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ECG1 · ESH · semaine 11

Les défaillances de marché

Situations de défaillance du marché, monopole naturel, biens collectifs, biens communs, externalités et asymétries d'information. Étude des externalités et modalités de leur internalisation. Le chapitre prolonge l'analyse de l'équilibre concurrentiel.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. Une défaillance de marché est une situation où l'équilibre concurrentiel n'est pas un optimum de Pareto, parce qu'une hypothèse du premier théorème du bien-être est violée.
  2. Le monopole naturel vient de coûts moyens décroissants. La tarification au coût marginal y est efficace mais déficitaire, d'où des solutions de second rang et la séparation entre réseau et services.
  3. La typologie par rivalité et exclusion distingue biens privés, biens collectifs, biens de club et biens communs, avec le passager clandestin d'un côté et la surexploitation de l'autre.
  4. Les externalités créent un écart entre coût privé et coût social. On les internalise par la taxe, par les quotas échangeables, par la norme ou par la négociation des droits.
  5. Les asymétries d'information engendrent antisélection avant le contrat et aléa moral après, avec des réponses de marché, signal, filtrage, réputation, et des réponses publiques, assurance obligatoire et régulation.
Pourquoi ce chapitre

C'est le chapitre qui justifie économiquement l'intervention publique, et c'est à ce titre qu'il revient sans cesse aux concours. Une défaillance de marché est une situation où l'équilibre concurrentiel n'est pas un optimum de Pareto, c'est-à-dire où l'une des hypothèses du premier théorème du bien-être est violée.

Il s'appuie entièrement sur le chapitre précédent. Le premier théorème du bien-être suppose des marchés complets, l'absence d'externalités, l'information parfaite et l'atomicité. Chaque défaillance étudiée ici correspond à la levée d'une de ces hypothèses, et c'est ainsi qu'il faut les présenter en copie.

Il est décisif pour les sujets contemporains, environnement et climat, santé, numérique et données, régulation de la finance, services publics en réseau. En colle, on attend une typologie exacte des biens, le mécanisme du passager clandestin, l'opposition entre Pigou et Coase, et un exemple chiffré d'internalisation.

Notions et mécanismes

Le monopole naturel

Un monopole naturel existe quand une seule entreprise peut servir le marché à un coût inférieur à celui de plusieurs. La cause est la présence de coûts fixes très élevés et de coûts marginaux faibles, ce qui rend le coût moyen décroissant sur toute la plage de demande pertinente. La propriété exacte est la subadditivité de la fonction de coût.

Les exemples typiques sont les réseaux, distribution d'eau, transport d'électricité, rail, égouts. Dupliquer le réseau serait un gaspillage.

Le dilemme est connu. La tarification au coût marginal, qui serait optimale au sens de l'efficacité, conduit à un prix inférieur au coût moyen et donc à une perte pour l'entreprise. Il faut alors soit subventionner, soit tarifer au coût moyen, ce qui rétablit l'équilibre financier au prix d'une perte d'efficacité, soit pratiquer une tarification en deux parties, un abonnement fixe et un prix variable, soit des prix différenciés selon l'élasticité, logique dite de Ramsey et Boiteux.

La réponse institutionnelle contemporaine sépare souvent l'infrastructure, monopole régulé, et les services, ouverts à la concurrence. C'est le principe des réformes européennes de l'électricité, du gaz et du rail depuis les années 1990.

La typologie des biens

Deux critères suffisent. La rivalité, quand la consommation par un agent réduit la quantité disponible pour les autres. L'exclusion, quand il est techniquement et économiquement possible d'empêcher quelqu'un de consommer.

Un bien privé est rival et exclusif. Une baguette de pain.

Un bien collectif pur est non rival et non exclusif. La défense nationale, l'éclairage public, la stabilité du climat. Le marché ne le produit pas spontanément, car chacun a intérêt à laisser payer les autres tout en bénéficiant du bien. C'est le passager clandestin. La production optimale exige en général un financement par l'impôt.

Un bien de club est non rival et exclusif. Une chaîne de télévision cryptée, une autoroute à péage peu fréquentée, un logiciel sous licence. Le marché peut le produire, au prix d'une exclusion inefficace puisque le coût marginal d'un usager supplémentaire est nul.

Un bien commun est rival et non exclusif. Une nappe phréatique, un stock de poissons, une forêt en accès libre, l'atmosphère comme réceptacle des émissions. Il se caractérise par un risque de surexploitation, puisque chaque usager supporte une part infime du coût qu'il impose aux autres.

Les externalités

Une externalité est un effet de l'activité d'un agent sur le bien-être d'un autre, qui ne passe pas par le marché et ne donne lieu à aucune compensation monétaire.

Une externalité négative, comme la pollution, fait que le coût privé du producteur est inférieur au coût social. La quantité produite à l'équilibre de marché est donc supérieure à la quantité socialement optimale.

Une externalité positive, comme la vaccination, la recherche fondamentale ou l'entretien d'un paysage, fait que le bénéfice privé est inférieur au bénéfice social. La quantité produite est inférieure à l'optimum.

Le raisonnement graphique est toujours le même. On trace le coût privé et le coût social, l'écart vertical est l'externalité, et la quantité optimale est celle où le bénéfice marginal social égale le coût marginal social. L'écart entre les deux quantités mesure la perte de bien-être.

L'internalisation des externalités

Internaliser signifie faire entrer l'externalité dans le calcul de l'agent qui la produit. Quatre grandes modalités.

La taxe pigouvienne consiste à taxer chaque unité polluante à hauteur du dommage marginal à l'optimum. Le coût privé rejoint alors le coût social. Symétriquement, une subvention corrige une externalité positive. L'avantage est l'efficacité, chaque agent réduit sa pollution tant que le coût de réduction est inférieur à la taxe, ce qui égalise les coûts marginaux de dépollution. La difficulté est de connaître le dommage marginal.

Le marché de droits à polluer consiste à fixer une quantité totale d'émissions, à distribuer ou vendre des quotas, puis à laisser les agents les échanger. Le prix du quota émerge du marché. L'avantage est la certitude sur la quantité, la difficulté est la volatilité du prix et l'allocation initiale. L'idée est proposée par John Dales en 1968.

La réglementation directe, normes d'émission, interdictions, plafonds, est simple et lisible mais peu efficace au sens économique, car elle impose le même effort à des agents dont les coûts de dépollution diffèrent.

La négociation privée, défendue par Ronald Coase en 1960, consiste à laisser les parties s'entendre. Si les droits de propriété sont clairement définis et si les coûts de transaction sont nuls, la négociation aboutit à l'allocation efficace, quelle que soit l'attribution initiale des droits. C'est le théorème de Coase. Son intérêt est de montrer que l'externalité est un problème de droits mal définis. Sa limite est que les coûts de transaction sont rarement négligeables, en particulier quand les victimes sont nombreuses et dispersées, ce qui est précisément le cas du climat.

Les asymétries d'information

Il y a asymétrie quand une partie détient une information que l'autre n'a pas. Deux formes, selon le moment.

L'antisélection concerne une information cachée avant le contrat. George Akerlof l'illustre en 1970 avec le marché des voitures d'occasion. L'acheteur ne distingue pas les bonnes des mauvaises, il ne propose donc qu'un prix moyen. Les vendeurs de bons véhicules se retirent, la qualité moyenne baisse, le prix baisse encore. Le marché peut se réduire à peu de choses, voire disparaître. On retrouve le mécanisme en assurance, où les plus risqués sont les plus demandeurs, et sur le marché du crédit.

L'aléa moral concerne une action cachée après le contrat. L'assuré assuré contre le vol devient moins prudent. La banque garantie par l'État prend plus de risques. Le salarié dont l'effort n'est pas observable en fournit moins.

Les réponses de marché existent. Le signal, analysé par Michael Spence en 1973, consiste pour la partie informée à émettre un indice coûteux à imiter, le diplôme sur le marché du travail par exemple. Le filtrage, analysé par Joseph Stiglitz et Michael Rothschild en 1976, consiste pour la partie non informée à proposer un menu de contrats qui pousse les agents à se révéler, franchise faible contre prime élevée ou l'inverse. S'y ajoutent la réputation, la garantie, la certification, les intermédiaires et la relation d'agence avec incitations.

La théorie de l'agence, formalisée par Michael Jensen et William Meckling en 1976, généralise le problème. Un principal délègue à un agent dont il n'observe ni l'effort ni l'information, ce qui engendre des coûts d'agence, surveillance, dédouanement et perte résiduelle.

Les limites de l'intervention correctrice

Constater une défaillance de marché ne démontre pas qu'une intervention l'améliorera. L'État souffre aussi d'asymétries d'information, il peut être capturé par les intérêts qu'il régule, et ses agents ont leurs propres objectifs. C'est l'argument central de l'école des choix publics, avec James Buchanan et Gordon Tullock à partir de 1962.

Le théorème du second rang, établi par Richard Lipsey et Kelvin Lancaster en 1956, ajoute une mise en garde méthodologique. Si une condition de l'optimum ne peut pas être satisfaite, il n'est pas dit que respecter toutes les autres soit la meilleure solution. Corriger une seule défaillance dans un monde qui en compte plusieurs peut dégrader le résultat.

Auteurs et théories de référence

Jules Dupuit établit dans les années 1840 la mesure de l'utilité des travaux publics et pose la question de la tarification des infrastructures. Alfred Marshall introduit dès 1890 la notion d'économie externe, avantage qu'une entreprise retire de la présence d'autres entreprises, ce qui fonde l'analyse des districts industriels.

Arthur Cecil Pigou publie en 1920 son ouvrage sur l'économie du bien-être. Il formalise l'écart entre coût privé et coût social et propose la taxe correctrice qui porte son nom.

Paul Samuelson donne en 1954 la définition rigoureuse du bien collectif pur par la non-rivalité, et la condition d'optimalité de sa production, à savoir l'égalité entre la somme des dispositions marginales à payer et le coût marginal.

Ronald Coase publie en 1960 son article sur le problème du coût social. Il conteste l'approche pigouvienne, souligne le caractère réciproque du dommage et met les coûts de transaction au centre. Il reçoit le prix en 1991.

Mancur Olson publie en 1965 sa logique de l'action collective. Dans un grand groupe, l'intérêt commun ne suffit pas à produire l'action collective, faute d'incitations sélectives. C'est la version politique du passager clandestin.

James Buchanan publie en 1965 une théorie économique des clubs, et avec Gordon Tullock en 1962 un ouvrage fondateur des choix publics.

Garrett Hardin publie en 1968 un article sur la tragédie des biens communs, à partir de l'exemple d'un pâturage en accès libre où chaque éleveur a intérêt à ajouter une bête jusqu'à l'épuisement de la ressource. Il en conclut à la nécessité de la propriété privée ou de la contrainte publique.

Elinor Ostrom conteste cette alternative dans son ouvrage de 1990 sur la gouvernance des biens communs. À partir d'enquêtes de terrain sur des systèmes d'irrigation, des pêcheries et des forêts, elle montre que des communautés d'usagers parviennent à gérer durablement une ressource commune, sous conditions, frontières claires, règles adaptées au contexte local, participation des usagers à leur élaboration, surveillance mutuelle, sanctions graduées et mécanismes de résolution des conflits. Elle reçoit le prix en 2009, première femme distinguée en économie.

George Akerlof, Michael Spence et Joseph Stiglitz reçoivent conjointement le prix en 2001 pour l'analyse des marchés à information asymétrique.

Kenneth Arrow montre dès 1963, dans une analyse du marché des soins, que l'incertitude et l'asymétrie d'information rendent ce marché structurellement différent des autres, ce qui fonde une grande partie de l'économie de la santé.

Jean Tirole, distingué en 2014, renouvelle l'analyse de la régulation des industries en réseau et des plateformes numériques, marchés dits bifaces.

Faits, chiffres et repères historiques

Environnement et climat. Le protocole de Montréal de 1987 sur les substances appauvrissant la couche d'ozone est le cas le plus souvent cité de coopération internationale réussie, avec une élimination de la quasi-totalité des substances visées. Le protocole de Kyoto est signé en 1997, l'accord de Paris en 2015 avec l'objectif de contenir le réchauffement nettement en dessous de deux degrés.

Le système européen d'échange de quotas d'émission est lancé en 2005. Il couvre une part importante des émissions industrielles et de production d'électricité de l'Union. Le prix du quota est resté très bas dans les années 2010, souvent sous 10 euros la tonne, faute d'un plafond assez contraignant, avant de monter nettement à partir de 2021, dans une fourchette de l'ordre de 60 à 90 euros la tonne en 2022 et 2023, source Commission européenne. Cet écart illustre la sensibilité du dispositif à l'allocation initiale.

La France instaure en 2014 une composante carbone dans les taxes sur les énergies fossiles, portée à 44,6 euros la tonne de dioxyde de carbone en 2018, puis gelée à ce niveau après le mouvement des gilets jaunes. C'est l'exemple à donner pour l'acceptabilité sociale d'une taxe pigouvienne. La commission présidée par Alain Quinet a recommandé en 2019 une valeur tutélaire du carbone de l'ordre de 250 euros la tonne à l'horizon 2030, ce qui mesure l'écart entre la recommandation économique et la fiscalité effective.

Le rapport Stern de 2006, commandé par le Trésor britannique, évalue le coût de l'inaction climatique entre 5 et 20 % du produit mondial par an à long terme, contre environ 1 % pour une stabilisation. Les chiffres sont discutés, notamment à cause du taux d'actualisation retenu.

Monopoles naturels et réseaux. En France, l'ouverture à la concurrence suit les directives européennes, électricité et gaz à partir de la fin des années 1990, ouverture aux particuliers en 2007, transport ferroviaire de voyageurs à partir de 2020. Les gestionnaires de réseau restent des monopoles régulés.

Information et santé. La dépense courante de santé représente en France de l'ordre de 12 % du PIB et le reste à charge des ménages y est parmi les plus faibles de l'OCDE, autour de 8 à 9 %, source Drees. Cette assurance obligatoire répond directement à l'antisélection.

Débats et controverses

Le premier débat oppose Pigou et Coase. Faut-il une taxe décidée par la puissance publique ou une définition claire des droits de propriété suivie d'une négociation. La réponse dépend des coûts de transaction et du nombre de parties. Pour une nuisance locale entre deux voisins, la négociation est plausible. Pour le climat, elle ne l'est pas.

Le deuxième débat oppose l'instrument prix et l'instrument quantité. La taxe donne de la certitude sur le coût mais pas sur le résultat environnemental. Le quota donne de la certitude sur la quantité mais un prix volatil. Martin Weitzman a montré dès 1974 que le choix optimal dépend des pentes relatives des courbes de coût et de dommage.

Le troisième débat concerne les communs. Hardin conclut en 1968 à la privatisation ou à la contrainte, Ostrom montre en 1990 qu'une troisième voie existe, la gouvernance collective. Ce débat irrigue aujourd'hui les questions d'eau, de pêche, de forêts et de communs numériques comme les logiciels libres ou les données.

Le quatrième débat porte sur l'étendue de la marchandisation. Faut-il créer un marché pour tout ce qui n'en a pas, biodiversité, droits à polluer, données personnelles. Les partisans invoquent l'efficacité, les opposants soulignent les effets d'éviction sur les motivations non marchandes et les objections morales, argument développé par Michael Sandel.

Le cinquième débat compare défaillances de marché et défaillances de l'État. L'école des choix publics souligne que le correcteur est lui-même un agent intéressé, faillible et parfois capturé. On répond qu'une défaillance publique ne prouve pas la supériorité de l'inaction, et qu'il faut comparer des dispositifs réels entre eux.

Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. Définir une défaillance de marché par la violation d'une hypothèse du premier théorème du bien-être. C'est la formulation la plus rigoureuse et elle relie les deux chapitres.
  2. Construire le tableau croisant rivalité et exclusion, avec un exemple par case, et l'appliquer au sujet, par exemple au climat comme bien commun mondial.
  3. Opposer Pigou 1920 et Coase 1960 sur l'internalisation, en concluant par le critère des coûts de transaction.
  4. Utiliser Hardin 1968 puis Ostrom 1990 pour dépasser l'alternative marché ou État.
  5. Mobiliser Akerlof 1970, Spence 1973 et Stiglitz 1976 pour tout sujet sur l'information, l'assurance, le crédit ou le marché du travail.
  6. Donner des chiffres d'internalisation, taxe carbone française à 44,6 euros la tonne depuis 2018 et valeur tutélaire recommandée bien supérieure, prix du quota européen.
  7. Piège fréquent : confondre bien collectif et bien produit par l'État. La correspondance n'est ni nécessaire ni suffisante, l'éclairage public est un bien collectif, un hôpital public produit surtout des soins qui sont des biens privés.
  8. Piège fréquent : conclure automatiquement à l'intervention publique. Il faut passer par les défaillances de l'État et par le théorème du second rang de Lipsey et Lancaster 1956.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Défaillance de marché : l'équilibre concurrentiel n'est pas un optimum de Pareto parce qu'une hypothèse du premier théorème du bien-être est violée.
  • Sous-additivité : produire la quantité totale coûte moins cher avec une seule entreprise qu'avec plusieurs. Un coût moyen décroissant suffit à l'assurer, mais la sous-additivité peut persister un peu au-delà du minimum du coût moyen.
  • Rivalité : la consommation d'une unité par un agent la retire aux autres. Exclusion : on peut empêcher un agent de consommer à un coût raisonnable.
  • Condition de Samuelson : pour un bien collectif pur, la production est optimale quand la somme des dispositions marginales à payer égale le coût marginal. On additionne les demandes verticalement, et non horizontalement comme pour un bien privé.
  • Passager clandestin : un agent profite d'un bien non exclusif sans contribuer à son financement.
  • Accès libre : sans règle d'accès, chaque usager exploite un bien commun tant que son gain privé est positif, ce qui dissipe la rente de la ressource.
  • Externalité technologique : effet direct hors marché sur l'utilité ou la production d'un autre agent. Externalité pécuniaire : effet transmis par les prix, qui n'est pas une défaillance.
  • Coût marginal social : coût marginal privé plus dommage marginal externe.
  • Taxe pigouvienne : taxe unitaire égale au dommage marginal évalué à la quantité optimale, et non à la quantité de départ.
  • Perte sèche : surplus total perdu par rapport à l'optimum, aire du triangle entre coût marginal social et demande.
  • Quota échangeable : droit d'émettre une unité, dont le plafond total est fixé par la puissance publique et le prix par l'échange.
  • Coûts de transaction : coûts de recherche des partenaires, de négociation, de rédaction et de contrôle des contrats.
  • Antisélection : information cachée avant le contrat. Aléa moral : action cachée après le contrat.
  • Signal : dépense coûteuse de la partie informée, crédible parce que moins coûteuse pour le bon type. Filtrage : menu de contrats proposé par la partie non informée pour faire révéler les types.
  • Capture : le régulateur finit par servir les intérêts de l'industrie régulée, thèse de George Stigler en 1971.

Chaînes de raisonnement

Du coût fixe au dilemme tarifaire. Un coût fixe élevé et un coût marginal faible rendent le coût moyen décroissant. Le coût marginal est alors inférieur au coût moyen, donc tarifer au coût marginal fait perdre de l'argent à chaque unité vendue. On doit choisir entre efficacité avec subvention, équilibre budgétaire avec perte sèche, ou tarification en deux parties.

De la non-rivalité au sous-financement. Comme le bien est non rival, sa valeur sociale est la somme des valeurs individuelles. Chaque agent compare pourtant sa seule valeur marginale au coût marginal quand il décide de contribuer. La contribution volontaire s'arrête donc trop tôt, et le plus faible demandeur ne contribue souvent rien du tout.

De l'accès libre à la tragédie. Un éleveur qui ajoute une bête en garde tout le produit mais ne supporte qu'une fraction de la baisse de rendement du pâturage. Chacun ajoute donc des bêtes au-delà de l'optimum collectif. La ressource est surexploitée même si tous savent qu'elle s'épuise.

De l'externalité à la perte sèche. Le producteur égalise prix et coût marginal privé, inférieur au coût social. Il produit donc au-delà du point où le bénéfice marginal social égale le coût marginal social. Chaque unité en trop coûte à la société plus qu'elle ne rapporte, et la somme de ces écarts est la perte sèche.

Pourquoi la taxe est moins coûteuse que la norme. Face à une taxe, chaque pollueur réduit ses émissions tant que dépolluer lui coûte moins que payer la taxe. Tous finissent avec le même coût marginal de dépollution, égal à la taxe. Aucune réallocation de l'effort ne peut alors réduire le coût total, ce que la norme uniforme ne garantit pas.

Pourquoi l'attribution des droits ne change pas l'efficacité chez Coase. On suppose les coûts de transaction nuls. Si la dépollution coûte moins que le dommage, la partie qui détient le droit trouve toujours un prix qui arrange les deux. Si elle coûte plus, aucun accord ne la rend avantageuse. L'attribution des droits ne décide alors que de qui paie qui, donc de la répartition.

De l'antisélection à la disparition du marché. Le prix reflète la qualité moyenne. Il est inférieur à ce qu'exigent les vendeurs de bonne qualité, qui sortent du marché. La qualité moyenne baisse, le prix aussi, et le processus peut se poursuivre jusqu'à ce que seuls les mauvais produits s'échangent.

Exemples et références à connaître

  1. Les phares britanniques. Coase montre en 1974 qu'ils ont longtemps été financés par des droits perçus dans les ports. Exemple parfait pour dire qu'un bien réputé collectif peut être financé sans impôt, si l'on trouve un point d'exclusion.
  2. La morue de Terre-Neuve. Effondrement du stock et moratoire canadien de 1992. Cas type de tragédie d'un commun.
  3. Les communs étudiés par Ostrom, alpages de Törbel en Suisse et systèmes d'irrigation de Valence. Gestion durable pendant des siècles, preuve empirique d'une troisième voie.
  4. Le marché américain de permis de dioxyde de soufre créé en 1990 contre les pluies acides. Les émissions ont baissé à un coût bien inférieur aux prévisions. C'est l'exemple réussi d'instrument quantité.
  5. Le péage urbain de Londres introduit en 2003. Il taxe la congestion, externalité que les automobilistes s'imposent entre eux. Exemple concret de taxe pigouvienne acceptée.
  6. Joseph Stiglitz et Andrew Weiss en 1981. Le banquier ne relève pas son taux quand la demande de crédit est excédentaire, car un taux élevé attire les emprunteurs les plus risqués. Il rationne. C'est l'antisélection appliquée au crédit.
  7. La crise de 2008 et les banques « trop grandes pour faire faillite ». Une garantie publique implicite encourage la prise de risque, forme macroéconomique de l'aléa moral.
  8. L'obligation d'assurance automobile, en vigueur en France depuis 1958. Réponse publique à l'antisélection et à l'insolvabilité des responsables d'accidents.
  9. Les gestionnaires de réseau, RTE pour l'électricité et SNCF Réseau pour le rail. Exemples de monopoles naturels régulés, séparés des activités concurrentielles.

Techniques

Le graphique des externalités

On trace la demande, qui est aussi le bénéfice marginal social en l'absence d'externalité de consommation. On trace le coût marginal privé, puis le coût marginal social au-dessus, l'écart vertical étant le dommage marginal. On repère l'équilibre de marché, puis l'optimum, et on hachure le triangle de perte sèche entre les deux quantités. On ajoute la taxe comme une translation verticale du coût privé qui le fait passer par l'optimum.

Mini-exemple. Pour une externalité positive, on inverse la logique. Le bénéfice marginal social est au-dessus de la demande privée, la quantité de marché est trop faible et la subvention unitaire égale le bénéfice externe marginal à l'optimum.

Le raisonnement coasien chiffré

On compare trois nombres : le coût de la mesure correctrice, le dommage évité et les coûts de transaction. On examine ensuite les deux attributions possibles du droit.

Mini-exemple. Une usine abîme une pisciculture en aval, le dommage vaut 50. Un filtre coûte 30. Si l'usine a le droit de polluer, le pisciculteur lui verse entre 30 et 50 pour qu'elle installe le filtre. Si le pisciculteur a droit à une eau propre, l'usine installe le filtre plutôt que de payer 50. Dans les deux cas, le filtre est installé. Remplaçons le pisciculteur par cent pêcheurs subissant chacun un dommage de 0,5. Si l'usine détient le droit de polluer, les pêcheurs doivent se coaliser pour lui verser au moins 30. Si les réunir coûte plus de 20, le gain de l'accord, 50 moins 30, est absorbé et l'accord échoue, alors que le filtre serait efficace. Si ce sont les pêcheurs qui ont droit à une eau propre, l'usine installe le filtre sans négocier. Avec des coûts de transaction, l'attribution des droits décide donc de l'efficacité.

Analyse d'un document sur un instrument environnemental

Trois questions à poser au document. Quel instrument, prix ou quantité. Quelle variable il fixe et laquelle il laisse s'ajuster. Que révèle l'évolution observée sur le plafond, l'assiette ou l'acceptabilité. Une série de prix du quota européen se lit ainsi comme un indicateur de la rigueur du plafond, pas comme un signe d'échec ou de succès en soi.

Le plan de dissertation sur ce chapitre

Gabarit le plus sûr, en trois temps. Le marché échoue, pour une raison qu'on rattache à une hypothèse précise du premier théorème. Des corrections existent, publiques et privées, qu'on compare entre elles. Ces corrections ont des limites, défaillances de l'État, coûts de transaction, second rang, et le choix se fait au cas par cas.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 1. Externalité négative et taxe pigouvienne

Classiques de khôlle et concours · Exercice chiffré de khôlle

Sur un marché concurrentiel, la demande inverse est P égale 100 moins Q. Le coût marginal privé est 20 plus Q. Chaque unité produite cause un dommage externe constant de 20. Déterminer l'équilibre, l'optimum, la taxe correctrice et la perte sèche.

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Étape 1, équilibre de marché : 100 moins Q égale 20 plus Q, donc Q égale 40 et P égale 60. Étape 2, coût marginal social : 40 plus Q. Étape 3, optimum : 100 moins Q égale 40 plus Q, donc Q* égale 30 et P égale 70. Étape 4, une taxe unitaire de 20 ramène le coût privé au coût social. Les consommateurs paient 70, les producteurs reçoivent 50, la recette fiscale est 20 fois 30, soit 600. Étape 5, perte sèche : en Q égale 40, le coût social vaut 80 et la demande 60, l'écart est 20. Le triangle vaut un demi fois 10 fois 20, soit 100. Point où l'on se trompe : croire que les producteurs supportent toute la taxe. Ici elle est partagée à parts égales parce que les pentes de l'offre et de la demande sont égales en valeur absolue.

Sujet 8. Taxe carbone ou marché de quotas ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

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Plan attendu. Un, les deux instruments sont équivalents en information parfaite : même prix, même quantité, même coût minimal. Deux, ils diffèrent en incertitude, la taxe fixe le prix et laisse la quantité s'ajuster, le quota fait l'inverse. D'après Weitzman, le quota est préférable si le dommage croît très vite au-delà d'un seuil, la taxe si le coût de réduction est très sensible. Trois, l'économie politique : recettes fiscales et redistribution possible pour la taxe, gel de la composante carbone française après 2018, prix longtemps bas du quota européen faute de plafond contraignant.

Sujet 2. Bien collectif et passager clandestin

Autres exercices · Exercice chiffré

Deux voisins financent des lampadaires. La disposition marginale à payer de A est 10 moins G, celle de B est 8 moins G, où G est le nombre de lampadaires. Le coût marginal est 6. Comparer l'optimum et la contribution volontaire.

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Étape 1, bien non rival, on additionne verticalement : 18 moins 2G. Étape 2, condition de Samuelson : 18 moins 2G égale 6, donc G* égale 6. Étape 3, contribution volontaire : A seul financerait jusqu'à 10 moins G égale 6, soit 4 lampadaires. Étape 4, pour G égale 4, la disposition marginale à payer de B vaut 4, moins que 6. B ne finance donc rien et profite des 4 lampadaires. Étape 5, conclusion : 4 lampadaires au lieu de 6, sous-production due au passager clandestin. Point où l'on se trompe : additionner horizontalement les demandes comme pour un bien privé.

Sujet 3. Tarifer un monopole naturel

Autres exercices · Exercice chiffré

Un réseau a un coût total de 160 plus 2Q. La demande inverse est P égale 12 moins 0,1Q. Comparer le monopole libre, la tarification au coût marginal et la tarification au coût moyen.

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Étape 1, le coût moyen 160 divisé par Q, plus 2, décroît toujours : monopole naturel. Étape 2, monopole libre : la recette marginale 12 moins 0,2Q égale 2 donne Q égale 50, P égale 7, profit 350 moins 260, soit 90. Étape 3, coût marginal : P égale 2, Q égale 100, recette 200, coût 360, perte 160, exactement le coût fixe. Étape 4, coût moyen : 12 moins 0,1Q égale 160 divisé par Q plus 2 donne Q² moins 100Q plus 1600 égale 0, d'où Q égale 80 et P égale 4, profit nul. Étape 5, perte sèche par rapport à l'optimum : un demi fois 20 fois 2, soit 20, contre 125 pour le monopole libre. Étape 6, une tarification en deux parties, prix 2 et abonnements totalisant 160, atteint l'optimum si l'abonnement n'exclut aucun usager. Point où l'on se trompe : retenir la racine Q égale 20 au lieu de la plus grande.

Sujet 4. Norme, taxe ou quotas pour réduire une pollution

Autres exercices · Exercice chiffré d'entraînement

Deux entreprises doivent réduire ensemble leurs émissions de 12 unités. Le coût marginal de réduction de A est égal à la quantité réduite, celui de B au triple de sa quantité réduite. Comparer une norme de réduction égale à une taxe.

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Étape 1, norme de 6 unités chacune : A dépense 6² divisé par 2, soit 18, B dépense 3 fois 36 divisé par 2, soit 54. Total 72. Étape 2, efficacité : égaliser les coûts marginaux, donc la réduction de A est le triple de celle de B. Avec une somme de 12, B réduit 3 et A réduit 9. Étape 3, coûts : 81 divisé par 2 pour A, soit 40,5, et 13,5 pour B. Total 54. Étape 4, la taxe qui produit ce résultat vaut 9, coût marginal commun. Étape 5, avec des quotas répartis également, A réduit 9, revend 3 droits à B au prix de 9, et l'on retrouve 54. Point où l'on se trompe : conclure que la taxe est plus efficace que les quotas. À information parfaite, les deux atteignent le même coût minimal, ils diffèrent seulement en incertitude.

Sujet 5. Le marché des voitures d'occasion

Autres exercices · Exercice chiffré

Une part p des voitures est bonne. Les acheteurs valorisent une bonne voiture 10 000 et une mauvaise 4 000. Les vendeurs acceptent de céder une bonne voiture à partir de 8 000 et une mauvaise à partir de 3 000. Seuls les vendeurs connaissent la qualité. Montrer que le marché des bonnes voitures peut disparaître.

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Étape 1, si toutes les voitures sont offertes, l'acheteur paie au plus l'espérance : 10 000p plus 4 000 fois (1 moins p). Étape 2, les bons vendeurs restent si ce prix atteint 8 000, soit 6 000p supérieur ou égal à 4 000, donc p au moins deux tiers. Étape 3, pour p égale un demi, le prix maximal est 7 000, les bons vendeurs se retirent. Étape 4, les acheteurs l'anticipent, le prix tombe entre 3 000 et 4 000, seules les mauvaises s'échangent. Étape 5, bilan : des échanges mutuellement avantageux, 10 000 contre 8 000, n'ont pas lieu. Une garantie ou un contrôle technique certifié rétablirait le marché. Point où l'on se trompe : oublier que l'acheteur anticipe le retrait des bons vendeurs.

Sujet 6. Peut-on sortir de la tragédie des communs ?

Autres exercices · Dissertation

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Accroche : l'effondrement de la morue de Terre-Neuve. Problématique : la surexploitation est-elle une fatalité, et faut-il choisir entre le marché et l'État ?

I. Une surexploitation inscrite dans la logique de l'accès libre. Rivalité et non-exclusion, raisonnement de Hardin, dissipation de la rente. Le climat, commun mondial, en est la version extrême.

II. Deux solutions classiques. La privatisation ou les quotas individuels transférables en pêche donnent une incitation à préserver le stock. La contrainte publique fixe des plafonds, des saisons, des zones. Chacune a des limites : exclusion de petits usagers, coût du contrôle, capture.

III. La gouvernance collective, et ses conditions. Principes d'Ostrom, cas de Törbel et de Valence. Limite : ces principes supposent une communauté restreinte et stable, ce qui explique les difficultés de la gouvernance du climat, où l'on retrouve le passager clandestin entre États.

Sujet 7. Les défaillances de marché justifient-elles l'intervention de l'État ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Problématique : la défaillance de marché fournit une justification d'efficacité de l'intervention, à côté des motifs d'équité et des biens tutélaires. Suffit-elle à légitimer l'intervention de l'État ?

I. Les défaillances fondent l'intervention. Chaque cas se rattache à une hypothèse violée du premier théorème, et chacun appelle un instrument : impôt pour les biens collectifs, régulation pour le monopole naturel, taxe pour l'externalité, assurance obligatoire pour l'antisélection.

II. Le marché sait parfois se corriger lui-même. Négociation coasienne, signal et filtrage, réputation, phares financés par les ports, gestion communautaire. L'intervention publique n'est alors pas indispensable.

III. L'intervention a ses propres défaillances. Information imparfaite du régulateur, capture, objectifs propres des agents publics. Le second rang interdit de corriger une défaillance isolément sans réfléchir aux autres. Conclusion : il faut comparer des dispositifs imparfaits entre eux, comme le recommandait Coase.

Erreurs fréquentes

  1. Confondre bien commun et bien collectif. Le premier est rival et appelle un problème de surexploitation, le second est non rival et appelle un problème de sous-financement.
  2. Fixer la taxe au dommage marginal observé à l'équilibre de marché. Si le dommage marginal croît avec la quantité, la bonne taxe est le dommage marginal à l'optimum.
  3. Présenter le théorème de Coase sans ses deux hypothèses, droits de propriété bien définis et coûts de transaction nuls, ou affirmer que l'attribution des droits n'a aucun effet. Elle change la répartition, et avec des coûts de transaction elle peut changer l'efficacité.
  4. Inverser antisélection et aléa moral. Le critère est le moment : information cachée avant le contrat, action cachée après.
  5. Voir une défaillance dans toute variation de prix subie par un tiers. Une externalité pécuniaire passe par le marché et ne crée pas d'inefficacité.

Fiche rédigée à partir du programme officiel d'ESH (2021), module 1, partie 1.2 « Le comportement des agents et le fonctionnement du marché », point 1.2.3. Elle présente le monopole naturel, les biens collectifs, les biens communs, les externalités et les asymétries d'information, ainsi que les modalités d'internalisation des externalités.