par récurrence, et en déduire .
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Lois de De Morgan logiques. non(P et Q) équivaut à (non P ou non Q), non(P ou Q) équivaut à (non P et non Q). Exigible, à savoir justifier par une table de vérité ou par le sens.
- Une implication P ⇒ Q est fausse dans le seul cas où P est vraie et Q fausse. Sa négation est (P et non Q). Exigible.
- Une implication et sa contraposée non Q ⇒ non P sont équivalentes. Sa réciproque Q ⇒ P n'a aucun lien avec elle. Exigible.
- Négation d'une phrase quantifiée. On échange chaque ∀ en ∃ et chaque ∃ en ∀ dans l'ordre d'apparition, puis on nie la proposition finale. Exigible, c'est le test de khôlle numéro un.
- Principe de récurrence, simple, double ou forte. Admis, aucune théorie n'est au programme. La rédaction en trois étapes nommées est exigible.
- Somme des premiers entiers, Σk=1n k = n(n + 1)/2. Exigible avec démonstration, par récurrence ou par la somme écrite dans les deux sens.
- Somme géométrique, pour q ≠ 1, Σk=0n qk = (1 − qn+1)/(1 − q), et n + 1 si q = 1. Exigible avec démonstration, par récurrence ou par multiplication par (1 − q).
- Les formules Σk=1n k² = n(n + 1)(2n + 1)/6 et Σk=1n k³ = (n(n + 1)/2)² se voient en exercice. Non exigibles, un énoncé de concours les fournit ou les fait établir par récurrence.
- Télescopage, Σk=1n (ak+1 − ak) = an+1 − a₁. Exigible, immédiat en écrivant les termes.
- Définition de n!, avec 0! = 1 et n! = n × (n − 1)!. Exigible.
- Coefficients binomiaux, C(n, p) = n!/(p!(n − p)!) pour 0 ≤ p ≤ n, et C(n, p) = 0 par convention si p > n. Symétrie C(n, p) = C(n, n − p). Exigibles.
- Formule de Pascal, C(n, p) + C(n, p + 1) = C(n + 1, p + 1). Exigible avec démonstration, par calcul sur les factorielles.
- Formule du pion, p C(n, p) = n C(n − 1, p − 1) pour 1 ≤ p ≤ n. Exigible, elle figure au paragraphe sur les ensembles.
- Formule du binôme de Newton, (a + b)n = Σk=0n C(n, k) ak bn−k pour a, b réels. Exigible avec démonstration par récurrence et formule de Pascal.
- Hors programme, à signaler si un exercice les demande, la formule de Vandermonde comme résultat de cours, les nombres complexes, et toute axiomatique de N.
Clés de démonstration
Somme des premiers entiers. On écrit S = 1 + 2 + … + n, puis S = n + (n − 1) + … + 1, et on additionne terme à terme, chaque colonne vaut n + 1, il y a n colonnes, donc 2S = n(n + 1). Astuce, le retournement d'indice j = n + 1 − k est la version propre de ce « double écriture ».
Somme géométrique. On pose S = Σk=0n qk et on calcule qS = Σk=1n+1 qk après le changement d'indice j = k + 1. Alors S − qS = 1 − qn+1, tous les termes intermédiaires disparaissent. Si q ≠ 1 on divise. Astuce, c'est un télescopage caché, et le cas q = 1 se traite à part.
Formule de Pascal. On réduit au même dénominateur (p + 1)!(n − p)! les deux fractions n!/(p!(n − p)!) et n!/((p + 1)!(n − p − 1)!). Le numérateur devient n!((p + 1) + (n − p)) = (n + 1)!. Astuce, multiplier haut et bas de chaque fraction par le facteur manquant, jamais développer les factorielles.
Binôme de Newton. Initialisation avec n = 0. Hérédité, on multiplie (a + b)n développé par (a + b), on obtient deux sommes, on décale l'indice de la première pour aligner les puissances de a, on regroupe avec Pascal, on traite à part les termes extrêmes k = 0 et k = n + 1. Astuce, écrire les deux sommes avec le même indice de sommation avant de les additionner.
Négation d'une convergence. La définition « ∀ε > 0, ∃n₀ ∈ N, ∀n ≥ n₀, |un − l| ≤ ε » se nie mécaniquement en « ∃ε > 0, ∀n₀ ∈ N, ∃n ≥ n₀, |un − l| > ε ». Astuce, ne pas chercher à comprendre avant d'avoir fini, la mécanique d'abord, le sens ensuite.
Exemples et contre-exemples à connaître
- « ∀x ∈ R, ∃y ∈ R, y > x » est vraie, « ∃y ∈ R, ∀x ∈ R, y > x » est fausse. On ne permute jamais un ∀ et un ∃.
- « n multiple de 6 ⇒ n pair » est vraie, sa réciproque est fausse avec n = 4. Réciproque et contraposée ne se confondent pas.
- « Si 0 = 1 alors 2 = 5 » est une implication vraie. Une hypothèse fausse rend l'implication vraie.
- La propriété « n = n + 1 » est héréditaire et jamais vraie. Sans initialisation, une récurrence ne prouve rien.
- La propriété « 2n ≥ n² » est vraie pour n = 0, 1, 2, fausse pour n = 3, puis vraie pour n ≥ 4. Une récurrence s'initialise au bon rang, ici 4, pas à 0.
- Σk=1n 1 = n mais Σk=0n 1 = n + 1. Compter les termes évite la moitié des erreurs de sommes.
- Σk=0n 1k = n + 1, alors que la formule (1 − qn+1)/(1 − q) donne 0/0. Le cas q = 1 est obligatoire.
- (a + b)n ne vaut pas an + bn dès que n ≥ 2 et ab ≠ 0. Pour n = 2 le terme croisé 2ab manque.
- Σk=0n C(n, k) = 2n et Σk=0n (−1)k C(n, k) = 0 pour n ≥ 1. Ce sont le binôme en (1, 1) et en (−1, 1).
- La formule du binôme pour deux matrices exige AB = BA. Elle s'applique à (I + N)n, jamais à (A + B)n sans vérification.
Techniques du chapitre
Nier une phrase quantifiée. Mini-exercice, nier « f est bornée sur R », soit « ∃M ∈ R, ∀x ∈ R, |f(x)| ≤ M ». Négation, « ∀M ∈ R, ∃x ∈ R, |f(x)| > M ». Lecture, aussi grand que soit M, f le dépasse quelque part en valeur absolue.
Contraposée. Mini-exercice, montrer que si n² est impair alors n est impair. Contraposée, si n est pair, n = 2k, alors n² = 2(2k²) est pair. Deux lignes au lieu d'une discussion sur n².
Récurrence avec inégalité. Mini-exercice, montrer que pour tout n ≥ 4, 2n ≥ n². Initialisation, 16 ≥ 16. Hérédité, si 2n ≥ n² avec n ≥ 4, alors 2n+1 ≥ 2n², et 2n² ≥ (n + 1)² équivaut à n² − 2n − 1 ≥ 0, vrai dès n ≥ 3. Conclusion pour tout n ≥ 4. L'initialisation à 4 est forcée par l'exemple 5.
Télescopage après décomposition. Mini-exercice, calculer Σk=1n 1/(k(k + 1)). On écrit 1/(k(k + 1)) = 1/k − 1/(k + 1), la somme vaut 1 − 1/(n + 1) = n/(n + 1).
Changement d'indice. Mini-exercice, exprimer Σk=2n+1 qk−2 avec la formule géométrique. On pose j = k − 2, j va de 0 à n − 1, la somme vaut (1 − qn)/(1 − q) pour q ≠ 1. On recalcule toujours les deux bornes.
Somme double triangulaire. Mini-exercice, calculer Σ1 ≤ i ≤ j ≤ n 1. Pour j fixé, i va de 1 à j, il y a j valeurs. La somme vaut Σj=1n j = n(n + 1)/2. On choisit l'indice extérieur, on fait courir l'autre.
Formule du pion. Mini-exercice, calculer Σk=0n k C(n, k). Le terme k = 0 est nul, puis k C(n, k) = n C(n − 1, k − 1), et la somme vaut n Σj=0n−1 C(n − 1, j) = n 2n−1 par le binôme.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Vrai ou faux avec négation
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Pour chaque phrase, dire si elle est vraie et écrire sa négation. (a) ∀x ∈ R, x² ≥ x. (b) ∃x ∈ R, ∀y ∈ R, x + y = y. (c) ∀n ∈ N, (n pair ⇒ n² pair). (d) ∀x ∈ R, ∃n ∈ N, n > x.
Technique négation mécanique, contre-exemple pour réfuter.
Voir le corrigé
- (a) fausse, x = 1/2 donne 1/4 < 1/2. Négation, ∃x ∈ R, x² < x. 2. (b) vraie, x = 0 convient. Négation, ∀x ∈ R, ∃y ∈ R, x + y ≠ y. 3. (c) vraie, si n = 2k alors n² = 2(2k²). Négation, ∃n ∈ N, n pair et n² impair. 4. (d) vraie, c'est le fait que N n'est pas majoré, avec n égal à la partie entière de x plus 1 si x ≥ 0 et n = 0 sinon. Négation, ∃x ∈ R, ∀n ∈ N, n ≤ x.
piège : Nier (c) en écrivant « ∀n, n impair », alors que non(P ⇒ Q) est (P et non Q).
Exercice 2. Récurrence double
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Soit (un) définie par u₀ = 2, u₁ = 5 et un+2 = 5un+1 − 6u_n. Montrer que un = 2n + 3n pour tout n.
Technique récurrence double, l'hypothèse porte sur deux rangs consécutifs.
Voir le corrigé
- Initialisation, 2⁰ + 3⁰ = 2 et 2¹ + 3¹ = 5. 2. Hérédité, on suppose un = 2n + 3n et un+1 = 2n+1 + 3n+1. Alors un+2 = 5(2n+1 + 3n+1) − 6(2n + 3n) = 2n(10 − 6) + 3n(15 − 6) = 2n+2 + 3n+2. 3. Conclusion pour tout n.
piège : N'initialiser qu'au rang 0 alors que l'hérédité utilise deux rangs.
Exercice 3. Somme des carrés par récurrence
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Montrer que pour tout n ≥ 1, Σk=1n k² = n(n + 1)(2n + 1)/6. Formule non exigible, fournie par l'énoncé.
Technique récurrence simple, factoriser avant de développer.
Voir le corrigé
- Initialisation, 1 = 1 × 2 × 3/6. 2. Hérédité, la somme au rang n + 1 vaut n(n + 1)(2n + 1)/6 + (n + 1)². On factorise (n + 1), il reste (n + 1)(2n² + n + 6n + 6)/6 = (n + 1)(2n² + 7n + 6)/6. 3. On vérifie que 2n² + 7n + 6 = (n + 2)(2n + 3), ce qui est la forme attendue au rang n + 1.
piège : Développer tout puis ne pas savoir refactoriser. On factorise (n + 1) d'abord.
Exercice 4. Inégalité de Bernoulli
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Soit a ≥ −1. Montrer que pour tout entier n, (1 + a)n ≥ 1 + na.
Technique récurrence avec multiplication par un facteur positif.
Voir le corrigé
- Initialisation, n = 0, 1 ≥ 1. 2. Hérédité, on multiplie (1 + a)n ≥ 1 + na par 1 + a ≥ 0, le sens est conservé. On obtient (1 + a)n+1 ≥ (1 + na)(1 + a) = 1 + (n + 1)a + na² ≥ 1 + (n + 1)a. 3. Conclusion.
piège : Oublier que l'hypothèse a ≥ −1 sert exactement à multiplier sans changer le sens.
Exercice 5. Somme télescopique avec factorielles
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Calculer Σk=1n k × k!.
Technique reconnaître k × k! = (k + 1)! − k!.
Voir le corrigé
- Pour tout k, (k + 1)! = (k + 1) × k! = k × k! + k!, donc k × k! = (k + 1)! − k!. 2. La somme se télescope, elle vaut (n + 1)! − 1! = (n + 1)! − 1. 3. Vérification, n = 1 donne 1 = 2 − 1.
piège : Tenter une récurrence sans avoir deviné la formule. Le télescopage la donne.
Exercice 6. Somme double
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit Ecricome
Calculer Sn = Σ1 ≤ i ≤ j ≤ n i et Tn = Σ1 ≤ i ≤ j ≤ n (j − i).
Technique choisir l'ordre de sommation et utiliser les sommes de référence.
Voir le corrigé
- Pour Sn, j extérieur, i intérieur de 1 à j, Sn = Σj=1n j(j + 1)/2 = (Σ j² + Σ j)/2 = (n(n + 1)(2n + 1)/6 + n(n + 1)/2)/2 = n(n + 1)(n + 2)/6. 2. Pour Tn, on sépare, Σi ≤ j j − Σi ≤ j i. La première somme, j extérieur, vaut Σj=1n j × j = n(n + 1)(2n + 1)/6. La seconde est Sn. 3. Tn = n(n + 1)(2n + 1)/6 − n(n + 1)(n + 2)/6 = n(n + 1)(n − 1)/6.
piège : Prendre i extérieur sans adapter les bornes de j, qui va alors de i à n.
Exercice 7. Identités binomiales
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit Ecricome
Soit n ≥ 1. (a) Calculer Σk=0n C(n, k) 2k. (b) Montrer que Σk=0n k(k − 1) C(n, k) = n(n − 1) 2n−2 pour n ≥ 2.
Technique binôme avec des valeurs particulières, formule du pion appliquée deux fois.
Voir le corrigé
- (a) C'est (2 + 1)n = 3n. 2. (b) Les termes k = 0 et k = 1 sont nuls. Pour k ≥ 2, k C(n, k) = n C(n − 1, k − 1), puis (k − 1) C(n − 1, k − 1) = (n − 1) C(n − 2, k − 2). Donc k(k − 1) C(n, k) = n(n − 1) C(n − 2, k − 2). 3. La somme vaut n(n − 1) Σj=0n−2 C(n − 2, j) = n(n − 1) 2n−2.
piège : Écrire la formule du pion avec le mauvais facteur, ou oublier que les premiers termes sont nuls.
Exercice 8. Une somme de fractions
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit Ecricome
Pour n ≥ 1, calculer Σk=1n 1/((2k − 1)(2k + 1)).
Technique décomposition en éléments simples puis télescopage.
Voir le corrigé
- On cherche a et b avec 1/((2k − 1)(2k + 1)) = a/(2k − 1) + b/(2k + 1). En réduisant, a(2k + 1) + b(2k − 1) = 1 pour tout k, donc 2a + 2b = 0 et a − b = 1, d'où a = 1/2 et b = −1/2. 2. La somme vaut (1/2) Σ (1/(2k − 1) − 1/(2k + 1)) = (1/2)(1 − 1/(2n + 1)). 3. Résultat n/(2n + 1).
piège : Télescoper sans vérifier que les deux termes sont bien des valeurs consécutives d'une même suite, ici vk = 1/(2k − 1) et vk+1 = 1/(2k + 1).
Exercice 9. Récurrence forte et suite définie par une somme
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit BCE, type EDHEC
Soit (un) définie par u₀ = 1 et, pour n ≥ 1, un = Σk=0n−1 uk. Montrer que un = 2n−1 pour tout n ≥ 1.
Technique récurrence forte, ou mieux, relation entre un+1 et un.
Voir le corrigé
- Pour n ≥ 1, un+1 = Σk=0n uk = un + Σk=0n−1 uk = 2u_n. 2. u₁ = u₀ = 1 = 2⁰. 3. Récurrence simple sur n ≥ 1 avec un+1 = 2u_n, on obtient un = 2n−1. 4. Remarque, u₀ = 1 ne suit pas la formule, la propriété commence bien au rang 1.
piège : Lancer une récurrence forte lourde alors que la différence de deux sommes consécutives donne une récurrence simple.
Exercice 10. Puissances d'une matrice par le binôme
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit BCE, type emlyon
Soit N la matrice d'ordre 2 de lignes (0, 1) et (0, 0) et A = 2I + N. Calculer An pour tout entier n.
Technique binôme avec deux matrices qui commutent, nilpotence.
Voir le corrigé
- N² = 0, donc Nk = 0 pour k ≥ 2. 2. I et N commutent, donc le binôme s'applique, An = Σk=0n C(n, k) 2n−k Nk = 2n I + n 2n−1 N. 3. An est la matrice de lignes (2n, n 2n−1) et (0, 2n). Vérification n = 1, on retrouve A.
piège : Appliquer le binôme à deux matrices sans dire qu'elles commutent. Ici c'est gratuit car I commute avec tout.
Exercice 11. Nombre de parties et double comptage
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit HEC ou ESSEC
Montrer que pour n ≥ 1, Σk=0n C(n, k)² = C(2n, n). On admettra qu'on peut compter les parties à n éléments d'un ensemble à 2n éléments coupé en deux moitiés.
Technique double comptage, chaque partie est repérée par ce qu'elle prend dans chaque moitié.
Voir le corrigé
- Soit E de cardinal 2n, réunion disjointe de A et B de cardinal n. Une partie X de E à n éléments est déterminée par X ∩ A, de cardinal k, et X ∩ B, de cardinal n − k. 2. Pour k fixé, il y a C(n, k) choix dans A et C(n, n − k) = C(n, k) choix dans B. 3. En sommant sur k de 0 à n on obtient Σ C(n, k)², qui vaut C(2n, n) puisqu'on a compté toutes les parties à n éléments de E. Signalement, ce cas particulier de la formule de Vandermonde n'est pas un résultat de cours, un sujet le fait toujours démontrer.
piège : Oublier la symétrie C(n, n − k) = C(n, k) qui fait apparaître le carré.
Erreurs fréquentes
- Enchaîner des ⇔ alors qu'une étape n'est qu'une ⇒, en particulier après une élévation au carré ou une multiplication par une quantité qui peut s'annuler.
- Nier « ∀x, P(x) ⇒ Q(x) » par « ∀x, non P(x) », au lieu de « ∃x, P(x) et non Q(x) ».
- Oublier l'initialisation, ou l'initialiser au rang 0 alors que l'hérédité n'est valable qu'à partir d'un rang plus grand.
- Changer d'indice sans recalculer les bornes, ou compter n termes dans une somme de 0 à n.
- Appliquer la formule géométrique avec q = 1, ou le binôme à deux matrices qui ne commutent pas.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel d'ECG mathématiques approfondies (2021), enseignement du premier semestre, partie I « Raisonnement et vocabulaire ensembliste », paragraphes 1 « Éléments de logique » et 2 « Raisonnement par récurrence et calcul de sommes et de produits ». Le programme précise que tout exposé théorique sur la logique et sur le principe de récurrence est exclu. On met donc en place un vocabulaire et des réflexes de calcul, pas une théorie.