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ECG2 · ESH · semaine 1

L’ouverture des économies depuis le XIXe siècle, évolution et acteurs

Évolution des échanges de biens et services, des mouvements de facteurs de production et des politiques commerciales depuis le XIXe siècle. Spécificités des phénomènes contemporains et rôle des institutions internationales. Poids croissant des firmes multinationales et étude de leurs stratégies.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. L'ouverture se mesure, et chaque indicateur a une convention qu'il faut énoncer avant de commenter.
  2. Il y a eu une première mondialisation très poussée entre 1846 et 1914, un repli brutal entre 1914 et 1945, une reconstruction multilatérale après 1947, une accélération après 1980 et un ralentissement depuis 2008.
  3. La nouveauté contemporaine est la fragmentation de la production en chaînes de valeur, permise par la baisse des coûts de coordination.
  4. Les firmes multinationales sont devenues des acteurs centraux, organisant environ un tiers du commerce mondial en interne, ce que Hymer et Dunning permettent d'expliquer.
  5. La mondialisation est un fait politique autant qu'économique, elle a été construite par des traités et des institutions, et elle peut être défaite par eux.
Pourquoi ce chapitre

C'est le chapitre d'ouverture du module 3 et la base factuelle de tout le reste de l'année. Il fournit la chronologie longue (première mondialisation, repli de l'entre-deux-guerres, reconstruction multilatérale, hyper mondialisation puis ralentissement) et les acteurs (États, organisations internationales, firmes multinationales). Sans cette trame, les chapitres suivants sur les théories de l'échange, sur la finance internationale et sur l'Europe restent abstraits.

En dissertation, il alimente tous les sujets de type « la mondialisation est-elle réversible », « le commerce international est-il facteur de convergence », « les firmes multinationales ont-elles pris le pas sur les États ». En colle, on attend la capacité à dater une phase, à donner un ordre de grandeur et à nommer l'acteur pertinent. C'est aussi le chapitre où l'on apprend à distinguer des mots que les copies confondent, internationalisation, multinationalisation et globalisation.

Notions et mécanismes

Mesurer l'ouverture

Le taux d'ouverture d'une économie rapporte ses échanges extérieurs à sa production. On l'écrit le plus souvent (exportations + importations) / 2, divisé par le PIB, ou bien (X + M) / PIB selon les sources. Il faut préciser la convention retenue avant de commenter un chiffre. Ce taux surestime l'ouverture réelle quand les biens traversent plusieurs fois les frontières, puisque le commerce est mesuré en valeur brute alors que le PIB est une valeur ajoutée.

Le taux de pénétration rapporte les importations à la demande intérieure. Le taux d'effort à l'exportation rapporte les exportations à la production. La part de marché mondiale rapporte les exportations d'un pays au total mondial.

La mesure en valeur ajoutée corrige le double comptage. Les bases TiVA de l'OCDE et de l'OMC montrent qu'une part importante de la valeur des exportations d'un pays est en réalité du contenu importé, de l'ordre de 25 à 30 % en moyenne pour les pays européens.

Trois mots à ne pas confondre

L'internationalisation désigne l'échange de biens et de services entre économies qui restent nationales. La multinationalisation désigne l'implantation productive à l'étranger, donc les investissements directs. La globalisation désigne l'organisation de la production et de la finance à l'échelle mondiale, avec des marchés mondialement intégrés. Charles-Albert Michalet propose une lecture en trois configurations successives, internationale, multinationale puis globale, dans Le capitalisme mondial (1976) puis Qu'est-ce que la mondialisation ? (2004).

Division du travail et chaînes de valeur

La division internationale du travail (DIT) désigne la répartition de la production entre pays selon des spécialisations. La DIT dite traditionnelle opposait produits primaires du Sud et produits manufacturés du Nord. La division internationale des processus productifs (DIPP) désigne la fragmentation d'un même produit en tâches localisées dans plusieurs pays. On parle aussi de chaînes de valeur mondiales.

Le mécanisme est simple. Dès que les coûts de coordination (transport, communication, douane) baissent suffisamment, il devient rentable de séparer des tâches auparavant réunies sur un site. Richard Baldwin décrit dans The Great Convergence (2016) deux grandes séparations, d'abord celle entre production et consommation permise par la baisse des coûts de transport au XIXe siècle, puis celle entre les tâches elles-mêmes permise par les technologies de l'information à partir des années 1990.

Investissement direct et firme multinationale

Un investissement direct à l'étranger (IDE) est une prise de participation durable dans une entreprise résidant à l'étranger, avec l'intention d'exercer une influence sur sa gestion. Le seuil conventionnel retenu par le FMI et l'OCDE est de 10 % du capital ou des droits de vote. En dessous, on parle d'investissement de portefeuille. L'IDE peut prendre la forme d'une création de site, d'une fusion acquisition, ou d'un réinvestissement de bénéfices.

On distingue l'IDE horizontal, qui duplique la production près du marché visé pour contourner les coûts de transport et les barrières commerciales, et l'IDE vertical, qui délocalise un segment de la chaîne là où le coût du facteur utilisé est le plus faible.

Une firme multinationale contrôle au moins une unité de production hors de son pays d'origine. Le commerce intra firme, entre filiales d'un même groupe, représente selon les estimations de la CNUCED environ un tiers du commerce mondial de marchandises, ce qui signifie qu'une partie des « échanges internationaux » est en réalité de la coordination interne à des organisations.

Politique commerciale

Les instruments sont le droit de douane (taxe ad valorem ou spécifique), le contingent ou quota, les barrières non tarifaires (normes techniques, sanitaires, procédures), les subventions à l'exportation ou à la production, et les mesures de défense commerciale (antidumping, sauvegardes). Le libre échange n'est jamais total, le protectionnisme jamais absolu, on raisonne toujours en degré.

Auteurs et théories de référence

Friedrich List, Système national d'économie politique (1841). Il défend un protectionnisme temporaire et sélectif au bénéfice des industries dans l'enfance, le temps qu'elles atteignent la taille et la productivité nécessaires. Son raisonnement est dynamique, il oppose la puissance productive future au gain d'échange immédiat.

Raymond Vernon, article de 1966 sur le cycle de vie du produit. Un produit nouveau est d'abord conçu et produit dans le pays avancé, exporté, puis, à mesure qu'il se standardise, sa production migre vers des pays à coûts plus faibles, et le pays innovateur finit par l'importer. Ce schéma explique bien la vague japonaise puis asiatique des années 1960 à 1980.

Stephen Hymer, thèse soutenue en 1960 et publiée en 1976. La firme n'investit à l'étranger que si elle détient un avantage spécifique (technologie, marque, organisation) et si elle préfère le contrôle direct à la licence. C'est l'acte de naissance de l'analyse moderne de la multinationale.

John Dunning, paradigme éclectique dit OLI, formulé à la fin des années 1970 et complété dans International Production and the Multinational Enterprise (1981). Trois conditions doivent être réunies pour qu'une firme produise à l'étranger, un avantage spécifique de propriété, un avantage à la localisation, un avantage à l'internalisation plutôt qu'au recours au marché. Le troisième terme prolonge l'analyse des coûts de transaction de Ronald Coase (1937) et d'Oliver Williamson (1975).

Paul Bairoch, Mythes et paradoxes de l'histoire économique (1993). Il conteste l'idée que le libre échange aurait été la règle au XIXe siècle et que le protectionnisme aurait toujours nui à la croissance. Les États-Unis et l'Allemagne ont connu une industrialisation rapide derrière des droits de douane élevés.

Suzanne Berger, Notre première mondialisation (2003). Elle rappelle que la mondialisation de 1870 à 1914 a été très profonde, et qu'elle a été défaite par des décisions politiques, ce qui interdit de la considérer comme un processus irréversible.

Richard Baldwin, The Great Convergence (2016), pour l'analyse des deux séparations et de la montée des économies émergentes depuis 1990.

Faits, chiffres et repères historiques

1846 à 1914, la première mondialisation. Abrogation des Corn Laws britanniques en 1846, abrogation de l'Acte de navigation en 1849, traité de commerce franco britannique dit Cobden Chevalier en 1860, dont la clause de la nation la plus favorisée diffuse la libéralisation en Europe. Le canal de Suez ouvre en 1869, le câble télégraphique transatlantique fonctionne à partir de 1866. Selon les travaux d'Angus Maddison et de l'OMC, le rapport des exportations mondiales au PIB mondial passe d'environ 1 % au début du XIXe siècle à de l'ordre de 8 % en 1913. Les migrations sont massives, de l'ordre de 50 à 60 millions d'Européens quittent le continent entre 1850 et 1914. Le Royaume Uni exporte des capitaux à hauteur de plusieurs points de PIB par an. Le retour au protectionnisme commence dès la fin des années 1870, tarif Bismarck en 1879, tarif Méline en France en 1892.

1914 à 1945, le repli. Guerre, inflation, désorganisation monétaire. Le tarif Smoot Hawley de 1930 aux États-Unis porte le droit moyen sur les produits taxés à près de 60 %, et déclenche des représailles. La spirale décrite par Charles Kindleberger fait chuter la valeur du commerce mondial d'environ deux tiers entre 1929 et 1933. Contingentements, accords bilatéraux, zones monétaires et préférences impériales se substituent au multilatéralisme.

1945 à 1973, la reconstruction multilatérale. Le GATT est signé en 1947 par 23 pays, après l'échec de la Charte de La Havane et de l'Organisation internationale du commerce. Les cycles successifs abaissent les droits de douane des pays industrialisés d'environ 40 % en moyenne en 1947 à quelques points aujourd'hui, de l'ordre de 3 à 5 % en moyenne simple pour les pays développés. Le commerce mondial croît alors nettement plus vite que la production, avec une élasticité souvent supérieure à 1,5.

1980 à 2008, l'accélération. Ouverture chinoise engagée en 1978, entrée de la Chine à l'OMC en décembre 2001, montée des nouveaux pays industrialisés d'Asie, fin du bloc soviétique. La part de la Chine dans les exportations mondiales de marchandises passe d'environ 1 % en 1980 à de l'ordre de 14 à 15 % aujourd'hui selon l'OMC. Le rapport du commerce de biens et services au PIB mondial, mesuré par la Banque mondiale comme la somme des exportations et des importations, passe d'environ 25 % en 1970 à un pic proche de 60 % en 2008.

Depuis 2008, ralentissement et fragmentation. L'élasticité du commerce au PIB revient autour de 1. On parle de ralentissement de la mondialisation. Les flux mondiaux d'IDE, après des pics proches de 2 000 milliards de dollars en 2007 puis en 2015, se situent selon la CNUCED autour de 1 300 à 1 500 milliards de dollars par an au début des années 2020. Le stock mondial d'IDE dépasse 40 000 milliards de dollars. Le commerce de services représente de l'ordre d'un quart des échanges mondiaux en valeur, avec un poids qui augmente. Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine à partir de 2018, la pandémie de 2020, la guerre en Ukraine depuis 2022 et les politiques industrielles de type Inflation Reduction Act aux États-Unis en 2022 nourrissent les stratégies de relocalisation et de sécurisation des approvisionnements.

Les acteurs. Environ 100 000 groupes multinationaux dans le monde selon les estimations de la CNUCED, avec plusieurs centaines de milliers de filiales. Du côté institutionnel, le FMI et la Banque mondiale nés en 1944, le GATT en 1947 remplacé par l'OMC le 1er janvier 1995, la CNUCED créée en 1964 comme forum des pays en développement, l'OIT depuis 1919, l'OCDE depuis 1961, et le G20 devenu sommet de chefs d'État en 2008.

Débats et controverses

La mondialisation est-elle nouvelle ? Les tenants de la continuité rappellent que le degré d'ouverture de 1913 n'a été retrouvé que dans les années 1970. Les tenants de la rupture répondent que la nature du phénomène a changé, avec la fragmentation productive, la place des services et l'intégration financière, sans équivalent avant 1914.

Est-elle réversible ? L'exemple de 1914 à 1945 prouve qu'elle peut l'être. L'argument inverse insiste sur la profondeur des chaînes de valeur et sur le coût de leur démantèlement. La période récente offre des signes des deux côtés, recul des flux d'IDE et régionalisation, mais niveau d'échange qui reste historiquement très élevé.

Les firmes ont elles pris le pas sur les États ? Le chiffre d'affaires des plus grands groupes dépasse le PIB de nombreux pays, mais la comparaison est fautive puisqu'elle oppose un chiffre d'affaires à une valeur ajoutée. Les États conservent la fiscalité, le droit et la monnaie, comme l'a montré l'accord de l'OCDE de 2021 sur l'imposition minimale des grands groupes.

Ouverture et développement. Le débat oppose ceux qui voient dans l'ouverture le moteur du rattrapage asiatique et ceux qui soulignent que ce rattrapage s'est fait avec des politiques industrielles actives et une ouverture séquencée, pas avec une libéralisation immédiate.

Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. Une périodisation en quatre temps solidement datée, 1846 à 1914, 1914 à 1945, 1945 à 1980, 1980 à nos jours, avec un fait et un chiffre par période.
  2. Un plan type pour « la mondialisation est elle irréversible », d'abord une dynamique cumulative portée par la technique et les institutions, ensuite des retournements politiques historiquement attestés, enfin une recomposition régionale plutôt qu'un démantèlement.
  3. Un plan type pour « les firmes multinationales dominent elles l'économie mondiale », poids réel, capacité de contournement des États, limites et reprise en main institutionnelle.
  4. Les auteurs à citer sans hésiter, List pour le protectionnisme éducateur, Vernon pour le cycle du produit, Hymer et Dunning pour la multinationale, Bairoch pour le contre exemple historique, Berger pour la réversibilité, Baldwin pour la fragmentation.
  5. Des exemples concrets et vérifiables, le conteneur normalisé diffusé à partir des années 1960, l'assemblage d'un smartphone réparti entre une dizaine de pays, la stratégie de Toyota implantant des usines en Europe et en Amérique du Nord pour contourner les barrières.
  6. Piège classique, confondre délocalisation et désindustrialisation. Les travaux disponibles pour la France attribuent aux délocalisations une part minoritaire des pertes d'emplois industriels, les gains de productivité et l'externalisation vers les services comptant davantage.
  7. Piège classique, commenter un taux d'ouverture sans dire de quelle formule il s'agit, ou comparer un grand pays et un petit pays sans rappeler que la taille joue mécaniquement contre l'ouverture.
  8. Piège classique, parler de « la mondialisation » comme d'un sujet agissant. Ce sont des décisions publiques et des stratégies d'entreprises qui la produisent.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Taux d'ouverture : demi-somme des exportations et des importations rapportée au PIB, ou somme des deux selon la source. Énoncer la convention avant tout commentaire.
  • Taux de pénétration : importations rapportées à la demande intérieure. Taux d'effort à l'exportation : exportations rapportées à la production. Taux de couverture : exportations rapportées aux importations.
  • Commerce mesuré en valeur brute contre valeur ajoutée : un bien qui traverse plusieurs frontières est compté plusieurs fois, la mesure en valeur ajoutée corrige ce double compte.
  • Internationalisation : échange de biens et services entre économies nationales. Multinationalisation : implantation productive à l'étranger. Globalisation : organisation mondiale intégrée de la production et de la finance.
  • Division internationale du travail : répartition des productions entre pays. Division internationale des processus productifs : fragmentation d'un même produit en tâches localisées dans plusieurs pays.
  • Chaîne de valeur mondiale : ensemble des étapes de conception, production, assemblage et distribution d'un produit réparties entre plusieurs pays.
  • Investissement direct à l'étranger : prise de participation durable, au moins 10 % du capital, avec intention d'influencer la gestion. En dessous, investissement de portefeuille.
  • IDE horizontal : duplication de la production près du marché visé. IDE vertical : localisation d'un segment là où le facteur est le moins cher.
  • Firme multinationale : entreprise contrôlant au moins une unité de production hors de son pays d'origine. Commerce intra firme : échanges entre filiales d'un même groupe, environ un tiers du commerce mondial de marchandises.
  • Délocalisation : transfert d'une activité existante vers l'étranger. Externalisation : confier à un tiers une activité auparavant interne.
  • Droit de douane : taxe sur les importations, ad valorem ou spécifique. Contingent : limitation en quantité. Barrière non tarifaire : norme, procédure, exigence sanitaire.
  • Clause de la nation la plus favorisée : tout avantage accordé à un partenaire est étendu à tous. Principe du GATT, diffusé en Europe dès 1860 par le traité franco-britannique.
  • Élasticité du commerce au PIB : rapport du taux de croissance du commerce mondial à celui du PIB mondial. Supérieure à 1,5 de 1985 à 2008, proche de 1 depuis.

Chaînes de raisonnement

Pourquoi la baisse des coûts de transport ouvre les économies. Un bien est échangé quand l'écart de prix entre deux pays dépasse le coût pour le déplacer. Le chemin de fer, la navigation à vapeur, le canal de Suez puis le conteneur font chuter ce coût. Des biens jusque-là non échangeables, blé, viande, minerais, deviennent échangeables et les prix convergent entre continents.

Pourquoi la première mondialisation a été défaite. La convergence des prix agricoles ruine les propriétaires fonciers européens, qui obtiennent des tarifs dès 1879 en Allemagne et 1892 en France. La guerre de 1914 coupe les flux, l'inflation et l'instabilité monétaire des années 1920 empêchent le retour, la crise de 1929 déclenche une spirale de représailles tarifaires. Ce sont des décisions politiques qui ont fermé ce que la technique avait ouvert.

Pourquoi le multilatéralisme a relancé les échanges après 1947. Le GATT impose la clause de la nation la plus favorisée et la réciprocité, ce qui rend chaque concession tarifaire multilatérale. Les cycles successifs abaissent les droits industriels de 40 % à quelques points. La baisse des droits, la croissance des Trente Glorieuses et la stabilité des changes de Bretton Woods font croître le commerce plus vite que la production.

Pourquoi la production s'est fragmentée après 1990. Tant que coordonner des tâches à distance coûte cher, elles restent groupées sur un site. Les technologies de l'information abaissent ce coût, tandis que les écarts de salaires entre pays restent énormes. Il devient rentable de découper la production en tâches et de placer chacune là où elle coûte le moins. C'est la seconde séparation de Baldwin, celle qui explique la montée de la Chine et de l'Asie de l'Est.

Pourquoi une firme investit à l'étranger plutôt que d'exporter ou de vendre une licence. Elle doit détenir un avantage spécifique qui compense son handicap d'étrangère. Le pays d'accueil doit offrir un avantage de localisation, marché ou coût. L'internalisation doit être préférable au marché, parce que la licence exposerait la technologie ou parce que la coordination interne est moins coûteuse. Si l'une des trois conditions manque, l'IDE ne se produit pas.

Pourquoi le commerce ralentit depuis 2008. La fragmentation a atteint un plateau, la Chine remonte les chaînes de valeur et produit elle-même ses composants, la part des services, moins échangeables, augmente dans le PIB mondial. S'ajoutent depuis 2018 les tensions commerciales, puis les chocs de la pandémie et de la guerre en Ukraine qui poussent à la sécurisation des approvisionnements. Le commerce ne recule pas, il cesse de croître plus vite que le PIB.

Exemples et références à connaître

  1. Friedrich List, 1841, protectionnisme éducateur pour les industries dans l'enfance. À citer avec l'exemple américain et allemand du XIXe siècle.
  2. Paul Bairoch, 1993, le XIXe siècle n'a été libre-échangiste que brièvement et les pays protégés ont crû plus vite. Contre-exemple obligatoire.
  3. Suzanne Berger, 2003, la première mondialisation de 1870 à 1914 a été très profonde et réversible.
  4. Charles Kindleberger, 1973, spirale du commerce mondial entre 1929 et 1933, chute d'environ deux tiers en valeur, et absence de stabilisateur hégémonique.
  5. Raymond Vernon, 1966, cycle de vie du produit. Explique les vagues de délocalisation des produits standardisés.
  6. Stephen Hymer, 1960, et John Dunning, paradigme OLI. Références obligatoires sur la firme multinationale.
  7. Charles-Albert Michalet, trois configurations, internationale, multinationale, globale.
  8. Richard Baldwin, 2016, deux séparations, entre production et consommation puis entre les tâches.
  9. Ordres de grandeur : exportations mondiales autour de 8 % du PIB mondial en 1913, rapport commerce sur PIB mondial de 25 % en 1970 à près de 60 % en 2008, part de la Chine dans les exportations mondiales de 1 % en 1980 à environ 14 % aujourd'hui, flux d'IDE entre 1 300 et 1 500 milliards de dollars par an au début des années 2020, migrants internationaux autour de 3,5 % de la population mondiale.
  10. Dates : Corn Laws abrogées en 1846, traité Cobden-Chevalier en 1860, tarif Méline en 1892, Smoot-Hawley en 1930, GATT en 1947, OMC en 1995, Chine à l'OMC en 2001, guerre commerciale sino-américaine à partir de 2018.

Techniques

Analyse d'un tableau de commerce extérieur

Réflexe. Vérifier l'unité, valeur ou volume, biens seuls ou biens et services. Calculer les ratios pertinents, taux d'ouverture, taux de couverture, part de marché. Distinguer effet de taille, un grand pays est mécaniquement moins ouvert, et effet de structure, un pays exportateur de produits primaires a un commerce volatil.

Mini-exemple. Un pays a un PIB de 2 500, des exportations de 600 et des importations de 660. Taux d'ouverture en demi-somme : 630 sur 2 500, soit 25,2 %. En somme : 50,4 %. Taux de couverture : 600 sur 660, soit 91 %. Solde des biens et services : moins 60, soit 2,4 points de PIB. Si 25 % de la valeur des exportations est du contenu importé, la valeur ajoutée nationale exportée n'est que de 450, et le taux d'ouverture en valeur ajoutée tombe nettement. Le commentaire porte sur cet écart, pas sur le chiffre brut.

Analyse d'un graphique de long terme

Réflexe. Repérer les ruptures de pente et les dater. Associer chaque phase à un fait technique, un fait institutionnel et un fait politique. Ne pas confondre une baisse du niveau et une baisse du taux de croissance.

Mini-exemple. Une courbe du rapport exportations sur PIB mondial depuis 1870 monte jusqu'en 1913, s'effondre jusqu'en 1945, ne retrouve le niveau de 1913 que vers 1970, accélère après 1985 et plafonne depuis 2008. La lecture attendue nomme le chemin de fer et Cobden-Chevalier, puis la guerre et Smoot-Hawley, puis le GATT et Bretton Woods, puis la Chine et les chaînes de valeur, enfin la saturation de la fragmentation et les tensions géopolitiques.

Le plan de dissertation sur ce chapitre

Le chapitre appelle des plans chronologiques ou des plans par acteurs. Sur un sujet de dynamique, réversibilité ou nouveauté, on part de la dynamique cumulative, on montre les retournements, puis on caractérise la période actuelle sans la surinterpréter. Sur un sujet d'acteurs, on décrit le poids réel, les stratégies, puis les limites et les réponses institutionnelles.

Mini-exemple. « La mondialisation est-elle un phénomène nouveau ? » Première partie, non, la première mondialisation a atteint des niveaux d'ouverture comparables, avec des migrations et des flux de capitaux plus importants qu'aujourd'hui en proportion. Deuxième partie, oui, par sa nature, fragmentation productive, services, firmes globales, intégration financière en temps réel. Troisième partie, la nouveauté est aussi institutionnelle, un ordre multilatéral construit après 1947, aujourd'hui contesté.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 3. La première mondialisation

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, les vecteurs, chemin de fer, vapeur, télégraphe, Suez en 1869, étalon-or, traité de 1860 et diffusion de la clause de la nation la plus favorisée. Deux, l'ampleur, exportations mondiales autour de 8 % du PIB en 1913, 50 à 60 millions d'Européens émigrés, capitaux britanniques exportés à plusieurs points de PIB par an, convergence des prix du blé. Trois, les limites et la fin, retour du protectionnisme continental dès 1879, réaction des perdants de la convergence, rupture de 1914. Conclure sur Berger et sur la réversibilité.

Sujet 4. Faut-il parler de démondialisation ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, les faits qui vont dans ce sens, élasticité du commerce au PIB revenue autour de 1 depuis 2008, recul des flux d'IDE, guerre commerciale, pandémie, sanctions, relocalisations subventionnées. Deux, les faits qui vont contre, niveau d'ouverture resté proche de son pic, commerce de services et flux de données en hausse, chaînes de valeur qui se diversifient plutôt qu'elles ne se raccourcissent. Trois, un terme à préciser, ralentissement de la croissance du commerce, régionalisation et politisation plutôt que retour à l'autarcie. Signaler que le mot démondialisation vient d'un débat militant avant d'être un concept économique.

Sujet 5. Les migrations internationales sont-elles un vecteur de la mondialisation ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, un vecteur majeur hier, 50 à 60 millions d'Européens vers les Amériques et l'Océanie entre 1850 et 1914, convergence des salaires réels entre Europe et pays neufs. Deux, un vecteur bridé aujourd'hui, part des migrants stable autour de 3 à 3,5 % de la population mondiale, restrictions depuis les années 1920 aux États-Unis puis dans les années 1970 en Europe, alors que biens et capitaux circulent librement. Trois, une asymétrie qui a des effets, le commerce des biens et les IDE se substituent en partie à la mobilité du travail, ce qui renvoie au théorème d'égalisation des prix des facteurs, et les transferts des migrants dépassent l'aide publique au développement.

Sujet 6. Le protectionnisme est-il de retour ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, il n'a jamais disparu, droits agricoles, accord multifibres de 1974 à 2004, antidumping, barrières non tarifaires, Bairoch sur le XIXe siècle. Deux, un retour visible depuis 2018, guerre commerciale sino-américaine, subventions industrielles, contrôle des exportations de technologies, avec des motifs géopolitiques plus que l'argument de List. Trois, un protectionnisme sous contrainte, les chaînes de valeur rendent les droits coûteux pour les producteurs eux-mêmes, les représailles sont rapides, la forme dominante est la politique industrielle et la régionalisation, pas un retour à 1930.

Sujet 1. La mondialisation est-elle irréversible ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Accroche : le niveau d'ouverture de 1913 n'a été retrouvé qu'un demi-siècle plus tard. Problématique : une dynamique portée par la technique et par les chaînes de valeur peut-elle être défaite par des décisions politiques comme le fut la première mondialisation.

I. Une dynamique cumulative. Baisse des coûts de transport et de coordination, rendements croissants des réseaux, verrouillage par les chaînes de valeur. Les institutions multilatérales rendent les concessions difficiles à retirer. Baldwin pour la mécanique, Michalet pour les configurations.

II. Des retournements historiquement attestés. 1879 à 1945, protectionnisme puis effondrement, Bairoch et Berger. La mondialisation est le produit de choix, elle peut être défaite par des choix. Depuis 2008, plateau du commerce, recul des IDE, guerre commerciale de 2018, sanctions, relocalisations et politiques industrielles.

III. Une recomposition plutôt qu'un démantèlement. Le niveau d'échange reste historiquement élevé, les chaînes se régionalisent et se diversifient plutôt qu'elles ne se rompent. Les services numériques continuent de croître. La question devient celle de la forme de la mondialisation, plus régionale et plus politique, pas celle de sa disparition.

Sujet 2. Les firmes multinationales ont-elles pris le pouvoir sur les États ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet Ecricome

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Accroche : un grand groupe numérique affiche un chiffre d'affaires supérieur au PIB de nombreux pays. Problématique : le poids des firmes se traduit-il en pouvoir sur les États ou en dépendance à leur égard.

I. Un poids réel et des stratégies de contournement. Un tiers du commerce mondial en intra firme, capacité à choisir la localisation des activités et des profits, optimisation fiscale, arbitrage réglementaire. Hymer et Dunning pour la logique, Vernon pour la dynamique.

II. Une comparaison trompeuse et des dépendances. Comparer un chiffre d'affaires à un PIB revient à comparer une production brute à une valeur ajoutée. Les firmes dépendent des États pour le droit, la monnaie, la sécurité, les infrastructures et les marchés publics. Les IDE se dirigent vers les États stables et non vers les États faibles.

III. Une reprise en main institutionnelle. Accord de l'OCDE de 2021 sur un impôt minimal des grands groupes, contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques, sanctions extraterritoriales, politiques industrielles. Le rapport de force se déplace vers les grands États et les blocs régionaux, pas vers les firmes.

Erreurs fréquentes

  1. Commenter un taux d'ouverture sans donner sa formule, ou comparer un grand pays et un petit pays sans tenir compte de la taille.
  2. Confondre délocalisation, externalisation et désindustrialisation. Les délocalisations n'expliquent qu'une part minoritaire des pertes d'emplois industriels en France.
  3. Écrire que le XIXe siècle a été le siècle du libre-échange. Seules les années 1860 à 1879 l'ont été en Europe continentale, et les États-Unis ont été protectionnistes jusqu'en 1945.
  4. Comparer le chiffre d'affaires d'une firme au PIB d'un pays. Il faut comparer valeur ajoutée à valeur ajoutée.
  5. Faire de la mondialisation un sujet qui agit tout seul. Il faut toujours nommer les acteurs, États, institutions, firmes, et les décisions qui produisent chaque phase.

Fiche rédigée à partir du programme officiel ECG d'ESH (2021), module 3 « La mondialisation économique et financière », partie 3.1 « La dynamique de la mondialisation économique », point 3.1.1. Elle traite l'évolution des échanges de biens et de services, les mouvements de facteurs de production, les politiques commerciales depuis le XIXe siècle, le rôle des institutions internationales et celui des firmes multinationales.