La fiche de cours
Résumé en cinq points
- Le carbone circule entre des réservoirs de tailles très inégales, sous forme réduite dans la matière organique et sous forme oxydée dans le dioxyde de carbone et les carbonates.
- Les flux rapides sont biotiques, photosynthèse et respiration, et physico-chimiques, dissolution et dégazage à l'interface entre atmosphère et océan.
- Le temps de résidence, rapport du stock au flux, sépare un sous-cycle rapide de quelques années à quelques milliers d'années d'un sous-cycle géologique de centaines de millions d'années.
- L'altération des silicates, fortement accélérée par les organismes du sol et les biofilms, piège durablement du carbone en conduisant à la précipitation de carbonates dans l'océan.
- Le bouclage du cycle, sans point d'accumulation, s'explique par la sélection de métabolismes utilisant les produits accumulés par d'autres organismes.
Pourquoi ce chapitre
Le cycle du carbone est le premier chapitre de biogéosciences de deuxième année, et il sert de modèle général pour tout cycle biogéochimique. C'est là que l'on met en place le vocabulaire commun aux chapitres suivants, réservoir, flux, temps de résidence, puis que l'on montre comment ces notions s'articulent à des échelles de temps très différentes.
Il est transversal par construction. Il mobilise le métabolisme et les types trophiques vus en première année, l'altération des roches du cours de géologie externe, la formation des roches carbonatées, la circulation océanique, le sol et le climat. Le programme précise qu'il s'agit de remobiliser un cycle déjà abordé au lycée en le précisant sur deux plans, les aspects quantitatifs et la diversité des mécanismes.
L'attente principale au concours est donc quantitative. Il faut connaître des ordres de grandeur, savoir comparer un stock et un flux, savoir calculer un temps de résidence, et savoir en tirer une conclusion sur la réactivité d'un réservoir. Le programme demande explicitement de représenter le cycle sous forme de schéma, exercice qui tombe régulièrement.
Notions et mécanismes
Réservoir, flux, temps de résidence
Un réservoir est un compartiment du système Terre où un élément séjourne sous une ou plusieurs formes chimiques, caractérisé par un stock, exprimé ici en gigatonnes de carbone. Un flux est une quantité transférée d'un réservoir à un autre par unité de temps, en gigatonnes de carbone par an. Le temps de résidence est le rapport du stock au flux sortant. Il mesure la durée moyenne pendant laquelle un atome séjourne dans le réservoir, donc la vitesse à laquelle ce réservoir répond à une perturbation.
Un cycle est dit bouclé lorsque chaque réservoir a des entrées et des sorties, sans point d'accumulation définitif. Le programme souligne que ce bouclage n'a rien d'automatique : il tient à l'existence de métabolismes qui consomment les produits accumulés par d'autres organismes. La sélection naturelle favorise en effet l'apparition de métabolismes exploitant une ressource disponible, et une accumulation durable de matière utilisable constitue précisément une telle ressource. Le bouclage des cycles est donc une conséquence évolutive, pas une propriété a priori.
Les formes du carbone
Le carbone existe sous deux grandes catégories de formes, distinguées par son degré d'oxydation.
Les formes réduites regroupent la matière organique de la biomasse actuelle, la matière organique des sols, la matière organique fossile enfouie dans les roches sédimentaires, dont le kérogène disséminé et les combustibles fossiles concentrés, charbon, pétrole et gaz naturel, et enfin le méthane. La production de ces formes réduites suppose un apport d'énergie, typiquement lumineuse, puisque la réduction du carbone est endergonique.
Les formes oxydées regroupent le dioxyde de carbone, gazeux dans l'atmosphère ou dissous dans les eaux, le monoxyde de carbone, et les carbonates. En solution, le carbone inorganique dissous existe sous trois espèces en équilibre, acide carbonique, ion hydrogénocarbonate et ion carbonate, la forme hydrogénocarbonate dominant très largement à pH océanique. Sous forme solide, le carbonate de calcium constitue les roches carbonatées.
Les réservoirs et leurs tailles
Il faut retenir une hiérarchie, plus que des valeurs exactes.
Le réservoir de très loin le plus grand est celui des roches sédimentaires, carbonates et matière organique fossile confondus, de l'ordre de plusieurs dizaines de millions de gigatonnes de carbone. C'est un réservoir presque inerte à l'échelle humaine.
Vient ensuite l'océan, avec environ trente-huit mille gigatonnes de carbone, essentiellement sous forme de carbone inorganique dissous, et pour l'essentiel dans l'océan profond. L'océan de surface, en contact avec l'atmosphère, n'en contient que quelques centaines.
Les sols contiennent de l'ordre de mille cinq cents à deux mille gigatonnes de carbone organique, soit plus que la végétation et l'atmosphère réunies. La biomasse continentale vivante représente environ cinq cents gigatonnes, la biomasse marine vivante quelques gigatonnes seulement, malgré une productivité comparable, ce qui traduit un renouvellement très rapide du phytoplancton.
L'atmosphère contient aujourd'hui de l'ordre de huit cent cinquante gigatonnes de carbone, contre environ six cents avant l'industrialisation. C'est un petit réservoir, mais c'est celui qui commande l'effet de serre, d'où sa sensibilité.
Les réserves de combustibles fossiles exploitables représentent de l'ordre de mille à deux mille gigatonnes de carbone, c'est-à-dire un ordre de grandeur comparable au contenu actuel de l'atmosphère, ce qui suffit à mesurer l'enjeu.
Les flux biotiques
À l'échelle continentale, la photosynthèse prélève de l'ordre de cent vingt gigatonnes de carbone par an dans l'atmosphère. C'est la production primaire brute. La respiration des producteurs primaires eux-mêmes en restitue à peu près la moitié, ce qui laisse une production primaire nette de l'ordre de soixante gigatonnes par an. La respiration des consommateurs et surtout celle des décomposeurs du sol restituent à peu près l'équivalent, si bien que le bilan naturel est proche de zéro.
À l'échelle océanique, la photosynthèse du phytoplancton prélève quelques dizaines de gigatonnes de carbone par an dans l'océan de surface. Une petite fraction de la matière organique produite échappe à la reminéralisation en surface et sédimente vers le fond, c'est la pompe biologique de carbone. La reminéralisation en profondeur enrichit les eaux profondes en carbone inorganique dissous, ce qui explique qu'elles en contiennent davantage que les eaux de surface. Une fraction infime, de l'ordre du pour mille de la production, atteint le sédiment et s'y conserve : c'est elle qui alimente le réservoir géologique de matière organique.
Il faut compter à part la précipitation biologique de carbonate de calcium par les organismes calcificateurs, coccolithophoridés, foraminifères, coraux, mollusques. Elle transfère du carbone vers le sédiment, mais avec un effet paradoxal en surface : la précipitation d'un carbonate à partir d'ions hydrogénocarbonate libère du dioxyde de carbone dans l'eau. On parle parfois de contre-pompe des carbonates.
Les flux physico-chimiques
Le dioxyde de carbone s'échange en permanence entre l'atmosphère et l'océan de surface. Les flux bruts dans les deux sens sont de l'ordre de quatre-vingts gigatonnes de carbone par an, donc du même ordre que les flux biologiques continentaux, et ils étaient quasiment équilibrés avant la période industrielle.
La pompe physique du carbone repose sur deux propriétés. D'abord, la solubilité du dioxyde de carbone dans l'eau augmente quand la température diminue. Ensuite, l'eau froide et salée est dense, donc elle plonge. Aux hautes latitudes, en Atlantique nord et autour de l'Antarctique, les eaux de surface se refroidissent, dissolvent donc davantage de dioxyde de carbone, puis plongent et emportent ce carbone vers l'océan profond, où il est soustrait au contact de l'atmosphère pour des siècles. Aux basses latitudes et dans les zones de remontée d'eau, les eaux profondes reviennent en surface, se réchauffent et dégazent. Le moteur de cette pompe est donc entièrement physique, et son intensité dépend de la circulation thermohaline.
Il faut enfin mentionner les flux géologiques, faibles en valeur absolue mais déterminants sur le temps long. Le volcanisme et le dégazage des dorsales réinjectent du dioxyde de carbone dans l'atmosphère, de l'ordre de quelques dixièmes de gigatonne de carbone par an. L'enfouissement sédimentaire de carbone organique et de carbonates soustrait un flux du même ordre.
Altération des silicates, vivant et piégeage du carbone
L'altération chimique des silicates est le grand mécanisme de retrait du carbone atmosphérique sur le temps long. Le dioxyde de carbone dissous dans l'eau forme un acide faible qui attaque les minéraux silicatés, par exemple un silicate calcique. La réaction libère en solution des ions calcium, des ions hydrogénocarbonate et de la silice dissoute, et consomme deux moles de dioxyde de carbone par mole de calcium libérée.
Ces ions sont transportés par les fleuves jusqu'à l'océan, où des organismes précipitent le carbonate de calcium. Cette précipitation restitue une mole de dioxyde de carbone pour une mole de carbonate formée. Le bilan des deux étapes est donc net : une mole de dioxyde de carbone atmosphérique est piégée durablement dans la roche carbonatée pour chaque mole de calcium provenant d'un silicate. C'est le sens de la formule du programme, l'altération des silicates induit la précipitation des carbonates et piège du carbone.
Il est essentiel de comparer avec l'altération des carbonates eux-mêmes. Elle consomme une mole de dioxyde de carbone par mole de carbonate dissous, mais la reprécipitation en restitue exactement une. Le bilan à long terme est nul. Seule l'altération des silicates piège du carbone.
Le rôle des organismes vivants dans cette altération est explicitement au programme. Il est considérable et s'exerce par plusieurs voies. La respiration des racines et des microorganismes du sol y maintient une pression partielle de dioxyde de carbone dix à cent fois supérieure à celle de l'atmosphère, ce qui acidifie la solution du sol et accélère l'attaque des minéraux. Les racines, les champignons mycorhiziens, les lichens et les bactéries excrètent des acides organiques et des molécules complexantes qui chélatent les cations métalliques et déstabilisent les réseaux cristallins. Les biofilms qui recouvrent la surface des roches y jouent un rôle particulier : ils maintiennent un film d'eau au contact du minéral, y concentrent les métabolites acides et créent un microenvironnement chimique très différent de l'eau libre, ce qui augmente fortement la vitesse d'altération. Enfin, le prélèvement des cations par les racines déplace les équilibres de dissolution dans le sens de l'altération, et les racines fragmentent mécaniquement la roche en augmentant la surface exposée. Au total, la végétation multiplie la vitesse d'altération d'un facteur significatif par rapport à une surface nue.
Sous-cycles rapides et lents
Le programme demande d'argumenter l'existence de deux sous-cycles emboîtés, et la justification est quantitative.
Le sous-cycle rapide relie l'atmosphère, la biosphère et l'océan de surface. Ses flux sont énormes, de l'ordre de la centaine de gigatonnes de carbone par an, et ses réservoirs relativement petits. Les temps de résidence y sont donc courts, de quelques années pour l'atmosphère considérée vis-à-vis de ces échanges, de l'ordre de la décennie pour la biomasse continentale, de quelques décennies à quelques siècles pour le carbone des sols, de l'ordre du millier d'années pour l'océan profond. Ce sous-cycle est celui qui pilote la variabilité du carbone sur des échelles allant de la saison au millénaire.
Le sous-cycle lent, ou géologique, relie ces réservoirs de surface au réservoir sédimentaire. Ses flux sont minuscules, de l'ordre du dixième de gigatonne de carbone par an, et son réservoir est colossal. Le temps de résidence y atteint plusieurs centaines de millions d'années. Il fonctionne par enfouissement de carbone organique et de carbonates, puis subduction, métamorphisme et dégazage volcanique. Il ne joue aucun rôle perceptible à l'échelle humaine, mais il régule le climat sur des dizaines de millions d'années, parce que l'altération des silicates s'intensifie lorsque le climat se réchauffe et s'humidifie, ce qui abaisse le dioxyde de carbone atmosphérique, donc refroidit. C'est une rétroaction négative de long terme.
Les deux gaz à effet de serre carbonés se comparent également par leur temps de résidence atmosphérique. Le méthane est oxydé dans l'atmosphère avec un temps caractéristique d'une dizaine d'années. Le dioxyde de carbone, lui, n'a pas de durée de vie unique : il est échangé en quelques années avec la biosphère et l'océan de surface, mais une part de tout excès injecté persiste des siècles, et une fraction n'est éliminée qu'à l'échelle géologique par l'altération des silicates. C'est la raison pour laquelle une perturbation du dioxyde de carbone est beaucoup plus durable qu'une perturbation du méthane, même si le méthane est plus efficace molécule par molécule.
Exemples et ordres de grandeur
- Atmosphère, environ 850 gigatonnes de carbone aujourd'hui, environ 600 avant l'industrialisation.
- Océan, environ 38 000 gigatonnes de carbone, pour l'essentiel en profondeur et sous forme d'ions hydrogénocarbonate.
- Sols, environ 1 500 à 2 000 gigatonnes de carbone organique. Biomasse continentale vivante, environ 500 gigatonnes. Biomasse marine vivante, quelques gigatonnes.
- Roches sédimentaires, de l'ordre de plusieurs dizaines de millions de gigatonnes de carbone.
- Photosynthèse continentale, environ 120 gigatonnes de carbone par an, respiration et décomposition d'un ordre équivalent.
- Échanges bruts entre atmosphère et océan, environ 80 gigatonnes de carbone par an dans chaque sens.
- Flux géologiques, volcanisme et enfouissement, de l'ordre de 0,1 à 0,3 gigatonne de carbone par an.
- Temps de résidence, quelques années pour l'atmosphère vis-à-vis des échanges rapides, quelques décennies à siècles pour les sols, de l'ordre du millier d'années pour l'océan profond, plusieurs centaines de millions d'années pour la lithosphère. Méthane atmosphérique, une dizaine d'années.
Méthodes et savoir-faire
Le schéma du cycle est l'exercice central. La convention à respecter est simple : les réservoirs en rectangles avec leur stock, les flux en flèches avec leur valeur annuelle, une distinction graphique entre flux biotiques et flux physico-chimiques, et une séparation visible entre sous-cycle rapide et sous-cycle lent. Une vérification s'impose systématiquement, la somme des flux entrants et sortants d'un réservoir doit être cohérente avec la variation annoncée de son stock.
Le calcul de temps de résidence se fait en divisant un stock par un flux sortant, en surveillant l'homogénéité des unités. Le programme demande aussi de quantifier deux échanges annuels du dioxyde de carbone atmosphérique, avec la biomasse d'une part et avec l'océan d'autre part, ce qui revient à comparer une centaine et une dizaine de gigatonnes de carbone par an, et à en conclure que la biosphère continentale et l'océan sont les deux interlocuteurs rapides de l'atmosphère.
Une séance de travaux pratiques est consacrée aux cycles biogéochimiques. On y exploite des données de concentration et de flux, on y construit ou complète des bilans, et l'on y manipule la notion de bilan net comme différence de deux grands flux opposés. C'est ce raisonnement qu'il faut maîtriser : un déséquilibre de quelques pour cent entre deux flux de cent gigatonnes suffit à modifier significativement un réservoir de quelques centaines.
À mobiliser en colle et à l'écrit
- Refaire de mémoire le schéma du cycle du carbone avec stocks et flux chiffrés.
- Classer les réservoirs par taille et justifier la hiérarchie.
- Calculer un temps de résidence et en déduire la réactivité du réservoir.
- Écrire le bilan de l'altération d'un silicate calcique puis de la précipitation du carbonate, et conclure sur le nombre de moles de dioxyde de carbone piégées.
- Expliquer pourquoi l'altération des carbonates n'a pas d'effet net sur le carbone atmosphérique alors que celle des silicates en a un.
- Détailler quatre mécanismes par lesquels les organismes vivants accélèrent l'altération, dont le rôle des biofilms.
- Décrire la pompe physique du carbone en la reliant à la solubilité et à la circulation thermohaline, et la distinguer de la pompe biologique.
- Pièges fréquents : confondre stock et flux, oublier que la précipitation de carbonate libère du dioxyde de carbone, attribuer au méthane et au dioxyde de carbone le même temps de résidence, présenter le sous-cycle lent comme négligeable alors qu'il régule le climat de long terme.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Stock : quantité de carbone contenue dans un réservoir à un instant donné, en gigatonnes de carbone (GtC). Flux : quantité transférée par unité de temps, en GtC par an. Les deux ne se comparent jamais directement sans passer par un temps.
- État stationnaire : les entrées d'un réservoir égalent ses sorties, son stock est constant. Le cycle préindustriel en était proche.
- Bilan net : différence entre deux flux bruts opposés. Il peut être faible alors que les flux bruts sont énormes.
- Temps de résidence : stock divisé par le flux sortant total, valable à l'état stationnaire. Sa valeur dépend du flux choisi, qu'il faut toujours préciser.
- Puits et source : un réservoir est un puits si son bilan net est positif, une source s'il est négatif. C'est un comportement, pas une nature.
- Carbone inorganique dissous (CID) : somme du dioxyde de carbone dissous, de l'hydrogénocarbonate et du carbonate. Son partage entre ces espèces dépend du pH.
- Pompe physique : dissolution du CO₂ dans les eaux froides des hautes latitudes, puis plongée de ces eaux denses vers le fond.
- Pompe biologique : fixation du carbone par le phytoplancton, chute de matière organique, reminéralisation en profondeur.
- Contre-pompe des carbonates : la calcification libère du CO₂ dans l'eau de surface.
- Profondeur de compensation des carbonates : profondeur, de l'ordre de 4 à 5 km, sous laquelle la calcite se dissout plus vite qu'elle ne sédimente.
- Altération des silicates : hydrolyse acide de minéraux silicatés par l'eau chargée de CO₂. Elle consomme du CO₂ et produit de l'hydrogénocarbonate.
- Rétroaction négative climat et altération : un climat plus chaud et plus humide accélère l'altération, qui retire du CO₂, ce qui refroidit.
- Oxydation du méthane : le méthane atmosphérique est détruit principalement dans l'atmosphère par le radical hydroxyle, et pour une faible part dans les sols. Les voies biologiques de production et de dégradation du méthane sont hors programme.
- Bouclage évolutif : toute accumulation de matière exploitable devient une ressource que la sélection naturelle tend à faire utiliser.
Chaînes de raisonnement
Du stock et du flux à la réactivité. Un petit réservoir traversé par de grands flux a un temps de résidence court. Toute perturbation de ses entrées ou de ses sorties se répercute donc vite sur son stock. L'atmosphère, quelques centaines de GtC traversées par environ 200 GtC par an, est ainsi le réservoir le plus sensible du cycle.
Petit déséquilibre, grand effet. Photosynthèse et respiration continentales valent chacune de l'ordre de 120 GtC par an. Un écart de 2 % entre elles représente plus de 2 GtC par an, soit environ 1 ppm de CO₂ atmosphérique par an. Le signe du bilan net compte donc plus que la taille des flux bruts.
Silicates et carbonates. L'altération d'un silicate calcique consomme deux CO₂ et libère un calcium sans carbone. La précipitation du carbonate dans l'océan en rend un seul. Il reste un CO₂ piégé par calcium, alors que pour un carbonate le calcium arrive déjà accompagné de son carbone et le bilan est nul.
Le vivant accélère un processus géologique. La respiration du sol élève la pression partielle de CO₂, les exsudats acides et complexants attaquent et vident les réseaux cristallins, les biofilms concentrent ces agents au contact du minéral. La vitesse d'altération des silicates augmente donc là où la végétation est installée. À l'échelle géologique, l'expansion des plantes terrestres a pu ainsi abaisser le CO₂ atmosphérique.
Deux pompes, un même résultat. La pompe physique transfère du CID vers le fond grâce à la solubilité et à la densité des eaux froides. La pompe biologique y transfère du carbone organique qui est reminéralisé en profondeur. Les deux enrichissent l'océan profond en CID et abaissent le CO₂ de surface, ce qui maintient l'appel de CO₂ atmosphérique.
Pourquoi deux sous-cycles. Les temps de résidence se répartissent en deux groupes séparés de plusieurs ordres de grandeur, années à millénaire d'un côté, centaines de millions d'années de l'autre. Les flux qui relient ces deux groupes, dixièmes de GtC par an, sont mille fois plus faibles que les flux internes au groupe rapide. On peut donc étudier le sous-cycle rapide en supposant le réservoir sédimentaire figé, et le sous-cycle lent en supposant le rapide à l'équilibre.
Pourquoi le bouclage. Si la matière organique produite par les photosynthétiques s'accumulait sans être consommée, elle constituerait une ressource énergétique libre. Des décomposeurs capables de l'oxyder ont été sélectionnés. Là où ils sont inefficaces, en milieu anoxique, la matière organique s'accumule, ce qui produit les tourbes, le charbon et le pétrole.
Exemples et références à connaître
- Courbe de Keeling : mesures continues du CO₂ atmosphérique à Mauna Loa (Hawaï) depuis la fin des années 1950. Tendance croissante, d'environ 315 ppm à plus de 420 ppm, et oscillation saisonnière de quelques ppm.
- Conversion utile : 1 ppm de CO₂ atmosphérique correspond à environ 2,1 GtC. 280 ppm préindustriels donnent environ 600 GtC, 420 ppm environ 890 GtC.
- Bilan anthropique annuel récent, en ordre de grandeur : environ 10 GtC émises par les combustibles fossiles et le ciment, environ 1 GtC par les changements d'usage des sols. Environ 5 GtC restent dans l'atmosphère, environ 3 GtC vont à l'océan, environ 3 GtC à la biosphère continentale.
- Réaction de Urey, formulée au milieu du vingtième siècle : bilan d'altération d'un silicate et de précipitation d'un carbonate, base du thermostat géologique.
- Walker, Hays et Kasting, 1981 : modèle de rétroaction négative entre température, altération des silicates et CO₂. Robert Berner : modèles GEOCARB de reconstitution du CO₂ sur le Phanérozoïque.
- Dévonien et Carbonifère : expansion des plantes vasculaires à racines, altération accrue et enfouissement massif de matière organique dans les bassins charbonniers, baisse forte du CO₂ et glaciation carbonifère.
- Signature isotopique : la matière organique des plantes en C3 est appauvrie en carbone 13, de l'ordre de moins 25 pour mille. La combustion des fossiles et la déforestation abaissent donc le rapport ¹³C/¹²C du CO₂ atmosphérique, preuve de l'origine organique de l'excès. La part fossile est confirmée par la dilution du carbone 14 (effet Suess), car le carbone fossile n'en contient plus.
- Grandes zones de plongée d'eaux profondes : Atlantique nord et pourtour antarctique, siège de la pompe physique. Zones de remontée : Pacifique équatorial est, côtes du Pérou, sources de CO₂ vers l'atmosphère.
- Organismes calcificateurs de référence : coccolithophoridés et foraminifères planctoniques, dont les accumulations forment les craies et les boues calcaires. Coraux constructeurs de récifs.
- Méthane atmosphérique : temps de vie d'environ une dizaine d'années, pouvoir de réchauffement par molécule très supérieur à celui du CO₂ sur un siècle.
Techniques
Construire le schéma du cycle
Réflexe en quatre temps. Placer les réservoirs par étage, atmosphère en haut, biosphère continentale et sols à gauche, océan de surface puis profond à droite, sédiments et roches en bas. Écrire le stock dans chaque rectangle. Tracer les flux avec deux codes, par exemple trait plein pour le biotique et pointillé pour le physico-chimique, et une couleur pour les flux anthropiques. Tracer enfin une ligne séparant le sous-cycle rapide du lent, et vérifier le bilan de chaque réservoir.
Mini-exemple. Atmosphère : entrées 120 (respiration) plus 80 (dégazage océanique) plus 10 (fossiles) plus 1 (usages des sols), sorties 123 (photosynthèse) plus 83 (dissolution). Bilan net plus 5 GtC par an, cohérent avec la hausse d'environ 2,4 ppm par an.
Calculer un temps de résidence
Écrire la formule avec les unités, τ = stock en GtC divisé par flux sortant en GtC par an, résultat en années. Préciser quel flux sortant on retient. Commenter le résultat par comparaison avec les autres réservoirs.
Mini-exemple. Méthane atmosphérique, environ 5 000 millions de tonnes de méthane, détruites à hauteur d'environ 500 millions de tonnes par an. τ ≈ 10 ans. On conclut qu'une baisse des émissions de méthane se traduit en une décennie.
Écrire et vérifier une équation d'altération
Équilibrer les éléments, puis les charges, puis compter les CO₂ consommés par cation libéré. Vérifier que le carbone apparaît en solution sous forme d'hydrogénocarbonate, forme dominante au pH des eaux naturelles.
Mini-exemple. Anorthite hydrolysée en kaolinite : CaAl₂Si₂O₈ + 2 CO₂ + 3 H₂O → Al₂Si₂O₅(OH)₄ + Ca²⁺ + 2 HCO₃⁻. Deux CO₂ par calcium, silicium et aluminium restent dans l'argile.
Analyser une courbe de concentration
Décomposer le signal en tendance, oscillation et bruit. Chiffrer chaque composante avec son unité. Rattacher chacune à un flux du cycle, puis conclure sur le bilan net.
Plan de synthèse
Le sujet porte souvent sur le temps ou sur le rôle du vivant. Gabarit : réservoirs et flux, puis mécanismes rapides, puis mécanismes lents, puis perturbation humaine en ouverture. Chaque partie contient un ordre de grandeur et un schéma.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 1. Le cycle du carbone en un schéma
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, présenter les formes réduites et oxydées et placer les six réservoirs avec leurs stocks. Deux, tracer les flux rapides, photosynthèse et respiration continentales vers 120 GtC par an, échanges océan et atmosphère vers 80 GtC par an, pompes physique et biologique vers le fond. Trois, tracer le sous-cycle lent, altération, précipitation, enfouissement, subduction, dégazage, avec des flux de quelques dixièmes de GtC par an. Quatre, ajouter les flux humains. Le colleur vérifie qu'aucune flèche n'a de valeur sans unité, que la précipitation de carbonate apparaît comme source de CO₂ et que le bilan de l'atmosphère est positif aujourd'hui. Piège : dessiner une flèche directe de l'atmosphère vers les roches carbonatées, alors que le carbone transite par l'eau et les ions.
Sujet 2. Calcul et comparaison de temps de résidence
Autres exercices · Exercice
Données : atmosphère 850 GtC, biomasse continentale 500 GtC, sols 1 500 GtC, production primaire nette continentale 60 GtC par an, échanges atmosphère vers océan 80 GtC par an, photosynthèse continentale 120 GtC par an, roches sédimentaires 6 × 10⁷ GtC, flux géologique 0,2 GtC par an. Calculer les temps de résidence et classer les réservoirs.
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Étape 1, atmosphère : sorties 120 plus 80, soit 200 GtC par an, τ ≈ 4 ans. Étape 2, biomasse : on retient la production primaire nette, car la respiration autotrophe porte surtout sur des sucres fixés récemment. τ ≈ 500 divisé par 60, environ 8 ans. Étape 3, sols : les apports de litière valent à peu près la production nette, τ ≈ 25 ans. C'est une moyenne entre une litière renouvelée en quelques années et un humus stable de plusieurs siècles. Étape 4, roches : τ ≈ 3 × 10⁸ ans. Étape 5, conclusion : huit ordres de grandeur séparent l'atmosphère de la lithosphère, ce qui fonde la distinction des sous-cycles. Point où l'on se trompe : diviser par un flux entrant ou par un flux net, ou oublier une des sorties de l'atmosphère.
Sujet 3. Altérer un silicate ou un carbonate
Classiques de khôlle et concours · Khôlle avec équations
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Plan attendu. Un, écrire l'altération d'un silicate calcique simple, CaSiO₃ + 2 CO₂ + 3 H₂O → Ca²⁺ + 2 HCO₃⁻ + H₄SiO₄. Deux, écrire la précipitation océanique, Ca²⁺ + 2 HCO₃⁻ → CaCO₃ + CO₂ + H₂O, et faire le bilan, un CO₂ piégé par calcium. Trois, écrire l'altération d'un calcaire, CaCO₃ + CO₂ + H₂O → Ca²⁺ + 2 HCO₃⁻, et montrer qu'avec la reprécipitation le bilan est nul. Quatre, relier au climat de long terme, et noter que l'altération des carbonates est plus rapide mais sans effet net sur le long terme. Argument attendu : ce qui compte est l'origine du calcium. Piège : conclure que l'altération des carbonates est un puits parce qu'elle consomme du CO₂ au moment où elle a lieu. Elle en consomme bien, mais transitoirement.
Sujet 4. Le rôle du vivant dans l'altération
Classiques de khôlle et concours · Analyse de documents, type écrit G2E
Document 1, flux de calcium et de magnésium exportés par des ruisseaux drainant deux petits bassins versants voisins sur le même granite, l'un boisé, l'autre dénudé. Document 2, pression partielle de CO₂ mesurée à différentes profondeurs dans le sol boisé. Document 3, image de microscopie électronique d'un grain de feldspath colonisé par un hyphe fongique, avec des figures de corrosion le long de l'hyphe.
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Étape 1, le bassin boisé exporte plusieurs fois plus de cations, à roche et climat identiques, donc la végétation accélère l'altération. Étape 2, la pression partielle de CO₂ du sol dépasse de dix à cent fois celle de l'atmosphère et augmente dans la zone racinaire, donc la respiration acidifie la solution du sol. Étape 3, les figures de corrosion localisées sous l'hyphe montrent une attaque directe par les sécrétions fongiques, acides organiques et agents complexants. Étape 4, conclure sur le piégeage : plus de cations libérés, plus de carbonates précipités en mer, plus de CO₂ retiré. Point où l'on se trompe : attribuer l'écart aux différences de climat ou de roche, alors que le dispositif les contrôle. Il faut le dire explicitement.
Sujet 5. Lire la courbe de Keeling
Autres exercices · Analyse de documents
Une courbe de CO₂ atmosphérique mensuel à Mauna Loa sur plusieurs décennies, et un second graphe comparant l'amplitude saisonnière à différentes latitudes.
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Étape 1, la tendance est d'environ 2 à 2,5 ppm par an sur la période récente, soit environ 5 GtC par an accumulées. Étape 2, l'oscillation annuelle de quelques ppm a son minimum en fin d'été boréal et son maximum à la fin du printemps boréal. Étape 3, la photosynthèse de l'été boréal l'emporte sur la respiration, puis l'inverse en hiver. Étape 4, l'amplitude est forte aux hautes latitudes nord et presque nulle dans l'hémisphère sud, car les terres émergées et la végétation saisonnière sont concentrées au nord. Étape 5, conclure que la biosphère continentale est l'interlocuteur rapide principal de l'atmosphère, et que l'accumulation vaut à peu près la moitié des émissions. Piège : attribuer l'oscillation au chauffage domestique ou à l'océan.
Sujet 6. Pompe physique et pompe biologique
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, la pompe physique : solubilité accrue du CO₂ en eau froide, densité des eaux froides et salées, plongée en Atlantique nord et autour de l'Antarctique, dégazage dans les remontées équatoriales. Deux, la pompe biologique : production du phytoplancton, export d'une fraction vers le fond, reminéralisation, enrichissement du fond en CID, fraction infime enfouie. Trois, la contre-pompe des carbonates en surface. Quatre, les vulnérabilités : un océan qui se réchauffe dissout moins, une circulation thermohaline ralentie exporte moins. Argument attendu : les deux pompes maintiennent un gradient de CID de la surface vers le fond, sans lequel l'atmosphère serait plus riche en CO₂. Piège : dire que la pompe biologique est puissante parce que la biomasse marine est grande, alors qu'elle est de quelques GtC seulement. C'est le renouvellement rapide qui compte.
Sujet 7. Le temps dans le cycle du carbone
Classiques de khôlle et concours · Synthèse, type écrit Agro-Véto
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Accroche possible : le carbone d'une feuille morte peut retourner à l'atmosphère en un an, celui d'un calcaire en trois cents millions d'années. Problématique : comment des processus d'échelles de temps si différentes composent un même cycle.
I. Les outils : stock, flux, temps de résidence, avec le tableau des valeurs du sujet 2.
II. Le sous-cycle rapide : photosynthèse et respiration, échanges avec l'océan de surface, pompes vers l'océan profond. Variations saisonnières et interannuelles.
III. Le sous-cycle lent : altération des silicates, précipitation des carbonates, enfouissement de matière organique, dégazage volcanique et métamorphique. Thermostat sur des dizaines de millions d'années, exemple du Carbonifère.
IV. L'emboîtement : une injection de CO₂ est répartie en quelques décennies à siècles entre atmosphère, biosphère et océan, mais une fraction n'est résorbée que par l'altération, sur des centaines de milliers d'années.
Conclusion : l'activité humaine transfère en deux siècles du carbone du sous-cycle lent vers le rapide, sans que le retour lent puisse compenser. Ouverture sur le cycle de l'azote.
Sujet 8. Comparer CO₂ et CH₄ comme gaz à effet de serre
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, sources : combustion et respiration pour le CO₂, milieux anoxiques, ruminants et fuites de gaz naturel pour le CH₄, sans détailler les voies biochimiques, hors programme. Deux, puits : le CH₄ a un puits largement dominant, l'oxydation dans l'atmosphère par le radical hydroxyle, complétée par une faible oxydation dans les sols. Ce puits essentiellement unique et rapide lui donne un temps de vie défini d'environ dix ans. Le CO₂ a plusieurs puits d'échelles différentes, biosphère, océan, altération, d'où l'absence de durée de vie unique. Trois, conséquences : le CH₄ est plus efficace par molécule mais sa perturbation s'efface en quelques décennies, celle du CO₂ persiste partiellement des millénaires. Argument attendu : l'oxydation du CH₄ produit du CO₂, qui rejoint le cycle. Piège : donner au CO₂ un temps de résidence de quatre ans et en conclure qu'il disparaît vite. Quatre ans est le temps d'échange d'une molécule, pas le temps de résorption d'un excès.
Erreurs fréquentes
- Comparer un stock et un flux, ou oublier les unités. Une phrase comme « l'océan absorbe plus que l'atmosphère n'en contient » n'a pas de sens sans échelle de temps.
- Oublier que la calcification libère du CO₂, et présenter la précipitation de carbonate comme un puits immédiat. Le piégeage net n'existe que si le calcium vient d'un silicate.
- Confondre temps d'échange et temps d'ajustement d'une perturbation pour le CO₂. Le premier est de quelques années, le second va du siècle à l'échelle géologique.
- Raisonner sur les flux bruts pour conclure sur l'évolution d'un réservoir. C'est le bilan net qui fait varier le stock.
- Présenter le sous-cycle lent comme négligeable. Il est invisible à l'échelle humaine, mais c'est lui qui fixe le niveau moyen de CO₂ sur des millions d'années.
Fiche rédigée à partir du programme officiel de BCPST deuxième année (2021), thématique « Biogéosciences », partie BG-A-1. Elle couvre les formes et les réservoirs du carbone, les flux physico-chimiques et biotiques qui les relient, les temps de résidence et la distinction entre sous-cycles rapides et lents.