La fiche de cours
Résumé en cinq points
- La dissertation met en œuvre les trois objectifs du programme, une culture précise, une réflexion personnelle et critique, une expression maîtrisée.
- Tout commence par l'analyse du sujet, définition de chaque terme, notions voisines, présupposés et enjeux.
- La problématique fait apparaître une tension réelle entre deux réponses défendables. Le plan, en général en trois parties, y répond par une progression qui aboutit à une solution.
- Les références sont précises, de première main, variées et toujours analysées au service de l'argument.
- L'introduction amorce, définit, problématise et annonce. Les transitions montrent la progression. La conclusion répond nettement. Clarté, correction et gestion du temps font partie de l'évaluation.
Pourquoi ce chapitre
En culture générale, il n'y a pas de programme d'œuvres à réciter. Le jury ne vérifie pas qu'un candidat a appris un cours, il juge sa capacité à penser un problème à partir d'un sujet court, en mobilisant une culture précise, dans une langue claire. C'est exactement ce que visent les trois objectifs du programme. La méthode de la dissertation n'est donc pas un ensemble de recettes formelles. C'est la forme que prend une réflexion rigoureuse quand elle doit convaincre un lecteur en quelques heures. La travailler dès la première année est décisif, car les progrès sont lents et se font copie après copie. Les rapports de jury répètent d'une année sur l'autre les mêmes reproches, absence de définition, récitation, catalogue de références, plan sans progression. Les connaître permet de les éviter.
Le cadre de l'exercice
Ce que dit le programme
La finalité de l'enseignement de lettres et philosophie est de former les élèves à une réflexion autonome et éclairée, par la lecture ample et directe d'œuvres de littérature et de philosophie, par l'étude des arts et des techniques, et par la pratique régulière de travaux écrits et oraux. Trois conséquences pour la dissertation.
- Les références doivent venir d'une fréquentation directe des œuvres, pas de résumés.
- La réflexion doit être personnelle, c'est-à-dire construite par le candidat, et non une opinion affirmée ni la reprise d'un corrigé.
- L'expression compte à part entière, car elle fait partie des objectifs de formation.
En première année, les rubriques du programme vont de l'héritage de la pensée grecque et latine aux principaux courants de pensée contemporains, en passant par les sciences, la technique et l'idée de progrès, la société, le droit et l'État modernes, le sujet, les Lumières et les courants artistiques. Elles constituent le socle de culture que la dissertation mobilise. En seconde année, les sujets portent sur le thème de l'année.
L'épreuve
Aux concours des écoles de management, la culture générale est évaluée par une dissertation, généralement de quatre heures, sur un sujet bref. Certains concours proposent un choix entre deux sujets. Le candidat ne dispose d'aucun document. Il faut vérifier chaque année, dans les notices des banques d'épreuves, la durée et les modalités exactes.
Analyser le sujet
Les formes de sujet
- Une notion seule, par exemple « La frontière ». Le sujet ne pose pas de question, c'est au candidat de faire apparaître le problème.
- Deux notions reliées, « Nature et culture », « Le travail et le loisir ». Il faut interroger le rapport, opposition, complémentarité, dépendance.
- Une question, « La technique nous rend-elle plus libres ? ». Le problème est apparemment donné, mais il faut en dégager les présupposés.
- Une citation, parfois accompagnée d'une consigne. Il faut en comprendre la thèse, la situer, puis la discuter.
- Une expression ou une formule, « Faire preuve d'humanité ». Chaque mot compte, y compris le verbe.
Définir chaque terme
L'analyse commence par les définitions, qui ne sont pas un préalable décoratif mais la matière même de la réflexion. Pour chaque terme important, on cherche.
- L'étymologie, quand elle éclaire, par exemple technique vient du grec technê, savoir-faire.
- Les sens usuels, souvent multiples, et les sens techniques, philosophiques, juridiques, économiques.
- Les notions voisines et les contraires, qui précisent le sens par différence. Pour liberté, indépendance, autonomie, licence, libération, et leurs contraires, contrainte, servitude, nécessité, dépendance.
- Les mots de liaison et les petits mots du sujet. Dans « La technique nous rend-elle plus libres ? », le nous désigne-t-il l'humanité, une société, des individus ? Le verbe rendre suppose une transformation. Le comparatif plus suppose une évolution par rapport à un état antérieur.
Présupposés et enjeux
Un sujet contient des présupposés, ce qu'il tient pour acquis. La question précédente suppose que la liberté peut être augmentée, qu'elle est donc une affaire de degré, et que la technique a un effet sur elle. On peut interroger ces présupposés. Il faut aussi dégager les enjeux, ce qui dépend de la réponse, par exemple notre rapport au progrès, la responsabilité des choix techniques, la place de l'homme dans la nature.
Erreurs fréquentes à ce stade
- Réduire le sujet à une question de cours voisine, et réciter.
- Glisser d'un terme à un autre sans le voir, par exemple de technique à technologie numérique, ou de liberté à bonheur.
- Oublier un terme, souvent le plus discret.
Construire la problématique
Qu'est-ce qu'un problème
Une question attend une réponse. Un problème naît d'une tension, d'un paradoxe, d'une contradiction entre deux réponses également fondées. Problématiser, c'est montrer pourquoi la question n'a pas de réponse évidente et pourquoi il vaut la peine de la poser. La problématique tient souvent en une ou deux phrases. Une seule question bien formulée vaut mieux qu'une liste de questions.
Méthode
On part des définitions, et l'on fait apparaître deux lectures opposées du sujet, toutes deux défendables. Pour la technique et la liberté. D'un côté, la technique libère l'homme de la nécessité naturelle, de la faim, de la maladie, de la distance, du travail pénible. De l'autre, elle crée de nouvelles dépendances, à l'égard des machines, des réseaux, des systèmes techniques qui imposent leur logique, et elle peut servir à contrôler. Le problème devient alors : la puissance que donne la technique peut-elle se convertir en liberté, ou la maîtrise des choses se paie-t-elle d'une dépendance nouvelle ?
Construire le plan
Principes
Le plan est la réponse organisée au problème. Chaque partie doit faire avancer la réflexion, et la dernière doit proposer une solution qui tienne compte des difficultés rencontrées. L'usage des concours est le plan en trois parties, chacune divisée en deux ou trois sous-parties. Ce n'est pas une règle absolue, mais un plan en deux parties donne souvent l'impression d'une opposition non dépassée.
Types de plans
- Le plan dialectique, thèse, antithèse, dépassement. Il est souvent mal pratiqué. La troisième partie ne doit pas être un compromis tiède ni un retour à la première, mais un changement de point de vue qui résout la tension, par exemple en distinguant des sens ou en déplaçant la question.
- Le plan progressif, qui approfondit le sujet par étapes, d'un sens superficiel vers un sens plus exigeant.
- Le plan notionnel ou analytique, qui distingue plusieurs sens d'une notion et les ordonne. Il convient aux sujets-notions, à condition que l'ordre des parties soit argumenté et non une simple juxtaposition.
Exemple de plan
Sujet, « La technique nous rend-elle plus libres ? ».
- I. La technique est une libération. Le mythe de Prométhée, rapporté par Platon dans le Protagoras, fait de la technique ce qui compense la faiblesse naturelle de l'homme. Descartes, dans le Discours de la méthode, en 1637, espère que les sciences nous rendront comme maîtres et possesseurs de la nature, notamment pour la conservation de la santé. La technique libère de la nécessité et du travail servile.
- II. La technique crée de nouvelles servitudes. Le film Les Temps modernes de Charlie Chaplin, en 1936, montre l'ouvrier soumis au rythme de la machine. Jacques Ellul, dans Le Système technicien, en 1977, décrit une technique devenue autonome, qui impose ses propres fins. Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, en 1932, imagine une société où la technique assure le confort au prix de la liberté.
- III. La liberté ne vient pas de la technique mais de la manière dont nous la maîtrisons. Gilbert Simondon, dans Du mode d'existence des objets techniques, en 1958, reproche à la culture de mépriser les objets techniques qu'elle ne comprend pas, et appelle à les connaître pour ne plus les subir. Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, en 1979, fait de la puissance technique un devoir de responsabilité envers les générations futures. La technique rend plus libres si elle reste l'objet d'un choix collectif et informé.
Défauts à éviter
- Le plan oui, non, peut-être, sans progression réelle.
- Le plan catalogue, qui juxtapose des domaines, économie, politique, culture, sans ligne directrice.
- Le plan chronologique, qui raconte l'histoire d'une notion au lieu de répondre à la question.
- Les parties déséquilibrées, une troisième partie bâclée faute de temps.
Mobiliser des références
Qualités d'une bonne référence
- Précise, auteur, titre de l'œuvre, idée ou passage exact. Les citations ne sont utiles que si elles sont exactes. Mieux vaut une idée bien reformulée qu'une citation approximative.
- De première main, issue d'une œuvre réellement lue ou étudiée.
- Pertinente, c'est-à-dire reliée explicitement aux termes du sujet.
- Analysée, et non simplement mentionnée. On présente la référence, on en dégage le contenu, puis on montre ce qu'elle apporte à l'argument.
Diversité
Le jury apprécie des références variées. Philosophie, littérature, mais aussi arts, cinéma, histoire, sciences, sciences sociales. Un exemple précis tiré de l'histoire ou de l'actualité, bien analysé, peut être très efficace. Il faut en revanche éviter les exemples vagues, « de nos jours, les réseaux sociaux », et les lieux communs.
Se constituer une culture
Le travail de l'année consiste à lire des œuvres, et à en tirer des fiches organisées par notion, avec quelques citations sûres et des analyses courtes. Il vaut mieux connaître vraiment vingt œuvres que citer cent noms. Montaigne le disait déjà dans les Essais, il faut préférer une tête bien faite à une tête bien pleine.
Introduction, transitions et conclusion
L'introduction
Elle comporte quatre moments.
- Une amorce, qui fait entrer dans le sujet, par un exemple, une citation, un fait, à condition qu'elle mène directement au problème. Les généralités sur « l'homme depuis la nuit des temps » sont à proscrire.
- L'analyse des termes du sujet, avec les définitions et les tensions entre elles.
- La problématique, formulée clairement.
- L'annonce du plan, brève, qui montre la progression.
L'introduction se rédige après avoir construit le plan, car elle doit l'annoncer exactement.
Exemple d'introduction, pour le sujet « La technique nous rend-elle plus libres ? ». On peut partir d'un fait simple. Une machine à laver a libéré des heures de travail domestique, mais son propriétaire dépend désormais du réseau électrique, du réparateur et du fabricant. La technique désigne l'ensemble des procédés par lesquels l'homme transforme la nature pour satisfaire ses besoins, du grec technê, savoir-faire. Être libre peut signifier ne pas être contraint, pouvoir agir, ou se donner à soi-même sa loi. La question suppose que la liberté admet des degrés et que la technique la modifie. Or la technique augmente notre pouvoir sur les choses, et l'on est tenté d'y voir un gain de liberté, alors qu'elle multiplie aussi nos dépendances à l'égard des machines et de ceux qui les contrôlent. Le pouvoir que donne la technique se convertit-il en liberté, ou la maîtrise de la nature se paie-t-elle d'une servitude nouvelle ? On verra d'abord que la technique libère l'homme de la nécessité naturelle, puis qu'elle engendre des contraintes inédites, avant de montrer que la liberté ne dépend pas de la technique elle-même mais de notre capacité à la comprendre et à en décider collectivement l'usage.
Cet exemple montre les quatre moments et la manière dont les définitions produisent la tension. Il montre aussi que l'annonce du plan reprend exactement les trois parties prévues.
Les transitions
Entre deux parties, une transition dresse le bilan de ce qui a été établi et montre la limite qui oblige à aller plus loin. C'est elle qui rend visible la progression. À l'intérieur des parties, chaque paragraphe développe une idée, soutenue par une référence analysée.
La conclusion
Elle reprend la réponse apportée au problème, de façon nette. Elle peut ouvrir sur une question voisine, si l'ouverture découle vraiment de la réflexion. Une ouverture artificielle, plaquée, affaiblit la copie.
Rédaction, expression et gestion du temps
Expression
La clarté est la première exigence. Boileau l'a formulé dans L'Art poétique, en 1674, ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Des phrases complètes, correctes, une orthographe soignée, un vocabulaire précis, des paragraphes nettement séparés. On évite le jargon, les abréviations, le registre familier, et le « je pense » d'opinion. La réflexion est personnelle par sa construction, pas par l'affirmation de goûts.
Gestion du temps
Pour une épreuve de quatre heures, une répartition possible consacre une vingtaine de minutes à l'analyse du sujet, près d'une heure à la problématique, au plan et au choix des références, puis le reste à la rédaction, en gardant au moins dix minutes pour la relecture. Rédiger au brouillon l'introduction et la conclusion, pas le développement. Le déséquilibre le plus fréquent est une troisième partie écourtée, qu'il faut prévenir en surveillant l'heure.
Les attentes des concours
Les rapports de jury reviennent sur quelques points constants.
- Le sujet doit être traité, tout le sujet et rien que le sujet. Le hors-sujet partiel, par glissement de sens, est la première cause de mauvaises notes.
- Les définitions doivent être travaillées et utilisées tout au long du devoir, pas seulement en introduction.
- La culture doit servir l'argument. L'accumulation de noms propres sans analyse est sanctionnée.
- Le moralisme et les bons sentiments ne remplacent pas un raisonnement, en particulier sur un thème comme l'humanité.
- La copie doit être lisible, correctement écrite et construite.
Ce qu'il faut savoir mobiliser
- Les trois objectifs de l'enseignement de lettres et philosophie, et ce qu'ils impliquent pour la dissertation.
- Une méthode d'analyse des termes, étymologie, sens, notions voisines, contraires, présupposés.
- La différence entre question et problème, et la formulation d'une problématique.
- Les types de plans et leurs défauts, et le rôle de la troisième partie.
- L'usage d'une référence, présentée, analysée, reliée au sujet.
- La structure de l'introduction, des transitions et de la conclusion.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Sujet : l'énoncé exact, mot pour mot. On le traite tel qu'il est posé, jamais sous la forme d'un sujet voisin mieux connu.
- Définition : délimitation du sens d'un terme, obtenue par différence avec ses voisins. Elle sert d'outil dans tout le devoir.
- Distinction conceptuelle : séparer deux sens d'un même mot. Par exemple, la liberté comme absence d'obstacle et la liberté comme autonomie. C'est l'outil principal de la troisième partie.
- Présupposé : ce que l'énoncé tient pour acquis sans le dire. Le discuter ouvre souvent la meilleure partie du devoir.
- Enjeu : ce qui change dans nos vies, nos institutions ou nos jugements selon la réponse donnée.
- Paradoxe : au sens grec, ce qui va contre l'opinion commune. Plus largement, une contradiction apparente. C'est la source la plus sûre d'un problème.
- Opinion commune : ce que l'on pense spontanément du sujet. C'est un point de départ légitime, à condition de l'examiner au lieu de le répéter.
- Thèse : réponse soutenue dans une partie.
- Argument : raison qui fonde une thèse.
- Référence : œuvre ou fait précis mobilisé pour établir un argument.
- Illustration : exemple qui accompagne une idée sans rien démontrer. Une copie composée seulement d'illustrations reste descriptive.
- Objection : raison qui résiste à la thèse. Bien formulée, elle fait passer à la partie suivante.
- Dépassement : réponse qui rend compte des deux thèses opposées. Elle y parvient en changeant de niveau ou en distinguant des sens. Elle ne se contente pas de les additionner.
- Transition : bilan d'une partie et mise au jour de sa limite.
- Hors-sujet partiel : dérive progressive vers une notion voisine. Elle est souvent invisible pour son auteur.
Chaînes de raisonnement
De la définition au problème. On définit chaque terme par ses sens concurrents. On confronte ensuite ces sens entre eux et avec le reste de l'énoncé. Quand deux sens également légitimes conduisent à deux réponses opposées, le problème apparaît de lui-même. Une problématique qui ne sort pas des définitions est presque toujours plaquée.
De la problématique au plan. La problématique pose une alternative entre deux réponses. Les deux premières parties examinent chacune l'une d'elles dans sa version la plus forte. La troisième partie montre ce que les deux avaient en commun sans le voir, et c'est de là que vient la solution. Le plan se déduit donc de la problématique. On ne le choisit pas à côté d'elle.
De la référence à l'argument. Une référence ne prouve rien par le seul prestige de son auteur. On la situe, on restitue ce qu'elle dit exactement, puis on énonce ce qu'elle établit pour le sujet posé. Si cette dernière phrase est impossible à écrire, la référence n'a rien à faire dans la copie.
De l'objection à la partie suivante. Une partie réussie aboutit à une thèse solide. La transition cherche alors le cas que cette thèse n'explique pas, ou le sens du mot qu'elle a laissé de côté. Ce reste devient le point de départ de la partie suivante. La progression se voit ainsi, sans l'aide de formules comme « cependant, d'un autre côté ».
De la tension au dépassement. Un compromis dit que chacun a un peu raison. Un dépassement dit pourquoi chacun avait raison, et sous quelle condition. Il faut pour cela une distinction ou un critère que les deux premières parties n'avaient pas. C'est ce critère qu'on doit pouvoir nommer en une phrase.
De l'introduction à la conclusion. L'introduction pose une question que le lecteur ne peut pas trancher d'avance. La conclusion y répond dans les termes mêmes de la problématique, en rappelant le chemin parcouru. Relire l'une puis l'autre doit donner une question et sa réponse, pas deux textes indépendants.
Exemples et références à connaître
- Descartes, Discours de la méthode, deuxième partie. Descartes y énonce quatre préceptes : ne rien recevoir pour vrai sans évidence, diviser chaque difficulté, conduire ses pensées par ordre du plus simple au plus complexe, faire des dénombrements complets. C'est un bon modèle pour analyser un sujet et vérifier qu'on n'a oublié aucun terme.
- Platon, Ménon. Socrate demande ce qu'est la vertu. Ménon répond par une liste de vertus, celle de l'homme, de la femme, de l'enfant, et Socrate dit avoir trouvé tout un essaim. C'est la scène de référence pour distinguer une définition d'une énumération d'exemples.
- Aristote, Topiques. Le raisonnement dialectique y part d'opinions reconnues, que l'on examine au lieu de les écarter. Cette référence justifie de partir de l'opinion commune en première partie.
- Kant, Critique de la raison pure (1781), les antinomies. La raison y démontre avec une force égale une thèse et son contraire, par exemple que le monde a un commencement et qu'il n'en a pas. C'est le modèle d'un problème authentique.
- Hegel et le mot allemand Aufhebung, qui signifie à la fois supprimer, conserver et élever. Il dit exactement ce qu'on attend d'une troisième partie. La triade scolaire « thèse, antithèse, synthèse » n'est pas une formule que Hegel utilise comme méthode. Mieux vaut ne pas la lui attribuer.
- Pascal, Pensées, sur l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse. Le premier raisonne à partir de principes nets, le second saisit d'un coup des principes nombreux et délicats. La dissertation demande les deux : la rigueur de l'enchaînement et la finesse du jugement sur les cas.
- Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique (1938). L'opinion y est le premier obstacle à surmonter, car elle traduit des besoins en connaissances. Cette référence sert à justifier le travail de définition contre les évidences du sujet.
- Références transversales, à condition de les adapter et non de les plaquer. Rousseau et la perfectibilité, dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755). Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1835 et 1840). Arendt et la distinction du travail, de l'œuvre et de l'action dans La Condition de l'homme moderne (1958 pour l'édition originale). Camus, Le Mythe de Sisyphe (1942).
Techniques
Le tableau d'analyse
Au brouillon, on fait une colonne par terme du sujet, verbe et petits mots compris. On y inscrit les sens, les voisins, les contraires et les expressions usuelles. On relie ensuite les colonnes par des flèches de tension.
Mini-exemple. Sujet « Peut-on se passer de modèles ? ». Pour « pouvoir », on note la capacité, le droit et la possibilité morale. Pour « se passer de », on note s'en priver volontairement, ou n'en avoir pas besoin. Pour « modèle », on note le patron qu'on copie, l'exemple qu'on admire et le schéma scientifique. La tension apparaît : on peut refuser d'imiter, mais peut-on penser ou agir sans aucun schéma préalable ?
Transformer la question en problème
On écrit la réponse spontanée, puis la raison la plus forte de la refuser. On relie enfin les deux par « alors que » ou par « si… comment… ? ».
Mini-exemple. Sujet « Le travail rend-il libre ? ». Réponse spontanée : non, il est contraint. Raison contraire : c'est par le travail que l'homme transforme la nature et se forme lui-même. Problème : si le travail est à la fois contrainte subie et puissance de se former, à quelles conditions l'une l'emporte-t-elle sur l'autre ?
Le paragraphe argumentatif
Un paragraphe suit quatre temps. Il pose une idée en une phrase, avance une référence située, analyse ce qu'elle établit, puis revient au sujet avec ses mots.
Mini-exemple, sur « Faut-il se méfier de l'opinion ? ». L'opinion confond ce qui nous arrange avec ce qui est vrai. Bachelard montre dans La Formation de l'esprit scientifique qu'elle traduit des besoins en connaissances, et qu'une science ne commence qu'en rompant avec elle. Ce qu'on croit savoir d'emblée est donc moins un point de départ qu'un obstacle. La méfiance envers l'opinion est la condition du savoir.
Rédiger une transition en trois phrases
La première phrase fait le bilan. La deuxième nomme la limite. La troisième annonce le déplacement.
Mini-exemple. « Le travail apparaît ainsi comme ce qui arrache l'homme à la simple nature. Mais ce travail formateur est celui de l'artisan qui maîtrise son œuvre, non celui de l'ouvrier soumis à une cadence. Il faut donc examiner ce que devient le travail quand il n'appartient plus à celui qui l'accomplit. »
Construire une troisième partie par distinction
On repère le terme du sujet qui a changé de sens sans le dire entre la première et la deuxième partie. On nomme explicitement ces deux sens. On montre que la réponse dépend de celui qu'on retient, puis on tranche en faveur de l'un avec des raisons.
Mini-exemple. Sur « Le travail rend-il libre ? », la partie I pensait l'œuvre et la partie II le labeur répétitif. La distinction d'Arendt entre travail et œuvre permet de conclure. Le travail libère dans la mesure où il laisse une œuvre et une part de décision à celui qui travaille.
Écrire la conclusion en quatre lignes
La conclusion reprend la réponse en une phrase, puis rappelle le chemin en une phrase par partie. L'ouverture est facultative, et elle doit prolonger la dernière partie.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 1. La fête
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Forme : notion seule, le problème est à construire.
Analyse : la fête est un temps collectif et réglé, qui interrompt la vie ordinaire. Il faut la distinguer du loisir, individuel, et du spectacle, où l'on regarde sans participer.
Problématique : la fête suspend-elle l'ordre social ou sert-elle à le consolider ?
I. La fête comme rupture. Roger Caillois, dans L'Homme et le sacré (1939), décrit la fête comme un temps d'excès et de dépense qui renverse les interdits. Mikhaïl Bakhtine montre, dans son livre sur Rabelais, que le carnaval inverse les hiérarchies et couronne le bouffon.
II. Une rupture réglée qui renforce l'ordre. La fête a lieu à date fixe, et le carnaval est autorisé puis clos par le carême. Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), voit dans l'effervescence collective le moment où le groupe se recrée. La transgression temporaire est une soupape.
III. La vraie fête est celle où la communauté se donne à voir à elle-même. Dans la Lettre à d'Alembert (1758), Rousseau oppose le théâtre, qui isole des spectateurs passifs, aux fêtes publiques en plein air, où chacun est acteur. Le critère est la participation, qui distingue la fête du divertissement consommé.
Sujet 2. Croire et savoir
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Forme : deux notions, il faut penser leur rapport et non les traiter l'une après l'autre.
Problématique : le savoir se définit-il contre la croyance, ou repose-t-il toujours sur une forme de confiance ?
I. L'opposition. Croire, c'est tenir pour vrai sans justification suffisante. Dans le Ménon, Platon compare l'opinion vraie aux statues de Dédale, qui s'enfuient si on ne les attache pas. Seul le raisonnement sur la cause la change en science. Le doute cartésien vise à ne garder que ce qui résiste.
II. Le savoir enveloppe des croyances. Chacun croit la plupart des vérités scientifiques sur parole. Popper, dans La Logique de la découverte scientifique (1934), fait de toute théorie une conjecture qui reste réfutable. Le savant lui-même croit provisoirement.
III. Deux attitudes distinctes, non deux degrés. Le savoir se définit par un type de justification publique et révisable. La croyance engage l'adhésion du sujet. Kant limite le savoir au domaine de l'expérience possible et laisse à la foi ce qui le dépasse. L'erreur est de faire passer l'une pour l'autre.
piège : Réduire croire à la croyance religieuse, ce qui fait perdre la moitié du sujet.
Sujet 3. Peut-on tout pardonner ?
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Forme : question. Il faut analyser « peut-on », qui porte à la fois sur la capacité et sur la légitimité, et « tout ».
Problématique : si le pardon se mesure à la gravité de la faute, n'est-il pas précisément requis là où il semble impossible ?
I. Le pardon a des limites. En France, la loi de 1964 rend imprescriptibles les crimes contre l'humanité. Jankélévitch, dans L'Imprescriptible, juge que le pardon n'a plus de sens face à l'extermination. Seule la victime pourrait pardonner, et elle n'est plus là.
II. Un pardon qui ne pardonnerait que le pardonnable ne serait qu'une excuse. Derrida soutient que le pardon, s'il existe, ne porte que sur l'impardonnable. Dans Les Misérables, Mgr Myriel protège Jean Valjean qui l'a volé et lui donne ses chandeliers. Ce don gratuit transforme le coupable.
III. Pardonner n'est ni oublier ni absoudre. Arendt fait du pardon, avec la promesse, le remède à l'irréversibilité de l'action, dans La Condition de l'homme moderne. La commission Vérité et réconciliation d'Afrique du Sud a lié le pardon à l'aveu public. La justice juge, et le pardon, qui relève de la victime, ne peut être exigé.
Sujet 4. « Il faut imaginer Sisyphe heureux. » Discutez cette affirmation d'Albert Camus
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Forme : citation. Il faut restituer la thèse avant de la discuter. « Il faut » exprime une exigence, et « imaginer » n'est pas constater.
Problématique : peut-on être heureux dans une tâche sans fin et sans but, ou ce bonheur n'est-il qu'une consolation ?
I. La thèse de Camus, dans Le Mythe de Sisyphe (1942). L'absurde naît du divorce entre l'homme qui cherche un sens et un monde muet. Sisyphe, lucide sur son sort et révolté contre les dieux, fait de son rocher sa chose. Le bonheur vient de la conscience et non de l'espoir.
II. Les objections. Ce bonheur risque de justifier toutes les servitudes. Simone Weil, dans La Condition ouvrière, décrit une répétition qui écrase la pensée au lieu de la libérer. Marx voit dans le travail aliéné une activité où l'homme se perd.
III. Discerner ce que Camus ne dit pas. Il ne légitime pas la condition absurde, il refuse d'y ajouter l'illusion. L'Homme révolté (1951) montre que la révolte exige de changer ce qui peut l'être. Le bonheur de Sisyphe est une attitude face à l'inévitable, non une excuse pour l'évitable.
Sujet 5. L'inhumain est-il le propre de l'homme ?
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Forme : question paradoxale, liée au thème de seconde année. « Le propre » désigne ce qui n'appartient qu'à l'homme.
Problématique : qualifier un acte d'inhumain, est-ce l'exclure de l'humanité, ou reconnaître ce dont seul l'homme est capable ?
I. L'inhumain comme sortie de l'humanité. On le dit d'une cruauté qui semble rompre avec toute appartenance commune. Primo Levi, dans Si c'est un homme (1947), montre un système qui vise à détruire en l'homme ce qui le fait homme.
II. Seul l'homme peut être inhumain. L'animal tue sans cruauté morale. Chez Rousseau, la perfectibilité ouvre à l'homme ses progrès comme ses dépravations. Arendt, dans Eichmann à Jérusalem (1963), montre un organisateur du crime qui n'a rien d'un monstre.
III. « Inhumain » est un jugement, non un constat. L'humanité est ici une exigence adressée à l'homme, non une propriété acquise. Montaigne, dans « Des cannibales », avertit que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage. Le mot doit condamner des actes sans exclure des hommes.
piège : Le moralisme, qui dénonce sans raisonner.
Sujet 6. Faut-il se méfier de l'imagination ?
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Forme : question. Le plan attendu est progressif.
Problématique : l'imagination nous éloigne-t-elle du réel, ou est-elle nécessaire pour le connaître et le transformer ?
I. Elle trompe. Pascal, dans les Pensées, la nomme maîtresse d'erreur et de fausseté, d'autant plus trompeuse qu'elle ne l'est pas toujours. Dans Madame Bovary, Emma, nourrie de romans, mesure sa vie à des images et s'y perd.
II. Elle est pourtant nécessaire. Baudelaire, dans le Salon de 1859, l'appelle la reine des facultés. La science use d'expériences de pensée, comme Galilée imaginant deux corps liés pour réfuter l'idée que le plus lourd tombe plus vite.
III. Le danger n'est pas d'imaginer, mais de confondre l'image et le réel. Sartre, dans L'Imaginaire (1940), montre qu'imaginer suppose de mettre le réel à distance, ce qui est un acte de liberté. On doit se méfier de l'imagination qui s'ignore, non de celle qui se sait imagination.
Sujet 7. La frontière
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Forme : notion seule. Le plan attendu est notionnel.
Problématique : la frontière est-elle d'abord ce qui sépare, ou ce qui rend possible la rencontre ?
I. La frontière délimite. Elle trace l'espace d'une souveraineté et d'un droit. Sans elle, il n'y a ni territoire ni État.
II. La frontière exclut. Elle peut devenir un mur, comme à Berlin entre 1961 et 1989, où la limite sert à enfermer une population.
III. La frontière relie. Régis Debray, dans Éloge des frontières (2010), distingue la frontière, qui filtre et permet l'échange, du mur, qui interdit. Dans Vers la paix perpétuelle (1795), Kant fonde un droit de visite universel, sans droit d'installation. L'espace Schengen, issu de l'accord de 1985, supprime les contrôles intérieurs en renforçant les frontières extérieures. Il montre qu'on ne supprime jamais la limite, on la déplace.
Erreurs fréquentes
- Une problématique qui répète le sujet. « La technique nous rend-elle libres ou non ? » n'est pas un problème. Il faut nommer la raison pour laquelle la réponse n'est pas évidente.
- Une troisième partie en « tout dépend ». Écrire que cela dépend des cas sans dire de quoi cela dépend revient à renoncer à répondre. Le critère doit être nommé et justifié.
- Une définition donnée puis oubliée. Si les sens distingués en introduction ne réapparaissent pas dans les parties, le correcteur conclut qu'ils étaient décoratifs. Chaque partie doit s'appuyer sur l'un d'eux.
- La référence-étiquette. « Comme le dit Kant » sans titre ni contenu ne vaut rien. Une citation incertaine fait pire encore. Il vaut mieux paraphraser exactement une œuvre que citer approximativement un grand nom.
- Une introduction qui répond déjà, ou une conclusion qui répond autre chose. L'introduction doit laisser la question ouverte. La conclusion doit trancher dans les termes de la problématique, et son ouverture doit prolonger la dernière partie au lieu de changer de sujet.
Fiche rédigée à partir du programme officiel de lettres et philosophie des classes préparatoires économiques et commerciales (2021), dans sa partie « Objectifs de formation ». Ce programme, commun aux deux années, fixe à l'enseignement trois objectifs majeurs, enrichir la culture des élèves et leur compréhension du monde, développer leur réflexion personnelle et aiguiser leur sens critique, et développer la maîtrise de l'expression écrite et orale. Il précise que les exercices écrits sont pris en charge collégialement par les professeurs de lettres et de philosophie, que chaque professeur choisit librement les œuvres étudiées, qu'en première année l'enseignement s'organise autour de neuf rubriques et qu'en seconde année il porte sur un thème renouvelé chaque année, « L'humanité » pour 2026-2027. La dissertation est l'exercice qui rassemble ces trois objectifs. Cette fiche en présente la méthode, l'analyse du sujet, la problématique, le plan, l'usage des références, l'introduction, les transitions et la conclusion, et les attentes des concours.